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26/07/2005
Mardi 26 juillet 2005
J’ai commencé la lecture du Mausolée des amants. Finalement, c’est une sorte de blogue que ce journal : « (J’écrivais des lettres à T., sous la douleur les mots sortaient, je ne les lui envoyais pas, plaçais l’enveloppe cachetée à son nom dans une boîte de bois blanc, et il venait les lire, elles étaient à sa disposition, dans la boîte, je les relisais contre lui, je les échangeais contre son corps, sa bave, et il m’interdisait de les déchirer, elles s’empilaient, je lui disais : « Je t’ai écrit, là », en désignant la boîte, qu’il allait ouvrir, pour laquelle il laissait mon corps. Les lettres ont cessé, le cahier a pris le relais, est devenu l’endroit où il pouvait venir lire, à tout moment, dans mon absence. Je lui laissais mes clefs pour qu’il soit plus libre de le consulter. Maintenant, j’ouvre la boîte en public, j’ouvre le cahier et je le laisse ouvert : je peux facilement m’imaginer mort.) » Un blogue, ce n’est pas tant un journal publié sur Internet et qu’on peut parfois commenter qu’un journal qu’on peut lire à mesure qu’il s’écrit (alors que le journal ordinaire, si du moins il est publié, on ne le lit qu’une fois qu’il a été écrit). Il fut donc un temps où les blogues n’étaient pas encore ce phénomène de société. C’étaient des objets de papier dans une boîte de bois blanc, des objets rares, je veux dire : dont l’expérience (un journal se donnant à lire à mesure qu’il s’écrit) devait être rarement tentée. Sentir dans son dos, presque en même temps qu’on écrit, les yeux qui vont lire, qui lisent presque au présent, cela doit avoir une influence sur le contenu de ce qu’on écrit, cela doit parfois donner quelques scrupules. Par exemple, celui-ci : page 33, je lis cette simple phrase : « Hors sa réfraction aux odeurs, je pourrais trouver à T. une configuration canine ». Mais page 34 : « J’ai rayé tout le passage sur la ressemblance de T. avec un chien, car il me semblait trop grossier, et pourtant : j’évoquais sa bisexualité, qui est un fait presque animal ; le fait que dans la baise la bestialité est un des fantasmes qu’il imprime (le fantasme de la rapidité du plaisir) ; son attachement sentimental, mais son infidélité constante (se retourner sur le dernier corps passé) ; tout son tempérament enfin : son goût de la promenade, du furetage, de la drague ; sa bonne humeur – il remuerait presque de la queue – alternée avec des moments de mélancolie boudeuse ; son grand amour des chiens, qu’il aborde presque comme des frères, partout, dans la rue ; sa satisfaction à retourner les poubelles. Il aura fallu mettre beaucoup de « presque » dans ce passage pour atténuer la grossièreté de la comparaison, mais elle n’est pas fausse ». Qui sait, peut-être Guibert est-il revenu sur son premier scrupule dans le but, précisément, de blesser son unique lecteur, T., qu’il avait d’abord voulu ménager… Pour ma part, je ne trouve pas qu’il soit si grossier que cela de comparer un garçon à un chien. Hadrien compare Antinoüs, je crois, à un beau lévrier qui s’est couché sur sa vie. Voilà ce qu’il me faudrait, un garçon qui soit comme un chien : silencieux, et qui reste dans son coin quand je n’ai pas besoin de lui. Il est vrai que le lévrier est un chien de race, un chien fidèle. Guibert pense sans doute plutôt à quelque bâtard, toujours à courir les rues, à la recherche d’un autre chien à monter. Mais imaginer T. faisant la fête à tous les chiens qu’il croise dans la rue me l’a tout de suite rendu sympathique.
Tant que je ne l’aurai pas comparé, dans ce journal, à un chat, Esteban, ci-devant S***, n’aura pas de sérieuse raison de se plaindre de moi. D’ailleurs, il n’y aurait guère que ce chien de Hieronymus Z*** qui aurait de bonnes raisons de m’en vouloir, s’il savait lire.
23:55 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Au point où j'en suis , un chat ça fera très bien l'affaire ou plutôt non...un rat oui c'est ça ...un gros rat avec des yeux rouges....Hips....Allez hop , encore un petit coup de rhum!
Ecrit par : manutara | 27/07/2005
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