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23/09/2005

Vendredi 23 septembre 2005

 

Le 23-09-2005

Rostock - Dummerstorf - Lubeck


 

        Journée étrange que nous passons à rechercher la tombe d’une jeune fille qu’Olivier a connue il y a une quinzaine d’années, Anja. Sa famille est originaire d’un village proche de Rostock, Dummerstorf, aussi Olivier a-t-il pensé que c’est là qu’elle avait dû être enterrée après son décès prématuré. Il me confie que, pour lui, cette recherche est le point d’orgue de notre voyage. Oui, mais voilà : Olivier n’a pas osé écrire ou téléphoner aux parents d’Anja et il n’y a pas de cimetière à Dummerstorf. C’est ce que m’apprend une dame qui a du mal a cacher son exaspération quand je lui demande (c’est toujours moi qui dois demander bien qu’Olivier se débrouille très bien en allemand), können Sie mir sagen, wo der Friedhof liegt ? D’une voix de tête, elle me répond, aber es gibt doch kein Friedhof im Dummerstorf, comme si l’idée que l’on pût mourir dans son si joli petit village lui était insupportable. Nous prenons congé, sans insister, avec l’impression d’avoir commis un impair impardonnable ! Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un schnell Imbiss. Là, j’apprends qu’on peut encore se restaurer en Europe pour un euro et que les morts ‘‘dummerstorfiens’’ ont le bon goût d’aller se faire enterrer ailleurs, à Kavelstorf, situé à quelques kilomètres sous le vent de Dummerstorf.
        Nous passons l’après-midi à scruter, une à une, toutes les tombes dans ce joli cimetière où les morts reposent en toute simplicité, sans grilles ni monuments funéraires, à l’ombre des grands ormes. Dans une ultime et dérisoire tentative de rattacher les morts au monde des vivants, gravé dans un coin de la pierre tombale, le nom de la commune d’origine du défunt. Il fait beau et on se prend presque à envier ces morts, décédés pour la plupart dans la fleur de l’âge, du fait de la guerre sans doute, dans les années quarante ; pour des raisons moins évidentes plus tard. C’est qu’on ne fait pas de vieux os dans ces parages! Peu de défunts ont dépassé la soixantaine. Beaucoup ont trépassé à quarante ou cinquante ans. Certains sont morts récemment en famille : des accidents de la route, je suppose… Sous l’œil impavide des deux préposés à l’entretien du cimetière, perchés, immobiles, au sommet de leur tracteur dont ils ne descendront pas une seule fois au fil des heures, nous nous partageons la tâche et quadrillons le secteur. Hélas, d’Anja, pas la moindre trace ! Je suis désolé pour Olivier…
        Nous passons la nuit à Lubeck à l’hôtel Kaiserhof où aucun Kaiser n’a certainement dû mettre les pieds. Pour une fois je suis d’accord avec Olivier : les chambres y sont vraiment minables !
        Nous nous promenons dans la vieille ville et nous recueillons un moment devant la maison qui vit naître Thomas Mann, dont nous apprécions tous deux l’œuvre.
        Pendant tout le dîner, Olivier dévore des yeux les deux garçons qui assurent le service dans la grande salle bondée. Il remarque mon irritation et se moque de ma jalousie. Ce qu’il ne comprend pas, c’est que je ne suis pas indisposé par le fait qu’il regarde d’autres hommes alors que je suis en sa compagnie (ce serait grotesque, puisque rien de physique ne nous rattache l’un à l’autre), mais par le genre d’hommes qu’il regarde, des adolescents, soulignant par là même le fossé infranchissable qui nous sépare. S’il regardait des quadragénaires, je serais rassuré, mais ceux-là sont transparents à ses yeux ! Je ne suis pas jaloux, tout juste révolté !

La ‘‘maison des Buddenbrook’’.

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