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04/09/2005

Samedi 3 septembre 2005

        Quand j’écrivais, l’autre jour, que la queue se trouvait comme en abyme du cadavre, je faisais presque une citation de Renaud Camus, mais sans le savoir, puisque je n’avais pas encore lu ces mots : « Le fétiche, en l’être ou le corps désirable, désiré, est l’objet de désir resserré, centré, cadré (en abyme ?) (le sexe, les poils, etc., selon le cas) vers quoi converge le désir général, ou qui le fait naître […] » (Renaud Camus, Etc., P.O.L, page 84). Seulement, dans mon cas, il faudrait changer désir par dégoût. Enfin, j’exagère, je n’ai pas toujours ce dégoût de la queue, mais seulement une fois que tout est consommé. Je puis même trouver certaines queues fort belles. C’était le cas de celle d’Augustin, qui était tout à fait à mon goût, dans quelque état qu’elle fût. Et maintenant que j’y pense, j’avais bien pu écrire, dans De la bouche des enfants, au moment de l’émasculation de l’amoureux : « Je me suis rappelé tout à coup que c’était la partie de son corps que j’aimais le plus, que c’était le centre de mon amoureux qu’ils découpaient. Ça m’a donné l’impression qu’ils étaient en train de le tuer avant de le tuer ». Cela va tout à fait dans le sens de ce qu’écrit Camus du fétiche en abyme et prouve d’ailleurs que, moi aussi, réflexion faite, je puis être une espèce de fétichiste. Mais il y a tout de même de fort laides queues, par exemple toutes celles qui sont circoncises et dont, pour une raison que je ne m’explique pas, je puis à peine soutenir la vue. Elles m’évoquent un moignon. Et puis je crois que je suis d’abord attiré par ce à quoi je ressemble, ou plutôt, par ce à quoi je voudrais ressembler (une espèce de frère idéal, exemplaire, un modèle). Et je ne voudrais pas ressembler à une fille, bien sûr, ni n’aimerais être une espèce d’estropié. (Circoncis, le David de Michel-Ange serait tout de même moins beau !) Il y a aussi (je ne devrais sans doute pas me servir de ce mot, mais c’est pourtant celui-là qui, pour penser ce que je m’apprête à dire, me vient toujours à l’esprit), il y a que je me représente le monde, plutôt mon monde (le monde de mes désirs), divisé en trois races : celle des femmes, celle des hommes circoncis et la mienne. Et il me plaît d’appartenir, au moins dans le domaine du sexe et du désir, à une race bien précise. Mais au lieu de race, je pourrais peut-être aussi bien parler de famille. L’important, au fond, c’est la ressemblance physique et, par conséquent, l’espèce de familiarité qu’il peut y avoir, d’emblée, entre deux garçons possédant un prépuce. Il y a sans doute là quelque chose d’irrationnel et d’injuste, mais on se sert rarement de son jugement dans ces matières. Je dois tout de même reconnaître qu’il m’est arrivé plusieurs fois d’être attiré par des filles et même de tomber amoureux d’elles (alors pourquoi pas d’un circoncis ?). Mais jamais (sauf avec Anne, la pauvre, mais elle était d’une telle commodité !), jamais je n’ai eu le courage d’explorer très profondément ces terres qui me seront toujours trop étrangères pour que je m’y sente vraiment à l’aise. Je devrais peut-être garder cela secret (tant il est peu politically correct de le penser), mais dans le domaine du désir et du sexe, je n’aime pas l’étranger. Et comment le pourrais-je, d’ailleurs, puisque ce que je recherche, c’est un frère ?

Commentaires

hé ben, un psychanaliste aurait du boulot avec vous

Ecrit par : eeeg | 04/09/2005

Je trouve ce billet particulièrement clair et serein. Le désir de l'autre qui nous ressemble y est particulièrement bien exposé.

Le mot "race", bien évidemment, me hérisse : quelle connotation et quel risque à l'employer ici ! -- mais vous en êtes conscient et pensez déjà à lui préférer celui de "famille".

Ecrit par : Jacques Layani | 06/09/2005

Si c'est ce mot de race qui me vient à l'esprit, c'est peut-être parce qu'il est bien à la mesure du terrible sentiment d'injustice que l'on doit ressentir, si le désir qu'on a pu inspirer à quelqu'un se trouve soudain arrêté pour une raison aussi indépendante de sa volonté que le fait d'être circoncis, ce qui arrive généralement très tôt dans la vie, quand on n'a pas encore son mot à dire (l'enfance). S'il m'arrivait, à moi, d'être rejeté parce que j'ai un prépuce, c'est-à-dire parce que je suis comme je suis venu au monde, je me sentirais aussi injustement jugé que si, par exemple, on me rejetait pour la couleur de ma peau.

Ecrit par : oliviermb | 07/09/2005

Je comprends mieux, en effet. Mais enfin, c'est un mot terrible, dangereux.

Ecrit par : Jacques Layani | 07/09/2005

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