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24/09/2005
Samedi 24 septembre 2005
Münster. Opéra de quat’ sous. C’était la toute première fois qu’Esteban assistait à un spectacle (il est déjà allé au cirque, plusieurs fois même, mais il n’y a guère que lui et les roitelets de Monaco pour aimer cela). Quel plaisir d’entendre de nouveau toutes ces rengaines qui m’avaient tellement plu, dès la première fois ! Malheureusement, la Salomon song, qui est ma chanson préférée, était amputée de deux couplets : celui de César et celui de Cléopâtre. Le théâtre de Münster est curieusement fait : on le croirait fabriqué avec les matériaux les moins nobles qui soient : de l’osier recouvre les rambardes des corbeilles ; le plafond est orné d’espèces de loupiottes ; l’armature des fauteuils est une vilaine ferraille ; du linoléum recouvre le sol. C’est un théâtre de quatre sous, lui aussi.
Hier, recherche de la tombe d’Anja. Il n’y a pas de cimetière à Dummerstorf, mais à Kavelstorf. Nous n’avons pas trouvé la tombe. J’aurais dû prendre contact avec la famille d’Anja, ou avec la famille R***, pour savoir où, exactement, elle est enterrée. Du coup, je devrai revenir au moins une fois encore en Allemagne. C’était étrangement apaisant de marcher entre les tombes (celles des cimetières de Kavelstorf et de Petschow) en lisant les noms de tous ces morts. Au fond, je suis heureux de ne pas avoir trouvé, de devoir revenir et chercher encore. J’ai marché dans la rue ou a grandi Anja. J’ai vu sa maison, avec la plaque de vétérinaire de son père. Nous avons déjeuné dans un Imbiß, Esteban et moi. Une femme antipathique nous a servis. Je me suis dit que, peut-être, Anja aussi avait déjeuné là.
Hier soir, nous sommes entrés dans un restaurant, et, pendant un court instant, comme dans les westerns, plus personne ne bougeait. Deux petits pédés (jolis comme tout), les serveurs, qui avaient instantanément compris que nous étions du même bord tous les quatre, étaient en train de nous jauger (et réciproquement), de nous renifler mentalement, comme des chiens dans la rue. Le grand mince, ensuite, pendant qu’il passait et repassait, m’a lancé plusieurs regards fort intéressants. Il savait mettre en appétit, celui-là ! Evidemment, Esteban n’était pas content.



Le 24-09-2005
Lubeck - Munster
Aujourd’hui est un jour spécial : nous devons assister, ce soir, à une représentation de L’Opéra de quatre sous au Stadt Theater de Munster. Pendant tout le trajet qui sépare Lubeck de Munster, tout en essayant de me concentrer sur l’intense trafic qui congestionne les autoroutes allemandes, je joue au sale gosse qui traîne les pieds. Je sais qu’Olivier tient beaucoup à cette sortie. Il a même exigé que je me munisse d’une veste et de chaussures pointues pour aller au théâtre ! Lui-même transporte un incroyable arsenal de vêtements d’apparat protégés par de mystérieuses housses noires. Alors, je me révolte. Ne pourrais-je l’accompagner et revenir le chercher au théâtre à la fin de la représentation ? Parce que moi, m’habiller en pingouin… et puis toute cette foule… et puis je n’ai jamais mis les pieds dans un théâtre de ma vie ! Dans le fond, je sais bien que j’irai, mais je prends un certain plaisir à jouer avec l’idée que je n’irai pas. Il n’arrive pas si souvent qu’Olivier me fasse sentir que ma compagnie lui serait agréable !
Dès que nous arrivons à Munster, nous faisons un premier repérage pour trouver le théâtre, puis nous nous rendons à l’hôtel Movenpick. A peine installés dans nos chambres, Olivier exige que je lui montre les vêtements que je compte porter.
Mon vieux blazer semble faire un certain effet…
Nous sommes devant la Kasse du théâtre une heure avant le lever de rideau. Les billets réservés depuis la Polynésie ont bien été mis de côté pour nous. L’employée me demande si Olivier n’est pas un Schüler afin de lui octroyer une réduction. C’est vrai que dans son costume noir il est encore plus beau que d’habitude et fait très jeune qui essaie de se vieillir…
Le pauvre est tout énervé. Il a tellement peur que la pièce ne me plaise pas. A la cafétéria où nous prenons un verre, je vois que son attention est attirée par un jeune homme d’une grande beauté. Il me demande, c’est moi ou ce garçon n’a pas l’air très viril ? Je lui réponds qu’en effet il est très « gracieux » et ajoute qu’il existe même une troublante ressemblance avec lui. Il semble flatté. Je suggère que le jeune homme prenne ma place, pour ce soir au moins… Olivier me jette un regard courroucé et me lance avec un sérieux déconcertant que ce soir, il est si bien accompagné qu’il ne voudrait voir personne d’autre à ses côtés. Je crois bien que c’est la première fois qu’il me fait un tel compliment, la dernière sûrement aussi !
La première de la pièce est un triomphe. Je suis enchanté…
Mon Dieu que le temps passe vite…

01:55 Publié dans Décalage horaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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