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24/02/2007

Vendredi 23 février 2007

            Il suffit parfois d’écrire dans quel état l’on est pour en sortir aussitôt : on en voit tout le ridicule, auquel on préfèrerait encore évidemment la mort. Sans doute puissé-je m’alanguir à l’occasion, au bord d’une piscine ou dans une chambre, mais quant à me languir de quelqu’un, voilà qui ne me ressemble guère. Je ne me suis jamais langui que d’Augustin, et c’était en un temps où je n’étais plus moi ! Avec Esteban, au contraire, je suis exagérément moi, c’est-à-dire presque une femme, à l’en croire… C’est bien plutôt de moi que je languis, de ce moi plus reposé que je suis avec Esteban, qui pourtant m’épuise à nous faire faire généralement des kilomètres à pied. Même s’il ne sait que marcher, j’aime m’en remettre entièrement à lui. Au fond, je suis un peu comme ma grand-mère : quand on lui demandait ce qui l’attachait à son amant qui, bien que plus jeune qu’elle, n’était vraiment pas bien beau, elle répondait qu’elle aimait qu’il s’occupe d’elle et, surtout, qu’il la sorte. Mon grand-père, lui, ne faisait plus que jardiner ou lire des livres du général Bigeard. Esteban est celui qui m’aère. Sans lui, je pourrais rester une vie entière dans cet appartement ou dans cette ville, à respirer l’air irrespirable que je me donne en cultivant ce misérable jardin d’Adonis.

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