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27/02/2007
Lundi 26 février 2007
« ¡Hombre claro ! A mi me encanta la polla, me disait tout à l’heure Armando, qui me parle en ces termes, sur MSN, maintenant qu’il sait que je suis en train d’apprendre la langue de Cervantès. Me gusta mucho el delicado perfume de un prepucio. » Un Américain des Etats-Unis pourrait difficilement dire la même chose. Il paraît qu’ils sont tous circoncis, là-bas, ou presque tous ! Autant dire qu’ils ne sont pas entièrement des hommes, des hommes tels du moins que la Nature ou Dieu les a faits (les avis sont partagés). Polla, ce doit être un des premiers mots que j’ai su dire en espagnol, grâce à Augustin, dont le grand-père étant un hidalgo, mais républicain, était venu s’installer en France. Armando m’a envoyé cette photo. « Ce que je t’envoie me vient à l’esprit quand je pense à tes yeux, m’écrit-il. Je n’ai jamais trouvé ce bleu que sous tes cils. Tu as la couleur des Caraïbes sous les paupières. » Ce n’est pas Esteban qui me dirait ça ! La seule jolie comparaison qui lui soit venue à l’esprit n’est pas très flatteuse pour moi : il prétend que le parfum de ma peau lui évoque l’odeur de pourriture qu’il y a dans la forêt tropicale !
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26/02/2007
Dimanche 25 février 2007
Je profite généralement des quelques heures qui précèdent le repas dominical, chez ma mère, pour regarder la télévision, que je n’ai plus chez moi. Il y avait tout à l’heure un reportage sur Ingrid Betancour et Clara Rojas, son assistante. Selon l’un de leurs anciens geôliers, désormais repenti, mais dont le témoignage n’est peut-être pas digne de foi (comment faire confiance à ces bêtes ?), Clara Rojas serait tombée enceinte pendant sa captivité. Un autre geôlier, un garçon de dix-neuf ans, dont elle serait tombée amoureuse, faisait l’amour avec elle en secret. Celle-ci aurait été forcée de le dénoncer lors d’un interrogatoire. Le garçon aurait été alors jugé et reconnu coupable de quelque chose comme de la trahison, j’imagine… On lui aurait ensuite fait creuser sa propre tombe et il aurait été fusillé directement dedans, comme il est fréquent qu’on fasse, paraît-il, dans la jungle colombienne. Esteban, à qui je rapportais cela, m’a demandé si je savais comment on parvenait à faire creuser leurs propres tombes à des hommes promis à la mort et qui, sans doute, n’ont guère envie de participer si activement à la préparation de leur exécution. Il m’a dit qu’il avait lu, dans un rapport sur les tueries commises lors de la prise de Srebrenica, qu’il avait suffi aux Serbes, pour y parvenir, de rappeler à leurs victimes cette terrible évidence qu’ils vivraient une heure de plus en creusant eux-mêmes les fosses.
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24/02/2007
Vendredi 23 février 2007
Il suffit parfois d’écrire dans quel état l’on est pour en sortir aussitôt : on en voit tout le ridicule, auquel on préfèrerait encore évidemment la mort. Sans doute puissé-je m’alanguir à l’occasion, au bord d’une piscine ou dans une chambre, mais quant à me languir de quelqu’un, voilà qui ne me ressemble guère. Je ne me suis jamais langui que d’Augustin, et c’était en un temps où je n’étais plus moi ! Avec Esteban, au contraire, je suis exagérément moi, c’est-à-dire presque une femme, à l’en croire… C’est bien plutôt de moi que je languis, de ce moi plus reposé que je suis avec Esteban, qui pourtant m’épuise à nous faire faire généralement des kilomètres à pied. Même s’il ne sait que marcher, j’aime m’en remettre entièrement à lui. Au fond, je suis un peu comme ma grand-mère : quand on lui demandait ce qui l’attachait à son amant qui, bien que plus jeune qu’elle, n’était vraiment pas bien beau, elle répondait qu’elle aimait qu’il s’occupe d’elle et, surtout, qu’il la sorte. Mon grand-père, lui, ne faisait plus que jardiner ou lire des livres du général Bigeard. Esteban est celui qui m’aère. Sans lui, je pourrais rester une vie entière dans cet appartement ou dans cette ville, à respirer l’air irrespirable que je me donne en cultivant ce misérable jardin d’Adonis.
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23/02/2007
Jeudi 22 février 2007
Esteban s’inquiète de ne plus me voir écrire dans ce journal. Mais je n’ai rien à dire… Je crois que je me languis de lui, ce qui me paraît tout bonnement inconcevable ! Et pourtant, c’est un fait : il me manque. Je passe des journées entières seul avec ma chienne Pélagie, à lire et m’ennuyer. Le soleil me déconcentre, qui ne cesse d’illuminer la véranda. Souvent, à cause de l’incroyable douceur du temps qu’il fait, je me surprends à rêvasser aux Canaries, dont j’imagine le climat semblable à celui du moment. Je voudrais y être déjà, mais ce n’est pas encore possible, parce qu’Esteban est aux antipodes et sans un traître sou. Des images qui ne sont pas même originales me viennent à l’esprit : sans Esteban autour duquel enrouler comme à un tuteur mon pauvre être spongieux, j’ai l’impression d’être une vieille plante mâchée ployant de sa propre inertie. J’attends.
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10/02/2007
Ecrivains infréquentables

Le 21 février 2007 paraîtra en kiosques un numéro spécial de La Presse littéraire consacré aux écrivains infréquentables, sous la direction de Juan Asensio. Mais ‘‘hors ce hors-série’’, quatre articles qui, en quelque sorte, l’annoncent, vont être mis en ligne sur le site de ce dernier. Est paru, hier, celui de Dominique Autié : Jünger, le subtil. Quant aux trois autres articles, ils sont d’ores et déjà consultables sur le site de Joseph Vebret : Antimodernité de Bruno Dumont, par Ludovic Maubreuil ; Pierre Boutang ex cathedra, par Francis Moury ; Au « flambeau de l’analogie ». L’œuvre de Maistre éclairant notre époque, par moi-même.
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07/02/2007
Mardi 6 février 2007
Un malheur n’arrivant jamais seul, pour avoir une nouvelle carte grise, je vais d’abord devoir faire faire le contrôle technique de ma voiture, que je n’avais cessé de remettre à plus tard jusqu’alors. Bien sûr, je disais récemment encore qu’on doit toujours respecter les lois, mais c’est tout de même un peu difficile quand il faut pour cela payer de sa poche, surtout lorsqu’elle est vide. Je n’étais donc pas tout à fait en règle jusqu’à ce jour, et encore en ce moment. « Rendez-moi mon argent, j’en puis avoir affaire » !
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05/02/2007
Dimanche 4 février 2007
Ce doit être la loi des séries ! J’ai découvert ce matin que ma voiture avait été fouillée. On avait volé la façade de mon autoradio, ma carte grise, mon permis de conduire et mon attestation d’assurance. Plusieurs autres objets avaient été jetés sur le trottoir. Esteban me disait bien qu’il ne fallait rien laisser dans sa voiture, mais sans doute attendais-je de m’en rendre compte par moi-même. Quand je suis arrivé au commissariat, qui se trouve d’ailleurs tout près de chez moi et de l’endroit où était garée ma voiture, j’ai remarqué qu’un policier s’était collé sur le front une espèce de petite flèche, avec une ventouse à la place de la pointe… C’est lui qui est venu constater qu’il n’y avait pas de trace d’effraction sur le véhicule. Apparemment, j’avais oublié de fermer la portière à clé. Je croyais que la serrure avait été forcée, mais si tel avait été le cas, m’a dit le policier, elle aurait été très abîmée. La pensée de devoir me rendre un dimanche au commissariat m’ennuyait plus que le fait d’avoir été volé. C’est mauvais signe. J’aurais pu attendre demain, mais comme je n’avais plus les papiers du véhicule ni mon permis de conduire, j’ai préféré faire faire les documents en tenant lieu le plus tôt possible. Les policiers ont été très gentils, mais quand ils m’ont dit que je ne pourrais pas porter plainte pour vol avec effraction ni, donc, faire jouer l’assurance, comme si le plus important était toujours d’être remboursé, j’ai ressenti un profond décalage entre eux et moi, et comme du désespoir à la pensée qu’il était apparemment inutile de porter plainte quand même : pour vol tout court. D’ailleurs, pour une fois, ce n’est pas en songeant à mes seuls petits intérêts que je venais porter plainte, mais bien pour être en accord avec les quelques principes que j’ai ; par exemple, celui de ne pas me laisser voler sans rien faire ; et tout ce que je pouvais faire, en l’occurrence, c’était informer la société dont je suis membre que j’avais été volé. Après tout, ce vol la regarde autant que moi, puisque le vol est interdit. Renoncer à signaler même de tout petits vols, à cause du sentiment qu’on aurait de la profonde inutilité d’un tel acte, ce serait faire momentanément comme si l’on ne se sentait plus un membre à part entière de la société. N’est-ce pas précisément par un tel sentiment que certains voyous justifient leurs crimes ou délits ? S’estimant rejetés par la société, ils prétendent ne plus devoir en respecter les lois. Mais qu’on le veuille ou non, on est toujours tenu de respecter les lois de la société à laquelle on appartient de fait ; on doit également tenir au respect par tous et pour tous des lois de la société ; c’est encore le meilleur moyen de se faire chacun respecter d’elle. Il arrive qu’elle aussi manque à ses membres. Le véritable scandale n’est pas que le bien qui a été volé au fils d’un ministre soit retrouvé grâce à de plus grands moyens que d’ordinaire, mais que tous les moyens ne soient pas mis en œuvre pour retrouver le bien volé de n’importe quel citoyen.
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02/02/2007
Vendredi 2 février 2007
Aujourd’hui, c’était aussi la présentation de la nouvelle petite chienne des copines lesbiennes de ma mère.
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