12/11/2008
Mardi 11 novembre 2008
Je crois bien que je me suis définitivement brouillé avec ce gros con de Corydon, Corrida, comme l’appellent Tityre et les gens que j’ai croisés chez lui ! (J’ai transposé du mieux que je pouvais le sobriquet qu’ils ont formé à partir du véritable nom de Corydon ; le mot obtenu est encore meilleur, à mon goût, que l’original !) Toute notre brouille s’est faite lors d’un échange de SMS. Corydon, qui est toujours à la recherche de trois sous, pour pouvoir remettre de l’essence dans le réservoir de sa voiture et se transporter ainsi à l’autre bout du département pour y baiser des types encore plus gros et laids que lui, voulait savoir si j’allais lui acheter, comme je le lui avais laissé espérer, cet objet dont il veut se séparer et qu’il vend pour 20 EUR. Je lui ai répondu que je ne pouvais vraiment pas me défaire d’une telle somme en ce moment. « Ah ! Mais je comptais sur toi, moi ! – Je te signale que tu gagnais déjà plus d’argent que moi lorsque tu touchais le RMI, alors maintenant que tu as ton allocation pour handicapés ! (Plus de 600 EUR, tout de même…) – Ah d’accord, bonjour l’esprit… Tu sais bien que je ne peux pas faire ce que je veux de mon argent ! (Je ne me rappelle plus si j’ai déjà dit dans ce journal que Corydon était un tel incapable qu’il s’était fait volontairement mettre sous tutelle, pour ne plus dépenser son argent aussi inconsidérément qu’il faisait autrefois.) – Ah ! Parce que tu crois que je dépense mon argent comme je veux, moi, avec toutes les charges que j’ai à payer ? Redescends sur terre ! – Blablabla, espèce de sale merde, blablabla, oublie-moi, blablabla. » Je me suis tout de même demandé, en lisant son dernier SMS, si les antidépresseurs de Corydon étaient bien efficaces. Je ne devais pas avoir beaucoup d’amitié pour lui, parce que sa désaffection m’est complètement indifférente. Il faut dire qu’elle tombe mal : que peut me faire le désamour de ce gros balourd après celui de mon petit Camille ? Et puis, en me montrant avec lui si détestablement moi, j’ai réellement blessé Camille, ce jeune être qui le méritait si peu, chose que je n’arriverai jamais à me pardonner ! Tandis que je n’ai fait que froisser la susceptibilité de Corydon, de qui je n’ai pas le plus petit désir de me faire pardonner ! Camille était venu trouver refuge auprès de moi, mais, le plus souvent sans m’en rendre compte, je me suis si mal comporté avec lui qu’il n’a pas pu faire autrement que de me fuir moi aussi ! Je m’en veux à un point qu’il n’est pas possible de dire. J’ai perdu un petit amoureux, mais j’ai sans doute aussi perdu l’ami qu’il aurait pu devenir. Je m’en rends compte à présent que je nourris l’espoir d’une nouvelle amourette. Malgré cet espoir inespéré, je regrette encore Camille, sa bonne humeur, sa maladie, ses maladresses, tous ces petits défauts qui lui donnaient tant de charme. Et j’aurais aimé pouvoir parler avec lui de ce nouveau garçon qui me plaît et à qui je ne déplais pas. Bien sûr, je n’ai pas très bonne conscience de vouloir si vite remplacer Camille. Mais on ne remplace pas plus un Camille qu’une Coccymèle. Simplement, la venue de la chienne Pélagie avait considérablement adouci, en m’en détournant, le deuil où j’étais de la chienne qui l’avait précédée. C’était trop dur de rester sur l’échec total de ma courte histoire avec Camille, dont je suis presque certainement le seul responsable, pensée qui m’est intolérable. C’est pourquoi je projette une nouvelle amourette avec cet autre garçon de vingt ans, qui est peut-être encore plus beau que Camille, qui ressemble d’ailleurs un peu au bel Alexis et qui porte le même nom que Damis. Si j’avais à reparler de lui dans ce journal, ce que j’espère, je pourrais l’appeler Daphnis.
02:37 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Coccymèle, Corydon, Damis, Journal, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
16/10/2008
Mercredi 15 octobre 2008
Alexis et Ménalque se sont offert une très grosse voiture, il y a quelques mois, la plus grosse qui se puisse trouver dans la marque qu’ils ont choisie. Mais parce qu’elle leur coûtait une fortune en essence, ils ont décidé d’en acheter une seconde, beaucoup plus petite et d’une autre marque, qu’on fabriquait il y a sans doute plus de cinquante ans et qui était, je crois, souvent conduite par des bonnes sœurs. Il fallait aller chercher cette deuxième voiture à l’autre bout de la France. Or Alexis n’ayant pas le permis de conduire, tout passionné qu’il est de mécanique et d’automobile, on avait besoin d’un second conducteur pour ramener à Mont-de-Marsan la plus grosse des voitures, tandis que le premier serait au volant de la plus petite. Corydon était ce second chauffeur. J’ai remarqué qu’il était toujours partant pour conduire la voiture des autres ! Mais sachant qu’Alexis préférerait faire le voyage du retour avec Ménalque, Corydon voulait qu’un quatrième fût de la partie, pour ne pas se retrouver seul dans la grosse voiture au moment de faire le trajet dans le sens inverse. Je ne me sentais vraiment pas la force pour un tel voyage. J’ai l’impression de n’avoir pas eu une minute à moi ces derniers temps, à cause des travaux de la maison, qu’il me fallait organiser et surveiller, mais qui devraient justement être enfin terminés ce soir. J’aurais eu le temps d’accompagner Corydon, mais je préférais le passer à ne voir personne et me reposer. Paradoxalement, j’ai remarqué que mon besoin de solitude était devenu plus grand depuis que j’ai pris goût à la fréquentation d’un plus grand nombre de gens. Comme je n’étais pas disponible, Corydon s’est dit qu’il pourrait peut-être se faire accompagner de Camille. Il lui téléphone donc, pour lui demander s’il peut se libérer. Camille lui dit qu’il le peut, qu’il lui faut juste prévenir ses infirmières de ne pas venir inutilement chez lui le jour prévu pour le voyage. A ce moment, je le tiens de Camille et de Corydon, qui m’ont rapporté tous deux des versions concordantes de leur entretien, celui-ci a décidé qu’il serait sans doute plus sage de demander d’abord la permission au père de celui-là, un garçon qui a tout de même déjà vingt ans ! Et sans doute parce qu’il n’a pas confiance en la parole de Camille, Corydon, s’en rendant ainsi le complice à mes yeux, s’est chargé lui-même de téléphoner au père, dont il est vrai qu’il est un ami ou, si ce n’est un ami, du moins une relation sexuelle. C’est dire s’ils sont étroitement liés ! Les propos qu’a tenus le père sur le fils étaient si durs et si inquiétants que Corydon a renoncé de lui-même à demander la permission de se faire accompagner de Camille. Pire, il n’a pas voulu rapporter à ce dernier la teneur de la conversation qu’il avait eue avec son père, pour ne pas l’inquiéter, m’a-t-il dit ! Pourtant, ce méchant père avait confié à Corydon qu’il envisageait de chasser son fils de chez lui, si celui-ci ne changeait pas son comportement, qu’il jugeait fort mauvais. Le fait qu’un père qui aimerait cloîtrer chez lui son fils pense à l’en chasser prouve assez, me semble-t-il, que la situation est plus grave que Corydon veut bien le croire ! C’est pourquoi j’ai pris sur moi de dire à Camille ce que Corydon m’avait rapporté des intentions de son père, pour lui permettre, en s’amendant, de s’éviter de tomber dans une situation qui pourrait lui sembler plus pénible que celle où il est en ce moment. Car le confort d’une prison peut être parfois préférable aux misères de la liberté. J’ai pu dire tout cela de vive voix à Camille hier, dans l’après-midi, que nous avons passé ensemble. Il m’avait en effet écrit le matin, dans une lettre électronique, qu’il avait absolument besoin de me voir, pour me demander si je pouvais lui rendre un service de la plus grande importance. Comme je me lève rarement avant onze heures ou midi, il s’était un peu affolé de ne pas recevoir de réponse de ma part et avait envoyé plusieurs SMS, avant de se résoudre à me téléphoner et laisser un message très poignant sur mon répondeur, dans lequel il me disait, comme avait fait avant lui ce fourbe de Damis, que j’étais le seul à m’être montré si gentil avec lui, qu’il ne savait pas vers qui se tourner et qu’il n’avait que moi ! Sa sœur lui avait en effet emprunté sa voiture quelques jours plus tôt, mais l’avait laissée en panne à Saint-Paul-lès-Dax. La voiture était enfin réparée, mais personne ne voulait conduire Camille jusqu’à Dax pour la récupérer. Il avait donc besoin de moi pour aller retrouver sa voiture et recouvrer ainsi sa liberté déjà si précaire, disait-il dans son message. Heureux de m’être un peu fait désirer, j’ai fini par le retrouver vers deux heures sur MSN. « Mais bien sûr que je vais t’aider, Camille. – Merci beaucoup de ta part, me répondit-il. En plus, il faut que je te parle. » Ah ! Il fallait qu’il me parle… Cela m’inquiétait un peu, mais je me suis vite aperçu qu’il avait besoin de me parler de lui. Il en avait gros sur le cœur et me raconta donc ses misères, toujours de ce ton plein de joie qui lui est propre. Il ne s’entend pas du tout avec sa grand-mère ni sa sœur, qui est revenue s’installer chez eux depuis peu, avec son jeune fils de deux ans. Ces deux femmes auraient une grande influence sur le père, qu’elles pousseraient à être si dur avec Camille. Tous semblent passer leur temps à crier sur lui, à lui jouer de mauvais tour. Ils font tout pour lui être le plus désagréable possible. Sa sœur est même allée jusqu’à résilier leur abonnement à Internet, uniquement parce qu’elle trouvait que Camille passait trop de temps derrière l’écran de son ordinateur au lieu de s’occuper de son neveu, comme elle voudrait. Il était prévu que l’abonnement prenne fin hier soir, à minuit, et c’est en effet ce qui s’est passé, comme je m’en suis aperçu ce matin, en me réveillant (c’est-à-dire à midi), puisque Camille, qui n’éteint jamais son ordinateur, est d’habitude toujours connecté à MSN, même s’il est le plus souvent inactif, comme il est généralement indiqué à côté de son nom. Cette fois, Camille était hors-ligne. Avant de nous conduire à Dax, j’avais pu constater par moi-même qu’il n’inventait rien et qu’on ne lui rendait vraiment pas la vie facile. Il fallait en effet qu’il passe d’abord par sa banque, pour retirer l’argent nécessaire au paiement de la réparation de la voiture. A cette banque, on ne voulut bien lui donner que l’argent qu’il avait prévenu plut tôt qu’il lui fallait pour cette réparation, ni plus ni moins, comme s’il était un enfant, ou sous la tutelle de son père, qui était d’ailleurs peut-être celui qui avait téléphoné. Je lui ai demandé s’il était conscient qu’il n’était pas normal qu’à son âge, on ne le laisse pas disposer librement de son argent. Il m’a répondu que c’était ainsi dans les campagnes, où tout le monde se connaît, où chaque personne est un parent plus ou moins éloigné. Son banquier devait être un cousin de son père, dont il suivait les instructions ! Après s’être épanché (nous nous étions installés à la terrasse d’un café de Dax), Camille est rentré chez lui au volant de sa propre voiture. Il m’a téléphoné deux heures plus tard, pour me demander s’il pouvait venir me voir de nouveau, à Mont-de-Marsan cette fois, parce que l’accueil qu’on lui avait fait chez lui avait été si mauvais qu’il avait besoin de s’échapper, comme il me dit. Nous sommes d’abord allés à l’hôpital, dans le service de diabétologie, où Camille voulait demander à son médecin si l’état de son cœur et de son diabète permettait de mettre fin aux nombreuses visites des infirmières à son domicile (trois ou quatre fois par jour entre six heures du matin et huit ou neuf heures du soir), qui lui sont très pénibles et l’empêchent de vivre au rythme qu’il voudrait. Bien sûr, il était trop tard pour espérer trouver encore un docteur dans le service. Une infirmière a bien voulu l’écouter et jeter un œil aux relevés de sa glycémie, qui n’étaient pas complets, parce que Camille, qui ne tient pas en place, est souvent absent lors du passage des infirmières, dont l’une des missions est précisément de relever correctement ces données dont lui ne se soucie pas assez. J’ai donc compris, en écoutant sa conversation avec l’infirmière, que Camille n’était pas si cloîtré que cela ! Quant à l’état de son cœur, celle-ci ne pouvait rien dire. Il fallait que Camille revienne plus tôt le lendemain, pour prendre l’avis du docteur, une petite femme toute jolie, mais avec laquelle il est un peu en froid, parce que, lors du dernier passage de Camille dans le service, ai-je également appris en écoutant ce qui se disait devant moi, il avait été question de l’hospitaliser, probablement pour plusieurs semaines, et que Camille avait si mal pris cette nouvelle qu’il avait préféré signer une décharge pour ne pas avoir à rester plus longtemps dans les lieux. Evidemment, la doctoresse était furieuse. Nous sommes ensuite allés voir l’état de la maison, dont les travaux de peinture étaient presque terminés. Puis nous avons dîné ensemble. Il est reparti vers dix heures, un peu fatigué. Je l’ai revu cet après-midi. Il revenait de l’hôpital, où il avait vu ses médecins, la diabétologue et le cardiologue. Ce dernier ne savait pas vraiment s’il était guéri (guéri du cœur) et voulait donc arrêter le traitement, pour voir si la machine arriverait à fonctionner normalement sans cela. Hier soir, en s’apercevant qu’il ne pouvait plus se connecter à Internet, Camille, qui était furieux qu’elle ait effectivement résilié l’abonnement, a parlé un peu durement à sa sœur. Celle-ci l’a si mal pris qu’elle en est venue aux mains : le père a dû s’interposer entre eux pour les séparer ! Sa sœur avait eu le temps de mettre en pièce le t-shirt de Camille. Il m’a confié que s’il l’aime si peu, c’est parce qu’elle est aussi violence que leur mère, qui a tout de même tenté de le tuer quand il était adolescent. Tout le monde était d’accord, dans le service de diabétologie, où Camille est assez connu, pour dire qu’il ferait mieux de quitter sa famille, m’a-t-il rapporté tout à l’heure, dont l’influence sur son humeur est des plus mauvaises, ce qui n’est bon ni pour son cœur ni pour son diabète. « Elles sont marrantes, les infirmières ! Quitter ma famille ? Et pour aller où ? – Chez moi, si tu veux. Je suis là, si tu as besoin d’aide. – Oui, je sais que tu es là pour moi. » (Quand nous nous voyons, je m’arrange toujours pour lui dire que je suis là pour lui, en cas de besoin.) Il est reparti de chez moi vers sept heures, en retard pour la visite de l’infirmière. J’étais tout heureux d’avoir pu si bien effacer, en l’aidant hier, en l’écoutant aujourd’hui, la désastreuse impression que je pensais lui avoir faite en lui jouant l’autre jour ce mauvais tour. Il ne m’en tenait pas du tout rigueur. Au contraire, il était plutôt amusé, même s’il avait d’abord été furieux de ne trouver personne au faux rendez-vous du parking, auquel, d’ailleurs, il prétendait n’être pas allé, car il n’est pas à une contradiction près ! Pendant que je faisais ce récit, Camille à encore une fois sonné chez moi, à plus d’une heure du matin. Il était à la rue. Son père vient de le chasser de chez lui. Il a été obligé de prévenir la gendarmerie pour qu’on force sa famille à lui ouvrir la porte, le temps pour lui de prendre quelques affaires. Je l’ai installé dans le salon, où il est en train de dormir avec la chienne Pélagie.
02:40 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Ménalque, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
11/09/2008
Mercredi 10 septembre 2008
J’ai pris tant de retard dans le récit des derniers événements de ma vie que la relation que je veux en faire risque fort d’être incomplète, l’oubli s’étant déjà emparé de ma tête de linotte. Il y a quelques jours que Damis m’a envoyé plusieurs SMS, dont le premier était bien loin d’augurer du dernier ! « J’ai un service à te demander, avait-il commencé par m’écrire. Mais ne te sens surtout pas obligé de me le rendre. Si tu ne veux pas, je ne t’en voudrai pas. » Il voulait que je lui fasse un chèque de caution, pour pouvoir emprunter une voiture, en attendant que la sienne soit réparée, laquelle ne le sera finalement jamais, ai-je appris par la suite, pour être bien trop abîmée : il lui faudra en acheter une autre. Comme j’hésitais à lui rendre ce service, « tu es mon seul véritable ami », m’écrivait-il, « blablabla, blablabla… », pensant sans doute que de telles paroles feraient pencher la balance du côté qu’il voulait. Elles m’aidèrent au contraire à ne pas avoir trop mauvaise conscience de la voir pencher de l’autre ! Me prend-il donc pour un tel crétin ? J’ai vraiment bien fait de ne pas lui rendre ce service que je répugnais à seulement envisager tant la pensée de perdre de l’argent en cas de nouvel accident de voiture m’était douloureuse, car son dernier SMS fut odieux : il osait dire qu’il avait eu des ‘‘sentiments forts’’ pour moi (le con !), qu’il le regrettait beaucoup et ne voulait plus jamais me revoir ! Evidemment, deux jours plus tard, il me téléphonait de nouveau, parce qu’il avait besoin que quelqu’un le conduise de son travail à l’autre bout de la ville, où son cousin lui avait donné rendez-vous pour le ramener chez lui. Si je suis sûr d’une chose, c’est que Damis a toujours eu des sentiments forts pour ma voiture ! Grand seigneur, je me suis empressé de lui rendre ce service-là, pour regarder le fourbe dans les yeux ! Sans doute avais-je sur mon misérable compte en banque de quoi courir le risque insensé de perdre de l’argent par la faute et pour le bénéfice d’un autre, mais je m’efforce de gérer mes affaires en bon père de famille et de ne dépenser dans le mois jamais plus que ce que j’ai gagné. Ayant de très petits revenus, je suis donc obligé d’être pingre. Et puis le proverbe est bien vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Mais j’ai un cœur, moi aussi, et la proposition que je lui avais faite de le loger chez moi, pour le rapprocher du lieu de son travail, tient toujours… J’avais oublié de dire que j’ai enfin les clefs de ma nouvelle maison, que je n’habiterai sans doute pas avant la fin du mois. Le serrurier (nous eûmes besoin de ses services) était charmant, avec son léger strabisme convergent. Il fallait le voir s’affairer, s’agenouiller, s’accroupir devant moi ! Et pendant que je le regardais faire, depuis le trottoir, devant ma nouvelle demeure, j’ai pu apercevoir le fils des voisins qui rentrait du lycée. Je l’ai revu quelques jours plus tard, en faisant visiter les lieux à Corydon : il était devant chez lui et parlait avec un camarade de classe. Tout cela était charmant. Ce brave Corydon a joué les entremetteurs avec cet autre garçon sur lequel j’avais des vues, dont je parlais l’autre jour. Appelons-le Camille. Samedi soir, Corydon, qui était venu me rendre visite, voulut se connecter à MSN, où se trouvait déjà Camille. Corydon lui demanda d’allumer sa caméra. Nous eûmes rapidement droit à un strip-tease intégral du garçon peu farouche. « Je crois qu’il a envie de tirer son coup, me dit Corydon, c’est le moment de vous présenter l’un à l’autre ! ». Nous l’invitâmes donc à venir boire le thé. Plus tard, Corydon ayant discrètement consulté Camille (pendant que je m’affairais dans la cuisine) m’envoya un SMS pour me confirmer que je pouvais y aller, que c’était dans la poche. Il finit par nous laisser seuls, Camille et moi, et nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Je lui fis tant d’effet qu’il en tomba malade ! Dès le lendemain, il était hospitalisé : sa glycémie était sens dessus dessous (il est diabétique). Et son cœur lui jouait des tours : on lui a trouvé un souffle en l’auscultant. Il y aurait du liquide, si j’ai bien compris, sous le péricarde. « Te voilà bien, si ton cœur prend l’eau ! » Depuis, je vais le voir tous les jours à l’hôpital. Il se trouve dans l’ancien service de ma mère, où travaille encore l’une de ses copines lesbiennes. Je reste affalé pendant des heures contre lui dans son lit à écouter battre son cœur, à le regarder se faire engueuler par l’infirmière parce qu’il n’a pas changé le code de son appareil à dextro, faussant ainsi tous les derniers relevés de sa glycémie, à l’entendre répondre mal à cette dernière, comme un adolescent ferait avec sa mère. Nous parlons de nos connaissances communes. Bien sûr, il connaît Alexis. Evidemment, il a vu les photos de la nudité d’Alexandre, qui ont fait le tour de la ville. Il connaît Damis, qui est son ancien voisin. Il a même chatté récemment avec l’horrible Trimalcion, qui se trémoussait nu devant sa caméra, et qui aurait une petite bite, selon les dires de Camille, ce qui ne m’étonne pas du tout. Nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus, parce qu’il partage sa chambre avec un pauvre vieux à qui l’on a coupé les doigts de pied. Mais je peux caresser son ventre, qu’il a si plat qu’on le croirait presque creux, tant il est maigre ! Et je ne me lasse pas de regarder ses tétons, qui sont à peine rosés, presque blancs. J’ai oublié de dire que Camille était roux. Il est recouvert de taches de rousseur et ses poils font comme des flammes autour de sa bite. Il est perfusé dans le bras, et je ne suis pas loin de m’évanouir à chaque fois que je touche ou vois sans le faire exprès le petit tuyau qui lui entre dans la veine ! J’ai la tête qui tourne en l’écrivant. Nous ne nous sommes rencontrés que samedi, mais nous avons déjà l’impression de nous connaître depuis des mois. Hier, en rentrant d’Oloron, où j’étais allé gagner quelque argent d’une façon que, je crois, la morale réprouve, cette bonne femme, et peut-être aussi sa commère la police, je n’avais de pensée que pour lui, j’avais le cœur léger, je me sentais comme ces hommes laborieux, heureux de retrouver leur femme et leurs enfants après une dure journée de travail ! Ma journée de travail à moi, qui n’avait pas duré deux heures, avait été fort douce, j’avais de l’argent dans ma poche, et pour me remettre de si peu de peine, il y avait Camille, qui m’attendait impatiemment sur son lit d’hôpital. J’étais le plus heureux des hommes. Cet après-midi, vers les quatre heures, comme je voulais m’en retourner chez ma mère, pour profiter un peu de la piscine et des derniers jours de beau temps, Camille m’a invité à le rejoindre pour le dîner. A mon retour dans sa chambre, j’eus la surprise de trouver mon repas déjà servi : il était descendu l’acheter dans la cafétéria de l’hôpital avant mon arrivée. Il y avait de quoi manger pour trois hommes ! « Mais je ne pourrai jamais avaler tout ça ! – Ce n’est pas grave, il en restera pour demain. » Cette charmante attention m’a beaucoup touché. Je crois pouvoir dire que ce fut l’un des meilleurs repas de ma vie. C’est Pierre Driout qui va rire. Il me demandait l’autre jour si, après les boulangers et garagistes, j’envisageais d’aller jusqu’aux antiquaires et brocanteurs. J’ai bien peur que mes amours ne volent toujours aussi bas, puisque Camille est boucher, charcutier, traiteur de profession ! Comme je me moquais de lui, si maigre, si frêle d’apparence, qui proposait de m’aider lors de mon prochain déménagement, dont je n’ai toujours pas commencé la préparation, il m’a dit que les énormes pièces de bœuf qu’il avait l’habitude de soulever pesaient plus lourd que moi !
02:45 Publié dans 2008, Alexandre, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11/08/2008
Dimanche 10 août 2008
J’ai dîné hier soir avec cet ami que je disais l’autre jour n’avoir pas été gâté par la nature. Appelons-le Corydon. Il aurait pu dire, comme celui de Virgile : nuper me in litore vidi. Car la nature, en vérité, n’a rien à voir avec la disgrâce de mon Corydon, qui n’était d’ailleurs pas loin d’être beau, il y a quelques années encore, comme j’ai pu le constater sur des photos qu’il m’a montrées. Mais il a pris beaucoup, énormément de poids depuis qu’il est dépressif (encore un !). Le pauvre a trop d’appétit depuis qu’il n’en a plus pour la vie. Corydon est le genre de personne qui connaît tout le monde, mais jamais bibliquement ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne baise pas, mais il le fait uniquement avec des inconnus, à quelques exceptions près, dont je suis. (Je commence à croire que je suis de toutes les exceptions ! Est-ce à dire que je suis exceptionnel ?) Corydon m’a confié qu’il avait une crainte : si mon aventure avec Damis devenait sérieuse, celui-ci pourrait ne plus vouloir que nous continuions de nous voir, comme dit pudiquement mon anxieux, que je soupçonne d’être tombé amoureux de moi. Je ne m’explique pas pourquoi ces deux là se détestent tellement. Après dîner, nous sommes allés rendre visite au bel Alexis, que nous avons trouvé les mains dans le moteur de la voiture de son frère Alexandre qui l’aidait. Tout le monde s’accorde à dire qu’Alexandre est infiniment plus beau qu’Alexis, qui passe pour être laid. Mais c’est Ménalque qui est laid, l’amant d’Alexis ! Je ne comprends pas pourquoi, lorsqu’on parle du couple, on fait toujours allusion à la prétendue laideur d’Alexis, sans jamais évoquer celle de Ménalque, qui ne fait pourtant aucun doute, elle. Peut-être considère-t-on qu’elle va justement trop de soi pour être seulement relevée. Mais moi, je trouve Alexis charmant. Je le trouve même aussi beau que son frère, auquel il ressemble d’ailleurs beaucoup, contrairement à ce qu’on a l’habitude de prétendre là encore. Les pédés n’ont aucun goût. Parce qu’ils sont, pour la plupart, d’indécrottables conformistes, et dépourvus de toute imagination, ils ne savent reconnaître que la beauté manifeste, évidente, indéniable, et ne sont aucunement sensibles aux beautés plus subtiles. Le problème d’élocution d’Alexis est un enchantement et je suis émerveillé de voir qu’un petit pédé de ‘‘stricte obédience’’, comme disait Dominique Autié, puisse avoir la passion de la mécanique. Alexandre, quant à lui, n’est pas de cette stricte obédience… C’est un ancien bisexuel, qui ne se consacrerait plus qu’aux filles, au grand dam de tout ce petit monde dans lequel m’introduit peu à peu Corydon. A vrai dire, je rencontrais Alexandre pour la première fois hier soir. Mais j’avais bien sûr déjà entendu parler de lui, puisque tout le monde le trouve très beau ; je l’avais même déjà vu en photo, et dans le plus simple appareil, lors du cômos solitaire d’Alcide, qui nous avait fait voir, à Damis et moi, certaines photographies qu’avait prises Ménalque, la veille, d’Alexis, d’Alexandre et d’Alcide se baignant. Sur l’une des images, on pouvait voir Alexandre complètement nu, et presque complètement raide, ce qui, bien sûr, fait dire à tout le monde qu’il doit être tout de même encore un peu pédé sur les bords pour bander au milieu d’autres garçons. Comme si l’on ne pouvait pas bander sans raison ! Corydon, qui avait participé à cette soirée, m’a donné les photos, que je conserve précieusement dans les archives de mon ordinateur. Je me demande si les deux frères ont déjà couché ensemble. J’ai appris de Corydon qu’avant d’être avec Alexis, Ménalque était sorti avec Alcide. Comme Ménalque et Alexis sont ensemble depuis quatre ans et qu’Alcide en a dix-neuf, j’en déduis que ce dernier n’avait que quinze ans à l’époque où il était avec Ménalque. Alexis en avait seize au début de sa relation avec lui. On peut dire que Ménalque les aime jeunes, et qu’il est un pédéraste au sens le plus stricte, le plus étymologique du terme. Quittera-t-il Alexis, lorsqu’il le trouvera trop vieux à son goût ? Ou l’amour sera-t-il assez fort pour transformer un amoureux des garçons en l’amoureux d’un homme ? Ce que me dit Corydon d’Alcide, qu’il connaît depuis plus longtemps que moi, ne correspond pas du tout à l’idée que je m’étais faite de lui. A l’en croire, ce serait quelqu’un d’intéressé. Il œuvrerait d’ailleurs pour se remettre avec Ménalque, qui vient de s’offrir une grosse voiture. Alexis est-il conscient du danger ? Mais est-ce que tous les garçons ne sont pas intéressés à dix-neuf ans ? C’est dans l’ordre des choses, puisqu’on ne possède rien à cet âge.
03:41 Publié dans 2008, Alcide, Alexandre, Alexis, Corydon, Damis, Journal, Ménalque | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note