12/03/2006
Samedi 11 mars 2006
J’étais allé me coucher, mais il a fallu que je me relève, pour noter ces quelques mots, qui m’empêchaient de dormir. Depuis qu’il y a dans ma vie cette éventualité d’un départ, pour le Mexique, ou plus généralement pour l’étranger, je m’aperçois que ce petit pays landais où je pensais avoir planté mes racines n’est en réalité qu’une espèce de trou à rats dans lequel je m’étais enterré vivant. (Esteban me faisait remarquer, tout à l’heure, que ce n’est pas le trou qui fait le rat, mais bien le rat qui fait son trou. Et nous sommes tombés d’accord pour dire que j’avais quelque chose de cette bête : je vis en parasite. Bientôt, je serai son petit rat de l’opéra. Et déjà, parfois, Esteban m’appelle son rat ou son gros rat.) Absolument rien ne m’attache à ce pays, que ma mère et ma sœur. C’est peu de choses. Qu’est ce pays pour moi ? Ma grand-mère maternelle était bâtarde. Sa mère n’a jamais voulu lui révéler le nom de son père. Qui sait d’où nous venons, du côté de ce père inconnu ? Du côté de ma grand-mère paternelle, il y a la Chine (son père) et le Vietnam (sa mère). Du côté de mon grand-père paternel, il y a une moitié d’Allemagne (sa mère). Mon père apprit à parler en cantonais, langue qu’il fut ensuite contraint par son père d’oublier. Il fit ses premiers pas sur le bateau qui le menait en France. Je n’ai jamais pu m’empêcher de trouver atrocement vulgaire l’accent du coin. Il y a désormais comme un déséquilibre en moi. Je me sens aspiré en avant. L’impatience s’est emparée de mon esprit. Dire qu’il va falloir attendre des mois, peut-être plus d’un an ! Tout de même, je risque de regretter mon petit appartement, que je mets tant de soins à meubler et décorer. Mais quel sens cela a-t-il de continuer, alors que je devrai sans doute bientôt tout vider et entreposer quelque part, soit pour louer, soit pour vendre l’endroit ? Par contre, je ne regretterai pas les averses glacées de ces maudites giboulées de mars. Je voudrais un pays dans lequel il ferait enfin, vraiment, toujours beau.
03:30 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Écrire un commentaire