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20/07/2005
Mercredi 20 juillet 2005
Avant-hier soir, j’ai chatté un court moment (je ne voulais pas me coucher tard, ayant décidé de me lever aux aurores le lendemain, pour ma distribution de prospectus, que je fais en deux fois, ces temps-ci, très tôt le matin, à la fraîche) avec un fort joli garçon. Appelons-le Manfred. Avant de me déconnecter, je lui demande son nom. « Manfred, me répond-il donc. » Tiens, ce n’est pas fréquent, me dis-je. « Ne serais-tu pas le Manfred qui a travaillé, à une époque, dans la fleuristerie qui se trouve sur la place du Sablar ? - Si, c’est bien moi. - Ah ! Il me semblait bien que ton visage ne m’était pas inconnu. J’avais dû te trouver mignon, un jour que je passais par cette fleuristerie, et ma soeur, qui sortait à l’époque avec le fils de la patronne du salon de coiffure d’à côté (il s’agit bien, lecteur, de ce crevard de Hieronymus Z***), interrogée par moi, m’avait sans doute dit ton nom. Mont-de-Marsan est une petite ville. » Je lui envoie alors à mon tour une photo de moi. Mais il me répond qu’il sait qui je suis, qu’il connaît ma soeur et que, même, nous nous sommes déjà parlé, dans je ne sais plus quel bar. C’est inouï, je n’ai pas le moindre souvenir de cette conversation, qui se limita sans doute à un rapide bonjour, probablement lu sur nos lèvres respectives, à cause de la musique jouée trop fort (même dans les bars, de plus en plus, on empêche les gens de se parler et de s’entendre). Mais lui s’en souvenait, ainsi que de mon nom, et de mon visage (noms et visages que, la plupart du temps, j’oublie aussitôt après les avoir vus ou entendus, sans doute parce que je ne suis capable de m’intéresser vraiment qu’à moi. Encore hier soir, à l’hôtel du Sablar, où Laurence et Myriam m’avaient invité, au moment où l’on me présentait quelqu’un qui (pour une fois, je n’avais pas oublié), m’avait déjà été présenté l’année dernière (c’est le peintre évoqué dans ce journal à la date du 20.VII.2004), je me suis surpris à dire : « Mais oui, nous nous connaissons, tu t’appelles Olivier, n’est-ce pas, comme moi ? » Mais non. C’était Frédéric. J’avais l’air fin !). Mais ce Manfred, tout de même, je ne l’avais pas entièrement oublié, lui. Son visage m’était vaguement familier, et je le reconnus tout à fait après avoir entendu son nom peu courant. Il est vrai que ce garçon est bien beau. Beau de cette beauté grande et fine à laquelle je suis particulièrement sensible. Nous aurons sans doute d’autres occasions de nous parler. De toutes façons, je doute fort qu’un si joli garçon s’intéresse beaucoup à moi. Et quand bien même il serait intéressé, j’aurais des scrupules à tenter quelque chose avec lui : S*** pourrait en être blessé, même s’il m’assure que non. Pourtant, cela faisait partie de notre espèce de contrat moral : nous ne sommes pas tenus à la fidélité, puisque nous ne sommes pas vraiment ensemble. Et même si nous l’étions, serions-nous bien tenus d’être fidèles ? Comme je le faisais remarquer ce soir-même à S***, le mariage entre homosexuels n’a toujours pas été accordé, alors profitons-en tant qu’il est encore temps. (D’un autre côté, si je tombais amoureux, je pourrais prendre très mal qu’on me trompe.) Dans Babylon Babies, que je lisais récemment, une nation de cyborg semble s’être plus ou moins clandestinement constituée. L’autre jour, dans le forum de GA, je disais, pour plaisanter : « Vous verrez qu’une fois que les homosexuels auront obtenu le mariage entre eux, ils demanderont l’indépendance ! » Mais qui sait, finalement, si, avant la fin de ce siècle, nous ne verrons pas le peuple des homosexuels s’être vraiment constitué en nation ? Une nation sans territoire sans doute, mais avec toute sorte de petites ambassades à travers le monde, un peu comme le 10 Ontario de Babylon Babies. Quel sera alors le sens profond, si l’on peut dire, de ce mariage que les homosexuels prétendent (tous ?) désirer si ardemment ? Ce sera tout simplement la célébration du sentiment qui, pour la première fois dans l’histoire, leur fit croire qu’ils voulaient devenir une nation, c’est à savoir : un désir commun d’une institution fondatrice : le mariage. Ce que je viens de dire semble se mordre la queue. Mais les homosexuels, dont je suis, sont des êtres narcissiques qui se mordent souvent la queue, soit avec la bouche, soit avec le cul. C’est ainsi.
Comme je l’ai donc dit, hier soir, je suis passé à l’hôtel du Sablar, voir Laurence et Myriam. Cette dernière m’a soufflé le nom de la discrète (et de plus en plus belle) Elodie, l’ex-petite amie (depuis un jour ou deux) du brave Julien, pour la réalisation de cet ex-libris que je voudrais mettre dans les livres que m’offre S***. La demoiselle serait équipée du genre de matériel nécessaire à cette réalisation. Pour évoquer la Polynésie et le pseudonyme de Manutara, je verrais bien sur cet ex-libris un sterne, représenté à la façon d’un tatouage tribal. Ce serait très bien. Après avoir vidé quelques verres, Laurence, Myriam et moi, nous nous sommes rendus à la peña Pepin Sevilla, où se produisait une famille de Gitans, dont un petit garçon, tout à fait extraordinaire, me promettait Myriam, qui danse le flamenco comme un homme accompli. Malheureusement, l’enfant n’était pas là, hier soir. Selon Laurence, il aurait déjà, à six ans, ce temple que certains danseurs et toreros cherchent toute leur vie. Bien que je n’aie pas vu le petit danseur, je ne suis pas si enthousiaste que mon amie. Les enfants sont des éponges, mais qui finissent souvent par se dessécher et perdre tout ce qu’elles ont absorbé. Il n’y a pas de plus grands comédiens que les enfants. Laurence me vantait les gestes si virils de ce petit. Mais à six ans, on ne peut faire que semblant d’être viril ! Avons aperçu Victorino Martin. Plus tard, revenus au Sablar, nous croisons un homme fin soûl qui nous demande son chemin. « Vous êtes d’où ? », lui demande Myriam. « Je suis de passage », a-t-il répondu.
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