« Sirène à l'étalage - sonnet | Page d'accueil | Lettre de l'arrière »
02/12/2004
Citation
« Si la forme c’est l’autre, selon moi, c’est en cela qu’elle est une présence de tous les instants avec laquelle nous ne saurions coïncider, car elle exige de nous, en permanence, d’être moins et d’être plus, d’être moins afin d’être plus. Elle est classiquement au principe de toute éducation, qui tend, ou qui tendait, à se confondre avec l’incitation faite à l’enfant de se dessaisir, au moins à de certaines heures, en de certains lieux, et notoirement bien sûr à l’école et pendant la classe, de certaines parties de lui-même – la casquette ou le cri, le voile islamique ou la pure expression de soi-même, la parole souvent et les armes toujours –, d’y renoncer au moins provisoirement en échange d’instruments qui le rendraient lui-même davantage, un lui-même plus précieux, et peut-être, par un paradoxe essentiel, plus authentique. »
Renaud Camus, Syntaxe ou l’autre dans la langue, P.O.L., pages 30-31.
C’est mieux dire ce que j’avais maladroitement tenté de faire dans un ancien billet, dont je recopie ici le passage :
Ce n’est pas manquer de tolérance que d’être partisan d’une laïcité rigoureuse. Il n’est pas question d’interdire le port du voile, le port de croix ou d’étoiles, comme le prétendent certains. Mais uniquement de faire une pause. Il est question d’exiger que tous les enfants de France apprennent à mettre leur religion, leur foi entre parenthèses le temps de l’école (l’école publique, évidemment). Il ne me semble pas que ce soit trop demander. Cela revient à attendre des élèves qu’ils aient une conscience, tout simplement, c’est-à-dire qu’ils soient capables de se dédoubler, de cesser un instant d’être chrétiens, par exemple, pour se regarder eux-mêmes ou d’autres avec des yeux de non chrétiens, c’est-à-dire avec un regard neutre et neuf, tout en gardant à l’esprit qu’ils ne cessent pas réellement d’être chrétiens. Si l’on ne veut pas apprendre à nos enfants ce dédoublement, quitte à le leur imposer, (il est d’ailleurs évident qu’un tel dédoublement, qui est après tout celui de la réflexion, s’impose à l’école), je ne vois pas comment la démocratie pourra se prolonger encore longtemps dans le pays : le peuple étant rarement d’accord avec soi, il est essentiel, pour qu’il puisse continuer d’exercer le pouvoir (du moins continuer de le remettre à ses représentants), que le futur citoyen soit capable d’admettre qu’on puisse être un autre que lui, mais aussi qu’il lui faille parfois se résoudre à être soi-même un autre ( ce que firent d’ailleurs tous ces gens de gauche qui votèrent pour Chirac, pensant sauver la République, qu’ils croyaient en grave danger, alors que le risque avait été largement surestimé, mais là encore, ce n’est pas le sujet).
18:20 Publié dans Doublets de mon autre blogue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Je réitère ce que j'avais déjà eu l'occasion de dire : le débat autour d'un morceau de tissu me semble dérisoire . L'interdiction du port de signes religieux ostentatoires a contibué à donner une valeur symbolique à ce qui , dans certains cas ne reflétait que l'expression d'une mode vestimentaire. La grande question que je me pose est: Islam et laicité sont-ils compatibles? La quasi totalité des pays où l'Islam est dominant (et il finit toujours par le devenir) ont répondu non!
Ceci dit , tout ce que tu écris est juste et , comme d'habitude ,très beau , malheureusement cela nous renvoie à un exercice intellectuel accessible à environ 0,00001% de la population . Je crains que dans les écoles coraniques les imams articulant à peine deux mots de français ne s'adonnent point à une rhétorique aussi subtile!
Ecrit par : manutara | 02/12/2004
Pfffff! Non seulement les beaux textes ne sont pas commentés , mais même les commentaires sérieux restent sans réponse!
Ecrit par : manutara | 03/12/2004
Les commentaires sont fermés.