11/09/2008
Mercredi 10 septembre 2008
J’ai pris tant de retard dans le récit des derniers événements de ma vie que la relation que je veux en faire risque fort d’être incomplète, l’oubli s’étant déjà emparé de ma tête de linotte. Il y a quelques jours que Damis m’a envoyé plusieurs SMS, dont le premier était bien loin d’augurer du dernier ! « J’ai un service à te demander, avait-il commencé par m’écrire. Mais ne te sens surtout pas obligé de me le rendre. Si tu ne veux pas, je ne t’en voudrai pas. » Il voulait que je lui fasse un chèque de caution, pour pouvoir emprunter une voiture, en attendant que la sienne soit réparée, laquelle ne le sera finalement jamais, ai-je appris par la suite, pour être bien trop abîmée : il lui faudra en acheter une autre. Comme j’hésitais à lui rendre ce service, « tu es mon seul véritable ami », m’écrivait-il, « blablabla, blablabla… », pensant sans doute que de telles paroles feraient pencher la balance du côté qu’il voulait. Elles m’aidèrent au contraire à ne pas avoir trop mauvaise conscience de la voir pencher de l’autre ! Me prend-il donc pour un tel crétin ? J’ai vraiment bien fait de ne pas lui rendre ce service que je répugnais à seulement envisager tant la pensée de perdre de l’argent en cas de nouvel accident de voiture m’était douloureuse, car son dernier SMS fut odieux : il osait dire qu’il avait eu des ‘‘sentiments forts’’ pour moi (le con !), qu’il le regrettait beaucoup et ne voulait plus jamais me revoir ! Evidemment, deux jours plus tard, il me téléphonait de nouveau, parce qu’il avait besoin que quelqu’un le conduise de son travail à l’autre bout de la ville, où son cousin lui avait donné rendez-vous pour le ramener chez lui. Si je suis sûr d’une chose, c’est que Damis a toujours eu des sentiments forts pour ma voiture ! Grand seigneur, je me suis empressé de lui rendre ce service-là, pour regarder le fourbe dans les yeux ! Sans doute avais-je sur mon misérable compte en banque de quoi courir le risque insensé de perdre de l’argent par la faute et pour le bénéfice d’un autre, mais je m’efforce de gérer mes affaires en bon père de famille et de ne dépenser dans le mois jamais plus que ce que j’ai gagné. Ayant de très petits revenus, je suis donc obligé d’être pingre. Et puis le proverbe est bien vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Mais j’ai un cœur, moi aussi, et la proposition que je lui avais faite de le loger chez moi, pour le rapprocher du lieu de son travail, tient toujours… J’avais oublié de dire que j’ai enfin les clefs de ma nouvelle maison, que je n’habiterai sans doute pas avant la fin du mois. Le serrurier (nous eûmes besoin de ses services) était charmant, avec son léger strabisme convergent. Il fallait le voir s’affairer, s’agenouiller, s’accroupir devant moi ! Et pendant que je le regardais faire, depuis le trottoir, devant ma nouvelle demeure, j’ai pu apercevoir le fils des voisins qui rentrait du lycée. Je l’ai revu quelques jours plus tard, en faisant visiter les lieux à Corydon : il était devant chez lui et parlait avec un camarade de classe. Tout cela était charmant. Ce brave Corydon a joué les entremetteurs avec cet autre garçon sur lequel j’avais des vues, dont je parlais l’autre jour. Appelons-le Camille. Samedi soir, Corydon, qui était venu me rendre visite, voulut se connecter à MSN, où se trouvait déjà Camille. Corydon lui demanda d’allumer sa caméra. Nous eûmes rapidement droit à un strip-tease intégral du garçon peu farouche. « Je crois qu’il a envie de tirer son coup, me dit Corydon, c’est le moment de vous présenter l’un à l’autre ! ». Nous l’invitâmes donc à venir boire le thé. Plus tard, Corydon ayant discrètement consulté Camille (pendant que je m’affairais dans la cuisine) m’envoya un SMS pour me confirmer que je pouvais y aller, que c’était dans la poche. Il finit par nous laisser seuls, Camille et moi, et nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Je lui fis tant d’effet qu’il en tomba malade ! Dès le lendemain, il était hospitalisé : sa glycémie était sens dessus dessous (il est diabétique). Et son cœur lui jouait des tours : on lui a trouvé un souffle en l’auscultant. Il y aurait du liquide, si j’ai bien compris, sous le péricarde. « Te voilà bien, si ton cœur prend l’eau ! » Depuis, je vais le voir tous les jours à l’hôpital. Il se trouve dans l’ancien service de ma mère, où travaille encore l’une de ses copines lesbiennes. Je reste affalé pendant des heures contre lui dans son lit à écouter battre son cœur, à le regarder se faire engueuler par l’infirmière parce qu’il n’a pas changé le code de son appareil à dextro, faussant ainsi tous les derniers relevés de sa glycémie, à l’entendre répondre mal à cette dernière, comme un adolescent ferait avec sa mère. Nous parlons de nos connaissances communes. Bien sûr, il connaît Alexis. Evidemment, il a vu les photos de la nudité d’Alexandre, qui ont fait le tour de la ville. Il connaît Damis, qui est son ancien voisin. Il a même chatté récemment avec l’horrible Trimalcion, qui se trémoussait nu devant sa caméra, et qui aurait une petite bite, selon les dires de Camille, ce qui ne m’étonne pas du tout. Nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus, parce qu’il partage sa chambre avec un pauvre vieux à qui l’on a coupé les doigts de pied. Mais je peux caresser son ventre, qu’il a si plat qu’on le croirait presque creux, tant il est maigre ! Et je ne me lasse pas de regarder ses tétons, qui sont à peine rosés, presque blancs. J’ai oublié de dire que Camille était roux. Il est recouvert de taches de rousseur et ses poils font comme des flammes autour de sa bite. Il est perfusé dans le bras, et je ne suis pas loin de m’évanouir à chaque fois que je touche ou vois sans le faire exprès le petit tuyau qui lui entre dans la veine ! J’ai la tête qui tourne en l’écrivant. Nous ne nous sommes rencontrés que samedi, mais nous avons déjà l’impression de nous connaître depuis des mois. Hier, en rentrant d’Oloron, où j’étais allé gagner quelque argent d’une façon que, je crois, la morale réprouve, cette bonne femme, et peut-être aussi sa commère la police, je n’avais de pensée que pour lui, j’avais le cœur léger, je me sentais comme ces hommes laborieux, heureux de retrouver leur femme et leurs enfants après une dure journée de travail ! Ma journée de travail à moi, qui n’avait pas duré deux heures, avait été fort douce, j’avais de l’argent dans ma poche, et pour me remettre de si peu de peine, il y avait Camille, qui m’attendait impatiemment sur son lit d’hôpital. J’étais le plus heureux des hommes. Cet après-midi, vers les quatre heures, comme je voulais m’en retourner chez ma mère, pour profiter un peu de la piscine et des derniers jours de beau temps, Camille m’a invité à le rejoindre pour le dîner. A mon retour dans sa chambre, j’eus la surprise de trouver mon repas déjà servi : il était descendu l’acheter dans la cafétéria de l’hôpital avant mon arrivée. Il y avait de quoi manger pour trois hommes ! « Mais je ne pourrai jamais avaler tout ça ! – Ce n’est pas grave, il en restera pour demain. » Cette charmante attention m’a beaucoup touché. Je crois pouvoir dire que ce fut l’un des meilleurs repas de ma vie. C’est Pierre Driout qui va rire. Il me demandait l’autre jour si, après les boulangers et garagistes, j’envisageais d’aller jusqu’aux antiquaires et brocanteurs. J’ai bien peur que mes amours ne volent toujours aussi bas, puisque Camille est boucher, charcutier, traiteur de profession ! Comme je me moquais de lui, si maigre, si frêle d’apparence, qui proposait de m’aider lors de mon prochain déménagement, dont je n’ai toujours pas commencé la préparation, il m’a dit que les énormes pièces de bœuf qu’il avait l’habitude de soulever pesaient plus lourd que moi !
02:45 Publié dans 2008, Alexandre, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11/08/2008
Dimanche 10 août 2008
J’ai dîné hier soir avec cet ami que je disais l’autre jour n’avoir pas été gâté par la nature. Appelons-le Corydon. Il aurait pu dire, comme celui de Virgile : nuper me in litore vidi. Car la nature, en vérité, n’a rien à voir avec la disgrâce de mon Corydon, qui n’était d’ailleurs pas loin d’être beau, il y a quelques années encore, comme j’ai pu le constater sur des photos qu’il m’a montrées. Mais il a pris beaucoup, énormément de poids depuis qu’il est dépressif (encore un !). Le pauvre a trop d’appétit depuis qu’il n’en a plus pour la vie. Corydon est le genre de personne qui connaît tout le monde, mais jamais bibliquement ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne baise pas, mais il le fait uniquement avec des inconnus, à quelques exceptions près, dont je suis. (Je commence à croire que je suis de toutes les exceptions ! Est-ce à dire que je suis exceptionnel ?) Corydon m’a confié qu’il avait une crainte : si mon aventure avec Damis devenait sérieuse, celui-ci pourrait ne plus vouloir que nous continuions de nous voir, comme dit pudiquement mon anxieux, que je soupçonne d’être tombé amoureux de moi. Je ne m’explique pas pourquoi ces deux là se détestent tellement. Après dîner, nous sommes allés rendre visite au bel Alexis, que nous avons trouvé les mains dans le moteur de la voiture de son frère Alexandre qui l’aidait. Tout le monde s’accorde à dire qu’Alexandre est infiniment plus beau qu’Alexis, qui passe pour être laid. Mais c’est Ménalque qui est laid, l’amant d’Alexis ! Je ne comprends pas pourquoi, lorsqu’on parle du couple, on fait toujours allusion à la prétendue laideur d’Alexis, sans jamais évoquer celle de Ménalque, qui ne fait pourtant aucun doute, elle. Peut-être considère-t-on qu’elle va justement trop de soi pour être seulement relevée. Mais moi, je trouve Alexis charmant. Je le trouve même aussi beau que son frère, auquel il ressemble d’ailleurs beaucoup, contrairement à ce qu’on a l’habitude de prétendre là encore. Les pédés n’ont aucun goût. Parce qu’ils sont, pour la plupart, d’indécrottables conformistes, et dépourvus de toute imagination, ils ne savent reconnaître que la beauté manifeste, évidente, indéniable, et ne sont aucunement sensibles aux beautés plus subtiles. Le problème d’élocution d’Alexis est un enchantement et je suis émerveillé de voir qu’un petit pédé de ‘‘stricte obédience’’, comme disait Dominique Autié, puisse avoir la passion de la mécanique. Alexandre, quant à lui, n’est pas de cette stricte obédience… C’est un ancien bisexuel, qui ne se consacrerait plus qu’aux filles, au grand dam de tout ce petit monde dans lequel m’introduit peu à peu Corydon. A vrai dire, je rencontrais Alexandre pour la première fois hier soir. Mais j’avais bien sûr déjà entendu parler de lui, puisque tout le monde le trouve très beau ; je l’avais même déjà vu en photo, et dans le plus simple appareil, lors du cômos solitaire d’Alcide, qui nous avait fait voir, à Damis et moi, certaines photographies qu’avait prises Ménalque, la veille, d’Alexis, d’Alexandre et d’Alcide se baignant. Sur l’une des images, on pouvait voir Alexandre complètement nu, et presque complètement raide, ce qui, bien sûr, fait dire à tout le monde qu’il doit être tout de même encore un peu pédé sur les bords pour bander au milieu d’autres garçons. Comme si l’on ne pouvait pas bander sans raison ! Corydon, qui avait participé à cette soirée, m’a donné les photos, que je conserve précieusement dans les archives de mon ordinateur. Je me demande si les deux frères ont déjà couché ensemble. J’ai appris de Corydon qu’avant d’être avec Alexis, Ménalque était sorti avec Alcide. Comme Ménalque et Alexis sont ensemble depuis quatre ans et qu’Alcide en a dix-neuf, j’en déduis que ce dernier n’avait que quinze ans à l’époque où il était avec Ménalque. Alexis en avait seize au début de sa relation avec lui. On peut dire que Ménalque les aime jeunes, et qu’il est un pédéraste au sens le plus stricte, le plus étymologique du terme. Quittera-t-il Alexis, lorsqu’il le trouvera trop vieux à son goût ? Ou l’amour sera-t-il assez fort pour transformer un amoureux des garçons en l’amoureux d’un homme ? Ce que me dit Corydon d’Alcide, qu’il connaît depuis plus longtemps que moi, ne correspond pas du tout à l’idée que je m’étais faite de lui. A l’en croire, ce serait quelqu’un d’intéressé. Il œuvrerait d’ailleurs pour se remettre avec Ménalque, qui vient de s’offrir une grosse voiture. Alexis est-il conscient du danger ? Mais est-ce que tous les garçons ne sont pas intéressés à dix-neuf ans ? C’est dans l’ordre des choses, puisqu’on ne possède rien à cet âge.
03:41 Publié dans 2008, Alcide, Alexandre, Alexis, Corydon, Damis, Journal, Ménalque | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note