23/07/2005

Vendredi 22 juillet 2005

        Esteban, ci-devant S***, m’a fait comprendre qu’il n’appréciait que très moyennement que je me sois permis de changer de partenaire sexuel. Mais il serait plus juste de dire qu’il n’apprécie pas que je me sois trouvé un partenaire sexuel (et encore, juste pour une nuit), tant il est vrai que les occasions que j’ai de baiser sont rares, essentiellement, d’ailleurs, pour cette raison que je ne les cherche pas, du moins la plupart du temps, avant-hier étant une regrettable exception (je dis regrettable, à cause de la petite crise de nerf (toute virtuelle, heureusement), qu’Esteban m’a faite). Mais il semble bien que le problème soit précisément dans le fait que ce partenaire sexuel, je ne le connaissais pas avant de le rencontrer ni ne souhaitais le connaître autrement que bibliquement (mais je ne suis pas bien sûr que ce dernier mot convienne tout à fait à des amours sodomiques, même s’il n’y eut pas, à proprement parler, de sodomie : nous ne sommes pas des bêtes, quand même !). Esteban ne comprend pas qu’on puisse s’adonner à cette espèce de male baise, fast fuck sans saveur et sans âme. Il croit que cela s’explique par les valeurs qui étaient celles de sa famille, des valeurs du XIXème siècle. Mais je ne crois pas qu’il y ait beaucoup à voir avec ces valeurs-là. Moi-même, je ne comprends pas très bien pourquoi je me laisse aller de temps en temps à me comporter si sordidement, et pourtant, mes parents sont bien du XXème siècle ! Parfois (mais, finalement, c’est assez rare, ce qui prouve sans doute que j’ai bien plus de volonté que je veux bien le croire), le besoin de me vider les couilles emporte tout sur son passage, bienséance, pudeur et jusqu’à la très haute idée que je me fais de moi-même, qui, en temps normal, me retient d’aller me mélanger avec n’importe qui. Mais ce ne fut pas toujours ainsi. Je me rappelle que lorsque j’étais étudiant, j’étais si bien élevé, si soucieux de ne pas froisser les gens (j’ai bien changé depuis), qu’il m’arriva plusieurs fois de ne pas oser renvoyer chez soi un garçon rencontré sur le réseau téléphonique, et qui, une fois que je l’avais sous les yeux, ne me plaisait pas physiquement. Je me forçais à baiser avec lui, pour ne pas être désobligeant ! Je me souviens même d’un, appelons-le Homère, qui avait... Mais je ferais peut-être mieux de me taire. Esteban pourrait me lire, et je tomberais encore plus bas dans son coeur déjà bien éprouvé. Je crois que je l’ai beaucoup déçu. Mais tout cela nous a permis de remettre les pendules à l’heure : je ne suis pas le petit ami d’Esteban, mais son ami. Nous ne formons donc pas un couple. En conséquence de quoi, ni lui ni moi ne sommes tenus d’être fidèles. Si j’ai pu coucher avec lui, c’est en tant qu’ami, comme il m’est arrivé de coucher avec d’autres amis. Si problème il y a, c’est du côté d’Esteban qu’il se trouve : suis-je responsable du fait qu’il soit amoureux de moi ? Pourquoi ne se satisfait-il pas de la situation ? Après tout, je le laisse m’aimer, alors que d’autres auraient pris leurs distances. Je n’exclus pas non plus de coucher avec lui. J’avais déjà procédé de cette façon avec Anne, et elle n’eut pas trop à s’en plaindre, je pense, puisqu’elle resta trois ans avec moi. Et moi-même, je me suis déjà trouvé dans la situation d’Esteban : aimer un ami qui ne m’aimait pas du même amour que moi. Mais Augustin me laissait l’aimer, il couchait avec moi, et j’y trouvais largement mon compte. C’était d’ailleurs à la même époque qu’Anne, et maintenant que j’y repense, il me semble que ce fut une des plus heureuses périodes de ma vie (même si, bien sûr, elle ne fut pas exempte de grandes peines et de petits malheurs). Avec Augustin, j’eus mes plus grands éclats de rire, mes plus grands plaisirs sexuels (avec Anne aussi, rendons-lui cette justice) et mes plus grandes colères. Il fut même la seule personne avec qui je me sois battu. Comme il était plus grand que moi et qu’il avait des bras très longs, il réussit à m’immobiliser, de telle façon que je ne pusse plus l’atteindre. Je revois encore son poing levé au-dessus de ma tête, et prêt à m’écraser la figure. Mais même si Augustin ne m’aimait pas comme je le voulais, il m’aimait comme il pouvait, et se retint de me casser le nez. Mais, de rage, il se mordit la lèvre si fort, qu’il en versa du sang sur ma poitrine. Mon goût prononcé pour les grands minces est sans doute un vestige dans mon coeur de mon amour pour Augustin.


        Les fêtes de la Madeleine se terminaient hier. De ces fêtes, il me reste deux photos. Une de Myriam, qu’on pourrait appeler : Myriam à son whisky. Elle tanguait tellement et avait tant de mal à garder la pose, que la photo est floue. L’autre nous montre Myriam et moi, et, pour la première fois dans ce journal, la demoiselle n’est pas floue. Elle m’a donné la permission de la montrer.



Commentaires

Dieu quelle naïveté, je n'avais pas compris avant aujourd'hui qu'Esteban et toi étiez amants!

Ecrit par : veen | 23/07/2005

Mais non, justement! On n'est pas amants, on est amis!

Ecrit par : oliviermb | 23/07/2005

Bonjour l'intimité...!

Ecrit par : esteban | 24/07/2005

C'était pour te protéger des feux des projecteurs que je t'appelais S***, gros malin!

Ecrit par : oliviermb | 24/07/2005

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