19/01/2006
Jeudi 19 janvier 2006
J’apprends que le proviseur qui a été révoqué à cause du blogue qu’il publiait sur Internet était un membre de GA, le site de pédés dont je suis membre (son blogue était néanmoins publié sur une autre plateforme). Je devrais donc me sentir solidaire, j’imagine. Mais pour tout dire, je ne sais trop que penser de cette affaire. La vérité est que je n’en pense rien, qu’elle ne m’intéresse pas vraiment, ce qui, peut-être, donne raison à Esteban, qui ne cesse de me dire, le goujat, que je suis un monstre d’égoïsme, et que je n’ai pas de coeur. Mais un cœur, j’en ai bel et bien : il y avait hier, à la télévision, une émission consacrée aux animaux de compagnie. Et lorsqu’une dame a raconté la mort de son caniche, les larmes me sont venues aux yeux, parce que j’ai repensé à la mort de ma chienne Coccymèle, dont j’ai littéralement senti le cœur s’arrêter de battre dans ma main qui la soutenait. D’un seul coup, dans mes bras, elle s’était transformée en une poupée de chiffon toute molle. J’ai préféré éteindre le poste et regarder Pélagie, bien vivante devant moi. Michel Houellebecq disait récemment, je crois, dans une interview, qu’il comprenait que certains hommes préfèrent venir en aide à des chiens plutôt qu’à d’autres hommes. Je le comprends aussi, même si je trouve cela profondément indigne. Cependant, je veux bien admettre que la sanction soit trop grande pour la faute commise par ce proviseur, si faute il y a eu. Ça ne m’empêche pas de penser qu’il n’est pas tout à fait compatible avec la fonction de proviseur de se montrer nu en public (puisque la tenue d’un blogue implique la publication, même si ce qui est rendu public relève de la sphère privée : mais c’est précisément ce qui est gênant : est-il bon que des élèves puissent être amenés, en navigant sur Internet, à rencontrer leur proviseur non plus sous le masque du proviseur, mais comme une personne privée, avec des humeurs (peut-être dans tous les sens du terme), des phantasmes, des désirs, un corps, des faiblesses, des goûts, des traits de caractère, un vocabulaire relâché, etc. ?). D’un autre côté, je me rappelle qu’on a vu récemment le premier ministre, manifestement complice de la presse qui le filmait, prendre un bain de mer ! Il est toujours premier ministre (évidemment, il ne s’agit pas du même type de nudité. La nudité n’est pas la même, en effet, selon qu’on est sur une plage ou dans une chambre à coucher). Si je ne sais, moi, que penser de toute cela, d’autres peut-être, parmi mes lecteurs, le sauront-ils mieux. C’est pourquoi je les invite, s’ils le souhaitent, à jeter un œil à cette page, et même, pourquoi pas, à signer la pétition soutenant le blogueur, qui se faisait appeler Garfieldd. Je précise tout de même que les photos à caractère pornographique dont il est question, n’auraient eu, en réalité, à en croire les lecteurs assidus du défunt blogue, aucunement ce caractère. On ne peut les croire que sur parole, mais enfin, je n’ai pas de raison de ne pas les croire. Pour ce qui est du caractère pornographique de certains textes, à ce que j’ai pu lire des quelques lambeaux qui restent encore accrochés à la toile, il me semble qu’il est avéré dans un article intitulé Carambolage des sens, et traitant, avec un humour qu’on peut apprécier, de films pornographiques et de tartines de fromage de Roquefort… Pour ma part, je trouve que la crudité d’une photo est plus obscène que celle d’un texte. Et dans le texte en question, l’espèce d’humour (même si on n’aime pas cet humour-là) dont fait preuve le blogueur, efface, finalement, l’obscénité qu’il y a dans l’association de l’odeur et la consistance du fromage de Roquefort avec, j’imagine, l’odeur que pourrait avoir le sexe d’un garçon, ou d’une fille d’ailleurs, mais il n’était pas question de filles dans le billet dont je parle… Moi-même, un jour, dans l’ancienne version de mon blogue de pédé De provincia, j’avais publié une photo sur laquelle on me voyait en train d’uriner, pour illustrer l’un des d(é)i(c)stiques écrits pendant le voyage de Suisse et d’Allemagne avec Esteban. D’ailleurs, on ne me voyait pas vraiment (ce pouvait être n’importe qui), parce que ladite photo était cadrée de telle sorte qu’on apercevait surtout ce que d’ordinaire on cache le plus. Certains de mes lecteurs achriens, pourtant habitués des sites de pédés, où la nudité la plus crue et la plus obscène n’est pas chose rare, n’avaient pas apprécié cette photo, pour l’impudeur qu’ils lui trouvaient. Mais je les avais soupçonnés de vouloir, surtout, m’être désagréables. C’étaient de ces gens qui, plutôt, n’appréciaient pas les amusantes ballades que j’avais pu écrire sur cette linotte de Prêchi-Prêcha ou sur l’abominable Babette. Publier sur Internet, ce n’est, le plus souvent, qu’écrire sur de l’eau. Pourtant, même si ce qu’on écrit n’est guère plus que du pipi de chat jeté dans le vide glacial de nos esprits en réseau, dont il n’émane, au mieux, qu’un peu de vapeur, ce n’est jamais sans une espèce de danger. Voici finalement l’occasion de récrire ici, avec un sens que je ne lui soupçonnais pas, le d(é)i(c)stique dont je parlais plus tôt : « On s’arrête un instant pour pisser dans la brume,/Et l’on voit bouillonner cette curieuse écume… » ! Peut-être que les dames ne devraient pas cliquer sur le premier lien de ce distique, surtout ma mère, si elle continue de lire ce blogue, alors qu’elle ne devrait pas, je le lui ai pourtant déjà dit !
19:50 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Juste pour dire que j'aime bcp cet article. Tu as trouve ton envol je crois.
Ecrit par : Franciscain | 20/01/2006
La mésaventure de Garfield m’inspire deux refléxions.
D’abord la « gayattitude » est loin d’être un comportement banalisé, accepté, reconnu, digéré par la masse. On oublie trop souvent qu’elle ne concerne qu’une minorité d’individus et est perçue comme une abjection par une majorité de citoyens, même si, pour avoir l’air « branché », on affiche une tolérance de façade. Les revendications exorbitantes du parti rose (mariage, adoption etc…) ne font rien pour calmer le jeu et je crains que, dans l’avenir, le fossé ne se creuse encore d’avantage entre ces groupes que leurs goûts séparent. La fréquentation assidue de sites gays, où tous partagent les mêmes goûts, où tous se caressent dans le sens du poil, peut donner l’impression d’une sécurité illusoire qu’offrirait une vaste communauté d’intérêt. Mais la réalité est là, qui guette dans l’ombre et elle finit toujours par nous rattraper, la réalité. Que nous chuchote-t-elle ou nous crie-t-elle à l’oreille, cette réalité ? Elle nous dit : on n’aime pas les pédés (pourquoi les aimerait-on d’ailleurs), surtout les vieux pédés ! Les jeunes à la rigueur. Ils ont le temps de rentrer dans le droit chemin. Mais les vieux ? C’est vrai ça ! Déjà qu’on n’aime pas les vieux, si en plus ils sont pédés, hein ! Et si en plus ils occupent un poste important, détiennent une parcelle de pouvoir, alors là, il ne faut pas hésiter, il faut se les faire ! Ah, si Garfield avait été ministre, cela aurait été encore mieux !
Mais quelle idée aussi de s’afficher sur la toile en tenue d’Adam quand on exerce un métier à risques ! Ou plutôt non, bonne idée, parce que cela va me permettre de faire la transition avec le second point.
C’est que sur la toile, nous sommes tous à poil. J’ai pu lire, en cliquant sur la page qui lui est consacrée que Garfield avait une quarantaine de lecteurs. Grave erreur, car je suppose qu’il s’agit de lecteurs assidus, ceux qui laissent des commentaires. En fait le nombre de lecteurs potentiels est infini. Chaque page de blog est labourée, retournée, mémorisée par les moteurs de recherche. Tiens, fais une expérience. Entre dans un de ces moteurs un mot, un simple mot que tu utilises avec fréquence et tu as toutes les chances de retomber sur ton blog !
Nous nous croyons protégés par la masse de l’information qui circule sur le net. On se dit, allons, personne ne me lit. Faux. Publier sur le net, nous expose plus que la publication d’un livre. On n’achète pas un livre par hasard, par contre on peut tomber sur la page d’un blog par hasard et si ce on est la mauvaise personne, l’affaire est entendue…
Ecrit par : esteban | 21/01/2006
Tout n'est pas rose, en effet, Esteban, mais je ne suis pas sûr que les homosexuels soient encore si détestés que cela. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de haine contre eux, mais je ne pense pas qu'elle soit aussi répandue qu'autrefois. Tu es parti depuis trop longtemps. Depuis que tu as quitté la France, les moeurs ont changé.
Un des arguments avancés par bon nombre des signataires de la pétition pour la défense de Garfieldd est qu'un blogue relèverait, selon eux, de la vie privée et qu'il serait injuste de juger de la vie professionnelle (on pourrait dire vie publique) d'un homme en tenant compte de son mode de vie dans le privé, la vie privée d'un homme ne regardant, en principe, personne que lui. C'est dire à quel point la grande masse des blogueurs est inconsciente de ce qu'elle fait. Tout blogue étant publié, il me paraît évident que, même s'il n'y est question que de vie privée, cette vie privée est potentiellement regardée par tout le monde: elle entre dans la sphère publique, peut agir sur elle, y être discutée, et légitimement, puisqu'elle s'offre d'elle-même au jugement du public. Les blogueurs (pas tous, certains ne cachent pas leur nom) croient qu'un pseudonyme leur enlève toute responsabilité. Mais quelle inconscience! Un blogueur, même le plus mauvais, est un auteur. Ce qu'il écrit vient augmenter le monde. Ce qu'il dit compte et il peut donc être amené à rendre des comptes.
Ecrit par : oliviermb | 21/01/2006
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