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19/09/2005
Lundi 19 septembre 2005
Je me sens si fatigué que la force me manquerait presque d’écrire dans ce journal. Nous avons encore marché toute la journée. Visite du château de Hohenschwangau, puis de Neuschwanstein, où nous nous sommes rendus à pieds. Ensuite, longue promenade autour de l’Alpsee. Paysages renversants de beauté. Silence absolu, tellement qu’une feuille tombant d’un arbre semble faire un grand bruit. Cygnes. Brume montant du lac.
A Neuschwanstein, ironie de la commentatrice électronique : « Louis II n’aurait jamais voulu que ses châteaux fussent visités par le commun, nous dit-elle, alors même que nous sommes en train d’en visiter un ! Il aurait pensé que la beauté des lieux aurait été souillée par les yeux du vulgaire ». Grand malaise : impression d’une part que je ne devrais pas être là, au milieu du vulgaire et, d’autre part, que je suis moi-même trop vulgaire pour pouvoir regarder.
Dans la rue, croisons deux jolis pédés, sans doute un couple. J’ignore pourquoi, mais au premier coup d’œil, je me dis qu’ils sont français. D’après Esteban, c’est à cause de la recherche dans la tenue, avec ce qu’il faut de négligé… Peut-être, mais j’aurais plutôt pensé à la façon de feindre de ne pas me voir, ou de me regarder avec un souverain mépris (teinté d’une salace envie tout de même – mais surtout, pas le moindre sourire, au contraire : l’air franchement offensé !) une fois qu’ils se sont rendus compte que je les avais aperçus (mais peut-être tous les pédés se conduisent-ils ainsi, et pas seulement les français). Toujours est-il que, lorsque nous les croisons une seconde fois, ils sont bel et bien en train de parler français.
Au restaurant de l’hôtel, on nous affecte un serveur français, exquis, celui-là : poli, souriant, bon garçon. Un peu plus loin, un serveur allemand, avec des cheveux d’une blondeur qu’on ne trouve pas en France, un blond presque blanc. Les serveurs du petit-déjeuner, qui sont souvent les plus jeunes membres du personnel, ai-je cru remarquer (peut-être parce qu’ils se forment, et que le petit déjeuner n’est pas trop difficile à servir), sont parfois très beaux. Même Esteban, qui n’a jamais de mots assez cruels contre la jeunesse, trouvait le petit brun d’hier matin, à l’hôtel de Zermatt, des plus charmants ! Pour une fois, nous étions d’accord. C’est assez rare pour être signalé. Moi aussi, je trouvais ce garçon fort joli, mais il n’était pas bien différent de tous ceux qui me plaisent d’habitude, ce qui me fait penser qu’Esteban est le plus souvent de mauvaise foi : lui aussi trouve sûrement jolis les garçons qui me plaisent, seulement, il ne veut pas le reconnaître, pour m’être désagréable, parce qu’il est contrarié que j’attire son attention sur ces jolies petites créatures à tous les coins de rues.
Mon appareil photo ne fonctionne plus. Je dois me servir de celui d’Esteban. Si je prends tellement de photos, ce n’est pas tant par ce réflexe idiot des touristes fourmillants, comme avait pu croire Esteban, lors de notre premier voyage ensemble, mais pour être sûr d’avoir une provision suffisante d’illustrations pour mon blogue. Sur cent photos prises, une ou deux, peut-être, seront publiées.

Hohenschwangau.

Entrée de la visite.

Le château de Neuschwanstein vu depuis celui de Hohenschwangau.


Entrée de la visite du château de Neuschwanstein.


Les cygnes de l’Alpsee, qui donnent leur nom à Schwangau.

Le lac suintant la brume.

Le 19 - 09 - 2005
Hohenschwangau
Ce matin, le village semble perdu dans la brume. On n’aperçoit que le sommet des tours du célèbre château de Neuschwanstein. Il fait une température sibérienne. Pendant qu’Olivier dort, je vais acheter les billets pour la visite des deux châteaux de Louis II de Bavière. Organisation à l’allemande : à chaque billet correspond une heure et un numéro de groupe précis.
Nous commençons par le château de Hohenschwangau. En attendant que s’affiche le numéro de notre groupe, un petit drame se produit. L’appareil photo d’Olivier rend l’âme. Il est vrai qu’il était tombé de sa poche sur le sol, la veille. Devant l’air catastrophé d’Olivier, je lui tends mon appareil. Après tout, la photo, ça n’a jamais été mon truc. On en oublie de vivre les moments qu’on s’efforce d’immortaliser.
Notre numéro de passage ne s’affiche pas sur l’écran, pour la simple et bonne raison que celui-ci semble aussi être tombé en panne. Pas de problème. On passe en manuel et c’est un gardien aux allures de Feldwebel qui nous appelle. Nous pénétrons dans le château avec un groupe d’une vingtaine de personnes. A l’entrée, une guide humaine nous tend les guides audio commandés au moment de l’achat des billets dans sa langue de prédilection. L’humaine se contente de nous ouvrir les portes des salles et de nous faire sortir après les quelques minutes nécessaires au guide audio pour débiter son tissu de banalités. Le volume de ces petits appareils est réglé au maximum aussi n’est-il pas nécessaire de les coller à l’oreille. Mais quelle cacophonie ! Le japonais ne semble pas être une langue très concise si j’en juge par le retard que prennent les touristes nippons qui écoutent religieusement la bande sonore avec force hochements de tête approbateurs. Les Allemands gardent les yeux mi-clos. Ils sont chez eux. Ils ont le temps. Ils reviendront un autre jour pour voir. Les Français parlent entre eux de leur retraite prochaine, tandis que les Italiens essaient de pénétrer dans une salle interdite au public ou regardent dans la direction opposée à celle indiquée par le guide. Je l’ai dit à Olivier, pour moi, le spectacle se trouve dans la foule !
En une demi-heure, l’affaire est entendue et nous nous retrouvons à l’extérieur après un passage obligé par la boutique de souvenirs qu’on voudrait n’avoir jamais vus. Olivier achète un chapeau tyrolien : c’est une chose verdâtre, hideuse, couverte de poils pubiens. Il profite d’un moment d’inattention de ma part pour me l’enfoncer sur la tête et me prendre en photo !
Comme la visite du château de Neuschwanstein est prévue pour quatorze heures dix, nous allons déjeuner, puis entreprenons, à pied, la montée vers l’étrange bâtisse. Nous sommes dépassés par des fiacres bondés de touristes hilares et satisfaits, tirés par d’impressionnants chevaux de trait qui, l’échine ployée sous l’effort, lâchent des pets sonores. Olivier se plaint encore de douleurs musculaires engendrées par la descente du Gornergrat, deux jours plus tôt. Chaque pas lui arrache des gémissements. Il parle de thrombose et de phlébite !
La visite du château est une copie conforme de celle de ce matin, si ce n’est que là, les guides audio semblent être en décalage complet avec le sens de la visite, rendant les commentaires incompréhensibles. Dommage que ce système de visite pensé pour la haute saison ne puisse connaître des aménagements en basse saison, quand le nombre réduit de touristes permettrait des visites individuelles. Nous redescendons au village et marchons de longues heures le long des berges du lac de Hohenschwangau dans la lumière laiteuse de cette fin de journée brumeuse. A la forêt épaisse et sombre, succèdent des marais couverts de roseaux. Je découvre qu’Olivier, que je pensais être un citadin invétéré, aime la nature. Pour lui, un tel paysage ne pouvait mener qu’au romantisme.
01:15 Publié dans Décalage horaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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