27/07/2006

Mercredi 26 juillet 2006

            Je suis enchanté par l’impossible personnage qu’est Ieurre, le grammairien puriste de Carus, qui ne cesse de corriger les fautes de français de ses amis. Par exemple, un jour que le narrateur l’aborde dans la rue : « Ieurre commença par me dire que je ne l’avais pas abordé, mais accosté. Puis il m’assura qu’il serait, de tout l’arrondissement, ‘‘l’homme le plus vite de l’aube’’. » (Pascal Quignard, Carus, Gallimard, 1979, collection Folio, p. 93) Quand on a de l’usage, on s’efforce de parler la meilleure langue possible : c’est donner des formes à ses paroles comme à ses manières, c’est « l’autre dans la langue », comme dit Renaud Camus de la syntaxe. Par contre, c’est être fort peu courtois que de faire remarquer à autrui qu’il parle mal. A cause de la passion qu’il a pour le bon usage de la langue, qu’il voudrait imposer à ses amis, Ieurre en vient à manquer du plus élémentaire savoir-vivre. Paradoxe : quelqu’un de civilisé ne peut exiger d’autrui qu’il soit aussi civilisé que lui sans alors manquer soi-même de civilité. C’est une ascèse. Le prosélytisme n’est pas permis.

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