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15/09/2005

Jeudi 15 septembre 2005

        Journée passée à Lausanne, où nous nous somme rendus, de Genève, par le Léman. Durant la traversée, nous apercevons le château de madame de Staël (à Coppet). (Pendant le retour – trois heures environ –, j’ai le temps de lire L’Ami retrouvé.) Esteban me montre tout un tas de propriétés sur les rives du lac (celle, en particulier, de l’Aga Khan), dont certains des habitants étaient autrefois des connaissances à lui, jeunes gens généralement livrés à eux-mêmes (comme l’était alors Esteban), dont les parents étaient souvent partis par monts et par vaux. Tout ce petit monde se retrouvait tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre : « J’ai déjà dormi dans cette maison, me dit-il ; dans cette propriété, les enfants ont dû ajouter ces maisons, qui n’y étaient pas de mon temps ; cette maison était d’abord le pavillon du gardien. Les héritiers, qui ont dû se partager l’endroit, en on fait une seconde maison. » Enfin, nous passons devant la propriété d’Esteban, celle où, enfant, il passait ses vacances. C’est un grand chalet entouré de plusieurs pavillons et de grands arbres. Quand il fut étudiant, il s’y installa tout à fait. Il se rendait à l’université de Genève par le lac, en bateau (un riva que son grand-père avait fait venir de Venise et que son père avait fait reproduire à l’identique et équiper d’un moteur Rolls-Royce).
        Ce soir, comme hier, nous dînons dans un excellent restaurant japonais. En face de nous, deux lesbiennes (jolies, pour une fois) se caressent la joue, le cou, puis s’embrassent tout à fait, pas encore avec la langue, tout de même (il paraît que les Suisses tolèrent toutes sortes de mœurs, du moment qu’il n’y a pas d’impudeur, dixit Stephanus – mais où commence la pudeur, là est la question ?). Un peu plus loin, deux pédés à crânes rasés ; dont un à lunettes et chemisette rose fort joli qui regarde plusieurs fois vers nous. Il invite son voisin à faire de même. Un peu plus tard, il se lève et, passant devant nous pour se rendre où l’on devine, nous dévisage franchement. Pareillement quand il revient à sa table. Je dis à Esteban : « Oh ! Esteban, tu les as vu, les deux, là-bas, et comme ils nous regardent ? » Et lui de répondre : « C’est toi qu’ils regardent. Ils se disent sûrement que tu ne dois pas être très regardant pour être accompagné par moi, et qu’il n’y aurait pas à beaucoup insister pour t’attirer dans un endroit où ils pourraient te partager… » C’est faux, bien sûr, je suis très regardant, je passe malheureusement mon temps à regarder !

Le Mont-blanc (rose) et la lune, vus depuis le bateau.

Le château de madame de Staël.

 

Le 15-09-2005

Genève


 

        Ce matin je me sens mieux. J’ai enfin réussi à dormir ! Je réalise aujourd’hui un rêve d’enfance : faire le tour du Léman sur un de ces majestueux vapeurs qui sillonnent en été les eaux calmes du lac. Je sais, c’est idiot, mais je ne l’avais jamais fait ! A quoi bon, puisque dans mon enfance nous disposions d’une vedette à moteur ?
        Tandis que les machines font vibrer l’antique coque, je regarde, fasciné, dans la coursive, les bielles s’activer à faire tourner les roues à aube. Quelle perfection ! Sur le pont des premières, nous nous prenons en photo comme ces couples du troisième âge qui promènent leur ennui dans les  transports en commun, gratuits pour eux en Suisse. Les Japonais ont déserté les bords du Léman, on dirait. Bientôt, le retour des brumes qui rendront les rives invisibles… Instant d’intense émotion tandis que le vapeur passe devant l’ancienne propriété familiale. Olivier commente la disposition des lieux, retrouve les indices dont j’ai parsemé les textes de mon blogue. Nous déjeunons à bord tout en regardant l’eau défiler le long du plat-bord. Nous nous arrêtons quelques heures à Lausanne. Visite rapide de cette ville en pente. Nous rentrons en fin de journée par le vapeur qui ramène les frontaliers de Suisse en France. Magie du Léman qui prête encore ses eaux au transport des personnes. Un court instant nous voyons le massif du Mont-blanc se dessiner dans la lueur orange du soleil couchant. La pleine lune se lève à l’Est. Deux vieillards se sont assoupis sur leur transatlantique. Vision d’un autre temps. Arrivée de nuit dans la rade illuminée. Olivier est tout content de sa journée…

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