03/04/2009

Jeudi 2 avril 2009

            Huitième séance avec Tirésias aujourd’hui. Mais je me rends compte que je n’avais pas encore rapporté ce que j’avais dit lors de la septième séance. Je recopie donc ici ce que j’écrivais dans mon autre journal, celui de mon analyse, le jeudi 26 mars dernier : Suis revenu sur les deux traits physiques qui ont rendu Camille si attirant pour moi. Premièrement, sa rousseur, qui est un élément féminin, si vraiment c’est à Anja ou à Sandrine F*** qu’elle renvoie. Peut-être suis-je une espèce d’hétérosexuel refoulé. Je n’ai jamais eu de dégoût sexuel pour les filles, comme il paraît qu’il arrive à certains homosexuels. D’ailleurs, j’ai été l’amant d’Anne D*** pendant trois années. (Le prénom d’Anne était-il un vestige de celui d’Anja ?) Ce qui me sépare des filles, c’est plutôt la peur que j’ai de leur inspirer moi du dégoût, à cause de ma mère, qui m’a toujours fait ressentir personnellement celui qu’elle avait pour les hommes. J’ai raconté à Tirésias la soirée du samedi 28 février, avec Tityre et Lydie, durant laquelle je m’étais fait draguer par cette dernière, qui avait très ostensiblement envie que je la baise. Elle ne cessait de me passer la main dans les cheveux, comme aurait fait une mère, et c’est sans doute parce que cette mère, qui n’était certes pas la mienne, me faisait voir que, loin d’être dégoûtée, elle était au contraire très attirée par moi, que, pour une fois, je ne me suis pas senti trop mal parmi la foule au milieu de laquelle je ne puis, d’habitude, me défaire de l’espèce de raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me paralyse littéralement. Tirésias m’a demandé si j’avais ressenti de l’excitation sexuelle au moment où Lydie, qui avait voulu que je l’accompagne au petit coin, s’est mise à uriner devant moi. Non, ce n’a pas été le cas. Pendant l’enfance, j’étais attiré sexuellement (d’une sexualité d’enfant) par les filles dont je tombais déjà amoureux (Florence P***, par exemple, qui est évoquée dans la Ballade de mes petites amoureuses. Je m’aperçois, en relisant cette ballade, que la petite Virginie, « De toutes elles ma première/Aux tâches rousses infinies », avait donc déjà de la rousseur en elle). Mais j’étais également attiré par les garçons dès cette époque. En revanche, à partir de l’adolescence, je n’ai plus été attiré sexuellement par des filles dont je continuais pourtant à tomber amoureux (par exemple la belle Sabine au lycée, Valérie à la faculté) et d’ailleurs, je n’ai jamais été amoureux d’Anne D***, avec qui j’ai donc été capable de coucher pendant trois ans. Excepté pour cette dernière, que j’ai beaucoup méprisée, non pas intellectuellement, mais sentimentalement, et physiquement, j’avais pour ces filles une sorte d’amour courtois qui excluait toute relation charnelle. Il s’agissait pour moi de rendre comme un hommage à leur beauté, à leur pureté. Il n’était d’ailleurs pas rare que ces filles soient lesbiennes, comme l’était Valérie, et comme était réputée l’être Sandrine F***, dont il est vrai que je ne fus pas à proprement parler amoureux. Le fait qu’elles fussent lesbiennes réglait ainsi le problème des relations sexuelles avec elles : il n’en était tout simplement pas question. Pour décrire à Tirésias la beauté foudroyante de Sandrine F***, j’ai d’abord comparé celle-ci à une biche, puis, aussitôt après, à Artémis. Le fait même que je parle de beauté foudroyante n’est sans doute pas anodin. Cette beauté de déesse qui tue les hommes, c’est probablement ce que ma mère m’a fait comprendre qu’il m’était interdit de souiller, à force de me faire ressentir le dégoût qu’elle avait des hommes et de moi. Il ne m’était permis que de rendre hommage à cette beauté, par des regards (contrairement au pauvre Actéon qui en meurt), par des mots (des poèmes, souvent) ou des cadeaux, des offrandes, comme à la blonde Sabine. Mais quant à honorer physiquement ces filles, je n’y pensais même pas. L’autre trait qui m’a séduit en Camille, c’est sa faiblesse physique, sa maladie. Je me suis récemment aperçu de ce fait, que j’ai rapporté à Tirésias : toutes les fois que, à la télévision, j’entends qu’il y a ou apprends qu’il y aura une émission ou un reportage consacré à un adolescent ou à un jeune homme malade ou physiquement affaibli, je cesse toute activité ou prévois de me libérer pour pouvoir regarder l’émission ou le reportage. Si c’est à une fille que le reportage est consacré : ça ne m’intéresse plus du tout. Pourquoi, me demande Tirésias, la faiblesse, la fragilité du garçon revêt-elle une telle importance à mes yeux ? « Je ne sais pas du tout. – Mais si, vous savez. » Je n’ai d’abord pas su le formuler aussi nettement qu’à présent : mais c’est sans doute encore à cause de ma mère, qui m’a tout bonnement transmis son dégoût des hommes. Un garçon qui est physiquement faible, fragile ou malade, c’est un garçon qui n’est pas vraiment viril, même s’il le reste dans sa manière de se tenir, de parler, de se déplacer, etc. Sa virilité devient acceptable, selon les critères de ma mère et qui sont devenus les miens : elle est tempérée par sa faiblesse. C’est sans doute aussi pourquoi j’ai plutôt le goût des garçons grands et maigres, grands, parce qu’ils paraissent encore plus maigres : c’est-à-dire fragiles et, donc, d’une virilité incomplète, inachevée. Peut-être même recherché-je, dans les garçons, une part de féminin qu’il me soit permis d’honorer cette fois physiquement. Les garçons tels que je les aime, ce seraient des filles avec lesquelles il me serait permis de coucher. Je trouve cette idée profondément dérangeante. Mon amour des garçons a toujours été pour moi d’une telle évidence que je n’ai jamais douté jusqu’alors que je les aimais pour ce qu’ils étaient, c’est-à-dire précisément des garçons, dont je trouve que le nom est l’un des mots les plus beau de la langue française, qui sert à désigner cette race si particulière, rare parce que, éphémère, elle semble en perpétuelle voie de disparition, cette espèce de troisième sexe qui n’est certes pas les hommes, mais qui n’est évidemment pas pour autant les femmes, ni les filles ! Et pourtant, c’est ce que semble indiquer mon analyse, au stade où j’en suis : les garçons seraient des filles qui ne me sont pas défendues.

00:40 Publié dans 2009, Anja, Anne D***, Camille, Florence P***, Journal, Lydie, Ma mère, Sabine, Sandrine F***, Tirésias, Tityre, Valérie, Virginie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

02/03/2009

Dimanche 1er mars 2009

            J’ai accompagné Tityre, hier soir, qui voulait sortir. Nous sommes allés dans toutes sortes d’endroits et, malgré la foule, je ne me suis pas senti trop mal, sans vraiment pouvoir l’expliquer. Ce ne pouvait pas être seulement grâce à l’alcool que j’avais ingurgité puisque, d’habitude, même en buvant, je ne puis me défaire de cette raideur de tout mon corps, de tout mon être, qui me rend si pénible le fait de me trouver au milieu de gens, ou même dans des endroits seulement susceptibles d’en voir affluer. Pour une fois, je me suis senti presque à mon aise. Se pourrait-il que l’analyse à peine commencée avec Tirésias ait déjà des effets positifs sur moi ? Il me semble pourtant avoir toujours eu conscience de la partie (censurée dans ce journal) de ce que j’ai confié à ce dernier qui a à voir avec ce que j’appelle ma phobie sociale et pourrait l’expliquer. Peut-être n’est-ce pas tant la prise de conscience qui mène à la guérison que le fait de dire ce dont on a conscience. Ou peut-être mon heureux état de la soirée d’hier n’était-il que la conséquence d’un inexplicable hasard. Je ne sais. J’ai croisé l’aimable Osman, ainsi qu’un ancien ‘‘coup’’, qui n’a pas daigné me saluer. J’ai été dragué plusieurs fois, mais uniquement par des filles. Une en particulier, appelons-la Lydie, a commencé par m’offrir à boire du champagne, puis son numéro de téléphone. Elle nous a fait faire ensuite le tour de ses endroits favoris, jusqu’à ce que nous perdions de vue Tityre, qui avait ses propres vues sur certain garçon qui n’était pas vraiment à mon goût. Lydie voulut absolument aller dans un bar qui vient d’être rouvert par ce patron de restaurant qui est le seul, dans Mont-de-Marsan, me dit-elle, à ne pas savoir qu’il est pédé. « Il est plutôt le seul à croire qu’on pense qu’il ne l’est pas, lui ai-je répondu, parce que je puis t’assurer qu’il connaît parfaitement ses préférences sexuelles. Il m’a fait plusieurs fois des avances, mais je le trouvais trop gros. Si j’avais su que son commerce était si florissant, j’aurais probablement accepté de donner de ma personne. » Lydie voulait absolument voir le ‘‘numéro’’ que fait parfois ce patron de bar : pour amuser sa clientèle, il lui arrive en effet d’imiter Cindy Sander chantant Papillon de lumière. (Il est vrai que la chanteuse et le cafetier ont à peu près la même corpulence.) Et il s’imagine qu’on le croit hétéro ! Lydie n’arrêtait pas de me caresser les cheveux ou de me recoiffer. A un moment, dans un autre bar, elle a voulu que je l’accompagne au petit coin. Elle a insisté pour que j’entre avec elle dans cet endroit et s’est assise devant moi, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Mais le fait le plus incroyable n’est pas là. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que moi aussi, j’ai pissé en sa présence, en me détournant juste un peu, pendant qu’elle se lavait les mains, alors que j’écrivais il y a quelques jours à peine qu’il m’était très difficile de faire cela en présence de quelqu’un, parce que mon inhibition était trop grande. M’étais-je trompé ? N’est-ce qu’en présence des garçons que la chose m’est si pénible ou si je découvrais avec Lydie un autre effet positif de mon analyse ? J’ai fort peu pratiqué la gent féminine. Anne D*** est toute mon expérience en la matière, et encore, je ne sais pas si cela compte, puisqu’elle a terminé lesbienne. J’ignore s’il est fréquent de se faire inviter au petit coin par une demoiselle. C’était probablement une manière pour elle de me dire que je pouvais lui rentrer dedans. De toute façon, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu : j’étais bien trop soul pour cela. Lydie a fini par me faire venir chez elle, où elle m’a confié qu’elle aimait les garçons et les filles. Elle était amoureuse d’une jeune femme qui venait de se marier. Elle avait les larmes aux yeux. Elle était complètement soule, elle aussi. J’ai préféré rentrer chez moi. Je me demande parfois si je ne suis pas une espèce d’hétérosexuel refoulé, après tout. Il est évident que je préfère les garçons, mais enfin, les filles ne me dégoûtent pas. Et ce serait probablement plus simple d’en trouver. Et puis il me semble que je me sentais différemment garçon avec Lydie qu’avec Nicandre ou Camille, ou même avec le petit Chrysanthe, qui est pourtant si simple, et si accessible. Avec une Lydie, c’est plus sereinement, plus heureusement, que je me sens garçon. C’est paradoxal, puisque c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’accepter ce qu’il y a de viril en moi, parce qu’elle a toujours eu les hommes en horreur. Mais justement, Lydie me faisait très ostensiblement voir le désir que je lui inspirais. Contrairement à ma mère, elle n’était pas dégoûtée par moi. C’est peut-être pour cela qu’il m’était plus facile d’être moi en sa présence : je n’étais plus encombré de ma masculinité devant elle. Mais si c’est à cause de ma mère qu’il m’est si difficile d’être un garçon (il serait d’ailleurs peut-être temps que je dise « être un homme », ‘‘mais bon’’, je n’en suis pas encore là, je viens à peine de commencer cette analyse avec Tirésias !), pourquoi donc ai-je également tant de mal, le plus souvent, à l’être avec des garçons, justement ? C’est ce qui me fait dire que, peut-être, je suis un hétérosexuel refoulé : je ne me permettrais d’aimer les garçons que parce que ma mère, par son dégoût, m’aurait empêché d’aimer les femmes : j’aurais peur de leur inspirer le même dégoût qu’à elle. Enfin, tout cela n’est que pure hypothèse. J’ai tout de même beaucoup de mal à y croire moi-même, tant le goût des garçons est ancré en moi, et tant il m’est cher. Peut-être que je suis bisexuel ? J’aurais besoin du désir des filles pour ne plus douter de celui que j’inspire aux garçons ?

02:35 Publié dans 2009, Anne D***, Camille, Chrysanthe, Journal, Lydie, Ma mère, Nicandre, Osman, Tirésias, Tityre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

10/02/2009

Mardi 10 février 2009

            En réalité, les enceintes dont je parlais l’autre jour, celles grâce auxquelles j’écoutais les mp3 de mon ordinateur portable, n’avaient pas rendu l’âme. Seulement, je ne m’étais pas aperçu que j’avais coupé le son… Troisième séance aujourd’hui chez Tirésias. Je lui ai rapporté la plupart des associations que j’avais faites depuis la séance précédente. Je me suis souvenu, cette semaine, de quelque chose que je n’avais pas vraiment oublié, mais à quoi je ne pensais presque plus, depuis quelques années, et qu’il m’est pénible de rapporter dans ce journal, parce que mes lecteurs découvriront, en lisant ce que je vais dire, que tout n’était pas vrai dans les pages de mon blogue ; ce qu’apprenant, ils pourront légitimement douter de la véracité de tout le reste. (Mais si tout n’était pas vrai, tout relevait de ‘‘ma vérité’’, s’il m’est permis de le dire ainsi.) Au début de mon adolescence, un jour d’hiver (il avait neigé), je m’étais inventé un petit amoureux, que j’étais censé avoir connu quelques mois avant son invention, mais qui s’était suicidé. J’avais baptisé Julien ce personnage, c’est-à-dire d’un prénom qui pourrait être le masculin de Julie, celui que porte ma sœur. J’avais dit à Tirésias, lors de la séance précédente, que l’homosexualité, telle du moins que je la concevais pour moi, était une forme d’inceste, puisqu’elle revenait dans mon cas à rechercher un frère. Peut-être avais-je inventé ce personnage pour mettre fin à l’inceste avec ma sœur, mais j’en doute, parce que les dates ne coïncident pas dans la chronologie, que j’ai le plus grand mal, il est vrai, à établir avec précision. Je suis presque sûr que l’invention de Julien a suivi de plusieurs mois, peut-être même de deux ans, les dernières manifestations de cet inceste, qui furent d’ailleurs peu nombreuses. (Plus j’y repense, plus ce mot d’inceste, qui est si chargé, me paraît disproportionné.) Pour donner plus de réalité à mon invention, j’avais fabriqué de fausses lettres de Julien, en contrefaisant son écriture, si j’ose dire, car, n’ayant jamais existé, il va de soi que Julien n’écrivit jamais rien, si ce n’est sans doute la plus grande partie de ma vie. Pour donner l’illusion que ces lettres n’étaient pas neuves et que le temps avait passé sur elles, je m’étais mis à dormir avec elles, à les cacher sous mon oreiller, pour les froisser. Ç’avait fini par devenir une habitude, un rituel, qui dura des mois, peut-être même des années. Je me demande si ce n’est pas à cause de ces lettres qu’encore aujourd’hui, je n’arrive pas à dormir avec quelqu’un dans mon lit, comme si j’étais resté fidèle à ce garçon de mon invention, avec qui je n’ai donc évidemment jamais pu réellement coucher. (Autre souvenir : peu de temps avant l’invention de Julien, sans doute, (ou était-ce plusieurs mois avant, voire une ou deux années ?) prit fin, avec ma mère, un autre rituel, qui consistait, pour ma sœur et moi, à dormir à tour de rôle (ou les deux en même temps) avec celle-ci, dans son lit. J’étais déjà au collège, quand cela cessa, sans doute en sixième, ou peut-être en cinquième. A cette époque, il commençait à devenir pénible, pour moi, d’aller en cours. Mais la difficulté de me rendre en classe connut son paroxysme au lycée. Par exemple, il m’était devenu extrêmement douloureux de traverser la cour, pour aller d’un bâtiment à l’autre. J’étais pris d’épouvantables démangeaisons du cuir chevelu, et à l’époque, il était absolument inconcevable, pour moi, de me gratter, de me moucher, de tousser en public. Même déglutir m’était difficile. Je me hâtais de rejoindre les escaliers du bâtiment où je devais aller, généralement vides, pour pouvoir mettre un terme à la démangeaison.) Julien, le personnage de mon invention, était affligé, dans mon imagination, d’une grande faiblesse morale, et d’ailleurs, il était censé avoir fini par se suicider. Mon attachement à Camille est sans doute incompréhensible, si l’on ne tient pas compte de ce fait inventé. Après tout, ce dernier m’est intellectuellement très inférieur. Il n’est pas vraiment beau. Il a sans doute bien plus de défauts que de qualités. Je n’ai donc pas de bonne raison de m’être attaché à lui. Mais, comme Julien était moralement faible, Camille l’est physiquement, à cause de son diabète, même si, dans le même temps, il est plein d’une énergie qui est peut-être bien au-dessus de ses forces. C’est cette faiblesse qui pourrait expliquer mon attachement à lui. Il serait comme un second Julien. D’ailleurs, j’ai pu dormir avec lui dans mon lit, ce qui m’est d’ordinaire impossible avec d’autres. D’habitude, je ne tolère, pour le sommeil, aucune autre présence que celle de la chienne Pélagie (et encore, au moment de m’endormir, je la chasse de mon lit, pour avoir la paix. Ce n’est que lorsque je suis endormi, que je lui permets de revenir à côté de moi. (Je suis conscient que le sens de cette dernière phrase peut paraître un peu étrange.)). L’invention de Julien a sans doute été précédée de peu (quelques mois ? était-ce au printemps précédent ?) par un événement qui m’avait fort impressionné, à l’époque. J’étais seul, chez moi, quand on sonna à la porte. J’ouvris à un garçon légèrement plus âgé que moi, qui prétendait vendre des pâquerettes pour se faire un peu d’argent de poche. (Oui, des pâquerettes !) Il était très beau, très à mon goût, mais je n’avais pas d’argent à lui donner pour ses fleurs et j’ai fini par refermer la porte, sans l’inviter à entrer. Est-ce de ce personnage réel qu’est né Julien ? J’ai vérifié dans mon journal : en 2005, je parlais encore de Julien comme s’il avait réellement existé. D’ailleurs, jusqu’à ce jour, je ne crois pas avoir jamais reconnu devant personne qu’il n’était que le fruit de mon imagination. (Ou peut-être que si. Je ne me souviens jamais de ce que j’ai pu écrire dans ce journal…) Julien a jeté son ombre sur presque toute ma vie. Il est le sujet et le dédicataire de bien de mes sonnets. Il était le personnage principal de La Boucle d’un songe, ce roman que je n’ai bien sûr jamais terminé (c’est à peine si je l’ai commencé !). En 2005, je créais pour mon blogue une catégorie intitulée Cycle de Julie(n), dans laquelle je rangeais encore un texte le concernant en mai 2006. Anne a sincèrement cru en l’existence de ce dernier. Celui-ci a d’ailleurs été le sujet de bien de nos conversations. Maintenant que j’y pense, Augustin, dont j’ai été très amoureux, avait le type physique que j’avais imaginé pour Julien, du moins jusqu’à ce qu’il change de coupe de cheveux. (Je ne suis pas sûr d’avoir été bien clair : évidemment, je n’ai jamais cru en la réalité de Julien. J’ai toujours su qu’il était une invention, même si ma mythomanie (si c’est bien le mot) m’a poussé à faire croire à d’autres en la réalité de son existence.) Demain, je n’aurai pas vu Camille depuis un mois, même si nous nous sommes parfois téléphoné ou envoyé des SMS depuis notre dernière rencontre. Est-ce l’effet du temps ou de l’analyse déjà ? J’ai le sentiment de parvenir à me libérer de lui. Le fait que j’aie pris conscience qu’il n’était sans doute qu’un avatar du fantôme qui a hanté ma vie, qu’une ombre en chair et en os, m’a comme délié. Contrairement à ce que je faisais tout récemment encore, je n’interprète plus tout ce que j’apprends ou n’apprends pas comme autant de preuves de son indifférence. Plus exactement, j’accepte cette indifférence, puisque je sais à présent que ce n’est pas l’indifférence de Julien, puisque je sais que l’indifférent n’est que Camille. Malgré tout, je suis triste. J’ai le sentiment de perdre un ami, sentiment absurde, sans doute, puisque je n’aurais probablement jamais pu avoir de réelle amitié pour un être aussi incomplet que lui. Mais si je ressens cette tristesse, c’est surtout de voir que personne ne veut de moi comme ami, pas même un Camille, qui était pourtant bien loin de pouvoir espérer en trouver un tel que moi. (J’accepte l’indifférence de Camille en tant qu’avatar de Julien, mais je ne l’accepte pas encore totalement, parce qu’elle est aussi l’indifférence que j’inspirerais à n’importe qui d’autre, celle à cause de laquelle je suis seul et sans amis.) « Il vaut mieux, pour nous, se dire adieu, comme chante Léotard, et ne plus penser à la vie tous les deux, n’avoir plus de cœur qui bat, quand l’un, sans l’autre, se noie tout seul dans son chagrin. Il vaut mieux, je crois, prendre un autre chemin, qui nous mènera vers un autre lointain. » Quelle chanson ! Qu’elle voix, surtout ! C’est la même voix qui chante en moi, d’une tristesse accablée, mais résignée. Je crois bien que Camille n’est plus, et sa perte, malgré tout, malgré le peu de choses qu’il était, me laisse inconsolable.

22:49 Publié dans 2009, Anne D***, Augustin, Camille, Cycle de Julie(n), Journal, Julien, La Boucle d'un songe, Ma mère, Ma soeur, Tirésias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : philippe léotard