21/09/2005
Mercredi 21 septembre 2005
J’avais fait le pari d’être agréable pendant tout notre voyage. J’ai tenu jusqu’aujourd’hui, mais j’ai perdu. La journée avait pourtant bien commencé. Nous étions allez visiter le Pergamonmuseum, que je tenais tant à revoir (il est vertigineusement triste de regarder ces ruines rapportées à Berlin, tombant en ruine une seconde fois, à l’intérieur du musée…). L’après-midi, Esteban a voulu aller faire quelques achats sur le Kurfürstendamm (dont un nouvel appareil photo, pour remplacer celui que j’ai cassé l’autre jour), et c’est alors que je suis devenu insupportable. Pourquoi cela s’est-il produit ? Je ne saurais dire. Peut-être Esteban en parlera-t-il dans son journal. Il doit y avoir dans mon caractère, dans mon humeur, une méchante instabilité, à laquelle, sans doute, les psychiatres donnent un nom, mais que je ne préfère pas connaître. D’ailleurs, il n’y a vraiment de problème que lorsque je ne suis pas seul, ce qui arrive rarement, Dieu merci. L’heure avançant, je suis devenu de plus en plus mauvais, au point de me retirer dans ma chambre, en laissant derrière moi un Esteban apparemment furieux (il avait haussé la voix, ce qui est rarissime : d’habitude, je n’entends qu’une phrase sur trois de celles qui sortent de sa bouche ; d’où, peut-être, cette incompréhension certaine qu’il y a souvent entre nous). Moi-même, j’étais très en colère, sans savoir pourquoi. Même le bain que j’ai pris pour me détendre m’exaspérait, parce que la baignoire était trop grande et que, mes pieds ne touchant pas le bord, je glissais et mouillais mes cheveux.

Le Pergamonmuseum.

L’autel de Pergame (dédié à Zeus et Athéna, je crois), qui donne son nom au musée.



Une famille en train de se cultiver !

Antinoüs.



Une épine dans le pied.


Peut-être un portrait de Sophocle.
Le 21-09-2005
Berlin
Débutons la journée par une visite au musée de Pergame, qui recèle quelques belles reconstitutions architecturales, grandeur nature, de cette antique cité grecque. Malheureusement, ces ruines en parfait état dans leur milieu d’origine, mal remontées dans le musée, achèvent de tomber en… ruine. Le visiteur doit être protégé des chutes de pierres par d’impressionnants filets. Olivier mitraille avec mon appareil dans la salle réservée à la statuaire grecque. Je me demande si ces statues ne sont pas seules à pouvoir émouvoir son cœur qu’il dit de pierre… Est-ce l’influence de cet univers figé dans son éternelle beauté, je ne sais, toujours est-il qu’Olivier renoue avec son antique moi. Je retrouve dans son regard ces lueurs d’agacement et de mépris qui m’avaient tant pris au dépourvu il y a quelques mois, tandis qu’il me regarde avaler mon goulasch dans une gargote berlinoise. Il me dit que je fais trop de bruit en buvant. Je le dégoûte, c’est visible. Du coup j’avale de travers et manque de m’étouffer. Ce prétentieux me montre comment il faut boire. Il avale le contenu de son verre en courtes gorgées précieuses. Je lui rétorque, c’est un truc de pédé ça ! Je remplis mon verre d’eau gazeuse et en engloutis le contenu en deux lampées bruyantes, m’essuyant la bouche du revers de la main, étouffant à peine un rot libérateur… La guerre est déclarée. Tandis que nous parcourons la ville à pieds, les escarmouches se multiplient. Je marche trop vite, parle trop bas, ne comprends rien à rien, mange salement, n’ai aucun respect pour la jeunesse et en plus, il n’a plus de chaussettes à se mettre. Tandis que nous débouchons, je ne sais comment, sur le Kurfürstendamm, l’artère commerçante, il me force à lui acheter une dizaine de paires de chaussettes que je lui enfoncerais bien dans la gorge pour voir s’il les avale sans faire de bruits désagréables ! Nous rentrons en taxi. J’ai le malheur de dire au chauffeur, zum Kempinski bitte, donnant le nom de la chaîne hôtelière, comme j’aurais pu dire au Sheraton ou au Hilton, au lieu de dire à l’Adlon, qui est en quelque sorte le prénom de l’hôtel. Evidemment, le chauffeur nous emmène à l’autre Kempinski, de moindre standing, sans doute leurré par notre mise modeste. Olivier triomphe ! Comment ? Pas même capable de donner correctement une adresse ! Du coup, j’ai l’impression de ne rien avoir vu de Berlin avec ces conneries !
01:35 Publié dans Décalage horaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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