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24/06/2005
Doublet de mon journal - jeudi 23 juin 2005
Renaud Camus donne donc le nom de dictature de la petite bourgeoisie au régime, non pas politique, mais social et culturel dans lequel nous vivons tous. Nous sommes tous des petits-bourgeois, même lui, et moi le premier. Et nous sommes tous dictateurs. C’est d’ailleurs, selon Camus, l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons généralement pas le sentiment de vivre dans une dictature. « Ma ‘‘thèse’’, dit-il, si je peux m’exprimer ainsi, est que la petite bourgeoisie n’est pas seulement dominante, mais qu’elle est dictatoriale, pour les raisons que nous avons vues plus haut : il ne lui reste plus de classes à dominer, elle les a toutes avalées, absorbées, digérées. A l’égard des individus, elles est passivement dictatoriale, si vous voulez : il n’y a rien en dehors d’elle, on ne peut pas lui échapper, aucun extérieur ne lui est concevable, ni conçu par elle, ni par ses victimes, qui sont elles-mêmes, forcément, des petits-bourgeois, lesquels ne peuvent critiquer la petite bourgeoisie qu’en termes petits-bourgeois, dans la langue petite-bourgeoise, la seule que la petite bourgeoisie leur ait apprise. » Que je me suis senti visé par cette phrase ! Cela ne se remarque peut-être pas énormément en me lisant, mais la plupart du temps, je parle fort mal. D’une façon très négligée, comme à peu près tout le monde, c’est-à-dire comme un petit-bourgeois sans culture. « La culture générale, nous dit encore Renaud Camus, se traduit d’abord, essentiellement, par un usage de la langue, un usage distancé de la langue », usage que je suis bien loin d’avoir, évidemment. Mais la satire en alexandrins serait un bon moyen, je pense, disons, un moyen à ma portée, de critiquer de temps en temps le régime petit-bourgeois, sinon en me libérant de la langue petite-bourgeoise, du moins en la soumettant à un rythme plus aristocratique, l’alexandrin étant, après tout, le mètre de la tragédie. Alors que souvent, comme bien des gens, je néglige de faire, lorsque je parle, la plupart des liaisons (travers que Renaud Camus aime à parodier) ; lorsque je lis des alexandrins, au contraire, je les respecte évidemment toutes, sans quoi je ne lirais pas, mais massacrerais ces alexandrins, comme font mes élèves ! Aussi bien, ce goût que j’ai d’écrire des alexandrins est encore un ridicule petit-bourgeois, comme celui, entre bien d’autres, que signale Camus, de ces gens qui voudraient avoir une piscine semblable au bassin de la villa d’Hadrien…
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Commentaires
Et, en effet, j'ai moi-aussi l'impression, lisant Camus, qu'il s'adresse directement à moi et d'être le paradigme du petit bourgeois. L'impression, et la paranoïa, est, ou sont, si forte(s), que j'en viens à ne plus oser parler ou écrire...
Ecrit par : Jean-Paul | 24/06/2005
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