06/04/2009
Dimanche 5 avril 2009
Suis allé hier soir à Montfort, pour assister, avec Tityre, à la pièce de théâtre qu’a écrite et dans laquelle jouait Agathon, ce courageux efféminé qui s’était presque battu avec le terrible Cléomédon, l’autre soir, pour prendre la défense de son mignon obèse, que Tityre appelle entre nous ‘‘la grosse loche’’, mais que nous nommerons ici plus charitablement Polysarque. Agathon, Tityre et Polysarque font partie d’une association de pédés dont d’autres membres étaient venus assister au spectacle, attirés sans doute par le buffet qui était prévu ensuite. Comme dit le charmant Apollodote, qui est le président de ladite association, installée à Mimizan : « Nous ne sommes pas un groupe de rencontre ». Et en effet, tous ces garçons étaient en couple. Ils étaient presque tous de ma génération, souvent beaux, et apparemment heureux, ce qui m’a plongé dans une tristesse que, fort heureusement, je n’ai pas eu trop de mal à dissimuler : ils m’exhibaient inconsciemment ce bonheur à deux qui m’est encore inaccessible, du fait de mes nombreuses névroses. J’en parlais justement à Tirésias, lors de notre dernière séance : je n’ai jamais pu avoir de relation vraiment sérieuse avec quelqu’un de mon âge. Physiquement, je préfère les garçons plus jeunes ; je puis assez facilement coucher avec des hommes plus vieux que moi, desquels je me fais généralement payer ; mais il m’est presque impossible de me lancer dans une véritable histoire avec quelqu’un de ma génération. Ils étaient pourtant beaux à regarder ces garçons de mon âge, hier soir, et d’ailleurs, pour la plupart, c’étaient bien encore des garçons au sens large où je l’entends : je les trouvais fort attirants, attirants, mais inaccessibles. Je n’ai pas le courage ni les ressources nécessaires pour m’engager avec de tels garçons. Je devrais être comme eux, je veux dire dans la force de l’âge et plein de toutes les ressources possibles, mais c’est tout le contraire : je n’ai aucun revenu, aucune situation sociale. Je ne pourrais tout bonnement pas être à la hauteur. « Bien ! a conclu Tirésias. Etre à la hauteur. Nous nous arrêterons sur cette expression pour aujourd’hui : ‘‘Etre - à - la - hauteur’’. » Tirésias a raison : je me suis arrêté de grandir. Je suis resté coincé à l’âge d’adolescent ou de tout jeune homme : d’où ma préférence pour les garçons plus jeunes que moi ; d’où la facilité avec laquelle je me prostitue à des personnes plus âgées : pour vivre comme quand j’avais vingt ans, à l’époque où Augustin et moi vendions nos charmes, lui parce qu’il avait toujours plus de vêtements à acheter, et moi parce que c’est lui que je voulais acheter.
00:48 Publié dans 2009, Agathon, Apollodote, Cléomédon, Journal, Polysarque, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note