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14/09/2005

Mercredi 14 septembre 2005

        Genève. Hôtel Cornavin (dans lequel Esteban, qui connaît pourtant la ville (et ses hôtels) comme sa poche (Genève est le seul endroit du monde, me dit-il, où il ait vraiment des racines), tenait absolument à réserver nos chambres (qui sont loin d’être extraordinaires…), à cause de la bande dessinée L’Affaire Tournesol, dans laquelle il serait question de cet hôtel (Esteban est un tintinophile, comme je crois qu’on dit). Résultat : sa chambre est si inconfortable (heureusement, la mienne est habitable, avec de grandes baies vitrées et une vue sur toute la ville – je suis au septième étage) qu’il voulait en prendre pour lui une seconde, dans un autre hôtel !).
        En route pour Genève, nous avons fait une halte à Paray-le-Monial. Dans la basilique, il y avait une inscription rappelant le pèlerinage dans cette ville du pape Jean-Paul II. Presque en face du cloître, de l’autre côté du canal, se trouve un square ‘‘des droits de l’enfant’’ ! Est-ce à dire qu’en ce jardin tout est permis à l’inutile et bruyante gent infantile ? Je ne sais : ils étaient tous à l’école, Dieu merci ! Et bientôt peut-être, on trouvera des squares des droits de la femme, des squares des droits du meilleur ami de l’homme, des squares des droits des homosexuels, bien sûr (j’ose à peine imaginer ce qu’y feraient les promeneurs), des squares du droit à l’enfant pour les homosexuels même, celui du même droit, mais pour les transsexuels, etc, etc. Il y aura toujours plus de droits et donc de squares, à tel point que les villes deviendront des forêts. (Je ne crois pas qu’il existe de rue sans nom. Est-ce la même chose pour les squares ?)
        Ici, à Genève, Esteban m’a montré son ancienne université. Rien n’aurait changé. A la librairie Payot, il y a des livres en français, en allemand, en italien et en romanche.

        (Rêvé cette nuit que j’étais amoureux d’un garçon. Pour une raison que je ne sais pas, il tombait dans le coma. A l’hôpital, un tuyau lui était planté dans la gorge. Il semblait endormi mais conservait toute sa beauté. Sa famille voulait le ‘‘débrancher’’. L’idée m’était insupportable, parce que je pouvais encore regarder son corps, sa beauté, et, surtout, sentir son odeur, qui était pour moi comme l’émanation de toute sa personne, son âme, la preuve de sa présence. Euthanasie ? Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’odeur. Etat végétatif. Etre une fleur.)

A l’intérieur de la basilique.


 

Le 14-09-2005

Vichy - Genève


 

        Après une courte halte à Paray-le-Monial dont l’intérêt est sans doute plus spirituel qu’architectural, nous arrivons à Genève en début d’après-midi. Le temps est splendide, la rade magnifique et mon moral est au plus bas. Genève est sans doute la seule ville au monde que je connais vraiment pour avoir séjourné régulièrement à proximité pendant quarante ans. Tandis que nous prenons un verre sur le quai des Bergues, une émotion subite m’étreint. Je pense à mon père, à ma mère, tous deux disparus, à la belle propriété du bord du lac aujourd’hui vendue… Je suis anéanti… Olivier se méprend. Il me dit que je ne suis plus le même, que je ne semble plus apprécier sa compagnie… Je le rassure comme je peux. Ma chambre à l’hôtel Cornavin où j’ai réservé en souvenir de Tintin (L’affaire Tournesol), achève de faire sombrer mon moral. Elle est minuscule, sinistre et donne sur la voie ferrée. Je repense à mon chalet du bord du lac. Une reproduction d’une toile de Monet placée au-dessus de mon lit, souligne l’incongruité de cet instant. Une vue de la place Saint-Marc à Venise peinte par Monet, était précisément, en d’autres temps, la pièce maîtresse de la collection de toiles impressionnistes de mon père… Heureusement que la chambre d’Olivier est spacieuse et jouit d’une vue panoramique sur la cité de Calvin. Je ne sais pas si j’aurais pu supporter ses récriminations ! Le soir nous mangeons au Miyako, mon restaurant japonais préféré. Attablés au sushi bar, Olivier insiste pour me faire boire du saké tiède. Pour me pousser dans la voie du vice, il précise que je n’aurai pas à conduire demain. L’alcool me plonge rapidement dans une douce torpeur. Je ne bois jamais ! Je suis bien. J’essaie de lui communiquer un peu de l’amour que j’ai pour cette ville. J’aimerais que cet instant n’ait jamais de fin…
        De retour à l’hôtel, Olivier, sans un mot, me suit dans ma chambre. Là, tout en jouant avec mes cheveux, il se serre contre moi et me murmure des mots gentils. Je ne le reconnais plus ! Jusqu’ici, nos rencontres sur l’oreiller avaient plutôt été des desencuentros, comme disent les espagnols, durant lesquels son désir de me plaire entrait en conflit avec le déplaisir que lui procurait le contact d’un corps d’homme qui n’avait plus vingt ans depuis longtemps…

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