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23/01/2006

Dimanche 22 janvier 2006

            Moi aussi, j’ai des élèves à qui je donne des cours. Et pourtant, à aucun moment, pas même l’autre jour, quand je parlais de ce proviseur blogueur achrien malchanceux, à aucun moment je ne me suis demandé s’il était bien convenable que mes propres élèves puissent, au cours de leurs navigations sur Internet, me rencontrer et me voir tel que je me montre dans ce journal. Et même maintenant que j’y pense, je n’arrive pas vraiment à admettre que ce que je disais de ce proviseur pourrait être dit du professeur particulier que je suis. Je ne me sens pas concerné, parce que je ne me considère pas comme un véritable professeur, ce que je suis pourtant de fait, mais occasionnellement : ce n’est pas ma condition. Et je n’ai pas la vocation, comme on dit. J’ai cru l’avoir, mais mes élèves sont trop mauvais. D’ailleurs, ils ne veulent pas apprendre. Tout ce qu’ils souhaitent, c’est terminer leurs devoirs tant que je suis encore là : ils veulent du rendement. Ce qui m’affecterait le plus, ce ne serait pas de perdre un élève à cause de ce blogue, mais de perdre le peu d’argent que je gagnais à lui donner des cours. Esteban a raison, je ne pense au fond qu’à moi, ce qui ne m’empêche pas, bien sûr, d’être consciencieux pendant lesdits cours, superficiellement consciencieux, c’est, le plus souvent, déjà bien plus que ce qu’on attend de moi. Esteban, tout à l’heure, par souci d’économie (il n’est hélas plus aussi riche qu’autrefois, nous nous sommes rencontrés dix ans trop tard !), essayait de me persuader de ne prendre qu’une chambre, à Londres, que nous partagerions, si du moins ce petit séjour à Londres a bien lieu, car nous ne savons toujours pas si Esteban viendra bel et bien en Europe : il avait d’abord parlé de la deuxième moitié du mois de janvier ; il parle maintenant de février. Je lui ai répété que ce n’était pas possible : « Je t’ai déjà dit que je ne pouvais pas dormir avec quelqu’un dans ma chambre ! – Pourquoi ta chambre ? Pourquoi ne serait-ce pas dans ma chambre que tu serais en train de dormir ? Tu rapportes toujours tout à toi, c’est pour ça que je dis que tu es un égoïste ! – Oh ! là ! là ! Mais, Esteban, si ça peut te rassurer, dans ta chambre non plus, je n’arriverais pas à dormir, de toute façon, évidemment. Donc, nous sommes d’accord, ce sera deux chambres. »

Commentaires

"Je ne me sens pas concerné, parce que je ne me considère pas comme un véritable professeur, ce que je suis pourtant de fait, mais occasionnellement : ce n’est pas ma condition."
Vous n'êtes pas fonctionnaire. Là réside toute la différence.
Pour le non-fonctionnaire que je suis, le sort réservé à "Garfieldd" relève purement et simplement d'un autre monde, dont nous n'avons pas les clés. Je m'abstiens de tout commentaire à ce propos, sachant que je serai nécessairement hors sujet en exprimant la moindre opinion. Mon soutien n'aurait d'ailleurs pas de sens, puisque irresponsable dans le registre assez clos où cette affaire se joue.
Avec vos élèves, si j'ai bien compris vos précédentes évocations de votre travail avec eux, vous êtes dans une relation très simple de pédagogue, de magister, de répétiteur, sans autre estampille qu'une relation de confiance établie entre les parents des jeunes qui vous sont confiés et vous-mêmes. Une sorte de retour aux sources de la relation d'enseignement. Il est normal, me semble-t-il, que vous ne vous sentiez aucun point commun avec un enseignant de la fonction publique.

Ecrit par : Dominique Autié | 23/01/2006

Dominique, l'affaire en question nous concerne tous parce qu'elle créera, sur l'utilisation d'internet en tout cas, un précédent. Vous ne pouvez pas vous sentir extérieur à ça, c'est une position qui n'a pas de sens. La fonction publique sur laquelle il est de bon ton de taper régulièrement a, bien au contraire, une fonction d'*anticipation* des événements sociaux. Débat en cours dans toute la blogosphère et aussi où vous savez.

Ecrit par : Jacques Layani | 24/01/2006

Désolée d'interrompre le cours de cette conversation, mais je tente d'entrer en contact avec Dominique Autié.

Avant tout, je me permets un petit égarement qui ouvrira peut-être une autre discussion! (Professeure, provenant du Québec (ce lieu où la féminisation des mots est absurde), je reviens au propos de cet écrivain de grand renom et gardien intransigeant d'une langue dite « pure », le secrétaire perpétuel honoraire de l'Académie française, Maurice Druon, juge que les Québécois s'expriment dans un « parler pittoresque », « une langue née à une époque où ni Corneille ni Racine n'avaient encore fixé les règles du français.»

Je crois que monsieur Druon a oublié que nous ne sommes plus une colonie française... que nous ne faisons pas de shopping, mais des courses (plus pittoresque encore du magasinage), que nous n'allons pas au parking, mais au stationnement, que nous ne prenons pas nos billets au ticketing, mais à la billeterie! Impossible de faire une liste exhaustive de la langue si pure dont monsieur Druon est l'honorable gardien. E ou ING, si je me souviens bien, et, JE ME SOUVIENS: ING est une terminaison anglaise. Alors, quel est ce paradoxe: le Québec est devenu en 1760 une colonie anglaise; la France est demeurée française; les Québécois s'acharnent aujourd'hui à mettre des E; les Français s'acharnent à mettre des ING... Quel débat, mais quel débat... Demandons à ce cher monsieur Druon de le régler du haut de sa monarchie bien assise sur l'Académie. Mais au fait, peut-on empêcher une langue d'évoluer? Si non, ne pourrions-nous pas poser autrement cette question: comment voulons-nous faire évoluer la langue française en E ou en ING ?
Quant à moi, j'attends inlassablement que les Québécois reprennent les mots du Général de Gaulle, lors de son séjour au Québec; en attendant Cambronne m'aide à saluer Druon!)

Je reviens au sujet qui me préoccupe vraiment. Donc, je naviguais à la recherche de deux oeuvres de Roger Caillois: L'écriture des pierres et Images, Images... Pierres. Bonheur! j'ai échoué sur votre blog (fort intéressant) monsieur Autié. Je me demande si vous connaissez un libraire en France où je pourrais me les procurer; j'ai téléphoné au mien, mais elles sont épuisées. Poète à mes heures, passionnée de minéraux et de fossiles, j'aurais bien aimé les avoir. Merci à vous et j'espère que je ne vous importune pas en vous demandant ces renseignements.

Quant à mon égarement, je dois dire que j'ai eu quelque plaisir à l'écrire. Je vous rassure, je ne tiens pas rigueur à tous les Français pour le pavé de Monsieur Druon.

Au plaisir!

Ecrit par : Diane Després | 01/02/2006

Je ne veux pas répondre à la place de Dominique, mais il vous suffit de vous rendre sur le site de Galaxidion (http://www.galaxidion.com/home/index.php) et de chercher Roger Caillois. Les deux livres en question sont parfaitement disponibles d'occasion, il y en a même plusieurs exemplaires, à des prix très différents.

Ecrit par : Jacques Layani | 01/02/2006

Et surtout, chère Diane, si vous voulez que Dominique Autié vous entende, vous devriez plutôt vous rendre sur sa page. Car s'il me fait, en effet, l'honneur de venir parfois me lire, vous le trouverez tout de même plus sûrement chez lui.

http://blog-dominique.autie.intexte.net/blogs/index.php/all?cat=16

Ecrit par : oliviermb | 01/02/2006

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