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28/04/2007
Samedi 28 avril 2007
Ce matin, à la réunion des co-propriétaires, j’ai appris que mon ancien voisin (celui qui, depuis ses fenêtres, s’était amusé à pisser sur ma véranda(h)) était parti sans avoir payé plus d’un an et demi de loyer. Celui-là, c’était vraiment, dans toute sa splendeur, ce qu’on appelle : un jeune ! Ensuite, je suis allé ‘‘à mon travail’’, c’est-à-dire au dépôt où je vais chercher mes prospectus, habituellement, le vendredi après-midi. Cette semaine, exceptionnellement, je n’avais pas de distribution. Mais je me suis rappelé qu’on m’avait donné, la semaine dernière, des documents à distribuer à des adresses qui ne sont pas dans mon secteur. J’ai donc voulu les rapporter ce matin. Le chef, comme il est d’usage de dire, dans le milieu des distributeurs de prospectus, qui sont des gens très simples, était très étonné de me voir arriver de si bon matin dans l’entrepôt désert. Il venait manifestement de baiser une jeune fille qui n’était pas loin d’être jolie. Je me sentais vraiment très bête.
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26/04/2007
Jeudi 26 avril 2007
J’ai vu qu’il était question, dans le blogue de Didier Goux, de l’épisode dit ‘‘du suçon’’, du suçon qu’avait Pierre dans le cou, Pierre, l’ami de Renaud Camus, à l’époque de l’affaire qu’on faisait à ce dernier. C’est l’occasion de raconter comment et pourquoi fut fait par moi le seul suçon de ma vie à une fille. (Du même coup, je m’avise que je n’en ai jamais fait à des garçons : c’est que je ne suce pas, d’habitude, je veux dire : pas dans le cou ! C’est dire si je suis limité.) C’était à l’époque où Anne, que j’avais laissée m’aimer depuis déjà trois ou quatre années, commençait à dire qu’elle voulait me quitter. J’étais tellement sûr de mon pouvoir sur elle que ne pouvais pas seulement imaginer qu’elle y pensât sérieusement : je ne l’en croyais pas capable ! Aussi, quand elle se mit à me parler presque tous les jours d’une certaine M***, je ne vis pas le danger, quand même j’avais décrété depuis le premier jour qu’Anne était une lesbienne qui s’ignorait, et qu’elle finirait par me quitter pour une fille, précisément. M*** me donna raison : un jour, en effet, Anne m’annonça qu’elle me quittait pour de bon, et pour cette fille, donc, avec laquelle elle avait déjà couché plusieurs fois, et dont elle se prétendait amoureuse. Quant à moi, n’étant pas amoureux d’Anne (ce qu’elle savait depuis le début de notre association, car je lui avais dit, en toute honnêteté et sans doute aussi pour la dissuader un peu, mais en vain, que si j’acceptais de recevoir l’amour qu’elle désirait me donner, il ne fallait pas qu’elle en attendît autant de moi, parce que je lui préférais les garçons et que je la tromperais sûrement beaucoup), je ne fis pas de scandale et proposai juste une dernière partie de jambes en l’air, pour nos adieux, en quelque sorte, adieux qui n’en étaient pas vraiment, d’ailleurs, puisque nous devions rester en excellents termes. Elle accepta. Mais je n’aimais pas cette M*** qui ne m’aimait pas non plus et que j’avais rencontrée deux ou trois fois déjà. J’eus donc l’idée, dans le feu de l’action, de marquer Anne au cou d’un énorme suçon, uniquement dans le but de semer la discorde au sein de son nouveau couple. Car à l’époque, pour ladite M***, Anne et moi n’étions plus censés être ensemble : Anne prétendait m’avoir quitté depuis une semaine, comme il était devenu si fréquent, à l’époque. Comme elle finissait toujours par me revenir, je n’avais pas fait grand cas de cette énième séparation, qui ne m’en semblait pas une. Mais pour M***, le suçon parut une preuve évidente qu’Anne m’était revenue, ce qui n’était pas le cas : elle m’avait simplement cédé, probablement dans le but d’adoucir les choses et de ne pas me voir faire d’un scandale auquel, de toute façon, je ne pensais pas du tout. C’était réjouissant d’entendre Anne me dire : « Non… Olivier…. Pas ça… Non… Je dois voir M***, ce soir… Non… Olivier… M***… Olivier… » Et le regard d’Anne ensuite, dans le miroir, constatant l’évidence de la preuve, et semblant dire : « Mais vraiment ! Quel enfant ! ». J’avais agi par pure malveillance, pour m’amuser de la situation dans laquelle je mettais Anne. La dispute entre les deux filles fut terrible, paraît-il, mais la réconciliation ne tarda pas, et je fus bel et bien quitté.
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25/04/2007
Mardi 25 avril 2007
Première baignade. L’eau glacée de la douche et Pélagie couverte de pollen.
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22/04/2007
Dimanche 22 avril 2007
Un joli garçon jouait tout seul à la pétanque. Il portait un débardeur. Lorsqu’il levait le bras pour tirer : on voyait ses poils.
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21/04/2007
Vendredi 20 avril 2007
Ma sœur a reçu, cet après-midi, sur son téléphone portable, un SMS du garçon de l’autre jour, celui qui lui avait envoyé des fleurs. Mais le message était ainsi rédigé qu’il paraissait évident qu’il n’était pas destiné à ma sœur, qui l’aurait donc reçu par erreur, mais bien à quelque bon copain de son auteur. On y lisait, entre autres choses, que le jeune homme, durant la récente soirée passée avec la demoiselle de ses rêves, n’avait eu qu’une envie : l’embrasser… Selon toute vraisemblance, ce message était une ruse. L’énamouré l’a probablement envoyé par erreur à dessein, si j’ose dire, pour faire comprendre à ma sœur où en était son désir exactement. Je n’imagine pas qu’un garçon normalement constitué raconte à ses copains qu’il n’a pas été capable d’embrasser une fille avec laquelle il a passé tout une soirée en tête à tête ! Ce n’est pas à moi qu’il arriverait de telles choses ! D’ailleurs je n’ai pas de téléphone portable…
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18/04/2007
Mercredi 18 avril 2007
B***, ma petite élève cubaine, avait un sonnet à écrire pour l’école. Nous avons travaillé ensemble sur son premier jet. Je me suis fait aussi discret que possible, me contentant de donner à la syntaxe l’air à peu près français et de veiller à ce qu’il y eût alexandrins, rimes et césures. « Espérance : L’espoir se trouve dans notre environnement,/Dans ce très grand espace où tout me semble immense./Ce mot veut dire tout de la grande existence,/La paix dans le pays et son grand peuplement.//L’espérance est souvent de nos rêves la cause./Elle apporte la joie à la planète entière./Dans la splendeur on peut observer bien des choses/Merveilleuses pour nous, dont on peut être fier.//Quand le soleil est bas, soudain, l’horizon suit./Le jour disparaît dans la tombée de la nuit./Il fait froid, j’ai très peur, la nuit est effroyable.//Le jour se lève enfin, revoici le soleil./Je suis toujours en vie, c’est à peine croyable./La forêt disparaît quand sonne mon réveil. »
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Mardi 17 avril 2007
J’ai entendu, tout à l’heure, en regardant la télévision chez ma mère, que Jean-Marie Le Pen se servait du mot « européiste » pour dire ‘‘européen’’. Pourquoi donc appellerait-on ‘‘européens’’ ceux qui se font une certaine idée de l’Europe et qui n’est pas celle de tous ? Est-ce qu’un Philippe de Villiers n’est pas un Européen, lui aussi ? Je croyais que l’Europe avait existé avant les européistes. Il y avait aussi un reportage sur les hémophiles. Le seul sport qui leur est permis, c’est apparemment le tennis de table. Le petit hémophile du reportage avait l’air très heureux de pouvoir pratiquer, grâce à son traitement miracle, cette espèce de tennis du pauvre. Or c’était justement le seul sport dont était capable, dont est capable (car il est toujours debout, si j’ose dire…), cette béquille de Hieronymus Z*** qui, lorsqu’il était sobre, avait encore du mal à se tenir sur ses pauvres jambes, devenues d’un vieillard, à cause de la maladie. Il aurait une conscience : on le verrait tomber à genoux, implorant le pardon. Il y aurait une justice : elle l’abattrait.
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16/04/2007
Dimanche 15 avril 2007
Je commence à me faire à l’idée que, sans doute, en attendant qu’Esteban ait enfin les moyens de nous installer, si ce n’est dans un château en Espagne, du moins aux Canaries, dans quelque blanche villa plongeant ses yeux et les miens dans la mer, je devrai continuer à faire mes alimentaires distributions de prospectus pendant un été de plus. Or, s’il est une saison où ce travail de distribution est difficile, c’est bien l’été, lorsque le soleil est le plus impitoyable. La plupart des distributeurs s’affairent alors très tôt le matin, quand il fait encore nuit, mais je suis de ces gens qui doivent dormir énormément et pour qui l’aube est à neuf heures, l’aurore à dix et le lever à onze ! Augustin et moi sommes d’ailleurs tombés d’accord, l’autre jour, pour dire que si je lui paraissais encore si frais, après toutes ces années sans nous voir, c’était justement parce que je dormais beaucoup et travaillais fort peu. Il y eut une époque où nous avions pris l’habitude de dire, Myriam, Laurence et moi, que l’énorme Glotte, pour puer autant, devait croire que dormir la lavait. Eh bien non ! Ça ne lave pas. Mais ça conserve ! Ça conserve… Et si mon corps n’était, pendant la veille, qu’une momie bien faite ? C’est toujours la même croyance. On vivrait véritablement la nuit, pendant son sommeil. D’où la nécessité de dormir énormément.
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11/04/2007
Mardi 10 avril 2007
Régulièrement, tous les deux ou trois mois, peut-être tous les cinq ou six, n’ayant cessé, dans l’intervalle, de suivre ma pente, qui est d’être mauvais, j’en viens à dire des choses tellement excessives, tellement égoïstes, méchantes ou haineuses, que je suis toujours très surpris de voir avec quelle facilité Esteban semble me pardonner. On a tort d’être si libéral de son pardon. Le pardon rend les hommes mauvais. Ainsi, une fois que cette canaille de Hieronymus Z*** eut donné le sida à ma sœur, celle-ci n’eut de cesse qu’il se sentît pardonné. Pardonner était devenu sa façon d’aimer cet objet de ma haine. C’était sa raison d’être, je veux dire d’être encore, alors que l’être aimé avait apparemment fait si peu de cas de sa vie ! Avec le temps, elle finit bien évidemment par se rendre compte que son pardon n’avait aucune espèce de valeur, qu’il n’était même absolument rien, puisque jamais Hieronymus n’avait daigné le lui demander et qu’une telle indulgence ne peut avoir cours qu’à condition d’être désirée par celui qui pourrait en jouir. Le pardon de ma sœur, qui avait sans doute été une grande preuve d’amour, n’avait pas rendu meilleur cette crapule de Hieronymus. Au contraire, elle avait prouvé qu’il était mauvais. Cette fois, je ne suis pas sûr qu’Esteban me pardonne. Il a menacé de ne pas venir me voir si, comme il se pourrait, ses frères lui prêtent quelque argent, en attendant la plus grande entrée sur laquelle nous comptons, d’ici à la fin de l’année. Avec cet argent, il irait faire un petit voyage en Nouvelle-Zélande, seul, pendant que moi, virile Pénélope, je resterais à faire, la nuit, dans ce blogue, cette espèce d’ouvrage de mon désœuvrement, en me languissant non pas d’un Ulysse en jupon, mais bien en paréo ! Finalement, le plus Caligula des deux, ce n’est pas moi, mais ce va-nu-pieds d’Esteban !
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09/04/2007
Dimanche 8 avril 2007
Ah ! Que ma sœur est heureuse ! Comme au cinéma, des inconnus font livrer des fleurs chez elle.
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07/04/2007
Vendredi 6 avril 2007
Journée épouvantable, durant laquelle j’ai fini par perdre la voix. Ma gorge me fait atrocement mal, depuis deux jours, et nous étions, ce soir, dans un restaurant si bruyant, ma mère, ma sœur et moi, que j’ai dû parler bien fort pour me faire entendre de ces dames qui, de toute façon, ne m’écoutent pas, en général. Mais lorsque j’ai fait ce constat que j’étais en train de perdre la voix, ma mère, qui avait entendu, s’est écriée que ça lui ferait des vacances… « Enfin ! Tu vas finir par te taire ! » Je ne suis pourtant pas exactement un grand bavard. Il est vrai que si j’ouvre la bouche, c’est soit pour en faire sortir des sarcasmes, soit pour demander de l’argent. Pendant ce temps, aux antipodes, Manutara, mon vieux rafiot à voile et à vapeur, avait mal à la gorge, lui aussi, comme il vient de me dire à l’instant, sur MSN. Faut-il y voir une espèce de signe ? « C’est sûrement un cancer », me dit Esteban, qui s’est apparemment bien remis de la dengue. J’ai lu tout à l’heure dans son journal que si Raphaël Juldé n’était pas venu à Paris l’autre jour, c’était par manque de courage. Mais moi, c’était justement aussi dans l’espoir de le rencontrer que j’y allais !
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03/04/2007
Lundi 2 avril 2007
Me voici rentré à Mont-de-Marsan. Augustin me disait à midi, comme nous déjeunions une dernière fois ensemble, qu’il avait la curieuse impression, lorsqu’il lui arrivait de quitter Paris pour se rendre dans sa province natale, de se retrouver dans un monde ravagé par quelque catastrophe dont il serait le dernier survivant. A Paris, me dit-il, où qu’on se trouve, il y a toujours quelqu’un à moins d’un mètre de soi ! Quant à moi, c’est tout le contraire : je revis ! Les grandes villes me tuent, précisément parce qu’il y a trop de vie ! Alors qu’ici je puis me croire entièrement guéri de ma phobie sociale, à Paris, c’est la rechute ! En descendant seul, hier, la rue de Rivoli, du Louvres à l’hôtel de ville, pour rejoindre Michaëlle R*** R***, avec qui je devais déjeuner, j’avais l’impression de cheminer vers ma propre tombe. Autour de moi, les hommes grouillaient comme autant d’asticots : partout, ce n’étaient qu’yeux et regards, et j’étais nu. Ma première préoccupation, une fois que j’eus accepté l’invitation de Valérie Scigala, fut d’ailleurs de trouver, grâce à Internet, un hôtel le plus près possible de la rue Berger, où avait lieu la réunion, pour pouvoir m’y rendre le plus rapidement possible et sans avoir à croiser trop d’humains, au cas où j’aurais été seul, sans Augustin, sur qui l’on n’est jamais tout à fait sûr de pouvoir compter. Mon hôtel se trouvait donc rue de l’arbre sec et il n’a fallu que deux minutes à pieds pour aller chez Marcheschi. Pour Michaëlle, que je n’avais pas revue depuis près de quinze ans, j’ai dû me faire violence. Elle venait de Saint-Germain-en-Laye pour me voir : je pouvais donc bien aller à pied jusqu’à l’hôtel de ville pour la rejoindre. C’est grâce à Internet qu’elle a retrouvé ma trace. Elle a tapé mon nom dans un moteur de recherche qui l’a menée tout droit à ce blogue. Nous avons déjeuné ensemble. De notre passé commun, nous avons gardé des souvenirs souvent différents. Ce ne sont pas toujours les mêmes choses qui nous ont marqués. A un certain moment, elle s’est mis d’un baume hydratant sur les lèvres. C’est de moi, qui ne cessais de m’oindre ainsi la bouche, à l’époque, qu’elle tient cette manie… J’avais oublié ce curieux détail. Nous avons appris à fumer ensemble, en Allemagne. Depuis, j’ai arrêté ; elle fume toujours. Je me suis souvenu que mon tout premier poème, écrit sur l’île de Ré, m’avait été inspiré par sa passion pour Mateusz, le joli petit Polonais dont elle était amoureuse. Il est devenu laid et professeur de philosophie. Michaël D*** (que j’aurais bien aimé revoir, lui aussi, puisque Michaëlle me disait qu’il vit désormais à Paris), alors qu’il n’aurait jusqu’alors fréquenté que des filles, connaît en ce moment une grande histoire d’amour avec un garçon ! Pincement au cœur : je le savais ! Déjà, à quinze ans, j’avais pressenti que ce serait dans les bras d’un garçon qu’il trouverait son bonheur. Sans doute, à l’époque, avais-je secrètement espéré, quand, du moins, je n’étais pas trop occupé à me désespérer de l’indifférence de Frédéric P*** ou de Sabine C***, sans doute avais-je espéré que ce bonheur, il le trouverait dans mes bras… Dieu sait pourtant qu’il était laid ! Je me souviens encore de sa voix d’adolescent, qu’il avait très éraillée. Un jour, un certain poème de moi l’avait particulièrement ému, et il me l’avait dit. Etait-ce bien uniquement cela qu’il avait voulu dire ? Que c’est triste, tout ce temps qui s’est écoulé ! Pendant quinze ans, je me suis très bien passé d’eux tous, mes amis d’alors, et, maintenant que leur mémoire me revient, je m’aperçois qu’ils m’ont cruellement manqué. D’ailleurs, je pourrais dire exactement la même chose d’Augustin, dont je me passe tout aussi bien, désormais, mais qui me manque tout autant, si ce n’est plus. Avec le temps, ce manque s’est incorporé à moi. Il me constitue, comme la cavité de ma bouche, ou plutôt comme la creuse cicatrice du nombril, vestige d’un lien tranché depuis longtemps. Il paraît que certains éclopés ressentent encore des douleurs dans les membres qu’ils n’ont plus. Et les paralytiques, dans leurs rêves, marchent. Qui sait si, dans mes propres rêves, mes anciens amis ne font pas un cortège à mon amant lunaire, cet inconnu, dont je n’ai nul souvenir, mais que je reconnaîtrais si, par miracle, la lumière du jour venait à lui donner forme ?
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02/04/2007
Dimanche 1er avril 2007
Je suis à Paris pour deux jours. J’étais invité à me rendre hier à la petite réunion de blogueurs organisée par Valérie Scigala chez Jean-Paul Marcheschi, où Renaud Camus était venu parler du Journal de Travers, qui devrait paraître dans quelques jours. Etant trop sauvage pour m’y rendre seul, j’étais accompagné d’Augustin, que je retrouvais pour l’occasion, après plusieurs années d’éloignement. Comme toujours avec lui, nous sommes arrivés en retard. Marcheschi nous a ouvert, et j’ai bien failli passer de vie à trépas en constatant que nous interrompions le maître en personne, qui avait commencé à parler depuis apparemment longtemps, dans un silence quasi religieux, entrecoupé de quelques rares et dispensables questions. Heureusement, un dernier blogueur est arrivé encore après nous. Nous n’étions donc pas tout à fait les plus mal élevés ! Ledit blogueur comptait d’ailleurs parmi les connaissances d’Augustin. C’était l’ami d’un ancien petit ami, ou quelque chose comme cela. Il paraît même qu’il a déjà été question d’Augustin dans le blogue de ce garçon. Nous sommes restés près de la porte d’entrée pendant tout le temps qu’a parlé Camus. Juste à ma droite se trouvait Pierre, son ami, qui est décidément bien joli. Puis ce fut enfin le temps de boire du (vin de) Champagne, seule façon de se donner une contenance, quand on a arrêté de fumer. Valérie Scigala m’a présenté à un Camus qui semblait amusé d’apprendre que j’étais venu de Mont-de-Marsan à Paris pour le rencontrer, alors qu’il aurait été tellement plus simple pour moi de me rendre directement dans le Gers. C’était évidemment l’occasion de quelque spirituelle repartie qui n’est hélas jamais venue : j’étais trop occupé à me tenir sur mes jambes. Augustin était beaucoup plus à l’aise que moi : il n’avait qu’à tenir son rôle de potiche, comme il m’avait prévenu qu’il se contenterait de faire. Quand il a été question du ‘‘Pied de Cochon’’, restaurant dans les étages duquel on peut voir, paraît-il, depuis l’appartement de Marcheschi, les garçons se changer, à certaines heures, derrière les fenêtres de l’immeuble, Augustin s’est trouvé si surpris de l’exceptionnelle acuité visuelle de Camus, qu’il s’est mis à faire salacement allusion à quelque paire de jumelles, dont l’usage serait absolument nécessaire, selon lui, pour pouvoir jouir réellement du spectacle. On sent le connaisseur. Etait-il toujours question des garçons du ‘‘Pied de Cochon’’ quand je ne sais plus trop pourquoi Augustin a très distinctement prononcé les mots de dix-neuf heures trente ? Toujours est-il qu’il était fort amusant d’entendre Renaud Camus répéter ces mots, comme si de rien n’était. Car j’ai tout aussi distinctement entendu la très brève hésitation du puriste, avant qu’il ne se laisse aller finalement à cet écart de langage, je veux dire : à cet écart de sa langue. La courtoisie l’avait emporté sur le purisme. Qui sait, peut-être cette attention était-elle plus particulièrement destinée à moi, qui savais que mon ami avait commis ce petit impair, qu’à lui, qui était parfaitement inconscient d’avoir parlé comme un chef de gare, ce qui, d’ailleurs, n’est pas un bien grand crime en soi. Lors de la scigalomachie qui a eu lieu tout récemment sur le forum de la société des lecteurs de Renaud Camus, dont quelques personnages étaient, hier soir, chez Marcheschi, c’est tout le contraire qui s’est produit, me semble-t-il. Une espèce de pure in-nocence ou d’in-nocence totale l’a emporté sur ce que devrait être réellement l’in-nocence, c’est à savoir : une in-nocence mesurée. D’ailleurs, en un sens, il ne peut y avoir d’in-nocence que mesurée, celle-ci s’appliquant nécessairement à une infinité de situations et d’hommes. Il faut la pratiquer en bathmologue. Je veux dire par là qu’il peut y avoir de la nocence à exiger de son prochain qu’il pratique la même in-nocence que soi. De même qu’on ne peut pas espérer beaucoup d’in-nocence de quelqu’un qui n’est pas seulement conscient d’en manquer, comme il est si fréquent, de même il est vain d’en exiger de quelqu’un qui ne la pratique pas résolument, à dessein. Car certaines langues (au sens où je disais « sa langue » en parlant tout à l’heure de celle de Camus) sont constitutivement nocentes : elles sont un style, mais dont on use pour ouvrir la chair, pour la disséquer, comme fait Asensio dans son blogue avec le cadavre de la littérature. S’en tenir avec un tel homme à la pure in-nocence, c’est s’interdire toute forme de dialogue avec lui, tout bonnement. Et c’est bien regrettable. Mais il me faut reconnaître que tenir un langage aussi nocent que celui de Juan Asensio devant une assemblée d’in-nocents convaincus et quasi prosélytes, c’était également s’empêcher de rien échanger avec eux. Le malentendu vient peut-être aussi du fait que, sans doute, la majorité des internautes, sur les forums, ne viennent que dans l’intention de parler encore, comme ils font toujours, c’est-à-dire comme ils font de vive voix, quand leur interlocuteur est physiquement devant eux, alors qu’un Asensio, sur les forums ou dans les commentaires qu’on trouve dans les blogues, est déjà en train d’écrire, ce qui est bien différent. Véhesse, qui était la dame qui recevait, hier soir, craignait que je ne vienne pas chez Marcheschi, précisément à cause de la récente scigalomachie. Quant à Juan Asensio, il m’avait dit qu’il avait trouvé bien décevant qu’après avoir écrit sur Joseph de Maistre un article aux accents si guerriers, je ne veuille pas me lancer dans la bataille. Je lui avais répondu que je ne me sentais pas d’attaque, ce qui est un peu piteux, j’en conviens. Au fond, en ne disant rien, je me contentais d’être réellement in-nocent, d’une in-nocence qui, c’est probable, n’est pas loin de ressembler à de la lâcheté. Car je me suis senti un peu lâche, hier, parmi tant d’in-nocents, en ne prenant pas un peu la défense de Juan Asensio, dont il est vrai qu’il fut à peine question : sans doute n’était-ce ni le lieu, ni le moment. Je me demande néanmoins s’il ne peut pas y avoir un courage de la lâcheté, ou plutôt, si le fait d’être lâche, sans s’en cacher, de se poser en lâche, n’est pas une paradoxale façon de se tenir droit… Je ne sais plus qui a fait remarquer, hier soir, qu’il ne comprenait pas qu’on pût tirer une espèce de gloire à ne pas posséder de télévision, à ne jamais la regarder. « Ils ne regardent pas la télévision, disait-il ? Et après, que font-ils de plus que les autres ? » Mais il est fort possible que ce soit parfois en ne faisant rien qu’on fait précisément le bien ou, du moins, qu’on fait bien… Quant à moi, j’ai fort bien fait de me rendre à cette réunion de blogueurs, malgré la scigalomachie, car j’ai pu rencontrer Jean-Paul Marcheschi, et voir de mes yeux, accrochés à ses murs, quelques rares exemples de son œuvre. Je disais l’autre jour que je ne savais pas ce que j’allais faire de la somme que j’aurai bientôt de ma mère, mais la vérité est que je commence à le savoir tout de même un peu… Je m’offrirais bien quelque chose de lui. Nous sommes d’ailleurs tombés d’accord sur ce point qu’il était dans l’ordre des choses que quelqu’un qui s’appelle Bruley s’intéresse à l’œuvre d’un artiste dont le pinceau est ‘‘de feu’’, comme il est écrit sur la quatrième de couverture du Livre du sommeil. Notes sur la flamme, la peinture et la nuit qui m’a gentiment été offert, en plus des deux volumes du Journal de Travers avec lesquels je suis reparti. J’ai promis d’écrire bientôt à Marcheschi. Il faudrait que je réfléchisse à un format. Après quoi je suis allé dîner avec Augustin qui m’a ensuite raccompagné à mon hôtel. J’ai pu constater, dans ma chambre, qu’il avait gardé cette charmante habitude de ne pas fermer la porte quand il va pisser, ce qui m’a permis d’entrapercevoir sa bite, qui est toujours aussi jolie. Comme je lui reprochais de ne jamais donner de nouvelles, ni de venir me voir, il a promis qu’il ne manquerait pas de me rendre visite, quand je me serai effectivement installé aux Canaries avec Esteban. Il faudrait donc que je m’éloigne pour me rapprocher de mes amis… Absurde !
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