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17/09/2005
Samedi 17 septembre 2005
Aujourd’hui : randonnée. Nous montons en train de Zermatt à Gornergrat et redescendons à pieds dans la brume. Je n’ai jamais vu quelqu’un marcher aussi vite qu’Esteban. Mais il faut marcher avec lui pour s’en rendre compte, car il a, dans le même temps, l’air d’être extrêmement lent. Où qu’il soit, en ville ou dans la montagne, il a la démarche d’une espèce d’Indien, ou pis, de hippie, mais dont un seul pas doit correspondre à deux ou trois des miens. C’est un peu ridicule. S’il marche si vite, je crois, c’est par habitude des voyages. Il m’a expliqué qu’à l’étranger, les gens malintentionnés reconnaissaient les touristes, qui sont leurs proies, à leur démarche hésitante. Esteban marche donc vite, où qu’il soit, où qu’il aille, et même s’il ne sait pas où il est ni où il va, ce qui, souvent, nous force à revenir sur nos pas. « Va donc arrêter quelqu’un qui marche vite, surtout s’il est un peu costaud ! », m’a-t-il dit plusieurs fois. Et en effet, il m’est impossible de le faire ralentir. Tous les jours, je lui fais cette remarque qu’il marche trop vite pour moi et que ce n’est pas très courtois de me laisser à la traîne ou de me forcer à presque courir derrière lui, ce qui est particulièrement fatigant, et inutile, puisque, je l’ai dit, nous revenons souvent sur nos pas. Mais on croirait qu’il ne m’entend pas. Aujourd’hui, pendant notre randonnée, il marchait donc toujours aussi vite et s’arrêtait régulièrement pour m’attendre (il avait peut-être peur que je me perde, à cause de la brume), pouvant ainsi se reposer pendant que je le rejoignais. Mais quand j’arrivais, il repartait aussitôt : impossible pour moi de souffler un peu ! Au fond, Esteban est un égoïste : si habitué à sa solitude, qu’il ne soupçonne pas même qu’autrui puisse être différent de lui, plus ou moins doué que lui, mieux ou moins bien entraîné, ni même plus ou moins jeune, semble-t-il, puisque, à l’entendre, l’âge n’existe pas, où s’il existe, ce n’est que pour affecter les corps, en aucun cas pour affaiblir ou renforcer l’esprit…
(Avons aperçu des marmottes, des moutons et deux ou trois randonneurs. Agréable sensation de pisser dans la brume.)

Le 17-09-2005
Zermatt
Ce matin, le temps est couvert. Une brume épaisse s’accroche aux montagnes et fait tomber sur nous un crachin insidieux. Je persiste dans notre projet de monter au Gornergrat en train et de redescendre à pied. A trois mille mètres, la température est négative et il tombe un fin grésil. On n’y voit pas à dix mètres, mais comme j’ai du faire cette randonnée une vingtaine de fois, après un rapide repas chaud pris à la station du train, nous entreprenons la course qui doit nous ramener à Zermatt. Le sol est humide et glissant. Olivier peine à me suivre bien que je m’astreigne à un rythme de vieillard. Il s’arrête tous les kilomètres pour uriner. Ça doit être l’altitude ou l’anxiété… Tandis que nous progressons dans la brume qui gomme tout point de repère, nous ne voyons rien de ce qui doit être l’un des plus beaux paysages de Suisse ! Le Cervin reste caché. Il n’y a même pas le moindre touriste japonais. Nous sommes seuls au monde ! Dans la forêt, à partir de deux mille mètres, le brouillard se lève un peu, tout en restant accroché aux cimes des arbres. Olivier est en nage… Tant mieux, il pissera moins !
Tandis que nous pénétrons dans le village, je lui propose d’aller acheter des chocolats pour sa mère. Il m’envoie balader : sa mère est au régime et de toute façon il n’a pas la force de faire un pas de plus ! Il me reproche d’avoir essayé de le perdre dans la brume en marchant trop vite et s’en va bouder dans sa chambre jusqu’à l’heure du dîner. Il devrait me remercier : je lui ai fait gagner une demi-heure sur le temps de marche prévu par l’association des guides valaisans affiché au départ de la course!

01:00 Publié dans Décalage horaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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