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15/06/2006

Mercredi 13 juin 2006

            Je suis donc retourné au commissariat, cet après-midi, à deux heures. A l’accueil, de nouveau, j’ai dû expliquer ce qui m’amenait. « Ah ! m’a-t-on répondu, vous êtes le distributeur de prospectus ! – Oui, c’est moi. – Vous avez un certificat médical ? » Déjà hier soir, l’homme à qui je m’étais adressé m’avait posé cette question. Et comme cet après-midi, j’avais répondu que non, et que de toute façon je n’étais pas blessé. L’homme n’avait pas insisté, non plus que celui d’aujourd’hui, qui m’a demandé de patienter : quelqu’un allait venir me chercher pour enregistrer ma plainte. Après une demi-heure d’attente, on vint donc me chercher en effet. Encore une fois, je dus raconter ce qui m’était arrivé. « Bon. Vous avez un certificat médical ? – Non, je ne suis pas blessé. – Ah oui, mais nous, sans certificat médical, on peut rien faire. – Ah ? Mais puisque je ne suis pas blessé… – C’est pas grave, faut quand même aller vous faire faire un certificat médical, avec le nombre de jours d’arrêts de travail. – Mais, je n’aurai aucun jour d’arrêt de travail… – Mais même, faites inscrire que vous avez zéro jour d’arrêt de travail. – Ah bon. Très bien, je repasserai plus tard, alors… – Oui, mais pas trop tard, avant cinq heures et demie si possible ou alors revenez demain. Au revoir. – Au revoir. » Du commissariat, je me rends donc directement chez mon médecin. Il ne pouvait pas me recevoir avant cinq heures vingt. L’heure arrive enfin. J’explique à mon médecin de quoi j’ai besoin et lui dis même, naïf que je suis, que je suis bien conscient de n’avoir aucune espèce de blessure, mais qu’il me faut tout  de même un certificat médical dans lequel il soit précisé qu’il ne préconise aucune I.T.T. (interruption du temps de travail, j’imagine, ou quelque chose de ce genre). « Oh non, surtout pas, je les connais, à la police, je vais vous mettre au moins un jour d’arrêt, avec un motif quelconque, sinon, ils ne s’occuperont pas de vous. » J’étais abasourdi. Je me demande tout de même si tous ces policiers ne traînent pas un peu les pieds… Au commissariat, on ne m’a prévenu qu’à la toute fin de la chaîne qu’un certificat médical était nécessaire, pour déposer une plainte (j’avais cru, moi, que c’était optionnel, puisque d’abord, précisant que je n’en avais pas avec moi, personne n’avait cru bon de m’expliquer qu’il m’en fallait pourtant un). Quand enfin on m’a dit qu’il me le fallait, ce certificat, j’ai bien l’impression qu’on s’est un peu moqué de moi, en prétendant que le médecin ne devait préconiser aucune I.T.T. Finalement, il est écrit sur le certificat médical : « A l’examen, je constate les lésions suivantes : une anxiété réactionnelle. Je conseille une I.T.T. de 1 jour sous réserves. » J’étais de retour au commissariat à six heures moins le quart, mais une bouche avinée m’a demandé de revenir demain. Aujourd’hui, peut-être pour me donner un peu de réconfort après l’agression dont j’ai été victime hier, le garçon qui est venu me visiter cette nuit, dans mes rêves, a bien voulu rester dans ma mémoire après mon réveil et tout le reste de la journée. Mon rêve se passait dans un très grand appartement. On y donnait une fête. J’étais assis sur un canapé. Le garçon, que je ne connaissais pas, m’apercevait et venait s’asseoir non pas à côté de moi, mais tout contre moi. Je me poussais un peu : il revenait se serrer contre moi. Je changeais de canapé, et chaque fois, il se serrait de nouveau contre moi. Il me chuchotait des mots doux à l’oreille, j’avais l’odeur de ses cheveux dans le nez. Il m’enlaçait en passant un bras sous ma chemise et posait sa tête sur mon épaule. Je finissais par l’enlacer aussi. C’était un coup de foudre. Nous ne nous connaissions que depuis quelques minutes, et déjà nous savions que nous étions faits l’un pour l’autre et que nos vies ne seraient désormais plus qu’une. Maudit réconfort, en vérité, que le souvenir de ce garçon dans mon esprit. J’aperçois l’homme de ma vie mais pour me dire que je ne pourrai jamais le rencontrer, condamné qu’il est à être le garçon de mes rêves. C’est un peu comme dans le film de Spielberg, où l’on ressuscite la mère adoptive du petit robot qui voulait devenir humain, mais pour une journée seulement : demain, le garçon sera définitivement mort pour moi, j’aurai oublié son odeur. Il n’existera que dans mon inconscient, qui m’échappe entièrement. Peut-être continuerons-nous de vivre ensemble un amour parfait toutes les nuits de mon existence, sans que je n’en sache jamais rien.  

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