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17/11/2006
Jeudi 16 novembre 2006
M’étant récemment réinscrit à l’ANPE, j’ai été, lors de mon premier entretien avec le/un conseiller à l’emploi, immédiatement redirigé vers une association travaillant en sous-traitance avec l’Agence Nationale… La conseillère référente de ladite association est censée m’aider à ‘‘définir un projet de retour rapide à l’emploi’’. Pour cela, je dois mener des enquêtes auprès de personnes faisant des métiers susceptibles de me plaire et effectuer des stages de un à dix jours dans des entreprises où ces métiers sont exercés. Premier stage, de un jour (c’est largement suffisant), aujourd’hui, dans la boutique de Fred, l’ancien actuel amoureux de ma sœur, que j’aime beaucoup, et qui m’a rendu un fier service en acceptant de m’avoir dans les jambes toute une journée. Pour le remercier, je l’ai invité à dîner chez ma sœur, la semaine prochaine. Chez moi, ce n’est pas possible. Je n’aime pas recevoir dans ma ‘‘zôthèque’’. Et puis Julie est une parfaite maîtresse de maison, excellente cuisinière et pâtissière de génie. Cette journée dans la boutique de Fred fut parfaite. Le jeudi, m’expliquait le maître des lieux, il y a peu de clients (surtout au mois de novembre). Il ne vient du monde qu’à la fin de l’après-midi, quand les collèges et les lycées se vident. Et ce ne sont à peu près que des skateurs qui se montrent, ou skaters, je ne sais comment il faut écrire : des garçons qui font de la planche à roulettes et qui sont sans doute, de tous les garçons, les plus beaux du monde. Les mieux vêtus, à mon goût, de leur génération. Avec des cheveux longs, mi-longs plutôt, juste comme il faut. Ni excessivement virils ; ni trop efféminés. La plupart embrassent Fred sur la joue, quand ils entrent dans le magasin. C’est charmant. Bref, je le dis sans crainte du ridicule : ils sont du siècle naissant ceux qui portent le mieux le nom si beau, le nom pourtant si difficile à porter, quand on y songe un peu sérieusement, je veux dire le nom si difficile à porter proprement, et qui, de fait, l’est bien rarement, le nom si merveilleux de garçon. Il ne faudrait rimer ce nom qu’avec échanson, que seuls les Ganymèdes peuvent porter. Ce qui ne signifie pas que le garçon véritable est celui dont seul est digne un dieu ; mais que l’homme auquel il est permis d’aimer un tel garçon se sent l’égal d’un dieu. C’est les vers de Catulle et de Sappho, que j’avais un jour lourdinguement tenté de mettre à mon tour en français : « D’être assis près de toi goûtant le privilège,/(Si toutefois ces mots ne sont pas sacrilèges)/ Il me semble souvent qu’il est l’égal des dieux,/Celui qui, tout le jour, contemple ton visage/Et dont le cœur palpite à ton tendre langage,/Où le parler se mêle au rire mélodieux. » Le skater est peut-être l’antithèse de la racaille. S’il advient que le premier abîme le mobilier urbain, c’est en pratiquant sa passion, passion sans doute très éloignée de l’in-nocence, mais passion innocente tout de même. Le second, lui, détruit systématiquement tout ce qu’il peut, par désoeuvrement ou par vice, et jusques au français, dans ce qu’on appelle le rap, qui est en réalité le rapt de la langue, et son viol ! Les uns se servent de nos hideuses cités pour littéralement s’envoler, en Icare à roulettes qu’ils sont. Les autres restent au ras des pâquerettes, c’est-à-dire englués dans l’asphalte, et se complaisent tellement dans la fange dont ils sont l’une des premières causes, qu’ils infestent les banlieues, comme des rats ou des cafards les caves et les poubelles. Les skaters eux-mêmes semblent être conscients de la différence fondamentale qu’il y a entre les uns et les autres. Je lisais tout à l’heure dans une revue consacrée à leur passion qu’il n’était pas rare, si j’en juge par le présent de vérité générale utilisé par l’un des auteurs du courrier des lecteurs, que des racailles s’en prennent à des skaters, dont ils s’amusent à casser la planche à roulette, puis la figure, qu’ils ont pourtant si jolie.
00:45 Publié dans Journal, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Les skateurs sont charmants. As-tu lu le très bon article sur l'éphébophilie paru récemment dans le Times ?
Ecrit par : K | 21/11/2006
Non, je ne lis pas le Times.
Ecrit par : Olivier Bruley | 22/11/2006
Tu devrais, c'est le seul journal rétrosexuel et élégant qui existe au monde :
http://www.timesonline.co.uk/article/0,,1072-2461261,00.html
Ecrit par : K | 22/11/2006
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