17/01/2009
Samedi 17 janvier 2009
Mon amie Myriam, qui lit ce blogue, m’écrivait tout à l’heure qu’elle n’aimait pas me voir évoluer dans un milieu aussi malsain que celui dont je parle depuis quelque temps dans ces pages. Pierre Driout lui-même faisait tout récemment ce commentaire : « J’abdique, écrivait-il, je suis comme un roi découronné devant l’art avec lequel Olivier nous retire tout espoir de nous élever en sa compagnie. O vous qui entrez dans son blog, quittez fierté, joie et espérance. Ici l’âme est désolée devant les sombres avenues de l’engeance humaine ! Rendez les armes, il n’y a que piperies sur Terre… Il nous reste à visiter le royaume des morts pour y retrouver nos frères défunts. » C’est que, suivant ma pente, je parle plus volontiers du mauvais que du bon. Mais tout n’est pas si mauvais dans ce qui m’arrive. Il y a aussi de bonnes choses, dont je pourrais aussi bien parler. C’est d’ailleurs à cause d’elles que je continue de fréquenter mon Camille. Que peut-il y avoir de meilleur au monde, par exemple, que de lui faire, comme hier soir, un massage avec le lait pour le corps à 100 EUR d’Ascylte qui est à la noix de coco et qu’il a fait venir de là-bas, comme dit Camille ? « De là-bas ? Comment ça ? D’où donc, exactement ? – Ah ça ! Je ne sais pas. De là-bas quoi… Il l’a commandé sur Internet. – Ah d’accord… » Quand tout le lait à pénétré dans la peau si pâle de Camille, il se met à rouler sous mes mains comme de petits lambeaux noirs d’une crasse dont tant de blancheur ne laissait pas soupçonner la présence. « Mais depuis quand ne t’es-tu pas lavé ? » Camille aime aussi se faire percer les boutons ‘‘quand ils sont murs’’, dit-il, et se faire enlever les points noirs qu’il a dans le dos. Parfois, après le pus, c’est du sang qui perle sous la pression de mes doigts. Polémon m’avait déjà parlé du plaisir que prenait Camille à se faire ainsi charcuter le dos. Il prétendait, avec un peu de dégoût dans la voix, que c’était à cause de sa mauvaise hygiène que Camille avait tant de comédons. C’est qu’il ne savait pas, « Muse, que cette crasse était tout le génie », « que c’était tout mon sacre » ! Il y a du bon dans Camille. Il est venu m’aider, cet après-midi, à scier de vieilles planches qu’il y avait chez ma mère et qui pourront servir de bois de chauffe. Il a commencé par me montrer comment on se servait d’une scie. « Regarde, m’expliquait-il, il faut laisser travailler la scie dans toute sa longueur et le bois se coupe presque tout seul. » Mais comme il sait que je suis un grand mou et que je n’ai pas oublié ce qu’il m’avait dit sur la force et les nerfs, lors de mon déménagement, c’est lui qui a fait presque tout le travail. Moi j’aidais à tenir en place la planche qu’il était en train de scier. Penchées l’une et l’autre sur elle, nos têtes se frôlaient sans cesse et quand, après un effort trop intense, son corps se relâchait un peu, Camille appuyait son front au mien, pour se reposer quelques secondes. (Le front, c’est un peu le genou de la tête, quand on est plus intime.) J’aime que Camille me téléphone, comme ce soir, alors qu’on était encore ensemble, deux heures plus tôt, à la recherche d’une voiture d’occasion dont il veut faire l’acquisition, pour me dire sa joie d’en avoir enfin trouvé une, grâce à l’un de ses amis, qui lui vend la sienne pour 300 EUR. « Je n’aurai même pas besoin de faire un emprunt. Elle a juste le contrôle technique à passer et si des réparations sont ordonnées, leur coût sera déduit des 300 EUR. » J’aime qu’il me dise que sa nouvelle voiture affiche 500000 km au compteur. Ça me paraît énorme, mais je ne connais rien aux voitures. Je ne suis pas bien sûr qu’il ait fait une bonne affaire. A moins qu’il n’ait mal lu le nombre en question. J’aime aussi cela, d’ailleurs : que Camille ne sache pas lire les grands nombres ! Pour lui, 15000, 50000, 150000 ou 500000, sont des nombres illisibles et qui se confondent dans son esprit. Je trouve cela charmant. J’aime encore les regards exaspérés qu’il me lance dans le dos d’Alcidor (l’amant de Flipote), qu’il héberge en ce moment et qui lui dévore tout ce qu’il y a de comestible dans ses placards. Je l’aime aussi pour les énormités qu’il peut dire : « Je croyais, m’avoua-t-il par exemple, cet après-midi, qu’Ascylte était un grand bourgeois » ! Ce sont exactement les mots qu’il a prononcés ! (Je ne pense pas que Camille sache vraiment ce qu’ils signifient, parce que j’ai toujours dit qu’Ascylte avait l’air de ses origines, malgré les grands qu’il veut se donner : il a beau se parfumer, il empeste le caniveau !) « J’ai cru que c’était un grand bourgeois, disait-il donc, et puis j’ai vite compris, à force de le voir manger… » Et Camille d’imiter ce cochon d’Ascylte en train de mastiquer, avec force bruit, la bouche ouverte. « Et tu as vu comme il boit ? Le bruit qu’il fait aussi ? » S’il l’avait vu ! Ah ! S’il l’avait entendu ! J’aime rire avec Camille pour des bêtises et Ascylte nous fait beaucoup rire en ce moment. Il est devenu un véritable Aschenbach ! Il s’est fait couper les cheveux beaucoup plus courts et y met du gel, désormais ! Il avait confié à Camille vouloir se faire faire un piercing ou un tatouage. « Oh ! Oui, un tatouage ! Tu ne devrais pas le quitter tout de suite. Pousse-le d’abord à se faire tatouer quelque chose comme ‘‘Camille pour toujours’’ et ne le quitte qu’ensuite ! » C’est très bête, mais ça nous fait beaucoup rire.
22:13 Publié dans 2008, Alcidor, Ascylte, Camille, Flipote, Journal, Myriam, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
31/12/2008
Mardi 30 décembre 2008
Quelle épouvantable journée ! Elle a fort mal commencé par un SMS de Damis, qui voulait savoir si je n’avais personne à lui présenter, puisque c’était moi, lui avait rapporté Corydon, qui avais permis à Camille de se ‘‘recaser’’ avec l’un de mes amis… A cause de ce gros porc de Corydon, je suis probablement la risée de tous ces cons de pédés, maintenant. Elle s’est terminée par un SMS de Polémon, qui m’annonçait qu’il annulait notre réveillon en tête à tête, parce qu’il préférait aller se goinfrer des fruits de mer que ses patrons, comme il dit, lui proposaient de partager avec eux. Quelle élégance ! Quelle classe ! Il me préfère des huîtres ! Sans doute sont-elles, il est vrai, plus fraîches, plus vives que moi, qui ne suis pas bien d’humeur à faire la fête, en ce moment. Mais ne devine-t-il pas qu’on peut trouver aussi des perles à l’intérieur de moi ? Quant à ce qui s’est passé entre la réception de ces deux SMS, je préfère ne pas en parler. C’était une de ces journées où les pensées, les soupçons et les craintes s’accélèrent dans ma tête et me font complètement dérailler, au point de dire à ceux qui m’abandonnent des choses insensées qui me font passer pour fou et justifient qu’on me fuie. Ma résolution pour 2009 : me faire aider, comme disent pudiquement tous ces cons de psys.
01:42 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
29/12/2008
Dimanche 28 décembre 2008
J’ai relu les conversations MSN que je disais hier vouloir recopier dans ce blogue. Mais finalement, je m’aperçois que leur publication ferait tomber un peu plus encore mon journal dans le bas et le sordide. J’ai longtemps cru qu’il m’aidait à regarder avec un peu plus de détachement ce qui n’allait pas dans ma vie, dans mon être. A présent je suis presque certain qu’il m’y enchaîne, au contraire, en nourrissant mes obsessions. Il faudrait que j’arrive à parler d’autre chose, c’est-à-dire de quelqu’un d’autre ! Je ne dirais pas que Camille m’a rendu fou, mais il m’a fait me rappeler que je l’étais. Je dois bien reconnaître qu’il n’est pas tout à fait normal de dépenser autant d’énergie à piéger Ascylte en le faisant parler à des personnages de mon invention. Si ce n’est pas de la folie, c’est tout de même très bête et probablement inutile. Ce qui est de la folie, c’est de vouloir empêcher Camille de se compromettre avec des Ascylte, de se fourvoyer, de se perdre. C’est vouloir l’empêcher de vivre et c’est à coup sûr l’éloigner de moi. C’est surtout mon ego blessé qui m’a fait réagir si violemment, car j’ai déjà dit que je n’aimais pas passionnément Camille. Mais s’il est vrai que je ne l’aime pas passionnément, je lui ai tout de même avoué avant-hier que je l’aimais à la fois comme un petit amoureux, comme un ami et comme un jeune frère : que je l’aimais donc énormément si ce n’est passionnément. Ce qu’il y a de passion en moi est tout autre. Il faudrait dire que je n’aime passionnément pas être abandonné. Et c’est toujours ce qui arrive, évidemment. Ma peur de l’être me fait me comporter de telle manière qu’on n’a généralement pas d’autre choix que de me fuir !
02:41 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27/12/2008
Samedi 27 décembre 2008
J’écrivais mardi, au sujet de Polémon, que j’ai d’ailleurs eu l’occasion de connaître un peu plus en profondeur, hier soir, qu’il avait ‘‘fait la pute à Toulouse’’, à une époque. Mais que les gens sont mauvaises langues ! Cyrille, l’actuel amoureux de ma sœur, a travaillé pendant un certain temps comme serveur dans un bar de Mont-de-Marsan tenu par un vieux pédé à qui je n’ai jamais adressé la parole de ma vie, même si nous avons eu des connaissances en commun, avec lesquelles il a pu m’arriver d’entrer dans son établissement. J’ai toujours trouvé cet homme antipathique et lui moi. Or j’ai tout récemment appris de la bouche de Cyrille, au cours d’une petite soirée chez ma sœur donnée en l’honneur de Matio, qui se trouvait pour une fois à Mont-de-Marsan (c’était avant-hier), que ce patron de bar avait d’abord tenté de dissuader son employé de sortir avec elle en le prévenant qu’elle était séropositive. Et sans doute pour bien lui faire entendre que ma sœur était d’une famille vraiment peu fréquentable, il avait ajouté que le frère de celle-ci, c’est-à-dire moi, ‘‘faisait la pute à Toulouse’’, cela dit exactement dans les mêmes termes que ceux que j’ai utilisés à propos de Polémon. Comment diable les rumeurs se forment-elles donc, si précises et si vagues, si vraies et si fausses ? Sans doute y a-t-il une part de vérité dans toutes les rumeurs, mais pourquoi donc Toulouse, puisque c’est à Bordeaux que j’ai fait mes études ? Matio et moi sommes donc allés finir de nous soûler dans le bar de cette langue de vipère (l’un des seuls à être ouverts un vingt-cinq décembre à Mont-de-Marsan), pour lui dire que nous faisions des promotions pour Noël et qu’il pouvait avoir deux putes pour le prix d’une, s’il le souhaitait, ce vieux cochon ! Mais nous ne sommes pas restés longtemps dans cet endroit, qui était infesté de gitans, avec qui Matio a d’ailleurs eu des mots, et en espagnol, pour faire plus viril. En sortant du bar, nous avons croisé ce pauvre Trimalcion, qui n’est pas sans charme, finalement, ai-je d’ailleurs pu remarquer, à cette très brève occasion, parce que je n’ai pas pensé à m’arrêter pour le saluer, trop saoul et furieux que j’étais de la gitanerie ambiante. Je crois qu’il me prend pour un fou. Il avait l’air complètement abasourdi de me voir sortir de ce bar, ou peut-être était-il ébloui par ma nouvelle coiffure et par la fraîcheur de mon teint, même en pleine ivresse et si tard ! Sans doute allait-il rejoindre le beau Nicandre, qui était à l’intérieur. Je ne serai jamais heureux. Je sais déjà que ce que j’aime en Polémon, c’est qu’il m’aime, me trouve beau et me le dise. « Tu es beau même quand tu as les yeux fermés et que tu dors », me dit-il, sauf que je ne dors pas, bien sûr. « Même quand tu fais la grimace ! » Ce que j’aime aussi, c’est qu’il me dise sans doute les mêmes paroles qu’il a tenues à Camille, que Polémon a beaucoup aimé. Au fond, je ne me suis intéressé à lui que par esprit de symétrie et pour rétablir un certain équilibre. Un prétendu ami m’a volé Camille ? Il me fallait donc prendre possession d’un amant de ce dernier. Grâce à cela, Camille et moi nous parlons plus facilement désormais : nous nous parlons en égaux. J’ai même pu retrouver une certaine supériorité sur lui, car Polémon, en ne sachant pas tenir sa langue, a réussi à insinuer le doute en Camille, qui soupçonne fort les tromperies d’Ascylte. Camille a bien sûr parlé de ses soupçons au traitre, qui fait donc tout pour l’empêcher de me voir : il craint sans doute que je l’éloigne définitivement de lui. Pourquoi donc cette crainte, se demandera mon lecteur, puisqu’il n’est probablement pas très attaché à lui, s’il le trompe ? C’est sans doute parce qu’il n’a encore trouvé personne pour le remplacer, et qu’il ne veut pas aller tout seul ‘‘au ski’’ ! C’est tout ! Peut-être est-ce aussi parce qu’il a peur que j’attende que Camille et lui ne soient plus ensemble pour me venger. Je lui avais dit, en effet, que j’y renonçais non pas par bonté, mais par amour pour Camille, à qui ma vengeance aurait causé de la peine. Même si Ascylte n’a aucun scrupule, même s’il serait sans doute prêt à tout pour se défendre, il a peur, il a peur de moi, parce qu’il ne peut pas être entièrement sûr de remporter la victoire et parce que, finalement, il a bien plus à perdre que moi. Sa peur est manifeste, dans la deuxième grande conversation qu’il a eue avec le personnage que je me suis inventé de petit pédé candide pour le démasquer à Camille. Comme Polémon a parlé à Camille de la première conversation qu’Ascylte avait eue avec mon petit personnage, qui s’appelle Antoine, et que Camille en a parlé à son tour à Ascylte, pour avoir des explications, ce dernier est venu demander lui aussi des explications au pauvre Antoine : il voulait savoir comment Polémon pouvait avoir eu vent de leur conversation. La peur et la mauvaise foi d’Ascylte sont à peine croyables, à moins qu’il ne se joue à son tour de moi, comme m’a fait remarquer Polémon, ce que j’ai pourtant peine à croire. Mais il faut à présent que je recopie ces fameuses conversations, que je publierai sans doute demain, ou dans le courant de la semaine prochaine.
23:59 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Cyrille, Journal, Ma soeur, Matio, Nicandre, Polémon, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24/12/2008
Mardi 23 décembre 2008
J’ai téléphoné dimanche à Camille, que j’avais envie de voir, mais qui est à Bordeaux jusqu’à Noël. Il m’a dit qu’il savait déjà que j’allais peut-être sortir avec Polémon, qui le lui aurait répété. Polémon me jure qu’il n’a plus parlé à Camille depuis des jours. De qui Camille peut-il donc tenir cela ? Du petit Ilisos, son autre ancien amant, à qui il me faut bien finalement donner un nom ? De cette fille-mère qui est aussi l’amie de Polémon ? De ce journal, peut-être, dont je sais qu’Ascylte connaît l’existence ? Ayant en effet récemment demandé à celui-ci depuis quand il lui semblait que j’avais besoin des services d’un psychanalyste (comme il le prétend depuis que j’ai menacé de le dénoncer, ce qui ne serait pas une réaction des plus saines, selon lui), je me suis entendu répondre qu’il le pensait depuis bien longtemps déjà, depuis qu’un de ses amis, qui me lisait à l’époque, lui avait donné l’adresse de ce blogue, dont il avait lu une partie, mais une partie seulement, tant le contenu l’avait dérangé : il avait été en effet sur le point de s’évanouir, tant il avait ressenti d’ondes négatives émaner de cette lecture. Car j’avais oublié de dire que notre psy est également un peu voyant à ses heures, extralucide ! C’est dire le niveau du type, qui est pourtant expert en psychologie auprès de bien des tribunaux de France et de Navarre, et même du Luxembourg ! Camille m’a semblé être un peu troublé, au téléphone, par cette perspective d’une association entre Polémon et moi, dont il s’est immédiatement mis à me parler avec inquiétude. Il faut dire que nous sommes sans doute les deux garçons qui l’avons le plus aimé dernièrement, ou du moins ceux qui le lui avons le plus montré. Il s’aperçoit soudain que nous lui échappons peut-être, et que nous lui échappons ensemble et l’un grâce à l’autre. Maintenant qu’il sait que j’ai rencontré physiquement Polémon hier soir, Camille se montre avec moi très prévenant, dans nos conversations sur MSN. Il m’invite à me méfier de son ancien amant, sur lequel il ne tarit plus, mais non pas d’éloges, comme on s’en doute ! Et quand je lui demande pourquoi il se montre soudain si soucieux de mon bonheur, il me répond que c’est parce qu’il est attaché à moi, parce qu’il a peur pour moi, etc. Je l’ai remercié pour ses conseils, même si, comme je le lui ai expliqué, je risquais de ne pas plus l’écouter que lui moi lorsque je lui ai conseillé de se méfier de ce fourbe d’Ascylte, dont je sais qu’il ne tient pas plus à Camille qu’au minet qu’il est déjà en train de rechercher pour le remplacer. Je ne voulais pas en parler plus tôt dans ce journal, parce que je nourrissais encore l’espoir de me venger d’Ascylte, et que les moyens dont je me suis servi dans le but de prouver à Camille la fausseté de son amant sont les mêmes qu’une partie de ceux grâce auxquels j’espérais pouvoir prouver le parjure de cet homme assermenté ; mais après avoir longuement pesé la chose, conseillé par un ami qui est avocat, je me suis aperçu que toute l’affaire, au fond, consisterait à établir quelle serait la plus crédible de nos deux paroles : ce serait la sienne contre la mienne ! Autant dire que le combat est perdu d’avance contre cet individu sans aucun scrupule, qui a nécessairement la confiance des juges pour qui il travaille, et précisément parce qu’il est assermenté. Il aurait fallu que plusieurs personnes l’accusassent des mêmes faits pour pouvoir espérer le perdre. J’ai renoncé à ma vengeance et n’ai donc plus à cacher au traitre, qui lit peut-être ce blogue, que les conversations que nous avons sur MSN sont automatiquement enregistrées depuis plusieurs mois déjà sur le disque dur de mon ordinateur portable, comme je m’en suis aperçu tout récemment, au moment de faire justement en sorte de les enregistrer, dans l’espoir de lui faire répéter les aveux qu’il m’avait fait une première fois, mais sur mon autre ordinateur, la petite machine ‘‘ultra portable’’ que je me suis offerte à mon anniversaire, et sur laquelle les conversations MSN n’étaient hélas pas encore automatiquement enregistrées à ce moment-là, ce qui n’est désormais plus le cas. De toute façon, même si j’avais pu lui faire répéter ses aveux, mon ami avocat m’a dit qu’ils n’auraient pas eu bien grande valeur et qu’Ascylte n’aurait eu qu’à se rétracter. Je connais fort bien les goûts de ce dernier, pour le fréquenter depuis plus de quatre ans. Je me suis donc créé un personnage susceptible de lui plaire, pour le piéger sur l’un des chat de rencontre entre pédés que je le sais fréquenter. J’ai également créé une nouvelle adresse hotmail, pour pouvoir enregistrer toute la conversation que nous avons eue (car Ascylte est évidemment tombé dans mon piège) et dans le but de la faire lire au pauvre Camille, au moment opportun. Il ressort de cette conversation, que je recopierai tout à l’heure, qu’Ascylte n’est pas du tout amoureux de Camille, comme il me l’avait fait croire, pour excuser la trahison de notre amitié, tant il est vrai que l’amour peut faire agir parfois en dépit du bon sens ou de la morale. Mais l’excuse était un mensonge et ce n’est pas par amour qu’Ascylte m’a trahi mais, comme je le soupçonnais déjà fort, uniquement parce qu’il avait envie d’enculer un joli garçon de plus. Le crime n’en est que plus grave. J’ai demandé à Camille s’il était amoureux d’Ascylte. Il me répond qu’il l’est, ce que j’ai bien du mal à croire. Je lui objecte que je ne crois pas en la sincérité de son amour. Ce qu’il aime en Ascylte, c’est… « Son argent ? Si c’est ce que tu crois, tu te trompes. – Non, pas seulement son argent, mais aussi les relations qu’il a dans les milieux médicaux, et qui pourraient te servir à mieux soigner ton diabète. Je suis tellement persuadé que tu n’es pas amoureux d’Ascylte que, même si je pouvais prouver qu’il te trompe, tu t’empresserais de lui pardonner, ou tu ferais celui qui ne me crois pas, pour pouvoir continuer à bénéficier de ses libéralités. – Non, absolument pas, parce que je sais qu’Ascylte ne me tromperait jamais. Mais s’il le faisait, je le quitterais immédiatement. – Si tu le dis… » Je ne sais plus quoi faire. J’ai peur de causer de la peine à Camille, en lui apprenant qu’Ascylte le trompe et ne l’aime pas. Il doit aller ‘‘au ski’’ avec lui, en Suisse, peu avant le nouvel an. Autant l’y laisser aller. Ce sera toujours cela de gagné pour Camille. Il sera toujours temps de lui ouvrir les yeux, plus tard. Camille jure n’être pas intéressé par l’argent d’Ascylte, mais il est tout de même un peu pute sur les bords, comme tous les garçons de son âge (c’était aussi mon cas), et tout heureux à l’idée de se faire offrir bientôt par lui un nouvel ordinateur portable. « Et tu dis que l’argent ne compte pas ! Profites-en tant qu’il en est encore temps, Camille, et si tu veux que je te donne un conseil, fais-toi offrir par Ascylte le plus de choses possible. Ses libéralités pourraient ne pas durer. – Mais non, il m’aime. Regarde, il m’a offert une bague de fiançailles. On va se pacser, au mois de mars ! – Eh bien je souhaite sincèrement pour toi qu’Ascylte ne se joue pas de toi. » (Polémon aussi faisait la pute, lorsqu’il vivait à Toulouse. Il habitait chez des hommes qui le nourrissaient et le blanchissaient. Il sortait beaucoup la nuit, avait fini par boire énormément, et c’est pour se mettre au vert qu’il s’est retrouvé à Aire-sur-l’Adour, où il vit désormais. Je ne sais si mes lecteurs l’ont compris, car je ne suis pas toujours bien clair ni très explicite, mais tous les gens dont je parle dans ce journal ne sont le plus souvent que des roués.) Je suis presque sûr que ce projet de pacs est un mensonge de Camille si ce n’est d’Ascylte. J’ai dit que je m’étais aperçu récemment que les conversations MSN étaient automatiquement enregistrées sur le disque dur de mon ordinateur portable depuis des mois. J’ai donc pu lire toutes celles que Camille avait eues lorsqu’il habitait chez moi et qu’il se servait de mon ordinateur. C’est ainsi que j’ai pris conscience de son génie pour le mensonge et que j’ai appris bien des tours qu’il m’avait joués dans le dos. Si j’ai su que Ménécrate était déjà venu dans ma nouvelle maison, c’est grâce à la conversation enregistrée qu’il avait eue d’abord avec Camille, qui l’invitait à l’y rejoindre pour se faire baiser. J’ai pu constater que celui-ci avait très souvent ‘‘levé’’ des garçons, sur différents chat de rencontre, dans le but de coucher avec eux : avec eux plutôt qu’avec moi ! Bien sûr, Camille se défend en me rappelant qu’il s’était déjà souvent amusé à exciter des garçons en ma compagnie, pour rien, pour s’occuper, pour me faire rire, pour passer le temps, mais je suis sûr que parmi tous ces garçons, il y en a avec qui il a finalement baisé malgré tout. Il fallait voir la tête de Camille à l’écran de l’ordinateur, lorsque je lui ai révélé que j’avais lu toutes ses conversations ! C’était très amusant. Et je crois que cela nous a encore un peu plus rapprochés. Il sait désormais que j’ai pu lire en lui à livre ouvert. C’est grâce à cette lecture que j’ai également pu constater que Camille était réellement très remonté contre son père. Certaines conversations qu’il a eues avec l’une de ses cousines me le montrent assoiffé de vengeance et des mots épouvantables plein la bouche : il a dans ces passages-là quelque chose de proprement effrayant. Ce n’est plus mon Camille, c’est le Camille qu’il me cachait, et qu’il sait que j’ai vu désormais. Je l’ai vu si souvent mentir, dans toutes ces conversations, que j’ai presque la certitude que ce projet de pacs est une invention de lui. D’un autre côté, la candeur et la joie avec lesquelles il a rapproché son alliance de l’objectif de la caméra pour mieux me la faire voir étaient si saisissantes de vérité que j’hésite réellement à lui faire lire la conversation que j’ai enregistrée entre Ascylte et le personnage que j’ai inventé pour le lui démasquer : et si Camille était réellement amoureux ? Et s’il en avait le cœur brisé ? Je ne veux pas être celui qui lui fera verser des larmes. Je me suis aperçu, en relisant certains passages de ce journal, que je n’avais pas vraiment su faire passer dans ces pages l’horreur et l’effroi que m’inspire Ascylte. On pourrait croire que je le hais pour ce qu’il m’a fait, ce qui est d’ailleurs vrai en grande partie. Mais je le hais également parce qu’il est réellement détestable. Je le hais pour ce qu’il est, ce qu’il est réellement, indépendamment de mes petites et grande contrariétés, et que je vais tenter de dire à présent. Ascylte, c’est L’Imposteur de Molière, un nain posteur, comme écrit Polémon, pour me faire sourire. C’est l’air irrespirable du temps qui s’est engouffré dans ma maison pour tout empester et me voler ma femme et mon bien, c’est-à-dire mon mignon et mon bonheur déjà si précaire. L’air irrespirable du temps, c’est, de nos jours, l’inhumaine psychologie, dont Ascylte a fait son métier, c’est l’arrogante et froide expertise de parvenus assermentés, c’est l’impitoyable ‘‘humanisme’’ (celui des antiracistes, des ‘‘homophobophobes’’ et apparentés), qui n’hésite pas à censurer, à calomnier, à ruiner, à lyncher des hommes pour le bien de l’humanité. Qu’on songe par exemple qu’Ascylte, dans un récent procès, était le seul expert psychologue qui, dans son rapport, voulait faire passer l’accusé, qui reconnaissait d’ailleurs sa culpabilité dans une affaire d’assassinat et de tentative d’assassinat dont deux homosexuels avaient été les victimes, pour un homophobe, ce qui aurait sans doute considérablement alourdi sa peine, s’il avait été reconnu tel. En réalité, même si l’accusé était sans doute homophobe, c’est à cause d’une querelle de voisinage qui durait depuis plus de dix ans qu’il en était arrivé à commettre l’irréparable. L’on peut sans doute être homophobe et ne pas assassiner des homosexuels par homophobie, mais pour la même raison qu’on assassine parfois des hétérosexuels, raison sans doute universelle : parce qu’on n’aime pas ses voisins ! Pourquoi donc Ascylte est-il si acharné à débusquer l’homophobe, le pédophile, le tortionnaire ou le bourreau ? Parce qu’il prétend avoir été lui-même victime des attouchements ou du viol d’un pédiatre, lorsqu’il était un jeune adolescent. Nous voici au cœur de l’époque, c’est la pestilence même du temps : nous avons assisté depuis peu à l’avènement de l’empire des victimes. Ascylte, qui en a été une, s’est fait le champion de toutes. Comment donc, dans ces conditions, pourrait-il être objectif, impartial ? « Malheur à la ville dont le prince est un enfant », surtout si c’est un enfant maltraité ! C’est, pour commencer, une ville où il ne peut plus y avoir de justice. Mais Ascylte n’est pas qu’une victime ! Il est un monstre plus effrayant encore ! C’est un assuré social ! Sous prétexte qu’il était ‘‘en arrêt maladie’’ (pour cause d’épuisement !), Ascylte, dans le procès dont j’ai déjà parlé, ne s’était pas rendu à l’audience le jour prévu. C’est en entendant faire le compte rendu des débats, le soir, à la télévision, et en constatant que la thèse de l’homophobie semblait ne pas devoir être retenue, qu’il avait fait l’effort de se déplacer, le lendemain, pour être entendu. Mais le juge n’avait pas voulu l’écouter : Ascylte avait dû rester muet, dans la salle, au milieu du public, ce qui l’avait fort contrarié. « Quand même, elle aurait pu m’écouter, cette juge (c’était une femme). Elle aurait dû tenir compte du fait que je m’étais déplacé malgré mon arrêt maladie. C’était une preuve de ma bonne volonté, de mon souci d’aider la justice. – Oui, sans doute, mais je crois qu’elle aurait été encore plus impressionnée si tu avais fait l’effort de venir malgré ton ‘‘arrêt maladie’’ le jour prévu ! Surtout que tu n’as pas l’air si épuisé que cela… » Malheur à la ville dont le prince est un assuré social ! Comment donc un assuré social pourrait-il sérieusement aider à rendre une bonne justice ? Je me souviens tout à coup de ce qu’écrivait Céline : « Je voudrais voir un peu Louis XIV avec un ‘‘assuré social’’ !... Il verrait si l’Etat c’est lui ! » Je n’ai plus le courage de recopier la conversation que mon personnage inventé de petit pédé candide à eue avec ce satyre lubrique d’Ascylte. Je le ferai un autre jour.
00:29 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Ilisos, Journal, Ménécrate, Polémon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19/12/2008
Jeudi 18 décembre 2008
J’ai parlé avec un autre ancien amant de Camille, à qui je ne suis pas sûr qu’il me faille déjà donner un nom, ne sachant pas si j’aurai l’occasion de reparler de lui dans ce journal, même s’il le mériterait fort, tant il est joli à regarder. Son jugement sur Camille n’est pas bien différent de celui de Polémon. Voici ce qu’il m’a dit de lui, en des termes que je m’efforce de reproduire aussi fidèlement que possible : « Non mais tu n’as rien à te reprocher, tu sais, et puis ce n’est pas ton ami qui te l’a piqué, c’est Camille qui a été voir ailleurs. C’est son trip de coucher avec tout le monde comme une pute. Alors, sérieux, ne souffre plus pour une tapette comme lui, tu te gâches la vie. » Mais il a beau dire, je souffre, et je souffre encore plus d’entendre parler si unanimement mal de Camille. Ce n’est pas à lui que j’en veux le plus, c’est à ces prétendus amis qui ont couché avec lui sans me le dire, qui m’ont laissé me confier à eux, lorsque ma peine était trop grande, sans me dire qu’ils avaient activement participé à ce qui l’avait causée, comme ce Tityre, avec qui je me dispute presque à chaque fois que je le vois, parce qu’il ne veut pas reconnaître que son comportement n’était pas digne d’un ami, ou comme ce Ménécrate, avec qui je baise occasionnellement, dont il me faudra d’ailleurs reparler dans ce journal, et qui affectait l’autre jour de ne pas savoir où se trouvait ma nouvelle maison, alors qu’il était déjà venu y coucher avec Camille, en mon absence, lorsque ce dernier habitait encore avec moi ! Tous ceux-là ont aussi mal agi que Camille, mais ils sont plus coupables que lui, parce que je sais que Camille, qui n’est pas quelqu’un d’équilibré, ne peut pas se comporter autrement que très mal, alors que mes prétendus amis, qui sont des gens bien portant, n’ont pas hésité un instant, en toute liberté, et au mépris des sentiments qu’ils me savaient avoir pour Camille, à participer aux mauvaises actions que celui-ci, par faiblesse, croyait n’avoir pas d’autre choix que de commettre : ils n’ont aucune morale, alors que Camille n’a plus tout son bon sens, lui qui se croit obligé de mentir, pour être aimé. Il manque à l’un son libre arbitre ; les autres ont choisi de me trahir. Polémon me conseille d’effacer Camille de ma vie. Je lui réponds que je ne peux pas, parce que je ne le veux pas. Je lui explique qu’à cause de ma névrose phobique, j’ai rarement eu beaucoup d’amis, j’ai toujours fait fuir la plupart des gens : Camille est venu vers moi, lui. Je ne peux pas lui en vouloir complètement, parce que je ne m’en sens pas tout à fait le droit. Malgré tout le mal qu’il m’a fait, je lui suis d’abord reconnaissant d’avoir bien voulu devenir mon ami, à sa mauvaise façon de pauvre être aussi tourmenté que moi, quoique bien différemment. Les Camille et les Olivier pourraient commettre les pires actions qui soient, ils ne seront jamais aussi mauvais que les Ascylte, les Ménécrate et les Tityre qui les subissent de trop bonne grâce !
02:17 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Ménécrate, Polémon, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
18/12/2008
Mercredi 17 décembre 2008
Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis une plaie ouverte. Je suis plutôt une plaie qui ne se referme pas complètement, et qui suinte. Je ne peux pas dire non plus qu’un incendie me consume, mais il y a comme un feu qui couve dans mon ventre. Ce sont probablement les flammes autour du sexe de Camille qui l’y ont mis. On ne voit plus vraiment les braises rougeoyer sous la cendre, mais un jour, je serai peut-être entièrement consumé, je ne serai plus que de la poudre. Olivier brûlé, ou La Vengeance, ç’aurait dû être le titre de la tragédie que je n’ai pas su mettre en scène dans ma vie ni dans la leur, celle du traître et du faux amant.
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17/12/2008
Mardi 16 décembre 2008
Je suis entré en relation avec cet ancien amant de Camille, que je croyais d’une grande bestialité pour avoir osé monter la fille-mère dans le lit de ce dernier, en sa présence et sans aucun égard pour sa pudeur, dont il est vrai qu’il est sans doute entièrement dépourvu. Appelons-le Polémon. C’est en réalité un garçon plein d’humanité, qui m’a beaucoup écouté, et surtout beaucoup appris sur Camille, qu’il connaît depuis bien plus longtemps que moi et contre lequel il est très remonté. Grâce à lui, je sais que Camille ne s’est pas comporté comme il a fait avec moi à cause de ma manière d’être, mais bien à cause de la sienne. Il se comporte ainsi, c’est-à-dire plutôt mal, avec tout le monde, avec son père, sa mère, sa sœur, Polémon et sans doute avec Ascylte, en ce moment. Cela ne change rien au fait que ma manière d’être ne me rend pas aimable du tout, mais je suis soulagé d’apprendre que même si je l’avais été, Camille ne m’aurait pas plus ni moins aimé. Polémon m’a donné un nouvel éclairage sur une multitude de faits, qui en disent très longs sur Camille et sur le génie avec lequel il sait les tordre à sa convenance. Lors de mon récent dîner en tête à tête avec le traître Ascylte, celui-ci m’avait expliqué qu’il estimait que Polémon ne devait plus faire partie des amis de Camille, parce qu’il s’était rendu coupable de coucher avec le père en même temps qu’il était l’amant du fils ! Mais la version de Polémon est un peu plus développée que celle dont Camille a fait le récit à cet imbécile d’Ascylte, qui n’est pas un bien fin psychologue, j’en ai peur. En réalité, c’est Camille qui a jeté Polémon dans les bras de son père. Il a joué les rabatteurs. Après quoi, il s’est servi de ce prétexte pour quitter Polémon, dont il s’estimait trompé ! Ils finirent bien sûr par se remettre ensemble, puisqu’ils n’ont cessé de se séparer et de se réconcilier depuis qu’ils se connaissent. D’ailleurs, le soir où Camille a rencontré Ascylte chez moi, il était de nouveau avec Polémon depuis deux semaines, alors même qu’il était en train de jouer le jeu du fourbe psychologue, qui affectait de vouloir nous remettre ensemble, pour finalement me le voler. Le soir où Camille avait deviné que j’étais pour quelque chose dans la rupture inexpliquée d’Ascylte, il m’avait interdit, plein de fureur, de jamais revenir vers lui. D’ailleurs, avait-il ajouté, il s’était déjà remis avec Polémon, ce qui n’avait pas manqué de me surprendre beaucoup, puisqu’il était censé être follement amoureux d’Ascylte. En réalité, notre Camille, qui est un garçon prévoyant, n’avait pas encore prévenu le pauvre Polémon qu’il le quittait pour ce dernier : il attendait d’être sûr de la sincérité des sentiments du traître, ce qui est bien compréhensible… Quant aux sentiments de Camille à l’égard de ce pendard d’Ascylte, ils sont des plus bas : Camille aime son argent (il en a plus que moi, mais le premier venu en aurait plus) et ses relations médicales, grâce auxquelles il espère équilibrer enfin son diabète. Je sais qu’il n’aime pas du tout le corps d’Ascylte et qu’il daigne à peine baiser avec ce débauché, qui lui ne pense qu’à ça et qui est donc ces temps-ci tellement frustré que je l’ai surpris ce soir en train de traîner sur un site Internet de baise entre pédés, que je le sais fréquenter habituellement et où j’étais venu incognito le prendre sur le fait. (Ascylte passe en effet la semaine à Bordeaux, son jeune ami étant très pris ici par son travail de ‘‘ramassage’’ de volailles, les fêtes de fin d’année approchant. Il a dont tout le loisir de tromper le garçon dont il prétend être tombé follement amoureux.) Pour le malheur d’Ascylte, Camille est très peu porté sur le sexe. Il a des envies, bien sûr, qu’il ne s’est pas privé d’assouvir sans moi, lorsqu’il me laissait vainement espérer ce que je voulais pouvoir espérer, mais ce n’est pas du tout le genre de personne à baiser plusieurs fois dans la journée, ni même une fois par jour, comme me l’a confirmé Polémon, qui semble être lui-même très porté sur la chose et qui a été, lui aussi, accusé par Camille de lui faire l’amour contre sa volonté ! C’est dire si ce dernier est sujet à caution lorsqu’il me menace, sous l’influence d’Ascylte, qui ose prétendre qu’il veut rester mon ami, de m’accuser d’atteinte sexuelle sur sa personne ! (Mais il faudrait qu’il ait quinze ans ! Il en a vingt…) Polémon m’a dit que Camille pouvait être très violent. Il peut se mettre dans de telles colères qu’il l’a déjà vu soulever son père de ses maigres bras et le projeter à terre. Quant à sa mère, qui est une ancienne voisine de Polémon, c’est pour se protéger des coups que Camille lui donnait qu’elle se serait défendue avec un couteau. Jamais elle n’aurait voulu le tuer, comme il m’avait fait croire, et comme Ascylte le croit encore. Mais le plus grave n’est pas là. Toutes ces révélations que m’a faites Polémon et qui devraient m’ouvrir les yeux, me faire mépriser et détester Camille, ce demi-fou, ce menteur, ce profiteur, ce manipulateur et ce voleur (car il volait régulièrement son père, à qui il doit d’ailleurs beaucoup d’argent, ce qui est un comble, quand on sait qu’il le poursuit en justice pour en recevoir une pension), toutes ces révélations m’attendrissent et me font l’aimer davantage encore. Je me dis qu’il doit être bien malheureux et que c’est le besoin d’être aimé, la nécessité de se faire passer pour aimable, c’est-à-dire pour quelqu’un qu’il ne croit pas être, qui le poussent à mentir, et à changer d’amant dès qu’il se sait ou se croit découvert. Finalement nous nous ressemblons un peu lui et moi, par notre faille et par le gouffre qui s’ouvre sous nos pieds. Moi c’est dans la sincérité et la méchanceté que je suis tombé. Lui c’est dans le mensonge et la manipulation. Ni lui ni moi ne savons nous faire aimer pour ce que nous sommes. C’est une illusion qu’on aime en lui. On l’aime parce qu’il est pâle et roux, non parce qu’il est Camille. Il est seul.
12:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Polémon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
13/12/2008
Samedi 13 décembre 2008
J’écrivais avant-hier qu’Ascylte et Camille étaient meilleurs que moi, mais je l’écrivais tout de même un peu vite. Je ne suis pas sûr qu’ils vaillent beaucoup mieux que je le disais. Quand j’ai menacé Ascylte de le dénoncer à la justice, celui-ci s’est défendu en me menaçant à son tour de m’accuser d’avoir volé dans son ordinateur les documents qu’il n’avait pas le droit de me faire lire. Il est bien normal qu’il se défende. C’est de bonne guerre. Mais moi, je l’ai attaqué en menaçant de dire la vérité ; lui s’est défendu en menaçant de recourir au mensonge. Qui donc est le plus immoral de nous deux ? Celui qui veut dire la vérité par méchanceté, ou celui qui ment parce qu’il s’y sent acculé ? Il est normal que mon lecteur me trouve le plus immoral des deux, puisque c’est moi qui ai menacé le premier. Ascylte passant pour l’amant qu’on veut punir d’aimer attire nécessairement la sympathie. Mais c’est oublier un peu vite qu’il a trahi de lui-même le secret auquel il était soumis en me faisant lire ses rapports d’expertise. Et il l’a fait pour l’une des plus mauvaises raisons qui soient : par arrogance, pour m’éblouir de la qualité de son travail, comme si la prose d’un psychologue pouvait avoir un quelconque intérêt en dehors du cabinet d’un juge ou d’un avocat ! Ascylte n’est tout bonnement pas prêt à assumer ses actes, trop conscient qu’il est d’avoir mal agi en toute liberté et de n’avoir donc aucune excuse. Sa carrière est en jeu, sa réputation et peut-être même sa liberté. Pour les défendre, après avoir trahi le secret professionnel et le secret de l’instruction, il est prêt à mentir, pour me faire passer, moi, dont il a d’ailleurs également trahi l’amitié, pour le véritable menteur de l’affaire, pour un voleur et pour un maître-chanteur de longue date ! Car les plus anciens documents en question remontent à l’année 2006 et je me suis rendu chez Ascylte en une seule occasion, il doit y avoir plus d’un an. Selon ce dernier, j’aurais donc commis ce vol, dans l’éventualité d’avoir à faire chanter beaucoup plus tard quelqu’un que je considérais alors comme un ami… Il veut me faire passer pour un bien plus grand calculateur que je ne suis vraiment ! Si j’ai bien fait chanter ce traître d’Ascylte, c’était sous le coup de la colère, et pendant moins de vingt-quatre heures ! J’ai mis fin de moi-même à ce chantage indigne de ma personne, parce que je ne supportais pas de voir la douleur du pauvre Camille. Les documents les plus récents sont postérieurs à mon unique passage chez Ascylte à Bordeaux. Je me demande comment il expliquerait le fait qu’ils sont en ma possession. Comment m’y serais-je pris pour les voler ? Il est vrai que je ne sais pas comment je pourrais moi-même démontrer que je ne me suis jamais plus rendu chez lui après cette première fois… Et puis ces documents relèvent de la justice d’un pays étranger. Je ne crois pas qu’ils intéresseraient un juge français. Ce serait donc ma parole contre la sienne. Or on sait ce que vaut la parole d’un obscur citoyen en comparaison de celle d’un expert : qu’on songe donc à l’affaire d’Outreau ! Mais il y a pire. Ascylte, qui est un immonde manipulateur, comme je crois l’avoir déjà écrit dans ce journal, fait désormais dire à Camille, qui est sous son influence, que je me serais livré sur lui à des attouchements contre sa volonté. Ascylte parle d’atteinte sexuelle (pas de viol, tout de même !), exercée sans violence, contrainte, menace ni surprise, comme je crois que dit la loi, mais sur un garçon de vingt ans ! (Il me semble que l’atteinte sexuelle concerne habituellement des victimes mineures…) « Sans violence, contrainte, menace ni surprise, dis-tu ? Mais comment donc est-ce possible ? S’il n’y a rien de tout cela, c’est donc qu’il y a l’accord de la prétendue victime ? Ou bien parle-t-on de nécrophilie, les cadavres ayant généralement le plus grand mal à faire connaître leur volonté à leurs agresseurs, qui n’ont donc généralement pas à recourir à la violence, la contrainte, la menace ni la surprise ? Je sais bien que Camille n’a pas une très bonne santé. Mais il n’est tout de même pas déjà réduit à l’état de cadavre ! Tu vois bien qu’il bouge encore. Regarde-le donc se trémousser sur sa chaise, avec sa mauvaise conscience et son air coupable ! » Tout mon crime est de m’être parfois glissé dans le lit de Camille, le matin, quand il habitait encore chez moi, et de l’avoir caressé, lorsqu’il me laissait faire, c’est-à-dire lorsqu’il le voulait bien, car ce garçon qu’Ascylte prétend ne pas savoir dire non, pouvait pourtant me le dire très clairement et tout simplement : c’était quand il n’avait pas envie d’être touché ou quand il n’en avait pas le temps, à cause de ses obligations, qui étaient nombreuses à ce moment-là, puisqu’il venait d’être chassé de chez lui par son père, et qu’il avait à s’occuper de trouver du travail et un logement. Mais ce n’est pas tout, mon blond lecteur, je peux nous faire tomber encore plus bas dans le sordide. Ascylte m’a dit que Camille et lui avaient le plus grand mal à avoir des relations sexuelles équilibrées ! Il y aurait selon lui deux explications possibles à cela : soit c’est le diabète qui a les effets les plus néfastes sur la libido de Camille, soit ce dernier a été traumatisé par l’atteinte sexuelle dont il a été victime chez moi ! J’ai suggéré à ce fin psychologue d’Ascylte qu’il pouvait y avoir une troisième explication, tout aussi plausible : c’est que Camille a peut-être et depuis bien avant de nous avoir rencontrés, Ascylte et moi, certaines inhibitions sexuelles, parfaitement indépendantes de son diabète et de mes attouchements de vieux satyre lubrique ! Ascylte est tombé d’accord avec moi pour dire que c’était en effet possible. Le con ! Je n’ai pas osé dire que si Camille n’était pas très épanoui avec lui, sexuellement, c’était peut-être aussi parce que, plus simplement encore, il le trouvait laid ou le jugeait un ‘‘mauvais coup’’. Une telle remarque n’aurait fait qu’accroître inutilement la tension qu’il y avait dans la pièce à ce moment-là ! J’ai demandé à Ascylte comment il expliquait que Camille, qui prétend avoir été victime de mes attouchements, n’était pas plus dégoûté par moi ? « Pourquoi donc, Camille, es-tu revenu vers moi, deux semaines après m’avoir quitté, le jour de mon anniversaire ? Pourquoi donc veux-tu que nous restions amis, encore aujourd’hui, si j’ai abusé de toi ? Pourquoi voulais-tu m’inviter à dîner, le soir où tu as finalement rencontré Ascylte ? Et surtout, dis-moi pourquoi tu as eu plusieurs fois envie de coucher avec moi, entre ton départ et ta rencontre avec Ascylte, lorsque tu étais en manque de sexe ? C’est toi-même qui l’as reconnu devant Ascylte, lorsqu’il affectait de nous faire parler pour nous remettre ensemble, avant de te séduire et de t’enlever à moi. Pourquoi vouloir coucher avec moi ? Pourquoi pas avec un autre ? Moi je devrais te dégoûter, tu ne devrais penser qu’à me fuir ! » Intervention d’Ascylte : « Oui, ce n’est pas normal, cette réaction, ce n’est pas sain du tout, c’est pervers. Ça veut dire qu’il allait vraiment très mal. » (Je ne suis pas sûr qu’Ascylte ait bien dit pervers.) « Ah bon ? C’est ça, la conclusion de l’expert psychologue auprès des tribunaux ? Moi j’en ai une autre : c’est tout simplement que Camille n’a jamais été victime de moi ! Hein Camille ! Dis-moi pourquoi je ne te dégoûte pas, pourquoi tu ne penses pas qu’à me fuir. – C’est parce que je t’aime bien. Je veux qu’on reste amis. » Pauvre Camille, qui est devenu notre jouet, coincé qu’il est entre ce monstre de manipulation qu’est Ascylte et cet autre monstre que je suis : un monstre de sincérité. Ascylte et moi sommes à la merci l’un de l’autre. Je le tiens par la vérité ; lui par ses mensonges. Nous sommes contraints de rester bons amis. Je n’ai aucune confiance en lui. C’est pourquoi j’écris tout cela. Je veux que ma version des faits soit publiée, au cas où Ascylte voudrait me nuire. Nous avons dîné ensemble hier, sans Camille, finalement, qui as trouvé une espèce de travail, pour lequel il peut être appelé à tout moment du jour et de la nuit. C’était un dîner pénible. Nous n’avons plus rien à nous dire. En rentrant chez moi, vers une heure du matin, j’ai reçu ce SMS d’Ascylte : « Merci d’être passé. C’était une soirée sympa » ! Il faut dire qu’il était contrarié de voir Camille partir travailler juste au moment où lui rentrait de Bordeaux. Ascylte trouve que Camille ne sait pas dire non à son patron. C’est la grande explication d’Ascylte : « Camille ne sait pas dire non » ! Notre bon psy, qui a les pieds sur terre, voudrait que Camille, à qui son petit salaire est indispensable, tienne tête à un patron qui l’a embauché depuis moins d’un mois ! Quand je pense qu’Ascylte voudrait se faire passer pour quelqu’un d’entièrement dévoué à son prochain, pour une espèce de saint, mais très porté sur la chose, alors qu’il n’est qu’un monstre d’égoïsme ! Pendant notre conversation, hier soir, il m’a parlé de tous les amis de Camille qu’il avait rencontrés. Il dressait la liste de ceux qui lui paraissaient dignes d’être conservés et de ceux qu’il estimait ne pas l’être. Il y a beaucoup d’amis de Camille que je n’aime pas du tout moi non plus, mais je ne pense pas avoir jamais envisagé de l’en détourner. Au contraire, c’est moi qui m’éloignais d’eux, ce qui, dans le même temps, m’éloignait de Camille. J’ai dit que je n’étais pas un bon calculateur. Je suis ma pente, plutôt que mes intérêts. Par exemple, tout ce que j’ai écrit dans ce journal depuis quelques jours est très loin de les servir !
18:41 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
12/12/2008
Jeudi 11 décembre 2008
Je considérais comme un outrage supplémentaire le fait qu’Ascylte m’ait demandé de rester son ami malgré sa trahison. C’était montrer beaucoup de mépris pour mes sentiments, c’était me rire au nez, pensais-je. Mais j’ai vu les deux amants ce soir, je les ai vus physiquement, ayant passé une heure ou deux en leur compagnie. Et maintenant, je ne sais plus quoi penser. Leur amour semble sincère. Ascylte, du moins, semble l’être. Quant à Camille, je me demande de plus en plus s’il est capable d’amour au sens où nous l’entendons. Il me paraît de plus en plus évident qu’il a de sérieux déséquilibres affectifs. Il n’y a pas que moi à qui il manque une case, par quoi Ascylte prétend tout expliquer de la démesure de mes réactions depuis une quinzaine de jours ! Et je me demande s’il n’a pas raison, car il m’a semblé que le plus triste était que l’amour d’Ascylte et de Camille ne les transfigurait même pas : ils n’ont rien d’émouvant, ils ne sont pas plus beaux, mais presque hideusement assortis. En un mot : leur amour ne paraît pas du tout à la mesure de la peine qu’il m’a causée. Le plus incroyable est leur bonté. Je suis loin d’avoir tout rapporté de mes agissements dans ce journal, mais disons que je me suis comporté avec eux comme ces salauds de cinéma, qu’on se réjouit de voir crever comme des chiens à la fin du film. Eh bien les deux amants étaient sincèrement désireux de me voir apaisé et de me pardonner ! Revoir Camille m’a aidé à me souvenir que je n’étais pas vraiment amoureux de lui avant qu’Ascylte me le vole en s’en éprenant. J’aimais surtout croire qu’il m’aimait. En trouvant son amitié absolument inchangée, j’ai compris qu’il n’en avait jamais vraiment eue beaucoup pour moi, puisqu’il en garde autant pour le beau salaud que j’ai été que pour celui qui s’était d’abord efforcé d’être aimable. La vérité est que s’il n’y a personne pour m’aimer vraiment, c’est parce que je ne suis pas quelqu’un d’aimable du tout, je veux dire par là que je suis très loin d’être digne d’amour. J’ai beau tenter de remonter ma pente, elle est si prononcée que je retombe toujours tout en bas, dans mon état le plus mauvais. Avec Camille, j’avais cru m’être amélioré. C’est parce qu’il m’a détrompé que ma peine a été si grande. Et pourtant, malgré ce que je viens d’écrire, qui est la pure vérité, il y a ces deux amants, Ascylte et Camille, à qui j’ai fait beaucoup de mal et qui veulent rester mes amis, malgré moi, qui voulais absolument m’en faire des ennemis, par pure méchanceté. Ils m’ont invité à dîner avec eux demain soir. Je ne m’explique même pas comment ils arrivent à soutenir ma vue ! Même moi je n’y arrive pas, puisque je ne dis pas tout à ce journal. Peut-être est-ce grâce à ma nouvelle coiffure que j’ai pu les attendrir ? Les cheveux courts mon énormément rajeuni et me donnent un air presque angélique ! (J’aurais bien montré des photos de ma nouvelle tête, mais Tityre, à qui j’ai demandé de me tirer le portrait, hier soir, n’a su que me photographier à demi nu !) La mauvaise part de moi, qui ne se tait jamais complètement, me dit que je suis si peu aimable qu’il n’y a que ces deux là, le traître et le profiteur, pour m’aimer comme je suis, c’est-à-dire comme ils croient que je suis, car je ne pense pas qu’ils aient réellement pris la mesure de ma méchanceté, comme ils ne semblent pas avoir vraiment pris celle de ma peine, puisqu’ils n’ont même pas daigné montrer entre eux un amour digne de la douleur qu’il a inspirée. A moins qu’ils n’aient été discrets pour me ménager. Je crois que je leur suis reconnaissant d’être meilleurs que moi. Heureusement que de telles créatures existent. Même les plus méchantes, comme moi, ont droit à l’amour et à l’amitié. Notre époque l’a oublié, qui ne sait que mépriser ceux qu’elle condamne, les lyncher, les tuer socialement, si ce n’est physiquement. Je crois qu’elle appelle ça de l’humanisme ! Moi je ne sais pas ce que c’est que l’humanisme, surtout pas au sens moderne du mot, mais je crois savoir à peu près ce qu’est un homme. Et il n’y a qu’un homme qui soit capable d’être mauvais ! Mais c’est précisément parce qu’il est homme qu’il a droit à de la bonté, lui aussi.
12:08 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08/12/2008
Dimanche 7 décembre 2008.
Pour l’instant, j’ai beaucoup parlé de la trahison d’Ascylte. Mais Camille est loin de s’être très bien comporté avec moi. Depuis le jour où nous nous sommes séparés, à cause de l’impossibilité où nous étions de nous voir autant que nous le voulions, il n’a cessé de me faire croire que nous pourrions un jour nous remettre ensemble. J’ai eu la faiblesse de lui faire confiance. A chaque fois que je lui demandais s’il avait rencontré quelqu’un, s’il avait couché avec d’autres garçons, il me jurait que non, comme s’il n’en avait pas le droit, comme si nous nous étions juré fidélité, ce qui n’était pas formellement le cas. Camille m’a constamment fait croire que, même si nous n’étions plus en couple, comme dirait ce chien d’Ascylte, nous n’étions jamais loin de l’être de nouveau. En réalité, pendant tout ce temps, Camille n’a cessé de me ‘‘tromper’’, de coucher avec d’autres garçons, avec Tityre, par exemple, et même avec l’épouvantable Trimalcion, dont il aurait été l’amant pendant plusieurs jours, sans doute pendant toute la période où je n’ai plus eu de nouvelles de lui après sa disparition, le jour de mon anniversaire. Il me faut bien me rendre à l’évidence. Si Camille me mentait à ce point, c’est sans doute parce qu’il voulait me garder attaché à lui, pour des raisons qu’il est le seul à connaître vraiment, probablement parce qu’il n’est qu’un profiteur, comme disait je ne sais plus qui, peut-être le gros Corydon. Parce que j’ai cru Camille, parce que je lui ai fait confiance, je me sens à présent comme une femme que son mari n’aurait cessé de tromper. Camille a commis ce tour de force d’abuser de ma gentillesse, moi qui suis d’un naturel si méchant. Comme je disais à Pierre Driout, il m’a fait pousser de si grandes cornes, que c’est à peine si j’arrive encore à tenir la tête droite. Et certains des garçons qu’il m’a préférés sont d’une telle laideur que je n’ose plus me regarder dans une glace, tant je me sens devenu laid. J’ai d’ailleurs résolu de changer de coupe de cheveux. J’ai rendez-vous mercredi chez le coiffeur. Quelqu’un qui a vu une photo de moi datant de l’époque où j’avais les cheveux courts m’a dit que j’étais alors bien plus beau. J’ai besoin de changer d’aspect. Cela devrait m’aider à tourner la page. Je dois perdre l’apparence que j’avais quand Camille me regardait encore pour m’arracher au regard que, de toute façon, il n’a plus pour moi, si du moins il l’a jamais eu ! Il me faut trancher ces cheveux qui ont poussé pendant le temps de notre lamentable histoire. Ils sont devenus trop lourds pour ma pauvre tête. Je demanderai au coiffeur de m’en garder une mèche. Je la rangerai avec les reliques de Camille, parmi ses quelques cheveux, son poil pubien, ces petits mots manuscrits pleins de fautes d’orthographe, cette boîte d’aiguilles pour son stylo à insuline qu’il avait oubliée chez moi. Don Esteban est d’avis que je devrais en vouloir à Camille bien plus qu’au traître Ascylte. Je n’y arrive pas. Une part de moi continue de croire qu’il y avait peut-être un peu de sincérité dans l’amitié qu’il me montrait. Je crois qu’il me déteste, désormais. Il a deviné que j’étais pour quelque chose dans sa brève rupture avec Ascylte, ou peut-être ce dernier lui a-t-il révélé que je l’avais fait chanter. Quelle importance ? Il me déteste parce qu’il avait besoin d’une raison de me détester. J’ai beaucoup fait pour lui (je dis beaucoup parce que je ne suis pas le genre de personne à faire habituellement beaucoup pour qui que ce soit) et lui n’avait rien à me donner en retour qu’un amour que je ne lui inspirais pas. Ma supériorité lui pesait. Esteban croit que Camille a trouvé Ascylte plus impressionnant que moi, parce qu’il a un vrai métier et plus d’argent que j’en aurai sans doute jamais. Mais Ascylte est un parvenu, en qui tout est ridicule. Je suis persuadé que si Camille a pu s’en éprendre, c’est précisément pour son infériorité. Il ne se sent plus regardé de haut. Il s’est trouvé un égal à aimer. J’ai demandé à ce sinistre psy d’Ascylte s’il pouvait me dire la raison pour laquelle Camille m’avait fait croire que nous étions encore ensemble, même quand nous ne l’étions pas vraiment. « C’est parce que Camille ne sait pas dire non, m’a-t-il répondu. Si je n’avais pas été là, il serait sur le point de se marier avec cette fille qui vient d’avoir un enfant. Elle exigeait de lui qu’il l’épouse avant de reconnaître le petit. – Mais s’il ne sait pas dire non, comment peux-tu être sûr qu’à toi, il ose le dire, ce non, quand il le voudrait ? » Ce crétin n’a pas su quoi répondre. Il a probablement compris que je voyais clair dans son jeu et que je ne faisais pas grand cas de ses billevesées psy à la con de revues pour bonnes femmes. « Et qu’est-ce que c’est que ce non qu’il ose me dire enfin ? Est-ce bien le sien ? Ou est-ce le tien, Ascylte, crevard, traître, voleur ? Tu es un ogre, qui dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Tu me dégoûtes. Et tu oses me demander de rester ton ami ? Je sais que tu manipules ce pauvre Camille. Je n’ai pas cru en la sincérité du SMS que tu lui as fait m’envoyer, dans lequel il dit qu’il veut qu’on se réconcilie, qu’on se réconsile, comme il l’écrit ! Ce n’est pas un mot de lui ! C’est le tien ! Lui s’est mis à me détester. C’est toi qui veux nous réconcilier, pour m’adoucir, parce que tu as peur que je te dénonce. Tu n’es qu’un lâche ! » Voilà le genre de conversation que nous avons, Ascylte et moi, lorsque nous nous retrouvons sur MSN. Il est très conciliant et me laisse l’insulter autant que je veux. C’est parce qu’il a peur de moi. Et il faut bien dire qu’il y a de quoi avoir peur. Je crois en effet que je suis un peu effrayant, lorsque je me lance dans ces sortes de tirades, qui sont bien dignes des plus grandes tragédiennes ! Je suis plutôt froid, en temps normal, mais dans ces moments-là, Ascylte doit me trouver glaçant.
01:26 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal, Mon coiffeur, Pierre Driout, Tityre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
07/12/2008
Samedi 6 décembre 2008
Ça devait bien finir par arriver : cette fois-ci, je n’étais pas à l’intérieur de ma voiture et le chauffard qui ne voulait pas me laisser traverser sur le passage pour piétons, n’ayant pas très bien pris le geste d’exaspération que je lui ai adressé en réponse à son geste de mépris, a fait demi-tour, est descendu de son véhicule, m’a fait tomber par terre et m’a roué de coups. Je ne sais si c’est parce que je suis plus solide que je pensais ou si l’individu à retenu ses coups, mais je n’ai pas d’hématomes. Je me sens juste plein de courbatures. J’aurais aimé que Camille soit à Mont-de-Marsan. Je serais allé le voir, pour trouver chez lui un peu de réconfort. Mais il a passé la semaine à Bordeaux, chez le traître Ascylte. Je me rends compte que je n’ai pas d’amis à ce que je ne trouve personne à qui confier mes peines. La plupart de mes prétendus amis sont indifférents à ma douleur. Il ne s’en trouve aucun pour reconnaître qu’Ascylte a trahi ma confiance, qu’il est entré chez moi comme un voleur et m’a dépouillé de ce que j’aimais le plus. Au lieu de me confier, de trouver une oreille compréhensive, je suis obligé de défendre ma cause, de démontrer qu’il y a bien eu trahison. Personne ne comprend non plus que je refuse de rester l’ami d’Ascylte, comme il me le demande. Mais comment donc pourrais-je lui faire encore confiance ? Je suis sûr que s’il veut rester mon ami, c’est parce qu’il a peur et veut pouvoir garder un œil sur moi. Il craint que je ne le dénonce. Et il fait bien de le craindre. Il m’explique donc que c’est parce que je ne suis pas quelqu’un d’équilibré que je l’ai fait chanter, l’autre jour. Et sans doute est-ce vrai. Mais il veut me faire croire que c’est également à cause de mon mauvais état psychique que je ne veux pas rester son ami ! Quel manipulateur ! J’ai failli le croire. Il n’y a pour ce charlatan de psy que des réalités psychologiques : il n’a tout bonnement aucune morale. On pourrait croire que c’est moi qui n’en ai aucune, pour avoir seulement nourri l’idée de ma vengeance. Mais c’est tout le contraire : c’est parce que je suis un être moral que j’ai voulu commettre cet acte apparemment hautement immoral qu’aurait été sa dénonciation. Je voulais le faire pour me rendre justice. Ce qu’il y aurait peut-être eu d’immoral, c’est la disproportion entre la trahison d’Ascylte et ma vengeance, qui aurait probablement détruit sa vie. Hélas, il est des pensées d’une telle noirceur qu’on ne peut plus s’en décrasser la tête, dès lors qu’on les a nourries même un instant. Plusieurs fois par jour, j’entends une petite voix, ma voix, ma voix la plus profonde, la plus vraie, la plus mienne, qui me chuchote que je pourrai toujours le dénoncer, plus tard. Et je suis sûr que la seule façon de faire taire cette voix, ce serait de l’écouter, de suivre son conseil. A cause d’Ascylte, je suis tombé dans des sentiments bien bas, ou bien hauts pour moi, je ne sais plus trop. Mes amis, mes faux amis, refusent de l’admettre, et je suis sûr qu’il en va de même pour l’immense majorité de mes quelques lecteurs, qui doivent me lire avec un air amusé, en me prenant pour un original, mais je vis en ce moment une vraie tragédie. Je me sens déchiré entre la bonne et la mauvaise part de moi, entre mon amour pour Camille et ma haine d’Ascylte. Entre mon désir effréné de vengeance et la crainte de déchoir définitivement dans l’estime que j’ai de moi. Et je suis seul, absolument seul. Il n’y a personne dont je puisse prendre le conseil. Parce que tout le monde s’en fout, Camille et Ascylte les premiers, ces inconscients, qui me jettent leur bonheur à la figure, un bonheur qui m’a été volé par la traîtrise de ce dernier. Comment me sortir de cet état ? Où que j’aille, tout me rappelle Camille. Hier soir, Tityre m’avait invité à un vernissage au centre d’art contemporain. J’y ai sympathisé avec une jeune femme qui s’appelle Camille et dont le fiancé, d’ailleurs fort joli garçon, porte le véritable nom de mon Camille !
00:27 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
05/12/2008
Jeudi 4 décembre 2008
Pendant qu’Ascylte était en train d’être heureux à ma place, j’ai relu hier soir la Médée de Sénèque. J’étais furieusement installé dans mon lit, en train de brailler le texte, devant le public médusé que constituait la chienne Pélagie. Moi aussi, je pourrais faire ma Médée. Pierre Driout, ce vil flatteur, dit qu’il me trouve doué pour écrire des pièces de théâtre ! Je pourrais écrire une tragédie qui s’appellerait La Vengeance. Dans le premier acte, chez moi, on verrait Ascylte me trahir en détournant de moi le petit Camille. Au second acte, dans le cabinet d’un avocat, l’un de mes anciens amants, de qui je suis venu prendre conseil, on me voit mûrir ma vengeance et, au téléphone, menacer finalement Ascylte, qui s’est rendu coupable de violer le secret de l’instruction en me faisant lire ses rapports d’expertise, de le dénoncer à la justice s’il ne quitte pas immédiatement le pauvre Camille. Dans le troisième acte, chez Camille, je viens repaître mes regards du désespoir du petit amoureux abandonné, plein de haine contre moi. Il a deviné que j’étais responsable de son malheur. Au quatrième acte, dans le cabinet d’Ascylte, je fais croire, dans un premier temps, n’être venu que pour repaître encore ma vue du désespoir de ce dernier. Mais ayant eu pitié de celui de Camille, dans un second temps, je rends sa liberté au traître, sans lui pardonner, mais par amour pour celui qu’il m’a pris. Dans le dernier acte, qui se passe de nouveau dans le cabinet de l’ami avocat, l’on apprend que n’ayant pas supporté de voir les amants heureux à ma place et sans moi, j’ai dénoncé Ascylte, qui s’est suicidé en prison. Camille est mort après être tombé dans un coma diabétique causé par le désespoir. L’avocat, qui m’aime encore, menace de dénoncer à la justice le chantage que j’avais d’abord fait à Ascylte, si je refuse de l’aimer de nouveau. Qu’il me dénonce donc ! Qu’on me jette en prison ! Qu’on rétablisse la peine de mort et me tranche la tête. A quoi me serviraient mes yeux, maintenant que Camille n’est plus là pour être vu ? A quoi me servirait ma bouche, si je n’ai plus ses lèvres à baiser ni son sexe à sucer ?
02:31 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Pélagie, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01/12/2008
Lundi 1er décembre 2008
Mon blond lecteur, si tu m’aimes, ne lis pas ces lignes : tu serais profondément déçu et peut-être même blessé ; mais si tu ne m’aimes pas, fais à ta guise : elles ne feront que renforcer tes sentiments à mon égard. Et vous, Mesdames, qui me regardez parfois avec les yeux d’une mère ou d’une grand-mère, ne lisez surtout pas ce qui va suivre : vous en seriez horrifiées. Ma propre mère, qui est pourtant une belle salope, même si je suis le seul à le savoir, serait atterrée de me découvrir si mauvais. Il n’y a peut-être qu’Esteban qui n’en sera pas étonné. Il est le seul à me connaître vraiment et à m’aimer encore. Autant dire qu’il est le seul à m’aimer vraiment pour ce que je suis, car nous savons tous, intimement, même si nous l’admettons rarement, que notre véritable moi est cette part de méchanceté que nous nous efforçons de garder enfouie la plupart du temps. Voici le tout premier SMS que j’ai écrit à cette enflure d’Ascylte après m’être réveillé plus tôt que de coutume, hier matin, plein du désir de vengeance qui avait grossi pendant mon sommeil et animé mes rêves, au cours desquels je me suis souvenu que j’avais, par bonheur, les moyens d’assouvir cette vengeance : « Ascylte, je t’en conjure, pour ton propre bien, quitte immédiatement Camille et fais-lui comprendre que tout est fini entre vous. Je suis en possession de rapports d’expertise ordonnés par des juges des tribunaux de ***, de *** et de ***, qui ne devraient absolument pas être entre mes mains, je crois, si du moins le secret de l’instruction et le secret professionnel ont bien un sens, comme je le pense. Si je n’ai pas de réponse de toi avant ce soir minuit ou si tu parles de ce SMS à Camille, j’écrirai dès demain aux présidents des tribunaux de grande instance et aux procureurs de la République de ***, de *** et de ***, pour te dénoncer. Je contacterai aussi la presse, qui devrait être intéressée par la probité plus que douteuse d’un des experts dans l’affaire ***, qui vient tout juste d’être jugée. Sois raisonnable et pense à ton avenir. » Ce crétin d’Ascylte avait en effet pris l’habitude de me faire lire certains des rapports d’expertise qu’il était en train de rédiger. Il en reste quelques copies sur le disque dur de mon ordinateur portable, ainsi que sur un disque dur externe, dans une sauvegarde de mon ordinateur réalisée avant son reformatage. Je n’ai eu de réponse d’Ascylte qu’hier soir. Nous avons échangé quelques SMS. Puis nous nous sommes téléphoné à dix heures et demie. Il est resté très calme et m’a parlé comme un psy à une femelle hystérique, ce que je suis peut-être, là n’est pas la question. Mais bien sûr, à la fin, il a choisi de protéger sa réputation d’expert auprès des tribunaux plutôt que son histoire d’amour avec Camille, ce qui ne m’a pas étonné du tout. Je lui ai tout de même clairement répété tout ce que je ferais s’il me trahissait de nouveau. Nous nous sommes retrouvés quelques minutes plus tard sur MSN. Je recopie notre conversation : « Tu es toujours là ? – Oui, j’écris un courriel à ma tante infirmière (tant il était désespéré...) – Je te conseille quand même d’appeler Camille dès maintenant ou de lui envoyer un SMS tout de suite. Inutile de remettre à demain. – D’accord, je vais lui écrire ça maintenant. – Dis-moi ensuite ce que tu lui as écrit et bloque son numéro, pour qu’il ne puisse pas t’appeler. – Je peux faire ça avec mon téléphone fixe, mais pas avec mon téléphone portable. – Ce n’est pas grave. Mais s’il t’appelle sur ton téléphone portable, ne lui réponds pas. Ne lui donne plus de nouvelles pendant quinze jours. Alors, tu pourras lui organiser le rendez-vous avec l’endocrinologue dont tu nous as parlé. – Il avait une glycémie à six grammes aujourd’hui. Il est vital pour lui qu’il voie le médecin comme prévu à onze heures, mardi. – Figure-toi que je le connais depuis un petit moment déjà, il n’est pas rare qu’il ait une glycémie si élevée. C’est sûrement de ta faute. L’amour ne lui vaut rien de bon. Le lendemain de notre rencontre, il avait dû être hospitalisé ! – D’accord. ‘‘C’est fini entre nous. Désolé.’’ Voilà ce que je viens de lui envoyer. – Très bien. Ça me plaît, c’est sobre. – Pour sa glycémie, ce n’était pas à cause de moi. Il s’était disputé avec une de ses amies. – Laquelle ? – Je ne sais plus son nom. Celle qui vient d’avoir un enfant. – Ah oui, je vois. Moi non plus, je ne me souviens jamais de son nom. Bien. Si Camille t’envoie des SMS, garde-les, pour que je puisse les lire, mais n’y réponds pas. Est-ce que tu es malheureux ? Est-ce que tu souffres ? – Actuellement, oui, évidemment. J’ai de plus appris vendredi par mon médecin que j’avais une insuffisance hépatocellulaire. Il m’a dit que mes reins et mon foie ne fonctionnaient plus assez et que les acides aminés n’étaient plus métabolisés. Je suis en vrac quant à ma santé, et je souffre évidemment quant à Camille. – De toute façon, ce n’aurait pas été charitable de faire subir ta mauvaise santé à Camille. Il a bien assez de problèmes comme ça ! Est-ce que vous avez fait l’amour tous les deux ? – Oui, nous avons fait l’amour, mais ça, c’est évident. – Qu’est-ce que vous avez fait ? – C’est trop intime. Je ne serais pas sûr de répondre à cette question si mon psychanalyste me la posait. Déjà, ‘‘faire l’amour’’, ce n’est pas pour moi la même chose que ‘‘baiser’’. – Mais moi, je suis plus que ton psychanalyste, je suis ton ami blessé, ça devrait nous rapprocher énormément. Comment était-il, quand il a joui avec toi ? – Comme tous les hommes avec qui je faisais l’amour quand j’étais en couple : tendre et fiévreux. – Au fait, j’ai oublié de te dire que j’avais envoyé un courriel à ton Américain (Ascylte est censé être en couple, comme il dit, avec un Américain à Paris rédigeant une thèse sur les chansons de geste !) pour lui dire que tu avais couché avec Camille. Je n’ai pas réfléchi, sur le moment, j’étais furieux. – Je me suis douté que tu ferais ça. J’ai souvent des prémonitions. J’y ai pensé cet après-midi. – Est-ce que tu me détestes, maintenant ? – Non. – Dis-moi, il y a quelque chose qui m’intrigue. Préfères-tu donc ta vie professionnelle à ce pauvre Camille ? – Non… J’ai été violé par un pédiatre à trois reprises quand j’étais enfant et préadolescent. Je m’épanouis dans mes expertises, qui sont presque exclusivement en lien avec des affaires de mœurs. C’est pour moi un moyen de me guérir de maux qui ne partent pas. Je n’aime donc pas ma situation professionnelle plus que Camille. Simplement, ma situation professionnelle est ma raison de vivre ici-bas. – Ce qui fait de moi quelqu’un d’encore plus atroce… Toi qui es psy, comment expliques-tu ma réaction ? – Tu te sens seul et tu es triste. L’un de tes seuls amis t’a déçu et tu fais donc quelque chose d’idiot et d’extrême pour continuer à tenir le coup, à vivre et à t’aimer. (Comme si je m’aimais, en agissant ainsi !) – Oui. Quelqu’un m’a demandé pourquoi je voulais me venger. Je lui ai répondu que la mise en œuvre de ma vengeance m’aidait à oublier ma peine, plutôt que de la subir et de me morfondre. – Camille m’a dit qu’il ne t’aimait pas, qu’il t’aimait bien, mais qu’il n’était pas amoureux de toi. – Je le sais bien, mais cela me suffit. De toute façon, je ne crois plus vraiment à l’amour. Il n’arrive que deux ou trois fois dans une vie. J’ai épuisé mon lot. – Oui, après tout, c’est ta vérité. Si ça te convient, ça ne regarde que toi. Je ne connais pas encore la vérité de Camille, peut-être a-t-il besoin d’aimer et d’être aimé. – Moi, en tout cas, je ne crois pas du tout en la sincérité de ton amour pour lui. Tu tombes beaucoup trop souvent amoureux. Comment donc as-tu pu croire qu’un coup de foudre se produisait pendant que j’étais en train de le sucer ? Ça me dépasse ! – Il s’est produit quelque chose. D’ailleurs, quand nous faisions l’amour, il y avait bien peu de sexe, comparé aux baisers et à la tendresse. – Mais est-ce que toutes tes amourettes n’ont pas commencé de la même façon ? – Non, même s’il est vrai que j’ai peut-être eu trop d’amourettes. – Je suis sûr que tu iras beaucoup mieux dès que ton regard de prédateur croisera celui d’un autre agneau sans défense. Même si c’est l’égoïsme qui me pousse à agir ainsi, je suis persuadé de rendre service à Camille. Tu l’aurais trompé dans le mois suivant votre rencontre, j’en suis sûr ! Je te l’ai dit, je ne crois absolument pas en la sincérité de ton amour. – Non, je ne l’aurais jamais trompé ni ne lui aurais fait le moindre mal, en aucune façon. J’étais prêt à quitter ma vie actuelle pour faire en sorte de vivre avec lui. – Et pourtant, tu ne fais rien de tout cela, mais tu choisis de préserver ta réputation d’expert et ta situation sociale. Tu ne vis que pour elles, que pour le paraître. Il suffit de te regarder pour s’en convaincre, avec tous tes gadgets et tes téléphones portables ! – Non, mon travail est ma raison de vivre. Je te l’ai dit, c’est lié à ce que j’ai vécu quand j’étais enfant. Je ne peux vivre sans faire ce métier. – Oui, je le comprends bien. C’est tragique. Sunt lacrimae rerum, comme dit Virgile. La vie est rarement aussi belle qu’on voudrait. C’est une tragédie. Mais sa laideur fait la beauté de l’homme. – Peut-être… – Je sais que ce n’est pas d’un bien grand réconfort ! – En tout cas, je ne peux pas te laisser dire que je n’aime pas Camille. Je l’aime intensément et véritablement. Il a réussi à me faire oublier J***-C***, que je n’ai même pas appelé aujourd’hui, alors que c’était son anniversaire. – Oh ! Je sais que tu l’aimes. Tu l’aimes même sûrement plus que moi. Mais tu l’aimes autant que celui qui l’a précédé et que celui qui lui succèdera ! Moi je l’aime plus que je me croyais encore capable d’aimer quelqu’un, même si c’est peu. Et puis ça me plaît de dire que je ne crois pas en la sincérité de ton amour. Ça me fait du bien. Finalement, vous vous étiez bien trouvés, tous les deux. Je crois que vous êtes plus ou moins du même milieu. Moi, il ne m’aimera jamais, parce que je serai toujours pour lui comme un chat pour un chien, ou comme un chien pour un minet, si tu préfères ! Toi, tu as réussi à t’élever ; pas lui. Mais on n’échappe pas à ses origines. C’est peut-être ce qui explique votre prétendu coup de foudre. – Je ne sais pas. Oui, peut-être y a-t-il effectivement de cela. – Mais je nous trouve bien sentimentaux. N’oublions pas que l’affaire que nous traitons est des plus sordides. – C’est toi qui as décidé de cela. – Oui, et j’espère que j’ai été assez clair. Je peux être quelqu’un d’impitoyable et d’inflexible. Mais je crois que tu commences à le comprendre. Je ne sais pas dans quel état je suis exactement. Je me sens à la fois anéanti par la méchanceté de mes actes, dont il est vrai que tu es le seul responsable, et profondément soulagé de pouvoir me venger de toi. – Non, c’est toi qui es seul responsable de tes actes. – Oui, bien sûr, je me fais justice. Mais pour se faire justice, il faut bien que quelqu’un se soit rendu coupable ! Bien, je vais aller me coucher. Je dois me lever tôt, demain, à cause de toi, encore. Il faut que j’aille voir l’ami avocat dont je t’ai parlé. Rassure-toi, je ne vais faire que lui demander ce que tu encours, si jamais je te dénonce. – Moi, je suis fatigué. Je vais aller me coucher aussi. – Très bien. Retrouve-moi demain à la même heure sur MSN. – D’accord. – Bonne nuit. A demain. – Oui, à demain. » – J’avais écrit tout cela hier soir, dans le but de le publier aujourd’hui dans ce blogue, sans rien ajouter. Mais entre temps, j’ai pu constater la peine immense de Camille. Il a l’instinct d’une bête. Ascylte a juré ne lui avoir rien dit de notre petit marché, mais Camille a pressenti que j’étais pour quelque chose dans le SMS de rupture qu’il avait reçu. Il m’a écrit plusieurs messages pour me dire qu’il me détestait et que nous n’étions plus amis. L’ayant pris en pitié, j’ai de nouveau téléphoné à Ascylte, pour lui rendre Camille, en lui expliquant bien que c’était par amour pour ce dernier uniquement que je lui redonnais sa liberté. Je continue de penser qu’Ascylte est un prédateur et un manipulateur sans scrupule. L’ami avocat que j’ai consulté tout à l’heure et qui connaît un peu Ascylte est du même avis que moi. Il m’a dit que notre homme était connu pour s’entourer de jeunes gens dont il fait tourner la tête en les emmenant dans les villes de ses expertises, où il réserve des chambres dans les plus beaux hôtels. Typique d’un parvenu ! Mais c’est après tout la liberté de Camille que d’aimer les mauvaises personnes. J’ai demandé à Ascylte d’avoir la bonté de ne pas dire à Camille que j’étais à l’origine de toute cette sordide affaire et d’essayer de l’en détromper. Nous avons imaginé ensemble l’histoire qu’il raconterait au garçon : il l’avait quitté parce qu’il ne voulait pas trahir mon amitié pour lui ni blesser son Américain. J’ai fait croire à Camille que c’était moi qui avais essayé de lui ramener Ascylte, avec qui nous sommes convenus d’un SMS que je lui ai envoyé une heure ou deux avant qu’il ne le rappelle enfin. En voici le texte : « Camille, je me suis permis d’écrire à Ascylte, pour lui dire que s’il t’avait quitté pour ne pas trahir mon amitié avec lui, ça ne servait à rien, parce que je ne le considère plus comme un ami. Et je ne veux pas que tu sois malheureux à cause de moi. J’espère que tout va s’arranger entre vous. Je ne fais ça que pour toi, pas pour lui. Je suis persuadé qu’Ascylte n’est pas quelqu’un de bien. C’est un manipulateur sans aucun scrupule. Sois prudent. J’espère que tu seras heureux. Je n’ai pas compris pourquoi tu m’en voulais tellement. Peut-être qu’on redeviendra amis, mais je ne me fais plus trop d’illusions. » Non, je ne m’en fais guère, en effet… De toute façon, j’avais renoncé à dénoncer Ascylte une fois que mon ami avocat m’eut informé de la peine qu’il encourait : quinze ans d’emprisonnement pour m’avoir envoyé des rapports d’expertise que je faisais semblant de lire, tant je les trouvais barbant, c’eût été cher payé. C’était l’arrogance qui le faisait m’envoyer ses chefs-d’œuvre : il voulait que je voie comme il était brillant. Sans doute me prenait-il pour l’un de ses minets, pour un Camille ! J’ai eu d’abord l’impression d’avoir moins mal de m’être fait volontairement détester de Camille plutôt que d’avoir été abandonné malgré moi, mais finalement, je me sens comme lorsque quelqu’un vient de mourir. J’ai le sentiment d’avoir tué deux amitiés, celle qu’il y avait entre Camille et moi et celle qu’il y avait entre Ascylte et moi. C’est tout de même moins grave que si j’avais tué deux amitiés et un amour. Allons ! La tristesse me fait écrire des sottises : c’est bien sûr Ascylte qui as tué l’amitié que j’avais pour lui, qui n’était pas bien grande, il est vrai. Mais même si ce n’est pas moi qui l’ai tuée, c’est une amitié qui est morte. Je suis certain qu’il croit m’avoir attendri par ses pleurnicheries. Il s’imagine m’avoir manipulé, comme tant des impressionnables victimes de ses poudres de perlimpinpin psy, alors que je n’ai voulu que faire le bonheur de Camille, qui n’était que la pauvre victime de nous deux. Hélas, faire son bonheur aujourd’hui, c’est faire son malheur pour demain, j’en suis persuadé. Il me semble qu’Ascylte n’a pas hésité plus d’un instant avant de choisir son métier plutôt que Camille. Il préférait se soigner, comme il le prétend (puisqu’il paraît que son métier lui est une thérapie), plutôt que de faire le bonheur de Camille. Bel amour ! Il aime surtout sa minable situation, qui lui paraît enviable, tant il vient de loin ! Mais il y a pire. Je connais assez Ascylte pour savoir qu’il n’hésitera pas non plus bien longtemps avant de trahir Camille pour la première nouveauté venue. Je l’ai vu faire avec ce pauvre Christophe, qu’il trompait avec moi dès qu’il avait le dos tourné. A-t-il d’ailleurs beaucoup hésité avant de trahir notre amitié ? Pas une seconde. Je l’ai vu de mes yeux ! Cela s’est passé ici, dans ce salon, il y a quelques jours à peine.
19:32 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Christophe, Don Esteban, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
30/11/2008
Dimanche 30 novembre 2008
SMS de Camille daté d’hier : « Olivier, je t’écris pour te dire que j’ai trouvé le grand amour. Pour tout te dire, c’est Ascylte. Voilà. » Voilà…
10:59 Publié dans 2008, Ascylte, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
28/11/2008
Vendredi 28 novembre 2008
Pauvre de moi, Encolpe plus à plaindre, dont les amis ne le sont pas vraiment ! J’avais dit que Damis, lors de la disparition de Camille, m’avait demandé de lui donner le numéro de téléphone de ce dernier, pour l’appeler et arranger les choses entre nous. Et comme je lui avais répondu que s’il voulait son numéro, c’était surtout pour tenter de le séduire, Damis m’avait dit que c’était probablement à cause de tant de suspicion de ma part que Camille avait préféré s’éloigner de moi. Mais Camille, dont je suis de nouveau très proche, m’a fait lire avant-hier les SMS que Damis lui avait envoyés. S’il est vrai que celui-ci a défendu ma cause dans deux d’entre eux, tous les autres sont consacrés à sa propre cause, comme je l’avais craint. Damis invite plusieurs fois Camille à venir le rejoindre dans la boulangerie, les nuits où il s’y trouve seul, et presque tous les jours, il lui pose cette question, si élégamment tournée : « Quand c’est qu’on baise ensemble ? ». Il est vrai qu’il me la pose aussi très fréquemment, ainsi qu’à Tityre. Quand j’ai dit à ce fourbe de Damis que je savais tout (« je sais tout » est une de mes phrases favorites), loin de se démonter, il a répondu qu’il n’avait fait que me rendre la monnaie de ma pièce ! Car il ne m’a toujours pas pardonné d’avoir couché avec le bel Alcide, alors même qu’il me l’avait interdit, à l’époque où nous étions en de meilleurs termes. « Mais moi, je n’ai pas fait mon coup en douce ! Je t’avais prévenu que je coucherais avec lui si l’opportunité se présentait à moi et je t’ai annoncé l’avoir fait dès le lendemain ! Toi, tu as trahi ma confiance et tu m’as menti. Tu es aussi faux-cul que tu l’as gros ! », ce qu’il a évidemment très mal pris, comme à chaque fois que je fais allusion à son poids. Pensant me rassurer, Camille, qui a juré qu’il n’avait pas cédé aux avances de Damis, m’a fait cet aveu, qui m’a fort surpris et légèrement contrarié, qu’il ne s’était laissé tenter qu’une fois par un autre que moi, depuis que nous nous connaissons, et que c’était par Tityre ! Quelques jours après que nous étions allés dîner chez lui, Camille l’avait en effet croisé dans la rue. Tityre l’avait invité à passer chez lui, dans la soirée, durant laquelle il l’avait sucé. « Ah bon ? Il t’a sucé ? Mais jusqu’au point de te faire jouir ? – Non, pas jusque là. – Ah bon ! Ça va alors, ce n’est pas si grave que ça. » J’ai dit que la disparition de Camille m’avait servi de leçon et que je tâchais désormais de lui cacher mes contrariétés. Mais ce qui me contrariait, ce n’était pas tant l’infidélité de Camille, qui n’en était d’ailleurs pas vraiment une, que la fausseté de Tityre, à qui je m’étais beaucoup confié, lors de ma peine de cœur, et qui n’avait rien laissé paraître de sa fourberie. Il y a des personnages de ce journal dont je voudrais changer les noms. La question que je me pose est si je dois me contenter de le faire à partir d’aujourd’hui (ou plus vraisemblablement de demain !) ou s’il faut aussi les changer dans tout le texte déjà écrit de ce journal, que je projette de relire entièrement depuis longtemps déjà, dans le but d’y apporter les innombrables corrections qui, probablement, s’imposent. Inutile de préciser que pour l’instant, j’ai toujours remis au lendemain ce travail fastidieux. Des noms comme celui de Fred, qui est l’ancien amoureux de ma sœur, se marient vraiment très mal avec ceux de Damis ou de Tityre, ou même avec ceux de ma sœur Julie ou de son actuel amoureux Cyrille, qui sont on ne peut plus grec ou romain. Une autre question que je me pose : faut-il changer tous les noms, qui ne sont souvent que des prénoms ? Je veux dire par là que je me demande si je dois suivre un même principe dans ce journal et donner des pseudonymes à tous mes personnages, ce qui n’a pas toujours été le cas jusqu’alors, puisque mon amie Laurence, par exemple, porte ici son véritable nom. Le problème est que le prénom de Laurence a fait l’objet d’un sonnet, qui est également publié dans ce blogue. Comment maintenir la cohérence ? Il est vrai que je pourrais toujours conserver le prénom de Laurence, exceptionnellement, qui sonne après tout parfaitement romain. (Après une rapide vérification, je ne retrouve plus le sonnet sur le nom de Laurence. Je ne l’avais peut-être pas publié, finalement.) Une chose est sûre : je vais rebaptiser dès aujourd’hui mon ami (si c’est bien le mot) Laurent, le Ψ de Bordeaux, dont je n’ai jamais pensé beaucoup de bien. Dominique Autié, qui l’avait vu lors de notre unique rencontre chez lui, à Toulouse, avait d’abord cru que l’incroyable silence dont Laurent avait fait preuve était la signe d’une grande qualité d’écoute de sa part. J’avais dû le détromper dans une lettre que je recopie ici. Tout Laurent y tient : « Cher Dominique, vous me demandiez si mon petit séjour à Toulouse m’avait été agréable. Il ne l’a été que parce que nous nous sommes finalement rencontrés. Le reste fut assez pénible, dans l’ensemble, et justement parce que je n’étais pas très bien accompagné. Peut-être vous étonnerai-je, si je vous dis que je ne connais pas Laurent beaucoup plus que vous ! Mais les efforts que je fais pour le connaître davantage me le font découvrir toujours un peu moins aimable. Si j’étais d’abord un peu gêné de me montrer à vous si mal accompagné, ce n’était pas tant par crainte de vous infliger la présence de quelqu’un que j’estime chaque jour un peu moins, que par honte de vous faire voir ce que je m’inflige à moi-même en le fréquentant et qui aurait pu vous faire, vous, m’estimer moins. Mais vous m’avez un peu rassuré en me confiant que vous aviez été beaucoup plus mal accompagné que moi par le passé ! Et puis, d’une certaine façon, on pourrait aussi penser que ma persévérance à fréquenter toujours un Laurent est tout à mon honneur. En quelque sorte, l’espoir que je nourris encore, en dépit du bon sens, de découvrir en lui quelque chose qui mérite de l’être, révèlerait en moi une certaine forme de bonté : c’est le seul ‘‘humanisme’’ (au sens moderne) qui soit à ma portée ! Hélas, je suis de plus en plus convaincu qu’il n’y a absolument rien sous le silence de ce garçon, pas même la conscience de sa bêtise, qui pourrait expliquer qu’il se taise, mais il est vrai que ce serait une preuve, un début d’intelligence ! Le plus triste est sans doute que Laurent n’est pas même sauvé par une beauté dont il est, à mon goût, totalement dépourvu (car je puis pardonner beaucoup de choses à la beauté, même lorsqu’elle est l’enveloppe d’une pure inanité !). N’allez pas vous imaginer que j’accuse sans preuve ! Figurez-vous par exemple que pour cette petite escapade, Laurent n’avait pas apporté le moindre livre avec lui. Pendant tout le voyage de retour, qui a duré plus longtemps que prévu, il n’a pas cessé de suivre notre déplacement sur l’écran de son GPS : c’était toute sa lecture ! Comme je lui demandais un peu durement pourquoi il n’avait pas apporté de livre avec lui, il m’a répondu que c’était parce qu’il avait imaginé que je lui ferais la conversation ! Mensonge, évidemment, qui montre cependant qu’il a son intelligence à lui : en une phrase, il avait réussi à transformer son accusateur en accusé ! Mais la conversation avec lui est impossible ! Un seul exemple : Laurent m’a demandé, voyant que je lisais votre Galère espagnole, ‘‘quel style vous aviez’’ (« Quel style il a ? »). Pour lui, il y a tant de styles, aussi rigoureusement classés que les maladies de l’esprit qui sont sa seule passion. ‘‘Quels sont les symptômes ?’’, c’était à peu près la question qu’il me posait, pour se faire une idée de la maladie, pardon, du livre que vous aviez écrit ! Que voulez-vous répondre à cela ? Mais j’aurais mieux fait de commencer par vous dire que Laurent est psychologue et expert judiciaire : vous savez certainement quels dégâts peuvent faire ces deux là. Tout est dit ! La responsabilité qu’ils ont dans la dissolution de l’homme est terrible. Ils ne sont apparemment pas près d’en rendre compte. Ce n’est pas à nous de leur trouver des circonstances atténuantes. Mais assez parlé de Laurent ! J’ai beaucoup aimé votre maison. Le figuier et l’aile à aménager qu’il dissimule, la terrasse où nous fûmes sont un enchantement. J’espère que nous pourrons vivre ensemble d’autres heures conniventes. L’idée d’un dîner pour mon prochain passage par Toulouse me plaît beaucoup. Je n’ai pas pensé à vous demander où était votre compagne, pendant que nous nous trouvions chez vous. J’espère que ce n’est pas nous qui l’avons fait fuir ! » Il n’y eut jamais de dîner. Laurent portera mieux désormais le nom d’Ascylte. Il dînait chez moi hier soir. Nous en étions à l’apéritif quand Camille m’a envoyé ce SMS : « rappelle-moi vite, c’est urgent. » L’urgence était qu’il voulait m’inviter à dîner. « Je ne peux pas venir, Camille, je reçois mon ami Ascylte chez moi, ce soir. Mais tu peux te joindre à nous, si tu veux. » Nous dînâmes donc tous les trois ensemble, parlâmes beaucoup et, fait qui a son importance, Ascylte participa à la conversation bien plus qu’il n’avait fait chez Dominique Autié. J’ai vite compris, en le regardant mener cette conversation, à quoi il voulait en venir exactement. Et en effet, tout à coup, je vis qu’il avait glissé sa main sous le t-shirt de Camille et qu’il était en train de lui caresser le dos. Et ce giton de Camille le laissait faire… Il se retrouva rapidement entre nous deux sur le canapé, le pantalon sur les pieds, la bite dans la main d’Ascylte et les couilles dans la mienne, tandis que, de ma main restée libre, je filmais tant bien que mal cette petite scène improvisée. Je n’ai plus du tout trouvé cela amusant quand je me suis aperçu, agenouillé entre les cuisses de notre frère (comme dirait Pétrone), dont je suçais la bite, que ce porc d’Ascylte (ce parvenu à chemise rose qui veut toujours boire du martini blanc avec une rondelle de citron, mais qui l’aspire entre ses lèvres aussi bruyamment qu’un paysan qui laperait sa soupe) était en train de lui suçoter les lèvres. Je me suis relevé pour annoncer que la fête était terminée et qu’ils pouvaient aller se finir chez Camille s’ils le voulaient. Tout cela dit avec le sourire, bien sûr, puisque la disparition de Camille m’a bien servi de leçon. Moi qui n’ai plus rien fait ‘‘jusqu’au bout’’ avec Camille depuis notre première fois, je ne voulais pas l’amener à une sorte de seconde première fois en présence de qui que ce soit, et surtout pas de ce chien galeux d’Ascylte. Car malgré les apparences, je suis un grand romantique ! Je ne comprends pas très bien comment Ascylte s’est cru autorisé à tripoter mon Camille. Peut-être me croit-il un adepte des ‘‘plans à trois’’ depuis notre partie avec ce pauvre Christophe, qui est seul, en ce moment, dans une chambre d’hôpital, à Bordeaux, en train de crever de son Sida, d’un cancer et de je ne sais quoi d’autre. Il n’a pas vingt-cinq ans. Comble du malheur : Ascylte est le seul à lui rendre encore visite. Je dois dire que je n’ai pas très bonne conscience de ne plus lui avoir donné de nouvelles. Mais c’est lui qui n’en voulait plus. Avant qu’Ascylte n’ait réussi à parvenir à ses fins, nous avions beaucoup parlé avec lui, qui n’est pas seulement psychologue et expert judiciaire, comme j’avais dit à Dominique Autié, mais aussi sexologue (et, on l’avait compris, obsédé sexuel), nous avions beaucoup parlé, disais-je, des relations sexuelles entre nous, Camille et moi, et surtout, de la difficulté que nous avions à nous faire comprendre à quel moment nous avions envie de coucher ensemble. Nous sommes tombés d’accord pour dire que la faute, si le mot n’est pas trop mal choisi, en revenait beaucoup à Camille qui, bien qu’il soit capable de se laisser tripoter sur mon canapé par un Ascylte, à d’étranges pudeurs, qui l’empêchent de dire toujours bien clairement son désir. Camille m’a confirmé ce que m’avait dit Tityre, c’est à savoir qu’il avait eu très souvent l’envie de faire l’amour avec moi quand il habitait ici mais qu’il n’avait pas su me le montrer. De mon côté, il y a beaucoup de signes que je n’osais pas reconnaître, par peur de le brusquer, depuis qu’il m’a dit ‘‘qu’il avait besoin de temps’’ avant de s’engager tout à fait. Camille a promis d’être plus explicite à l’avenir. Désormais, m’a-t-il dit, quand il aurait envie de plaisir, plutôt que de risquer de se laisser tenter par la bouche d’un Tityre, il me téléphonerait pour que nous nous retrouvions soit chez lui soit chez moi et que nous le prenions ensemble. Camille a dit encore qu’il n’était pas loin de m’aimer, ce qui veut dire qu’il ne m’aime pas, mais la ‘‘proximité’’ de son amour me convient déjà très bien ! C’est après cette conversation qu’Ascylte a voulu faire payer sa consultation en nature. Je dois dire que je ne savais pas qu’on pouvait passer par tant de doutes à cause d’un garçon dont on n’est pas follement amoureux.
22:51 Publié dans 2008, Alcide, Camille, Christophe, Cyrille, Damis, Dominique Autié, Fred, Laurence, Ma soeur, Tityre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25/11/2008
Lundi 24 novembre 2008
Il y a déjà trois ou quatre jours que j’ai découvert l’appartement de Camille. Celui-ci avait posé bien en évidence, sur une étagère, le petit chien en peluche que je lui avais offert, orné du ruban de la chienne Pélagie, qui était de la même couleur que la tenue que portait Camille le soir de notre rencontre, et qu’il avait de nouveau sur lui ce jour-là (ce devait être vendredi). C’était une charmante attention, qui m’a beaucoup touché, une sorte d’invitation à renouer plus sereinement. Nous nous sommes allongés sur son lit. Il s’est mis dans la position d’un fœtus, de dos à moi, et je suis allé l’envelopper de mon corps et de mes bras, le nez dans sa nuque. Je lui ai redemandé si c’était à cause des méchantes paroles que je lui avais dites qu’il était parti, le jour de mon anniversaire. Il m’a répondu que non, mais qu’il en avait eu besoin, que moi aussi, et que cette séparation nous avait fait du bien. Tout cela était si vrai que je n’en suis toujours pas revenu de l’intelligence de Camille (que j’ai toujours pris pour une tête de linotte (ce qu’il est d’ailleurs en grande partie, malgré l’intelligence qu’il me faut bien lui reconnaître)), de sa parfaite connaissance de mon caractère, de sa profonde compréhension de ma souffrance et de mes peurs. L’appartement qu’il occupe n’est pas celui qui lui était réservé, dont il n’aurait dû avoir les clés que dans une semaine ou deux. Seulement, la veille de l’heureux jour où on lui donna les clés de celui qu’il occupe aujourd’hui, il avait décidé de partir de chez l’amie d’enfance qui l’hébergeait depuis le jour où il m’avait quitté, et dont il ne supportait plus le petit ami. Il s’était retrouvé à la rue. L’association caritative qui s’occupe de lui avait dû le loger à l’hôtel pour une nuit. Cette nuit d’hôtel a permis d’accélérer les choses. Dès le lendemain, on lui donnait les clés de son appartement, un studio en réalité, beaucoup plus petit que celui qu’il était d’abord prévu de lui faire occuper. Camille m’a fait cet aveu que c’était aussi dans le but de faire accélérer les choses qu’il était parti une première fois de chez moi ; puis une seconde fois de chez son amie d’enfance. Il donnait ainsi de nouvelles preuves de la précarité de sa situation et de l’urgence qu’il y avait de lui trouver un logement. J’ai d’abord été contrarié de n’avoir été qu’un pion parmi d’autres sur le terrain de ses basses manœuvres. Puis je me suis dit qu’en effet, ce n’était pas à cause de moi ni de ma méchanceté que Camille était parti, mais parce qu’il est, lui aussi, quelqu’un d’incroyablement capricieux, au fond, et qu’il n’est pas possible de tenir en laisse. A propos de laisse : je ne pourrai plus offrir à Camille un collier et une laisse pour la chienne Violette, comme j’avais l’intention de le faire à Noël, puisque la pauvre bête a dû être ramenée chez le père de Camille, l’appartement occupé par son jeune maître étant trop petit pour qu’un dalmatien puisse y vivre heureux. C’était pourtant le cadeau idéal : Camille l’aurait tenu tous les jours dans sa belle main pâle éclaboussée de mille tâches de rousseur. Il va falloir que je trouve une autre idée de cadeau, maintenant. Je suis retourné chez lui hier soir, comme nous en étions convenus plus tôt dans la journée, au téléphone (il n’a jamais assez de crédit téléphonique devant lui ; aussi m’envoie-t-il à chaque fois des SMS dans lesquels il me demande de le rappeler). Quand je suis arrivé sur son palier (il m’a donné le code pour entrer dans l’immeuble), j’ai trouvé porte close. Il m’avait laissé un petit mot (que je conserve précieusement, comme tous ses petits mots), dans lequel il m’expliquait qu’il avait dû conduire à l’hôpital la mère vulgipecque de la place Saint-Roch, qui souffrait d’un mal que la décence m’interdit de rapporter dans ce journal. Il voulait que j’attende son retour. Je ne l’ai pas attendu mais suis revenu chez lui, vers minuit, après qu’il m’eut de nouveau envoyé un SMS dans lequel, etc. Vers une heure et demie du matin, son téléphone à sonné : il fallait aller chercher la grande malade, qui souffrait le martyre, et la reconduire chez elle, où nous sommes restés, pour lui tenir compagnie. En écoutant la conversation qui se tenait devant moi, j’ai appris des choses qui m’ont fort contrarié. Mais la disparition de Camille le jour de mon anniversaire m’a servi de leçon et je me suis bien gardé de montrer ma contrariété. J’ai laissé passer un peu de temps. Puis j’ai feint d’être fatigué et suis rentré chez moi. Je savais que Camille devait passer la soirée de la veille, samedi, avec la ‘‘fille mère’’ récemment accouchée et un ancien petit ami à lui. Je savais aussi que les trois dormiraient dans le même lit, chez Camille. Je savais encore que cet ancien amoureux aurait les mains baladeuses, dans le lit de Camille, comme celui-ci s’y attendait, et qu’il lui ferait des avances. Je savais enfin que Camille refuserait ces avances : il avait tenu à me le dire, comme s’il avait le sentiment de m’appartenir un peu. Mais je ne m’attendais absolument pas à ce que l’amoureux se rabatte sur la fille, et qu’il la monte devant Camille qui n’arrivait pas à dormir. La pensée que cette fille se soit laissé baiser par ce garçon dans le lit de mon Camille, et surtout en la présence de mon Camille, me remplit d’indignation. Cette révoltante promiscuité, cette indifférence à la pudeur de Camille, a vraiment tout de la bestialité. Mais ce qui m’afflige le plus, c’est que Camille n’en soit pas plus offensé : il en a ri au contraire, et moi, je me suis senti profondément blessé par ce sourire, par tant d’indulgence, par une telle complicité. Mais je n’en ai rien fait voir. Pendant que Camille laissait souiller le lieu de son sommeil par ces deux abjectes créatures, j’étais chez Tityre, qui recevait de ses amis (il semble s’être mis en tête de me présenter à tout ce qu’il connaît !). Il a fini par convaincre Damis, qui ne savait pas que j’étais chez lui, de nous y rejoindre. Celui-ci a semblé fort contrarié de me trouver là. Il faut dire qu’il m’en veut un peu d’avoir répondu à la question qu’il me posait l’autre jour, dans un SMS, que nous coucherions de nouveau ensemble quand il aurait enfin terminé son régime ! J’étais ivre, comme toujours, quand je suis chez Tityre. A un moment, Damis a fait exprès de me bousculer, et je suis tombé par terre de tout mon poids quasi mort, en me cognant d’abord le bras, que j’aurais pu me casser, contre un fauteuil. Je n’ai rien senti, grâce à l’alcool, du moins jusqu’au lendemain. Cet après-midi, j’ai croisé Féliciane, qui m’a regardé très froidement, sans me saluer. Quelqu’un a dû dire à l’abominable Trimalcion, dont elle est l’amie, tout le bien que je pensais de lui, ce ‘‘petit protégé’’ de Tityre, comme dit ce dernier, pour m’énerver. Qui donc a pu parler ? Est-ce Camille, ce grand muet, qui parle trop, et toujours pour ne rien dire ? Est-ce Corydon, qui ne m’aime plus et qui m’en veut ?
02:12 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Féliciane, Journal, Pélagie, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21/11/2008
Jeudi 20 novembre 2008
J’ai parfois l’impression que la providence ou le hasard lisent ce journal ou l’écrivent à ma place. Il a suffi que je parle lundi de la disparition de Camille pour que celui-ci, dès le lendemain, réapparaisse dans ma vie. Il m’a d’abord envoyé un simple SMS, dans lequel il me demandait de mes nouvelles, mais comme si rien ne s’était passé, comme si je ne lui en avais pas écrit des dizaines, dans lesquels je lui disais tous les états par lesquels je passais : « Salut, a-t-il écrit. Ça va ? Moi, oui. Je bosse, alors je n’ai pas le temps de passer. Toi, quoi de neuf ? ». A suivi un échange de quelques messages, dans lesquels nous nous sommes donné de nos nouvelles. Le lendemain, c’est-à-dire avant-hier, il m’a téléphoné tandis que je me trouvais dans la boutique de Fred, l’ancien amoureux de ma sœur. Il était devant chez moi, étonné de ne pas m’y trouver. Je l’ai invité à venir me rejoindre. Il est arrivé les cheveux tout courts, avec un nouveau-né pendant à son cou. C’était le fils de l’amie qui l’accompagnait, et qui ne s’est rendu compte qu’elle était grosse qu’au huitième mois ! C’est dire le genre de filles que fréquente mon Camille… Il nous avait raconté, à Corydon et moi, lorsque nous l’avions croisé au supermarché, qu’il avait assisté à l’accouchement. A présent, il joue au papa et à la maman ! La mère, dont je n’aime pas du tout le genre ‘‘fille mère’’, voudrait faire reconnaître l’enfant à Camille, qui n’est pourtant pas le père… Il s’est assis sur les marches du perron de l’immeuble jouxtant la boutique de Fred et s’est allumé une cigarette dont il a recraché la fumée, pensant sans doute bien faire, par le nez et directement dans celui du nourrisson. J’ai déjà dit qu’il était un peu bête. Sans doute imaginait-il qu’ayant le nez au-dessus de la bouche (comme tout le monde), il faisait moins de mal à l’enfant en expirant la fumée par les narines, puisque celles-ci se trouvaient plus éloignées de l’innocente petite tête que ses lèvres si désirables. « Attention à ce que tu fais, Camille, tu souffles ta fumée dans le visage du bébé ! – Oh ! Il a l’habitude, tu sais. Sa mère a fumé pendant toute sa grossesse ! » Pauvre enfant. En voilà un qu’il aurait mieux valu tuer dans l’œuf ! Mais c’était impossible, puisque la mère n’a su qu’au terme de sa grossesse qu’elle était enceinte. C’est elle qu’il n’aurait jamais fallu mettre au monde ! Il y a des familles auxquelles on devrait mettre un terme. J’ai regardé la façon dont la mère s’occupait du fils (c’est un garçon) : on sait déjà qu’il ne donnera rien de bon ! Lorsqu’il pleure, elle lui crie dessus, comme on pourrait faire après un chien qui aboierait et qu’on voudrait faire taire. Elle a une façon très brutale de le prendre dans les bras. Même Camille le lui dit : « Attention à sa tête ! ». Il paraît qu’il y a un syndrome dit des ‘‘bébés secoués’’. Des mères à bout de nerfs secouent violemment leurs enfants qui, incapables encore de soutenir leur tête, peuvent avoir le cerveau gravement endommagé. L’enfant de l’amie de Camille n’était certes pas un ‘‘bébé secoué’’ (du moins pas à ma connaissance), mais je me suis dit que, vu la façon dont sa tête était ballotée au moment où sa mère le prenait dans ses bras, il devait avoir tant de neurones détruits que, plus tard, il serait probablement aussi limité qu’elle. Ce mépris des nouveau-nés pourrait expliquer pourquoi les membres de certaines familles semblent être si constitutivement frustes et bêtes de pères en fils et de mères en filles. On nous dit toujours que c’est à cause du milieu social, de la mauvaise éducation. Peut-être bien. Mais qui n’a jamais aperçu de ces familles où c’est bien le cerveau qui semble ne pas être normal ? Imaginons que l’enfant d’une de ces familles soit confié à des gens comme il faut quand il aurait déjà deux ans. Est-ce qu’il ne deviendrait pas malgré tout prodigieusement bête, à cause du mauvais traitement de son cerveau, lors des tout premiers mois de sa vie ? Peut-être que Camille a été un ‘‘bébé secoué’’, lui aussi ! Cela expliquerait bien des choses. Mais non ! Il n’est tout de même pas aussi bête. Je dirais plutôt qu’il est immature, affectivement immature. Il ne souffre pas tant d’un déficit de neurones que de sentiments. Du moins, il ne sait pas les montrer. Je le lui ai d’ailleurs écrit, dans l’un des SMS envoyés hier soir, après le départ de Tityre, que j’avais à dîner (il me faut bien un quart d’heure pour taper ces longs SMS sur le clavier de mon téléphone, en abrégeant au maximum, pour que l’envoie puisse être fait en une fois) : « Tu étais vraiment très mignon, tout à l’heure, avec tes cheveux tout courts. Ça m’a fait plaisir de te voir, même si je ne sais pas si toi tu étais content. Finalement, tu es quelqu’un dont il est impossible de connaître les sentiments. Je ne sais même pas si tu en as, des sentiments. Hier, avec Tityre, on a parlé de toi. Il m’a rappelé que tu avais dit chez lui, un soir, que j’avais toujours envie de coucher avec toi quand toi tu n’avais pas envie, mais que, quand toi tu en avais envie, c’était moi qui ne voulais pas… (Je ne me rappelais pas que tu avais dit ça, j’étais sûrement bourré). Peut-être que c’est Tityre qui a mal compris ce que tu disais, mais si c’était bien ça, moi, je ne me suis jamais rendu compte de rien. Je n’ai jamais vu que tu n’avais pas envie. Je n’ai pas vu non plus les fois où tu avais envie. Et j’aurais pourtant vraiment voulu te donner du plaisir au moment où tu le voulais. J’ai décidément tout raté avec toi. Mais tu ne me facilitais pas la tâche. Tu ne communiquais vraiment pas beaucoup. Même encore maintenant. Tu étais si distant, tout à l’heure. J’aurais voulu te toucher, mais je n’ai pas osé. Tu sais, si je te caressais si souvent, c’est parce que je t’aime, c’est tout. » Résultat, il a sonné à ma porte cet après-midi, tout sourire, pour me montrer sa bonne humeur, sa joie et, finalement, son drôle d’attachement à moi. Je doutais qu’il eût des sentiments : il venait me les montrer ! Il pensait, en effet, avoir enfin les clefs de son appartement, ce soir ou demain. D’où sa bonne humeur. J’ai pu le serrer dans mes bras. Nous ne sommes pas restés longtemps ensemble, parce que j’avais plusieurs rendez-vous importants.
01:31 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Fred, Journal, Ma soeur, Tityre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18/11/2008
Lundi 17 novembre 2008
Il faut d’abord que je dise que j’ai les nerfs à vif depuis la disparition de Camille. (Car il s’agit bien plus d’une disparition que d’un départ (aphanisme est d’ailleurs le sous-titre de ce Jardin d’Adonis). Camille était en effet encore là le matin du premier dimanche de novembre, jour des morts ; l’après-midi, il avait disparu. Il m’est bien réapparu deux fois, d’abord au supermarché, puis chez moi, quand il est venu chercher une lettre qui lui était destinée, mais depuis, je n’ai plus eu aucun signe de vie de lui. Il n’a pas répondu une seule fois aux SMS que je lui ai envoyés. C’est comme s’il était mort. Mais c’est probablement moi qui suis mort pour lui.) J’étais donc au volant de ma voiture, vendredi après-midi, vers deux heures moins le quart, en ville, place Francis-Planté, quand, boulevard Jean-Lacoste, un malotru, jugeant peut-être que n’allais pas assez vite, s’est mis à me klaxonner. J’ai eu alors la faiblesse de lui faire un doigt d’honneur, qu’il a bien sûr très mal pris. Mon chauffard se met alors à me doubler par la droite et, boulevard d’Haussez, au feu du carrefour de l’église Saint-Jean d’août, qui était rouge, voilà qu’il descend de sa voiture et se précipite sur la mienne, dont il veut ouvrir la portière, qui était fort heureusement fermée à clé, comme souvent. Ne parvenant pas à l’ouvrir, il se met alors à donner des coups dans la vitre avec son poing. Puis, comme le feu était passé au vert et qu’il bloquait la circulation, il a fini par remonter dans sa voiture sous les coups de klaxon des autres automobilistes. Hélas, il allait dans la même direction que moi. Dans l’avenue Henri-Farbos, il a roulé très lentement juste devant ma voiture, en me lançant des regards assassins dans son rétroviseur et en faisant des gestes obscènes et menaçants, auxquels je dois reconnaître que je répondais avec plus d’obscénité encore, et dans une hilarité qui le mettait littéralement hors de lui. J’ai fini par me dire qu’il serait plus prudent de faire un petit détour, plutôt que de me rendre directement à l’endroit où j’allais, que je ne voulais pas lui montrer, et j’ai donc pris à droite, dans le chemin du Baradé, pour rejoindre l’avenue du colonel Rozanoff et, de là, revenir au boulevard d’Haussez. Le chauffard a quant à lui continué tout droit, avenue Henri-Farbos. Mais s’étant aperçu de mon changement de direction, pour me suivre, il a sans doute tourné à droite dans la rue suivante, car je me suis aperçu, parvenu au boulevard d’Haussez, qu’il était de nouveau derrière moi. Arrivant encore une fois au carrefour de l’église Saint-Jean d’août, je suis resté sur la voie du milieu, dans l’intention d’aller directement place Pancaut, où se trouve le commissariat de police, dont la proximité, pensais-je, calmerait un peu mon chauffard, s’il continuait de me suivre. Mais il est resté sur la file de droite et, comme le feu était encore rouge, il s’est arrêté à côté de ma voiture, a baissé sa vitre, craché sur la mienne, puis s’est agrippé à mon rétroviseur et l’a arraché ! Quand le feu est passé au vert, il a disparu dans l’avenue Henri-Farbos, qu’il a empruntée à toute vitesse, cette fois. Fort heureusement, j’avais eu bien assez de temps pour relever son numéro d’immatriculation. Je suis donc allé faire faire un devis dans un garage automobile, pour savoir combien coûterait un nouveau rétroviseur, puis je me suis rendu au commissariat pour porter plainte. J’ai fait ce récit au policier qui m’a reçu et qui, m’ayant attentivement écouté mais préjugeant de ses capacités intellectuelles, n’a pas trouvé nécessaire de me le faire répéter ensuite, au fur et à mesure qu’il écrivait le procès verbal, que je recopie ici, mais dont le contenu est faux en grande partie. La réalité, pourtant simple, a été récrite et simplifiée par ce policier que le vin rouge, dont son haleine empestait, abrutissait probablement. « Je me présente pour déposer plainte contre le conducteur du véhicule immatriculé 0000 XX 00 pour dégradation volontaire de véhicule. Dans un premier temps, ce conducteur me suivait après la place F. Planté à Mont-de-Marsan. Je ne devais pas rouler assez vite à son goût, il m’a klaxonné. Je reconnais lui avoir fait un doigt d’honneur. Ensuite il m’a doublé et puis s’est mis à circuler lentement tout en continuant à klaxonner. A l’angle de l’avenue H. Farbos, il a pris à droite et moi aussi. J’ai ensuite emprunté le chemin du Baradé et je suis revenu au carrefour de l’église Saint-Jean d’août. Là, je me suis positionné sur la voie centrale et j’ai eu la surprise de le voir arriver sur la voie de droite. Le conducteur est descendu de son véhicule. Il a craché sur ma vitre passager puis s’est accroché à mon rétroviseur extérieur droit et l’a cassé. Je suis allé voir un garagiste pour me faire délivrer un devis dont le montant s’élève à cent-un euros et zéro six centimes (101,06 euros) dont je vous remets copie. Je ne peux vous fournir d’autre renseignement sur le véhicule. Je reconnais être avisé de mon droit à obtenir réparation et à être aidé par un service ou une association d’aide aux victimes. Je n’ai plus rien à déclarer. » En réalité, c’est de l’intérieur de sa voiture, en se penchant par sa fenêtre, que l’homme s’est agrippé à mon rétroviseur pour le casser ! Il était descendu au tout début de ma mésaventure, quand il avait essayé d’ouvrir ma portière, ce dont il n’est pas question dans le procès verbal. Don Esteban m’a dit qu’il lui était arrivé, à lui aussi, que je prenais pour quelqu’un de bien élevé, de faire un bras d’honneur en direction d’un bateau qui l’avait dépassé trop rapidement, lorsqu’il naviguait aux Etats-Unis, dans (sur ?, comment faut-il dire ?) l’intracoastal waterway. (Il paraît qu’il ne faut pas dépasser trop rapidement les autres embarcations, à cause des remous occasionnés…) L’homme à qui ce geste était adressé l’avait également fort mal pris, puisqu’il avait répondu en tirant avec son fusil en direction d’Esteban ! Heureusement, c’était un mauvais tireur. Pauvre don Esteban ! Il n’a plus les moyens de faire nettoyer sa Rolex, qui doit l’être tous les cinq ou six ans, m’a-t-il expliqué, et qu’il faut donc pour cela faire entièrement démonter, ce qui, en Polynésie, coûte à peu près 2000 EUR, qu’il n’a pas, puisqu’il n’a plus rien, pas même les moyens, pour venir me voir, de s’échapper de ses maudites îles Marquises où, me dit-il, au train où vont les choses, il sera probablement enterré ; à condition, lui ai-je fait remarquer, que ces fous de Polynésiens ne déclarent pas leur indépendance : ils seraient bien capable de balancer son corps à la mer, ce qui, me confie-t-il, ne déplairait pas au marin qu’il a toujours été, même maintenant qu’il n’a plus qu’un kayak à commander ! Lui qui avait la passion des montres, et qui les collectionnait, il a dû s’en acheter une en plastique, le pauvre !
02:19 Publié dans 2008, Camille, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12/11/2008
Mardi 11 novembre 2008
Je crois bien que je me suis définitivement brouillé avec ce gros con de Corydon, Corrida, comme l’appellent Tityre et les gens que j’ai croisés chez lui ! (J’ai transposé du mieux que je pouvais le sobriquet qu’ils ont formé à partir du véritable nom de Corydon ; le mot obtenu est encore meilleur, à mon goût, que l’original !) Toute notre brouille s’est faite lors d’un échange de SMS. Corydon, qui est toujours à la recherche de trois sous, pour pouvoir remettre de l’essence dans le réservoir de sa voiture et se transporter ainsi à l’autre bout du département pour y baiser des types encore plus gros et laids que lui, voulait savoir si j’allais lui acheter, comme je le lui avais laissé espérer, cet objet dont il veut se séparer et qu’il vend pour 20 EUR. Je lui ai répondu que je ne pouvais vraiment pas me défaire d’une telle somme en ce moment. « Ah ! Mais je comptais sur toi, moi ! – Je te signale que tu gagnais déjà plus d’argent que moi lorsque tu touchais le RMI, alors maintenant que tu as ton allocation pour handicapés ! (Plus de 600 EUR, tout de même…) – Ah d’accord, bonjour l’esprit… Tu sais bien que je ne peux pas faire ce que je veux de mon argent ! (Je ne me rappelle plus si j’ai déjà dit dans ce journal que Corydon était un tel incapable qu’il s’était fait volontairement mettre sous tutelle, pour ne plus dépenser son argent aussi inconsidérément qu’il faisait autrefois.) – Ah ! Parce que tu crois que je dépense mon argent comme je veux, moi, avec toutes les charges que j’ai à payer ? Redescends sur terre ! – Blablabla, espèce de sale merde, blablabla, oublie-moi, blablabla. » Je me suis tout de même demandé, en lisant son dernier SMS, si les antidépresseurs de Corydon étaient bien efficaces. Je ne devais pas avoir beaucoup d’amitié pour lui, parce que sa désaffection m’est complètement indifférente. Il faut dire qu’elle tombe mal : que peut me faire le désamour de ce gros balourd après celui de mon petit Camille ? Et puis, en me montrant avec lui si détestablement moi, j’ai réellement blessé Camille, ce jeune être qui le méritait si peu, chose que je n’arriverai jamais à me pardonner ! Tandis que je n’ai fait que froisser la susceptibilité de Corydon, de qui je n’ai pas le plus petit désir de me faire pardonner ! Camille était venu trouver refuge auprès de moi, mais, le plus souvent sans m’en rendre compte, je me suis si mal comporté avec lui qu’il n’a pas pu faire autrement que de me fuir moi aussi ! Je m’en veux à un point qu’il n’est pas possible de dire. J’ai perdu un petit amoureux, mais j’ai sans doute aussi perdu l’ami qu’il aurait pu devenir. Je m’en rends compte à présent que je nourris l’espoir d’une nouvelle amourette. Malgré cet espoir inespéré, je regrette encore Camille, sa bonne humeur, sa maladie, ses maladresses, tous ces petits défauts qui lui donnaient tant de charme. Et j’aurais aimé pouvoir parler avec lui de ce nouveau garçon qui me plaît et à qui je ne déplais pas. Bien sûr, je n’ai pas très bonne conscience de vouloir si vite remplacer Camille. Mais on ne remplace pas plus un Camille qu’une Coccymèle. Simplement, la venue de la chienne Pélagie avait considérablement adouci, en m’en détournant, le deuil où j’étais de la chienne qui l’avait précédée. C’était trop dur de rester sur l’échec total de ma courte histoire avec Camille, dont je suis presque certainement le seul responsable, pensée qui m’est intolérable. C’est pourquoi je projette une nouvelle amourette avec cet autre garçon de vingt ans, qui est peut-être encore plus beau que Camille, qui ressemble d’ailleurs un peu au bel Alexis et qui porte le même nom que Damis. Si j’avais à reparler de lui dans ce journal, ce que j’espère, je pourrais l’appeler Daphnis.
02:37 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Coccymèle, Corydon, Damis, Journal, Pélagie, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
10/11/2008
Dimanche 9 novembre 2008
Il y a déjà une semaine que Camille est parti. Evidemment, la lame de fond qui m’a tout emporté n’a pas même eu l’effet d’une vaguelette sur mon entourage. L’on est seul parce qu’on a été abandonné par l’être aimé, mais aussi parce qu’il n’y a personne pour voir, pour ressentir ce que cet abandon a de catastrophique. Son monde vient de s’effondrer et le monde reste inchangé. La compassion des rares personnes à s’apercevoir du changement a quelque chose d’intolérable, parce qu’elle est sans commune mesure avec le cataclysme, avec la douleur éprouvée. Même Camille n’a pas conscience de la peine qu’il m’a causée ! Je me souviens du raz de marée de 2004. Au fond, je me contrefichais de ces dizaines de milliers de morts. J’étais seulement heureux, en regardant les cadavres sur l’écran de télévision de ma mère, de pouvoir jouer la comédie de la compassion, quelques jours à peine après Noël. Et puis j’avais trouvé le sujet d’un nouveau sonnet. Je me suis réveillé ce matin infiniment plus fatigué qu’hier en me couchant. J’ai d’abord cru que c’était parce que l’accablement de la semaine écoulée se faisait ressentir à mon corps. Puis j’ai compris que c’était à cause des fumées respirées hier soir chez un type qui m’avait invité à l’enculer et qui n’arrêtait pas de rouler des pétards. Même moi, je ne suis plus tout à ma peine. Je la fuis en allant baiser sans plaisir des fumeurs de shit qu’il est impossible de faire jouir. Sans doute Camille n’était-il qu’une amourette, mais les amourettes sont tout l’amour dont les êtres aussi mauvais que moi sont capables. Je ne me pardonne pas d’avoir été le seul responsable de mon malheur. Je m’en veux énormément de n’avoir su être avec Camille que cet abject moi que même moi j’ai peine à supporter. Camille était l’amourette de ma vie, de ma vie d’alors.
01:27 Publié dans 2008, Camille, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07/11/2008
Jeudi 6 novembre 2008
Finalement, Camille est passé hier à la maison, pour prendre la lettre que je lui avais dit par SMS qui lui était destinée. Pendant les cinq minutes qu’il est resté chez moi, pas une seule fois il ne m’a regardé. Il a remarqué le nouveau ruban de Pélagie ; sans voir que j’étais allé chez le coiffeur. Il m’a laissé le prendre dans mes bras et j’ai eu le temps de lui dire que je l’aimais beaucoup, que j’étais très affecté par son départ. Il a dit que ce n’était pas parce qu’il était parti que nous ne nous verrions plus. Il a proposé de nous revoir aujourd’hui pour promener nos chiennes ensemble. Evidemment, il ne s’est pas montré, comme il n’était pas venu la veille boire du café chez moi, alors qu’il avait accepté mon invitation. Pourquoi donc s’entête-t-il à me donner ces faux espoirs, pourquoi refuse-t-il de me regarder, si ce n’est pour me faire souffrir ? Mais s’il tient tant à me faire souffrir, n’est-ce pas que ses sentiments pour moi sont aussi violents que ceux que j’ai pour lui ? Je m’en souviens à présent : moi non plus, lorsque j’étais furieux contre lui, je ne le regardais pas. Je ne l’avais pas regardé de tout le jour de notre dernière dispute, du moins jusqu’à ce que je regrette aussitôt mes tout derniers odieux propos, qu’il avait pourtant bien entendus, et qui l’ont sans doute incité à partir. Je l’avais alors pris dans mes bras et supplié du regard, de la voix, de toute ma personne, de ne pas les entendre. En vain, même s’il fut d’abord assez comédien pour me faire croire le contraire. Je suis allé chez Tityre hier soir comme aujourd’hui, où j’ai bu de la poire, pour mieux me souvenir des deux soirées que j’avais passées chez lui avec Camille, où nous avions également bu de la poire, du whisky et de la poire. « Tu n’es finalement pas venu promener ta chienne avec moi, comme tu n’es pas venu boire de café l’autre jour. Je suis allé chez Tityre hier. J’ai encore bu de la poire pour mieux me souvenir des fois où nous y étions allés ensemble et où nous avions bu de la poire également. Tityre m’a dit que j’avais été odieux avec toi, que j’avais donné l’impression de vouloir que tu partes. En réalité, je disais tout le contraire de ce que je pensais, je voulais juste te faire de la peine, parce que je ne suis qu’un con. Tu ne peux pas savoir comme je regrette. Je n’ai plus envie de rien. La maison est vide sans toi. C’est impossible de l’habiter sans toi. Camille, tu me manques. Je ne peux plus te prendre dans mes bras. Je pleure beaucoup. Pourquoi es-tu parti ? Est-ce parce que j’ai été trop méchant ou parce que j’ai écrit dans la lettre que tu as emportée le jour de ton départ que je t’aimais et que ça t’a fait peur ? Dis-moi pourquoi, s’il te plaît. J’ai besoin de savoir… » Pas de réponse.
02:42 Publié dans 2008, Camille, Journal, Tityre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
05/11/2008
Mercredi 5 novembre 2008
Au courrier d’aujourd’hui, j’ai trouvé une lettre du tribunal de grande instance adressée à Camille que j’ai ouverte par mégarde, ayant lu mon nom sur l’enveloppe, puisqu’il est apparemment censé vivre encore chez moi. L’aide juridictionnelle lui est accordée. Je lui ai écrit un SMS, pour lui dire que cette lettre était arrivée, mais évidemment, il ne m’a pas répondu. J’irai donc sans doute la porter chez son avocat, qui se chargera de la lui transmettre. J’ai également retrouvé trois des cheveux de Camille, légèrement moins roux que ce poil pubien qui restait encore dans la salle de bain, parce qu’il les avait un peu éclaircis récemment, lors d’une séance ‘‘entre copines’’, chez ses amies vulgipecques de la place Saint-Roch. Accompagné de Corydon, j’avais fait exprès de ne faire les courses qu’hier dans ce supermarché où les produits sont moins chers, pour ne pas risquer de rencontrer Camille, qui devait les faire lundi. Evidemment, il a fallu que nous tombions sur lui, qui avait sans doute fait le même mauvais calcul que moi. Je l’ai invité à venir boire du thé ou du café chez moi, le soir. « Tu verras, je serai tout beau, j’ai rendez-vous chez le coiffeur, à six heures et demie. » Il a répondu très froidement qu’il passerait vers neuf heures. Il n’est pas venu. Cette rencontre au supermarché fut pour moi une nouvelle gifle. C’est à peine si Camille m’a regardé. Il s’adressait presque uniquement à Corydon, comme si je n’avais pas été là. Mon coiffeur m’a dit qu’il me trouvait une mauvaise mine. C’est parce que je suis enrhumé et que je pleure beaucoup. Si je ne pleure pas, c’est que je suis au bord des larmes, tout à l’effort absurde de les retenir. J’ai la gorge nouée et cette espèce de poids dans le ventre. Je suis devenu laid. Personne n’est étonné du départ de Camille. Ce qui étonne Corydon, c’est qu’il soit resté si longtemps avec moi. Mon coiffeur m’a dit que si Camille avait été chassé par son père, je n’avais pas été très avisé d’avoir avec lui la dureté d’un second père. Damis m’a demandé de lui donner le numéro de téléphone de Camille, pour l’appeler et essayer d’arranger les choses entre nous. Comme je lui répondais qu’il voulait surtout son numéro pour tenter de le séduire, Damis m’a dit que c’était sans doute aussi à cause de telles réactions de ma part qu’il avait préféré s’éloigner de moi. Les bécasses de Saint-Roch m’ont rapporté que Camille n’arrivait pas à se sentir chez moi comme chez lui, qu’il avait le sentiment de me déranger, de constamment mal faire les choses. Pire : elles trouvaient que cet être si foncièrement gai, toujours de si bonne humeur, avait un peu perdu de sa joie de vivre depuis qu’il s’était installé chez moi. Il s’était refermé sur lui-même et se confiait moins à elles. Apprendre tout cela m’est insupportable. M’a douleur ne cesse de croître. Je me découvre plus monstrueux encore que j’imaginais, plus sourd et plus aveugle que je croyais. Je n’avais absolument pas vu le mal-être de Camille, obnubilé que j’étais par le mien. Se peut-il que j’aie été si méchant avec un être aussi profondément gentil ? Comment ce garçon si jeune et si simple aurait-il pu me tenir tête ? Que pouvait-il faire d’autre que fuir ? Mais c’est un sentiment atroce que de se découvrir uniquement capable d’inspirer même à ceux qu’on voudrait garder près de soi ce dernier recours : prendre la fuite ! Savoir que Camille ne se sentait pas chez moi comme chez lui m’a brisé le cœur. Moi qui considérais comme la sienne autant que la mienne cette maison qu’il a habitée avec moi dès le premier jour et qu’il a contribué à aménager peut-être même plus que moi ! Lui se sentait de trop ! Je lui écris tout cela dans mes SMS, mais il n’y répond pas. Je ne sais même pas s’il les lit. Je suis désespéré de ne pouvoir m’expliquer, m’excuser de vive voix, désespéré de ne pas avoir une chance de me racheter. Je suis pourtant sûr de pouvoir être meilleur, plus doux, plus vivable. Mon seul crime est d’avoir trop parlé, trop dit mes sentiments, qui étaient parfois violents. Mais je le faisais précisément dans le but de m’en purger. Je croyais arranger les choses, faciliter nos relations. Le problème est que les être simples, même lorsqu’ils parlent fort, comme bien des êtres simples, ont de petites voix. Celle de Camille était inaudible, entièrement recouverte par la mienne. Mais je suis sûr que j’aurais su me taire, si j’avais su qu’il le fallait, que j’aurais su l’écouter, et l’entendre. C’est probablement trop tard, maintenant.
17:56 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal, Mon coiffeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
04/11/2008
Lundi 3 novembre 2008
C’était hier mon anniversaire. Je n’aime guère ce jour où je vieillis officiellement d’une année. Mais pour une fois, j’étais heureux. Je me faisais une joie de passer cette journée avec Camille. Je suis d’abord allé le rejoindre comme tous les jours dans son lit pour le réveiller doucement en me rendormant à moitié. Puis il a fait comme s’il avait oublié que c’était mon anniversaire. « Le 2 novembre, disait-il, c’est le jour des morts. – Oui, c’est le jour des morts, mais c’est autre chose aussi… – Ah ? Il y a eu autre chose, le 2 novembre ? Je ne suis pas très bon en histoire. » Quand enfin il m’a fait comprendre, par une amusante allusion, qu’il savait que j’avais désormais un an de plus et que je me suis plaint qu’il ait oublié de me souhaiter un bon anniversaire, il a répondu qu’il avait toute la journée pour le faire ! Nous avons fait ensemble la liste des courses qu’il devait faire aujourd’hui, grâce à l’argent auquel il a droit, puis il est parti promener Violette, en me disant qu’il reviendrait quand il aurait fini la chose qu’il avait à faire ce jour-là. « Mais qu’est-ce que tu peux bien avoir à faire un dimanche ? – Je vais aider à démonter des radiateurs chez un ami. » Il a soigneusement plié en quatre une lettre que je lui avais écrite la veille, pour m’excuser d’avoir été si dur lors d’une dispute que nous avions eue, puis il est sorti sous la pluie. Trouvant un peu étrange qu’il ait pris cette lettre, je lui ai écrit un SMS, dans lequel je lui demandais de ne pas la faire lire à tout le monde. Quand il est revenu, quelques heures plus tard, il était accompagné de ces deux amies si vulgaires et braves filles, la mère et la fille, qui m’on fait comprendre, sans le faire exprès, que Camille, qui était en train de rassembler ses affaires, partait s’installer chez une amie d’enfance qu’il venait de retrouver et qui voulait bien le loger jusqu’à ce qu’il s’installe dans l’appartement qui lui est réservé. Je n’ai pas eu d’autres explications, en partie parce que je répugnais à en demander devant ces femmes. J’ai juste dit que c’était cruel de partir si soudainement, et le jour de mon anniversaire. « Ah ? C’est son anniversaire ? Ce n’est pas bien ça, Camille, de partir le jour de son anniversaire ! » J’étais effondré. Le soir, ma mère, chez qui nous devions dîner, m’a rapporté que Camille, qui était passé un peu plus tôt récupérer du linge qu’il avait laissé à laver, lui avait dit qu’il viendrait peut-être, que cela dépendrait de moi. Je lui ai donc téléphoné, pour lui dire que je l’attendais, que je voulais qu’il vienne, mais il m’a répondu qu’il ne le pouvait pas, parce qu’il avait déjà dîné. C’est alors qu’il m’a souhaité un bon anniversaire, et bon appétit, avant de raccrocher. Depuis, je n’ai plus de nouvelles, pas même une réponse aux SMS que je lui ai envoyés. Je suis complètement sonné. Je ne suis pas sûr de comprendre ce qui s’est passé. Je me dis que c’est à cause de la dispute et de la lettre d’excuses, qu’il est allé montrer à je ne sais qui. Mais tout c’était si bien passé depuis cette dispute, les excuses semblaient avoir été si pleinement acceptées ! Pourquoi donc ces caresses dans le lit, hier matin, et pourquoi faire ensemble la liste de nos courses, si Camille avait décidé de partir ? Je m’en veux énormément. Certains mots que j’ai eus, lors de notre dispute, me font penser que c’est quasiment moi qui l’ai jeté dehors. Parce qu’il était rentré bien après l’heure qu’il m’avait annoncée, samedi, au petit matin, je lui avais dit que la jalousie qu’il me causait et les états dans lesquels il me mettait étaient tellement douloureux que je n’étais pas sûr qu’il pourrait rester chez moi jusqu’à ce qu’il ait enfin les clefs de son appartement. « Puisque tu as tellement d’amis avec qui tu préfères passer tant de temps plutôt qu’avec moi, pourquoi donc ne vas-tu pas t’installer chez eux ? » En m’entendant prononcer ces mots, pris de remords, je m’étais jeté sur Camille, pour le prendre dans mes bras, comme pour l’empêcher de partir, en m’excusant, en le suppliant d’oublier les paroles que je venais de lui tenir dans le seul but de le blesser. Je croyais qu’il m’avait pardonné. J’avais encore écrit cette lettre, samedi soir, que j’avais déposée sur son oreiller. Tout semblait oublié hier matin. Tout était si doux. La journée avait merveilleusement commencé. Ce fut finalement le pire anniversaire de toute ma vie.
00:13 Publié dans 2008, Camille, Journal, Ma mère, Violette | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
01/11/2008
Vendredi 31 octobre 2008
Il y a quelques jours que je suis tombé par hasard sur Tityre, que je n’avais pas revu depuis des années. Je n’avais pas encore l’âge de Camille à l’époque où nous nous fréquentions. Lors d’un petit dîner qu’il avait donné chez lui, Tityre avait essayé de me faire boire, dans le but de me mettre plus facilement dans son lit, m’avait expliqué Damète, l’un des convives, qui m’avait tiré du piège grossier tendu par notre hôte, mais pour mieux me faire tomber dans le sien. Tityre m’a invité à venir chez lui prendre l’apéritif avant-hier. J’y suis resté pour le dîner, puis nous avons téléphoné à Camille pour qu’il nous rejoigne au moment du café. Nous sommes rentrés lui et moi sur les sept heures du matin. Nous avons passé la nuit au coin du feu à boire du whisky (que Camille prétend être un des alcools qui lui sont permis, à moins que ce ne soit le seul auquel il ait droit, si tant est qu’il y ait vraiment droit, et dans de telles quantités, ce dont je doute fort). Tityre, qui a été ‘‘un peu artiste’’ en son temps, nous a montré ses perruques, ses robes et ses chapeaux. Nous avons écouté pendant des heures de ses disques vinyles. Il y a dans sa bibliothèque beaucoup de livres anciens, mais très abîmés. Je me suis redit à part moi la phrase qui sert à me faire honte quand je maltraite mes propres livres : « Si Dominique Autié avait vu ça ! » Ce n’est pas la bibliothèque d’un bibliophile : Tityre l’a simplement héritée de son grand-père : avec la maison. Il n’en a pas soigné les livres. (A propos de ce verbe soigner : Camille, qui est plein d’expressions que j’imagine être propres à la campagne dont il est, me demande toujours : « Veux-tu que je soigne aussi ta chienne ? ». C’est qu’il est alors en train de nourrir la sienne et veut savoir s’il me plairait qu’il en fasse autant pour la mienne. Soigner Violette et Pélagie, c’est remplir leurs gamelles. Je lui réponds souvent avec une autre de ses expressions : « De là étant, je ne peux pas le faire, la gamelle est vraiment trop loin », car je suis généralement assis sur le canapé, en train de le suivre des yeux.) A Tityre, qui me demandait qui je lisais, j’ai répondu en prononçant le nom de Renaud Camus. « Ah oui ! Tricks ! », a-t-il dit. Je me suis alors souvenu de ce qu’écrivait Camus sur Duras et la musique, dans Corée l’absente : « On y apprenait qu’elle écoutait et réécoutait le Requiem de Mozart, les symphonies de Beethoven et les Passions de Bach – bref qu’elle n’aimait pas la musique, ou peut-être plutôt que la musique tenait peu de place dans sa vie, ce dont on se doutait un peu. » L’on pourrait peut-être dire aussi de tous ces homosexuels qui ont lu Tricks qu’ils n’aiment pas Renaud Camus ou du moins que Renaud Camus tient peu de place dans leurs bibliothèques ! Cela dit, je m’avance peut-être un peu et ne sais pas vraiment de quoi je parle, car bien qu’il y ait beaucoup de Camus dans ma bibliothèque, je dois confesser que je n’ai pas lu Tricks. Comme nous cherchions à savoir si nous avions d’autres connaissances communes que celles de l’époque où nous nous fréquentions encore, lui et moi, Tityre a dit de Trimalcion que c’était « son petit protégé », ce qui a fait sourire Camille, qui connaît l’aversion que j’ai pour cet individu, qu’il s’est pourtant mis à fréquenter occasionnellement. Quand je pense qu’il habite dans la rue parallèle à la mienne… Il ne faudrait pas trois minutes à Camille pour se rendre chez lui ! Je suis sûr qu’il l’a déjà fait, même s’il ne veut pas l’admettre. Mais si ! Il l’a reconnu, puisqu’il m’a dit une fois qu’il n’avait pas trouvé l’appartement de Trimalcion aussi sale que je l’avais dit ! Nous sommes retournés chez Tityre hier soir, jusqu’à très tôt ce matin, comme la veille. Il y avait un autre invité, qui avait les mains baladeuses et voulait absolument voir la rousseur entre les jambes de Camille ! On m’a dit ensuite que je n’avais pas fait beaucoup d’efforts pour cacher ma contrariété et ma mauvaise humeur.
03:33 Publié dans 2008, Camille, Damète, Dominique Autié, Journal, Pélagie, Renaud Camus, Tityre, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
31/10/2008
Jeudi 30 octobre 2008
J’ai probablement déjà dit dans ce journal que Camille n’était pas très vif d’esprit. Corydon nous parlait tout à l’heure de godemichets : Camille participait à cette conversation en disant ‘‘gode Michelin’’ !
05:45 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28/10/2008
Mardi 28 octobre 2008
C’était presque prévisible. L’appartement qui doit être attribué à Camille n’est pas encore disponible, parce qu’il faut d’abord y faire des travaux, pour réparer les dégâts qu’y a faits l’ancien locataire, qui était probablement un jeune ou un étranger, comme sont tous ces ‘‘cas sociaux’’ qu’on couvre d’aides et d’or, autant dire des barbares, des vandales ! Camille est sorti promener sa chienne, qui pisse partout dans la maison. Ces promenades durent généralement fort longtemps. Je ne crois pas l’avoir encore dit dans ce journal, mais Camille est un grand marcheur. Il peut se promener pendant des heures, la nuit, pour se ‘‘vider la tête’’ comme il dit, c’est-à-dire sans doute pour penser, ce qui le rattache à tout une tradition qu’il ignore. Il connaît la plupart des rues d’Aire-sur-l’Adour, ou il a vécu quelques mois, et déjà presque toutes celles de Mont-de-Marsan, alors que je ne dois pas en connaître le dixième, prisonnier que je suis, depuis tant d’années, des itinéraires qui me sont familiers, à cause de ma névrose phobique. Mais je sais aussi, pour l’avoir accompagné un soir, avec la chienne Pélagie, qu’il rend visite à ses connaissances, lorsqu’il passe devant leur porte et qu’il n’est pas trop tard, comme par exemple à cette famille que j’évoquais hier, qui est d’une vulgarité que je croyais n’exister que dans les œuvres de fiction ! Cela dit, cette famille est aussi foncièrement gentille et, finalement, sympathique, qu’elle est sale et grossière. Et puis il y a chez ces gens un adorable chiot qui s’appelle Bandit et avec qui la chienne Pélagie s’entend très bien. Cette dernière est également devenue très amie avec Violette, qui reste encore un peu distante, très grande dame : elle ne ressemble pas du tout à son maître, qui n’est jamais qu’un cul-terreux avec un joli minois. Celui-ci a croisé Damis, cet après-midi, et s’est étonné d’apprendre, en parlant avec lui, qu’il connaissait aussi Trimalcion, qui passait d’ailleurs par là, et cette Féliciane qui est une lesbienne de ses amies. On s’imagine toujours que, parce qu’il est contraint de travailler la nuit dans sa boulangerie et de dormir quand il fait jour, ce pauvre Damis ne connaît personne. Au contraire, c’est un habitué de la rocade, ce baisodrome à ciel ouvert, par où passent tous les mâles de ce petit monde, qui sont donc sans doute aussi tous passés par le cul de Damis. Tout le monde l’a connu, même moi ! Trimalcion a dit à Camille que Nicandre avait quitté la ville. Il vit désormais à Bordeaux, chez son nouvel amant, qui est bien à plaindre, à mon avis, sans doute autant que je le suis.
23:04 Publié dans 2008, Bandit, Camille, Damis, Féliciane, Journal, Nicandre, Pélagie, Trimalcion, Violette | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Lundi 27 octobre 2008
Camille devrait quitter la maison demain. Il se fait aider par toutes sortes d’organismes et d’associations caritatives, grâce auxquels il a trouvé un appartement qui doit être libéré demain et qu’on lui réserve en priorité. A moins que quelqu’un de moins chanceux que lui ne se soit fait connaître au même organisme, c’est-à-dire quelqu’un qui n’aurait pas même un ami pour l’héberger en attendant qu’il ait trouvé un logement, l’appartement devrait revenir à Camille, et sans qu’il ait rien à payer, puisqu’il appartient à l’association qui l’aide. Camille a également droit, tous les mois, à 80 EUR pour faire ses courses dans l’un de ces supermarchés où les produits sont moins chers et à 150 EUR pour ses frais d’essence. Et son avocat, qu’il n’a pas à payer non plus, va poursuivre ses parents pour qu’ils lui versent une pension de 600 EUR ! Moi qui avais pitié de Camille, je ne suis pas loin désormais d’envier son sort ! Il est temps qu’il parte. J’ai de plus en plus de mal à le supporter. J’ai parfois l’impression que je l’aime. Je le désire seulement et souffre du fait qu’il ne m’aime pas plus. Il se sert de mes sentiments pour s’assurer un toit jusqu’à demain. Il n’était pas nécessaire d’en passer par là. J’ai déjà dit dans ce journal que même les personnes qui le mériteraient le moins pouvaient avoir besoin d’être secourues. Je ne crois pas que je l’aiderais moins s’il se montrait plus indifférent, moins (faussement) sensible à mes charmes. Il se montre caressant avec moi quand il croit qu’il le faut, me laisse le caresser quand j’en ai le désir, mais sans jamais s’impliquer plus qu’il n’est nécessaire à l’illusion. La plupart du temps, il considère cette maison comme un hôtel et un restaurant. Il passe énormément de temps dehors, chez des amis, sans même songer à me demander si je voudrais l’accompagner… « Pourquoi donc ne demandes-tu pas à ces amis chez qui tu passes tellement de temps de t’héberger à leur tour, puisque tu te plais tant chez eux ? » Ce soir, il allait chez ces amis que j’ai vus pour la première fois il y a quelques jours et qui sont d’une vulgarité à peine croyable. (Si j’en avais la force, je rapporterais les propos épouvantables que j’ai entendus chez ces gens-là, les manières que j’y ai observées. Comparée à eux, la famille du grand C passerait pour honnête et civilisée !) Mais voici le pire : Trimalcion devait l’y rejoindre. Trimalcion ! Je suis anéanti. Heureusement que Camille doit partir demain. S’il restait chez moi plus longtemps, je crois que la jalousie me ferait aussi mal agir que son père. Je serais bien capable de le chasser moi aussi ! Quelle honte ce serait d’en arriver là.
01:07 Publié dans 2008, Camille, Cyrille, Journal, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
25/10/2008
Vendredi 24 octobre 2008
J’héberge un réfugié de plus : c’est le dalmatien de Camille, qu’il a dû ramener avec lui, hier qu’il était allé chez son père chercher quelques affaires, parce que la pauvre bête se laissait mourir depuis son départ. C’est une femelle qui porte le nom de Violette. J’ai cru que c’était un signe. Le nom complet de ma chienne est Ultraviolette Pélagie. J’avais d’abord voulu l’appeler Violette, pensant qu’elle était née l’année des v, mais il avait fallu l’appeler Ultraviolette, parce qu’elle était du mois de décembre de l’année précédente, celle des u. Nos chiennes ont été les bornes de notre histoire. Le jour où nous nous sommes rencontrés, Pélagie portait un ruban de la même couleur que la tenue de Camille ; le jour où j’ai appris que le nom de sa chienne était contenu dans celui de la mienne, je me suis aperçu que Camille n’aurait jamais autant d’amitié pour moi que pour elle. Depuis que nos chiennes se sont rencontrées, elles gardent leurs distances. Il faut dire qu’elles n’ont pas fait connaissance dans les meilleures conditions. La mienne ne se sent pas encore vraiment chez elle ici et craint que je ne l’abandonne dès que je fais un pas ; celle de Camille, qui a toujours vécu à la campagne, en toute liberté, est effrayée de se retrouver en pleine ville, enfermée dans une maison, attachée à une laisse quand on la promène dans la rue. Nous sommes allés rendre visite à Damis, avant-hier, dans sa boulangerie. Nous nous étions mis d’accord pour lui faire croire que nous étions ensemble. Damis m’a écrit plus tard que nous formions un beau couple, Camille et moi, mais qu’il était visible que ce dernier ne m’aimait pas. J’ai déjà dit que Camille était bête et illettré, ce qui va souvent de pair. Parce qu’il a devant lui plus de temps que de moyens de l’occuper, il va souvent chatter sur des sites de rencontre, chatter pour chatter, pas même pour rencontrer d’autres garçons. Pour tous ceux qui viennent lui parler, il a les mêmes réponses. On dirait un petit robot qu’on aurait programmé pour prononcer toujours les dix ou douze mêmes répliques en réponse aux quelques phrases (toujours les mêmes) qu’on lui aurait appris à reconnaître. Mais parfois, il survient une phrase inhabituelle et qu’il n’a pas comprise, pour l’avoir lue trop vite, c’est-à-dire encore très lentement, puisqu’il est illettré ! Et comme je suis assis à côté de lui, pour le plaisir d’être en sa présence et pour l’aider un peu dans sa lecture, j’ai souvent l’occasion de rire aux éclats. Ainsi tout à l’heure, comme un garçon lui posait l’inévitable question : « Que (re)cherches-tu ? », Camille a répondu de ce mot dont il ne saisira sans doute jamais vraiment le sens : « L’amour ! ». (Mais j’ai dit que Camille était d’une grande fausseté, tout bête et naturel qu’il est ! Il ne cherchait pas l’amour, mais seulement à passer le temps en faisant prendre à de pauvres internautes les vessies pour des lanternes…) « L’amour » ! Ayant lu cette réponse, l’internaute lui répliqua : « Longue quête… ». Il ne m’était même pas venu à l’esprit que ces deux mots pussent donner lieu à pareil quiproquo. Et pourtant, ils furent fort mal interprétés… Qu’on en juge donc à la réponse offensée que fit mon Camille : « Hein ??? », écrivit-il, « et la tienne, elle est longue ??? ». J’étais ‘‘mort de rire’’, comme ils disent.
11:23 Publié dans 2008, Camille, Damis, Pélagie, Violette | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
22/10/2008
Mardi 21 octobre 2008
J’ai lu tout à l’heure, dans le journal, que l’homme qui s’était occupé des peintures dans la maison venait de mourir. Il n’y a pas deux semaines que je lui ai parlé ! Il avait pris du retard dans les travaux dont je l’avais chargé parce qu’il s’était cassé une côte en bricolant chez lui. Il avait fini par faire reprendre le chantier à l’un de ses amis, qu’il était même venu aider les derniers jours, malgré la douleur, et maintenant, il est mort. Est-ce que sa mort a quelque chose à voir avec sa côte cassée ? La douleur causée par la fracture cachait-elle quelque chose de plus grave ? A-t-il eu un accident de voiture ? La rubrique nécrologique ne le disait pas. C’est à cause de cette côte cassée et du retard qu’elle a occasionné dans les travaux que j’y faisais faire que je n’ai pu emménager dans la maison que dimanche. Camille m’a été d’une grande aide. Il s’est occupé de faire la plupart des cartons et, avec Cyrille, il a porté les meubles les plus lourds. C’est incroyable de trouver autant de force dans un corps aussi frêle d’apparence. Ce n’est pas une question de force, m’explique-t-il, mais de nerfs. Il est un grand nerveux, je suis un lymphatique. J’aurais tellement de choses à dire que le plus simple serait sans doute de ne rien écrire. Je suis à la fois impatient de voir repartir Camille et, dans le même temps, je sais que son départ m’affligera. Je me suis trop vite habitué à son insupportable présence. Il fait beaucoup de bruit, parle pour ne rien dire, abîme tout ce qu’il touche. J’ai bien l’impression qu’il ne se lave pas tous les jours et je ne cesse de lui répéter, depuis une semaine qu’il vit avec moi, qu’il est possible de faire laver son peu de linge chez ma mère. Mais il n’y a rien à faire, il porte toujours les mêmes deux ou trois tenues qu’il a rapportées de chez lui. Il pue. Il dort avec la bouche ouverte et bave dans son sommeil sur les coussins du canapé qui lui sert de couche. J’ai dû lui donner un coussin de ma chambre pour empêcher qu’il ne laisse partout des traces douteuses en dormant, comme il fait au moment où j’écris ces lignes, juste à côté de moi, qui me sens pourtant si loin, si loin de lui… Tout est tellement différent de ce qu’il faudrait, de ce que je voudrais ! Je ne lis presque plus. Mes yeux ne cessent de se poser sur cet être si bête et si faux qui est entré dans ma vie, dont la joie maladive me donne l’air encore plus sombre, dont les soudains accès de désespoir font paraître si déplacés mes pénibles encouragements. Des mots sont écrits au stylo à bille dans la paume de sa main, qui repose sur l’oreiller, près de sa tête. Ils sont toute ma lecture. Son dos est constellé de taches de rousseur. L’apparition de cette charnelle voûte céleste m’a fait sombrer dans l’espèce de merveilleux mauvais rêve où je suis endormi. C’est comme s’il m’était devenu possible de toucher l’horizon, comme si, après des années de marche, j’étais enfin parvenu au pied de ce mur si lumineux, si vaste, si clair, si haut, si transparent, si bleu, si blanc, et qui continue de paraître si loin. Mais c’est un mur.
13:10 Publié dans 2008, Camille, Cyrille, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18/10/2008
Vendredi 17 octobre 2008
Nous avons eu hier soir, Camille et moi, la visite de Corydon et du marchand de couronnes (il faudrait vraiment que je lui trouve un nom, à celui-là). Tout le monde doit donc savoir désormais que Camille est installé chez moi. Corydon m’a confié qu’il s’attendait à cette situation, même si, dans le même temps, il ne pensait pas que le père de Camille mettrait ses menaces à exécution ! Il se dit très déçu du père mais me conseille de me méfier du fils, qui n’est selon lui qu’un profiteur. C’est bien possible. D’ailleurs je n’ai pas une grande confiance en Camille, que je soupçonne de me mentir encore parfois. Mais il est vrai que j’ai pour habitude de soupçonner tout homme d’être aussi faux qu’il peut m’arriver d’être. Quand bien même Camille profiterait de ma trop grande bienveillance, de ma crédulité, de ma gentillesse (enfin quelqu’un me donne l’occasion d’être gentil, de bien agir !), est-ce que les profiteurs, les sans scrupules, ne peuvent pas avoir besoin d’être aidés, eux aussi, d’être secourus ? Que Camille abuse de ma naïveté ou qu’il en ait appelé sincèrement à ma générosité, cela change-t-il quelque chose à la nature de l’aide, du secours que j’ai voulus lui porter ? C’est plutôt moi qui dois veiller à ne pas profiter de la situation. Je ne me sens plus trop le droit de lui faire de nouvelles avances, même si je ne puis m’empêcher de lui toucher la nuque, de le caresser, de scruter chaque pore de sa peau. Il veut être seul pour dormir. Je dors donc seul dans mon lit. Mais le matin, je vais le rejoindre dans le sien, avec cette peur absurde de l’y trouver mort, comme j’avais toujours la crainte que Coccymèle ou Pélagie ne mourussent dans leur sommeil, quand elles étaient encore des chiots. Et d’ailleurs, ce matin, comme j’avais dit quelque chose d’incroyable et que l’incrédulité de Camille, qui s’était comme figé, le faisait me fixer du regard, j’ai cru l’espace d’une seconde qu’il venait de mourir sous mes yeux, sans un bruit ! La journée, nous vaquons chacun à nos occupations. Il me laisse des petits mots remplis de fautes d’orthographes, quand il a dû s’absenter plus longtemps que prévu, dans lesquels il écrit souvent des « merci » ou « merci à toi » qui sont presque toujours hors sujet ! Je les prends pour des preuves soit de sa sincérité, soit de sa mauvaise conscience ! Il fait mes cartons et aidera au déménagement, qui est prévu pour dimanche. Et il a fait cet après-midi de grandes courses : avec son propre argent ! Pourtant, il mange très peu, c’en est même inquiétant. Hier, par exemple, il ne s’est nourri que de deux tartines de pain brioché à la confiture de myrtille, au petit déjeuner, et d’un croissant le soir ! Et pourtant, ce matin, il avait une glycémie à plus de trois ! C’est à n’y rien comprendre !
02:29 Publié dans 2008, Camille, Coccymèle, Corydon, Journal, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
16/10/2008
Mercredi 15 octobre 2008
Alexis et Ménalque se sont offert une très grosse voiture, il y a quelques mois, la plus grosse qui se puisse trouver dans la marque qu’ils ont choisie. Mais parce qu’elle leur coûtait une fortune en essence, ils ont décidé d’en acheter une seconde, beaucoup plus petite et d’une autre marque, qu’on fabriquait il y a sans doute plus de cinquante ans et qui était, je crois, souvent conduite par des bonnes sœurs. Il fallait aller chercher cette deuxième voiture à l’autre bout de la France. Or Alexis n’ayant pas le permis de conduire, tout passionné qu’il est de mécanique et d’automobile, on avait besoin d’un second conducteur pour ramener à Mont-de-Marsan la plus grosse des voitures, tandis que le premier serait au volant de la plus petite. Corydon était ce second chauffeur. J’ai remarqué qu’il était toujours partant pour conduire la voiture des autres ! Mais sachant qu’Alexis préférerait faire le voyage du retour avec Ménalque, Corydon voulait qu’un quatrième fût de la partie, pour ne pas se retrouver seul dans la grosse voiture au moment de faire le trajet dans le sens inverse. Je ne me sentais vraiment pas la force pour un tel voyage. J’ai l’impression de n’avoir pas eu une minute à moi ces derniers temps, à cause des travaux de la maison, qu’il me fallait organiser et surveiller, mais qui devraient justement être enfin terminés ce soir. J’aurais eu le temps d’accompagner Corydon, mais je préférais le passer à ne voir personne et me reposer. Paradoxalement, j’ai remarqué que mon besoin de solitude était devenu plus grand depuis que j’ai pris goût à la fréquentation d’un plus grand nombre de gens. Comme je n’étais pas disponible, Corydon s’est dit qu’il pourrait peut-être se faire accompagner de Camille. Il lui téléphone donc, pour lui demander s’il peut se libérer. Camille lui dit qu’il le peut, qu’il lui faut juste prévenir ses infirmières de ne pas venir inutilement chez lui le jour prévu pour le voyage. A ce moment, je le tiens de Camille et de Corydon, qui m’ont rapporté tous deux des versions concordantes de leur entretien, celui-ci a décidé qu’il serait sans doute plus sage de demander d’abord la permission au père de celui-là, un garçon qui a tout de même déjà vingt ans ! Et sans doute parce qu’il n’a pas confiance en la parole de Camille, Corydon, s’en rendant ainsi le complice à mes yeux, s’est chargé lui-même de téléphoner au père, dont il est vrai qu’il est un ami ou, si ce n’est un ami, du moins une relation sexuelle. C’est dire s’ils sont étroitement liés ! Les propos qu’a tenus le père sur le fils étaient si durs et si inquiétants que Corydon a renoncé de lui-même à demander la permission de se faire accompagner de Camille. Pire, il n’a pas voulu rapporter à ce dernier la teneur de la conversation qu’il avait eue avec son père, pour ne pas l’inquiéter, m’a-t-il dit ! Pourtant, ce méchant père avait confié à Corydon qu’il envisageait de chasser son fils de chez lui, si celui-ci ne changeait pas son comportement, qu’il jugeait fort mauvais. Le fait qu’un père qui aimerait cloîtrer chez lui son fils pense à l’en chasser prouve assez, me semble-t-il, que la situation est plus grave que Corydon veut bien le croire ! C’est pourquoi j’ai pris sur moi de dire à Camille ce que Corydon m’avait rapporté des intentions de son père, pour lui permettre, en s’amendant, de s’éviter de tomber dans une situation qui pourrait lui sembler plus pénible que celle où il est en ce moment. Car le confort d’une prison peut être parfois préférable aux misères de la liberté. J’ai pu dire tout cela de vive voix à Camille hier, dans l’après-midi, que nous avons passé ensemble. Il m’avait en effet écrit le matin, dans une lettre électronique, qu’il avait absolument besoin de me voir, pour me demander si je pouvais lui rendre un service de la plus grande importance. Comme je me lève rarement avant onze heures ou midi, il s’était un peu affolé de ne pas recevoir de réponse de ma part et avait envoyé plusieurs SMS, avant de se résoudre à me téléphoner et laisser un message très poignant sur mon répondeur, dans lequel il me disait, comme avait fait avant lui ce fourbe de Damis, que j’étais le seul à m’être montré si gentil avec lui, qu’il ne savait pas vers qui se tourner et qu’il n’avait que moi ! Sa sœur lui avait en effet emprunté sa voiture quelques jours plus tôt, mais l’avait laissée en panne à Saint-Paul-lès-Dax. La voiture était enfin réparée, mais personne ne voulait conduire Camille jusqu’à Dax pour la récupérer. Il avait donc besoin de moi pour aller retrouver sa voiture et recouvrer ainsi sa liberté déjà si précaire, disait-il dans son message. Heureux de m’être un peu fait désirer, j’ai fini par le retrouver vers deux heures sur MSN. « Mais bien sûr que je vais t’aider, Camille. – Merci beaucoup de ta part, me répondit-il. En plus, il faut que je te parle. » Ah ! Il fallait qu’il me parle… Cela m’inquiétait un peu, mais je me suis vite aperçu qu’il avait besoin de me parler de lui. Il en avait gros sur le cœur et me raconta donc ses misères, toujours de ce ton plein de joie qui lui est propre. Il ne s’entend pas du tout avec sa grand-mère ni sa sœur, qui est revenue s’installer chez eux depuis peu, avec son jeune fils de deux ans. Ces deux femmes auraient une grande influence sur le père, qu’elles pousseraient à être si dur avec Camille. Tous semblent passer leur temps à crier sur lui, à lui jouer de mauvais tour. Ils font tout pour lui être le plus désagréable possible. Sa sœur est même allée jusqu’à résilier leur abonnement à Internet, uniquement parce qu’elle trouvait que Camille passait trop de temps derrière l’écran de son ordinateur au lieu de s’occuper de son neveu, comme elle voudrait. Il était prévu que l’abonnement prenne fin hier soir, à minuit, et c’est en effet ce qui s’est passé, comme je m’en suis aperçu ce matin, en me réveillant (c’est-à-dire à midi), puisque Camille, qui n’éteint jamais son ordinateur, est d’habitude toujours connecté à MSN, même s’il est le plus souvent inactif, comme il est généralement indiqué à côté de son nom. Cette fois, Camille était hors-ligne. Avant de nous conduire à Dax, j’avais pu constater par moi-même qu’il n’inventait rien et qu’on ne lui rendait vraiment pas la vie facile. Il fallait en effet qu’il passe d’abord par sa banque, pour retirer l’argent nécessaire au paiement de la réparation de la voiture. A cette banque, on ne voulut bien lui donner que l’argent qu’il avait prévenu plut tôt qu’il lui fallait pour cette réparation, ni plus ni moins, comme s’il était un enfant, ou sous la tutelle de son père, qui était d’ailleurs peut-être celui qui avait téléphoné. Je lui ai demandé s’il était conscient qu’il n’était pas normal qu’à son âge, on ne le laisse pas disposer librement de son argent. Il m’a répondu que c’était ainsi dans les campagnes, où tout le monde se connaît, où chaque personne est un parent plus ou moins éloigné. Son banquier devait être un cousin de son père, dont il suivait les instructions ! Après s’être épanché (nous nous étions installés à la terrasse d’un café de Dax), Camille est rentré chez lui au volant de sa propre voiture. Il m’a téléphoné deux heures plus tard, pour me demander s’il pouvait venir me voir de nouveau, à Mont-de-Marsan cette fois, parce que l’accueil qu’on lui avait fait chez lui avait été si mauvais qu’il avait besoin de s’échapper, comme il me dit. Nous sommes d’abord allés à l’hôpital, dans le service de diabétologie, où Camille voulait demander à son médecin si l’état de son cœur et de son diabète permettait de mettre fin aux nombreuses visites des infirmières à son domicile (trois ou quatre fois par jour entre six heures du matin et huit ou neuf heures du soir), qui lui sont très pénibles et l’empêchent de vivre au rythme qu’il voudrait. Bien sûr, il était trop tard pour espérer trouver encore un docteur dans le service. Une infirmière a bien voulu l’écouter et jeter un œil aux relevés de sa glycémie, qui n’étaient pas complets, parce que Camille, qui ne tient pas en place, est souvent absent lors du passage des infirmières, dont l’une des missions est précisément de relever correctement ces données dont lui ne se soucie pas assez. J’ai donc compris, en écoutant sa conversation avec l’infirmière, que Camille n’était pas si cloîtré que cela ! Quant à l’état de son cœur, celle-ci ne pouvait rien dire. Il fallait que Camille revienne plus tôt le lendemain, pour prendre l’avis du docteur, une petite femme toute jolie, mais avec laquelle il est un peu en froid, parce que, lors du dernier passage de Camille dans le service, ai-je également appris en écoutant ce qui se disait devant moi, il avait été question de l’hospitaliser, probablement pour plusieurs semaines, et que Camille avait si mal pris cette nouvelle qu’il avait préféré signer une décharge pour ne pas avoir à rester plus longtemps dans les lieux. Evidemment, la doctoresse était furieuse. Nous sommes ensuite allés voir l’état de la maison, dont les travaux de peinture étaient presque terminés. Puis nous avons dîné ensemble. Il est reparti vers dix heures, un peu fatigué. Je l’ai revu cet après-midi. Il revenait de l’hôpital, où il avait vu ses médecins, la diabétologue et le cardiologue. Ce dernier ne savait pas vraiment s’il était guéri (guéri du cœur) et voulait donc arrêter le traitement, pour voir si la machine arriverait à fonctionner normalement sans cela. Hier soir, en s’apercevant qu’il ne pouvait plus se connecter à Internet, Camille, qui était furieux qu’elle ait effectivement résilié l’abonnement, a parlé un peu durement à sa sœur. Celle-ci l’a si mal pris qu’elle en est venue aux mains : le père a dû s’interposer entre eux pour les séparer ! Sa sœur avait eu le temps de mettre en pièce le t-shirt de Camille. Il m’a confié que s’il l’aime si peu, c’est parce qu’elle est aussi violence que leur mère, qui a tout de même tenté de le tuer quand il était adolescent. Tout le monde était d’accord, dans le service de diabétologie, où Camille est assez connu, pour dire qu’il ferait mieux de quitter sa famille, m’a-t-il rapporté tout à l’heure, dont l’influence sur son humeur est des plus mauvaises, ce qui n’est bon ni pour son cœur ni pour son diabète. « Elles sont marrantes, les infirmières ! Quitter ma famille ? Et pour aller où ? – Chez moi, si tu veux. Je suis là, si tu as besoin d’aide. – Oui, je sais que tu es là pour moi. » (Quand nous nous voyons, je m’arrange toujours pour lui dire que je suis là pour lui, en cas de besoin.) Il est reparti de chez moi vers sept heures, en retard pour la visite de l’infirmière. J’étais tout heureux d’avoir pu si bien effacer, en l’aidant hier, en l’écoutant aujourd’hui, la désastreuse impression que je pensais lui avoir faite en lui jouant l’autre jour ce mauvais tour. Il ne m’en tenait pas du tout rigueur. Au contraire, il était plutôt amusé, même s’il avait d’abord été furieux de ne trouver personne au faux rendez-vous du parking, auquel, d’ailleurs, il prétendait n’être pas allé, car il n’est pas à une contradiction près ! Pendant que je faisais ce récit, Camille à encore une fois sonné chez moi, à plus d’une heure du matin. Il était à la rue. Son père vient de le chasser de chez lui. Il a été obligé de prévenir la gendarmerie pour qu’on force sa famille à lui ouvrir la porte, le temps pour lui de prendre quelques affaires. Je l’ai installé dans le salon, où il est en train de dormir avec la chienne Pélagie.
02:40 Publié dans 2008, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Ménalque, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
11/10/2008
Samedi 11 octobre 2008
« Camille se défend des entreprises amoureuses d’un certain Olivier qui lui colle au cul », m’écrivait hier Pierre Driout. Je me demande d’où peut connaître de telles expressions un homme au fondement de qui ne doit pourtant pas adhérer grand monde ! J’essaie bien de me détacher de Camille, mais comment faire, quand tout le monde veut que je sois toujours avec lui ? Tout à l’heure encore, Corydon me téléphonait pour m’avertir qu’il l’avait surpris sur un site de rencontre, qui refusait coupablement de reconnaître qu’il était bien notre Camille ! De quoi donc Corydon se mêle-t-il ? A cause de lui, Camille va croire que je continue de l’espionner, alors même que j’ai fait l’effort de m’excuser hier de lui avoir joué ce mauvais tour, l’autre jour. Même si tout avait bien commencé entre nous, Camille aura désormais un mauvais souvenir de moi ! Le meilleur moyen de laisser un Camille en paix, c’est encore d’en trouver un autre, même si ce n’est que pour la nuit. J’ai fait mieux qu’en trouver, hier soir : j’en ai retrouvé un, que je pensais ne plus jamais revoir. C’était le garçon dont je parlais le 27 mai dernier, celui qui faisait l’amour comme si c’était la dernière fois pour lui. « Mais je m’avise maintenant, écrivais-je alors, que c’était bien la dernière fois : la première et la dernière fois avec moi. » Eh bien non. Il y eut une seconde fois ! Je connais maintenant le nom du garçon, pour l’avoir lu sur la sonnette de sa porte, ayant préféré cette fois aller moi chez lui, plutôt que lui chez moi. Donnons-lui le nom qu’il s’était inventé pour notre première rencontre : appelons-le Maxime, même si je doute qu’il y en ait une troisième, c’est-à-dire une nouvelle occasion de parler de lui dans ce journal. Je ne sais comment il a fait pour me verser un peu de sa semence dans l’œil. Ce serait tout de même amusant d’avoir attrapé le Sida par les yeux, cette autre paire de couilles, comme je crois que racontent les psychanalystes !
20:58 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal, Maxime, Pierre Driout | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
10/10/2008
Jeudi 9 octobre 2008
Je craignais tellement une trahison de Camille qu’il me semblait trouver des raisons de la soupçonner dans tous les propos qu’il me tenait. J’en étais arrivé au point que je désirais presque en avoir une preuve, pour me sortir enfin des sables mouvants du doute où je me sentais étouffer. Car je trouve plus doux de me noyer dans mes larmes que de connaître la suffocation de l’incertitude, ce rien qui devient tout, ce vide qui prend la place de tout l’air dans la poitrine. Je m’en suis donc allé à la recherche de cette preuve, avant-hier soir, en me rendant sur un site de rencontre que je savais fréquenté par Camille. Je l’y ai facilement retrouvé, malgré le changement de son pseudonyme. Je fus sûr qu’il s’agissait bien de lui quand il me donna son adresse électronique pour continuer notre conversation sur MSN. Je m’étais quant à moi créé une nouvelle adresse, une fausse identité pour l’occasion. J’appris ainsi que Camille cherchait un nouvel amoureux, qui le servît durablement. ‘‘Durablement’’, c’est le grand mot des Camille, qui ne veulent pas qu’on les prenne pour des marie-couche-toi-là ! Quand je lui ai demandé pour quelle raison il n’était plus avec son ancien ami, il m’a répondu qu’il ne savait pas pourquoi, comme il m’avait dit, quelques jours plus tôt, qu’il ne savait pas si c’était vraiment ce qu’il voulait, mais qu’il valait mieux nous séparer. J’ai cru que j’allais mourir en l’entendant me demander si j’avais des animaux. Je le reconnaissais tellement dans cette question ! Tout lui semblait contenir dans cette simple préoccupation. Les animaux tiennent une telle place dans sa jeune vie, une place bien plus grande que celle que j’occuperai jamais dans son cœur ! Avait-il donc déjà oublié la chienne Pélagie, témoin de nos amours, qui portait sa couleur, le soir de notre rencontre ? J’ai fait croire à Camille que je ne cherchais quant à moi que des relations d’une nuit, espérant ainsi l’effrayer et lui faire mettre un terme à notre conversation. Au contraire, il accepta de me rencontrer le soir même ! J’apprenais donc que son père lui avait rendu sa liberté, si vraiment il la lui a prise un jour, et qu’il préférait en jouir pour rencontrer des inconnus plutôt que moi ! Je lui ai ensuite donné rendez-vous sur un parking de Mont-de-Marsan où, bien sûr, je ne me suis pas rendu : je n’avais pas besoin de plus de preuves de la trahison de Camille. Je me suis contenté de lui écrire une lettre hier matin, dans laquelle je lui demandais si sa rencontre de la veille avec ce Tityre pour lequel je m’étais fait passer s’était déroulée aussi bien qu’il l’avait espéré. Sa réponse me surprit. Après m’avoir dit toute la colère qu’il avait contre moi, qui aurais dû savoir d’autant mieux ce que c’était que d’être abusé de la sorte, prétendait-il, que je lui avais moi-même raconté, lors de son séjour à l’hôpital, l’avoir été pareillement de Nicandre, Camille me jura qu’il était innocent, qu’il n’était pas allé au rendez-vous, qu’il m’avait d’ailleurs reconnu dès la veille dans ce Tityre inventé et qu’il avait voulu voir si je finirais par me démasquer. Il ne comprenait pas que je ne lui reprochais pas de m’avoir trompé, mais d’en avoir eu l’intention. Car il ne pouvait pas m’avoir déjà reconnu lorsqu’il confia à Tityre qu’il cherchait un amant pour l’aimer durablement. Or nous nous étions séparés, quelques jours plutôt, dans l’espoir de mieux nous retrouver ensuite ! Je n’en reviens toujours pas de trouver autant de fausseté dans le cœur d’un être aussi simple que Camille. C’est à désespérer du genre humain. D’un autre côté, je ne suis pas loin d’être attendri par les explications désespérées et désespérantes de ce pauvre grand enfant, qui ment comme mentent tous les enfants, c’est-à-dire comme il respire. Mais le plus terrible n’est pas là. Ce qui m’achève, c’est la pensée que ce chien de Trimalcion, cette créature atroce, cette hyène hideuse, basse du cul, à peine pourvue d’une queue, mais dont les oreilles toutes rondes entendent tout, se repaîtra de ma déconvenue. Lui qui n’aura jamais la chance de connaître autant qu’il voudrait les Camille et les Nicandre, il doit se contenter de regarder un Olivier les dévorer de ses baisers, pour pouvoir se jeter ensuite sur les miettes qu’il reste de lui quand il les a perdus. Il se contente fort bien de ce régime. Je le vois déjà repu.
01:03 Publié dans 2008, Camille, Journal, Nicandre, Pélagie, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
04/10/2008
Samedi 4 octobre 2008
Camille passait de nouveau la journée de jeudi à l’hôpital. Comme l’un de ses petits cochons était mort deux jours plus tôt et que son père voulait lui offrir un nouvel animal, selon ce qui est apparemment son habitude, pour faire en sorte que la journée d’hospitalisation de son fils se termine plus gaiement, Camille m’a téléphoné le soir pour me demander si je voulais l’accompagner à Parlebosq, dans le Gers, où il allait chercher la bête. Sa voiture était réparée et son père lui laissait quelques heures de liberté pour aller prendre possession du petit cochon chez l’éleveur. J’ai rejoint Camille sur un parking et nous sommes partis ensemble en direction du Gers. Il faisait nuit, il faisait froid, la pluie s’était mise à tomber plus tôt dans la journée et, dans une série de virages un peu serrés, perdant le contrôle du véhicule, Camille a failli nous tuer tous les deux. Nous nous réjouissions presque d’avoir été si près de mourir ensemble. « Mais il manquait Pélagie pour pouvoir vraiment mourir ensemble ! » Car pour Camille, être ensemble, c’était être avec ma chienne et moi. Pendant le trajet, Camille m’a parlé comme il pouvait de sa maladie, c’est-à-dire sans y comprendre grand-chose. Tous les jours, entre six heures du matin et neuf heures du soir, une infirmière vient trois ou quatre fois lui faire des piqûres. Ses médecins voudraient l’envoyer se faire soigner qui à Pau, qui à Bordeaux, mais lui ne veut pas. C’est son cœur qui est malade. Il doit passer ses journées à se reposer et dormir. Il a dit qu’il était très fatigué, ce qui me semble incroyable, tant était grande sa bonne humeur, son impatience à voir le nouveau petit cochon et l’énergie folle avec laquelle il s’agitait au volant de sa voiture. A Parlebosq, l’éleveur était un Hollandais dont on comprenait mal les paroles. Sa fille parlait à sa place. C’était déchirant de voir Camille s’attendrir sur le petit cochon qu’il tenait dans les bras pour la première fois, tout contre sa joue. C’était donc à cela qu’il passait ses journées, pensais-je, à aimer ses bêtes, à les éduquer, à tenter de les faire se reproduire, comme il en a le projet pour ses petits cochons. J’étais jaloux, jaloux de Camille, jaloux de ses animaux. Sur le chemin du retour, il a téléphoné à son père pour lui dire sa joie et le remercier du cadeau. Puis, entendant que son père n’était pas seul, et comprenant qu’il ne se trouvait pas chez eux, Camille s’est comme transformé en mari jaloux : il criait dans le téléphone, exigeant de savoir où était son père. « Tu es chez ton amant ? Tu es chez ton amant, c’est ça ? », hurlait-il, comme un fou. C’était affreux. Mes soupçons sur les relations coupables qu’ont peut-être le père et le fils en ont été ravivés. Mais je me suis forcé à garder ma bonne humeur, pour ne pas projeter plus d’ombre sur Camille. De retour sur le parking où je l’avais rejoint, nous avons pris des photos du petit cochon dans nos bras. Camille a décidé de l’appeler Arthur. Puis nous sommes retournés nous réchauffer à l’intérieur de la voiture. Je lui caressais les cheveux, la nuque, la joue, sa jeune barbe rousse, que je ne parvenais pas à voir dans l’obscurité de l’habitacle et que j’aime tellement. Finalement, la fatigue se faisait sentir à Camille. Nous nous tenions par les mains quand nous avons décidé de nous séparer. « Puisque je suis enfermé chez moi, puisque tu es malheureux de ne pas savoir si toutes mes pensées te sont consacrées, quittons-nous ici, ce soir, en attendant des jours meilleurs pour nous. – C’est vraiment ce que tu veux ? – Je ne sais pas ce que je veux. C’est mieux. – Mais si tu rencontres quelqu’un d’autre ? – Je ne sors pas de chez moi ! Où veux-tu que j’en rencontre un autre ? Et puis je ne suis pas quelqu’un de facile. Il se passera du temps avant que je rencontre la bonne personne. – Mais je croyais que c’était moi, le bon ? – Je n’ai pas dit que tu étais le mauvais ! – Embrassons-nous une dernière fois, alors… » Je ne comprends pas mes sentiments. Je ne suis pas moins malheureux, depuis que nous nous sommes quittés, mais je souffre moins. Et puis il nous reste l’espoir de jours meilleurs. En me rendant sur le parking, ce jour-là, pour rejoindre Camille, dans mon empressement, j’ai oublié d’emporter la peluche au ruban bleu. Lui sera-t-elle jamais offerte ? Adieu Camille. Adieu, jusqu’au revoir.
18:49 Publié dans 2008, Camille, Journal, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
30/09/2008
Mardi 30 septembre 2008
Enterrement, ce matin, de M. B***, un voisin de ma mère et surtout le père de Katia, une amie de jeunesse, l’amoureuse de Matio du temps qu’il ne pratiquait pas encore l’homosexualité. Aperçu la petite Céline D***, une autre amie de la même époque, qui est toujours aussi jolie. Il y avait une telle foule à cette cérémonie que nous n’avons pas pu tous entrer dans la salle du funérarium où étaient prononcés les différents éloges funèbres, qui ne parvenaient donc à nos oreilles que par bribes. C’étaient, déjà, les paroles des vivants qu’on n’entendait presque plus. Je ne m’attendais pas à être si surpris et ému de trouver à Katia, après tant d’années, une voix manifestement plus assurée, malgré les nombreux sanglots qui la faisaient trembler. C’était la voix d’une jeune femme. J’avais gardé le souvenir d’une grande enfant. Elle a conclu son discours par ce lieu commun qu’il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour-même. Ces paroles ont ravivé la douleur que j’ai de n’avoir pu donner à Camille le cadeau que je voulais lui faire le jour où je pensais pouvoir le retrouver à l’hôpital. J’avais demandé à Corydon quelle sorte de présent il pensait pouvoir faire plaisir à Camille. « Une peluche, m’avait-il répondu sans rire du tout, une peluche : c’est neutre, et ça fait toujours plaisir » ! Je m’étais vite rendu à cette évidence que Camille était en effet le genre de personne à se trouver heureuse de recevoir un tel cadeau. J’avais donc acheté un petit chien en peluche, noir comme Pélagie, au cou duquel j’avais noué du même ruban bleu que portait ma chienne le jour où Camille et moi nous étions vus pour la première fois, d’un bleu qui est devenu notre couleur, parce que c’était aussi celle que mon ami portait ce jour-là, et celle enfin, depuis toujours, de mes yeux pleins de son souvenir. La peluche est encore chez moi, dans les mains de personne. C’est une espèce de petit cadavre, un jardin d’Adonis d’un genre nouveau, inspiré par un amour qui n’est pas vraiment mort, mais qui ne renaîtra peut-être jamais. Camille me dit qu’il passe ses journées à dormir et se reposer, à cause de son mauvais cœur et de sa mélancolie. Je ne sais absolument pas quand nous pourrons nous revoir, lui et moi, sa maladie l’ayant apparemment fort affaibli et son père étant depuis le début contre notre liaison. C’est à la mort de Dominique Autié, je crois, que, par une espèce de sursaut vital, je m’étais mis à connaître plus de garçons, pour me distraire d’un chagrin plus grand que ce à quoi je m’étais attendu, pour vivre davantage, pour ne pas penser à la mort. Finalement, je la sens qui rôde autour de mon amour et je suis plus malheureux que je ne l’étais auparavant. Se peut-il que Camille se repose en vain, et que sa maladie, dont il n’est même pas fichu de me dire le nom, si elle en a, ou l’exacte gravité, s’il en est conscient, finisse par l’emporter malgré tout ? Un cancer a emporté M. B***, dont la fin fut, paraît-il, des plus pénibles. C’est le destin de l’homme de ne connaître jamais de repos, puisque l’épuisement le tue, puisque la maladie le laisse à bout de forces au seuil de la mort, qui ne peut être le dernier repos, puisqu’on ne sera plus là pour en jouir. Moi qui ne souffrais jusqu’alors de dormir avec personne, aujourd’hui je donnerais ma vie pour pouvoir reposer une nuit entière contre le grand corps pâle de mon petit Camille.
23:51 Publié dans 2008, Camille, Céline D***, Corydon, Dominique Autié, Journal, Katia B***, Matio, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
26/09/2008
Jeudi 25 septembre 2008
Finalement, Camille avait été rendu à sa famille avant que je n’aille le voir à l’hôpital, hier après-midi. Il me l’avait dit sur MSN, à mon lever, pour m’éviter de faire inutilement le trajet, mais, craignant qu’il ne m’ait encore menti, pour une de ses obscures raisons, qui m’échappent entièrement et me causent bien des tourments, je suis tout de même allé jusqu’à l’hôpital, demander à l’accueil qu’on m’indique le numéro de sa chambre, où je l’imaginais se morfondant dans une solitude peut-être imposée par son père. Comme son nom se trouvait encore dans le système informatique de l’hôpital, mais sans que fût indiqué de numéro de chambre, on m’a suggéré d’aller m’informer directement dans le service de diabétologie, où une infirmière m’a dit qu’il avait été ‘‘enregistré en hospitalisation de jour’’ et était reparti la veille. Il était prévu que Camille revienne ultérieurement, mais l’infirmière, s’avisant tout à coup que les informations qu’elle me donnait ne me regardaient probablement pas, ne m’a pas dit pour quand était prévu ce nouveau rendez-vous. A quelle heure avait-il bien pu repartir, la veille ? Il était fort tard, quand nous avions chatté ensemble et qu’il m’avait dit qu’il se trouvait encore à l’hôpital. Est-ce qu’une hospitalisation de jour peut durer jusqu’à onze heures du soir ? Etait-ce un autre mensonge ? Il m’a juré plus tard, au téléphone, m’avoir dit la vérité. Je ne sais si je puis le croire. Une part de moi voudrait m’assurer qu’il est trop bête pour défendre bien longtemps ses mensonges, une autre me rappelle ce que me disait un jour Esteban, que je regarde les gens de plus haut que je devrais, ou plutôt qu’une faiblesse de mes vues me les fait croire plus bas qu’il ne sont vraiment, et que cela me perdra. Ma peur d’être abandonné l’emporte enfin, qui me crie que Camille me ment, si peu capable qu’il en soit, et l’anomalie de cette gageure m’angoisse et me désespère un peu plus à chaque instant. A peine sorti de l’hôpital, sans faire aucune réflexion et sans savoir quel était mon dessein, comme le duc de Nemours apprenant qu’il était proche de Coulommiers, j’allai ‘‘« à toute bride »’’ du côté de D***, le village après Saint-Sever non loin duquel vit Camille. Mon intention n’était pas d’aller le trouver et j’ignore d’ailleurs où sont exactement, dans cette campagne qui me parut si belle, les terres dont son père lui veut faire une prison. Mais j’eus la douce impression d’être un peu plus sous le même ciel que Camille, comme j’avais eu plus tôt l’espoir, à l’hôpital, de me trouver dans le même endroit que lui. Et je me suis senti rassuré, et presque apaisé, de savoir qu’il avait pour agrémenter ses promenades à cheval, qui sont sa seule occupation, une lumière encore si chaude, et ce paysage certes peu vaste, et même un peu étroit, mais presque varié, de collines, de champs et de bosquets. J’ai compris que je ne devais pas lui manquer autant que je voudrais, même si j’ai réussi à lui en faire faire l’aveu, tout à l’heure, au téléphone, car il a de quoi s’emplir les yeux d’autre chose que moi, de plus simple que moi, de plus beau, de moins prétentieux et de plus apaisant. Et puis il a ses bêtes pour m’oublier.
01:30 Publié dans 2008, Camille, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24/09/2008
Mardi 23 septembre 2008
Les dernières nouvelles de Camille ne sont pas très bonnes. Quand j’ai voulu lui téléphoner ce soir, j’ai eu la mauvaise surprise d’entendre Barthénoïde me répondre, qui m’a dit que Camille lui avait tout bonnement donné son téléphone portable, plus tôt dans la journée, avant de se rendre à l’hôpital, où il croyait n’avoir que quelques examens à subir, mais dont les résultats étaient si mauvais qu’on n’a pas voulu le laisser repartir. Barthénoïde a ajouté qu’elle était surprise de me voir m’inquiéter encore pour Camille, qui lui avait dit quelques jours plus tôt que nous n’étions plus ensemble, lui et moi ! J’étais atterré de l’apprendre dans de telles conditions, comme par accident, et surtout de la bouche de pareille créature, qui semble vraiment n’avoir aucun cœur, aucune âme, aucune conscience : elle était toute à la joie d’avoir enfin son propre téléphone, la pauvre méchante fille… Pourquoi donc Camille n’avait-il pas conservé son téléphone avec lui ? Répugnait-il tant à me voir l’appeler ? Son père lui avait-il ordonné de s’en défaire ? Et pourquoi donc Barthénoïde savait-elle avant moi que je n’étais plus l’amant de Camille ? Etait-ce un mensonge de celui-ci à celle-là ? Ou bien était-ce lâcheté de sa part ? Mon angoisse était à son comble quand j’ai vu mon Camille se connecter à MSN, tout à l’heure. Il m’a dit qu’il était à l’hôpital et qu’il m’écrivait avec son ordinateur portable. C’est de nouveau son cœur qui prend l’eau ! S’il a fait croire à Barthénoïde que nous n’étions plus ensemble, c’est parce qu’elle ne cessait de lui demander de la conduire à Mont-de-Marsan (car elle n’a pas de moyen de locomotion non plus) : comme il renâclait, elle pensait le décider en lui suggérant de venir chez moi pendant qu’elle vaquerait à ses occupations. Pour couper court, il lui a donc fait ce mensonge. Mais je croyais que la voiture de Camille était en panne ! N’était-ce pas une raison suffisante pour ne pas conduire Barthénoïde en ville ? Et si la voiture n’était pas en panne, la pensée de me voir était-elle donc si pénible à Camille ? Je sais qu’il me ment et me cache bien des choses, mais j’ignore sur quels points portent exactement ses mensonges et quelles en sont les vraies raisons. Est-ce qu’il ne sait pas comment me dire qu’il ne veut plus de l’amitié que j’ai pour lui ? Est-ce qu’il craint la jalousie et la colère de son père ? Corydon commence à croire lui aussi que, peut-être, père et fils ont entre eux des relations coupables. Il pense comme moi, qu’il est malsain qu’un fils doive accompagner son père à la rocade, ce baisodrome en plein air. Mais si cela était ce qu’il y a de moins malsain dans leurs rapports ? J’ai conscience d’être probablement complètement égaré par mes sentiments, et surtout par cette peur d’être abandonné qui, paraît-il, me caractérise. Peut-être ai-je trop d’imagination. Qui sait si, en confiant trop mes soupçons à Corydon, je ne suis pas à l’origine d’épouvantables rumeurs, dont je devrais avoir honte… Camille veut bien que je vienne le voir à l’hôpital, demain, s’il s’y trouve toujours. J’en suis donc réduit à espérer qu’il soit encore assez malade pour ne pas être rendu trop tôt à la liberté ! J’ai le sentiment qu’il me faut le voir physiquement pour faire la lumière sur tous ces mystères. Ou est-ce que j’ai besoin de boire encore à la source de mon délire ? Tout cela m’inquiète un peu. Je ne suis plus le maître de moi.
02:11 Publié dans 2008, Barthénoïde, Camille, Corydon, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22/09/2008
Dimanche 21 septembre 2008
On se croirait dans un roman ! Camille est bel et bien enfermé chez lui. Il a le droit de sortir, à condition de rester à l’intérieur de la ferme, m’a-t-il chuchoté tout à l’heure, car son père ne veut pas non plus qu’il abuse du téléphone ou d’Internet ! Un garçon de vingt ans est puni comme un enfant de quinze ! Je lui ai demandé s’il était conscient que la situation n’était pas tout à fait normale, mais il ne semble pas s’en rendre vraiment compte. J’ai d’abord cru que c’était parce qu’il avait honte que Camille m’avait fait promettre de ne rien raconter de tout cela à Corydon, notre ami commun, mais j’ai fini par comprendre que c’était plutôt par crainte que ce dernier ne rapporte à son père, dont il est un intime, les confidences qu’il m’avait faites, trahissant ainsi le secret de notre liaison, que le méchant homme croit terminée. Il y a quelque chose comme cela dans La Princesse de Clèves, que Nicolas Sarkozy etc. Don Esteban me demande si je suis certain que Camille me dit bien la vérité. Ma foi, non, je n’en suis pas sûr. Mais nous avons prévu de nous retrouver en secret, Camille et moi, mardi ou mercredi, vers les minuit, quand son père sera couché. Camille devra se rendre à l’entrée de la ferme, sur le bord de la route, où je passerai le prendre en voiture. Il habite en pleine campagne, quelque part après Saint-Sever. Il faudra que je le ramène avant que son père ne se réveille !
02:12 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Don Esteban, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19/09/2008
Vendredi 19 septembre 2008
J’étais très inquiet de n’avoir plus de nouvelles de Camille depuis hier soir. Je craignais que Nicandre, par jeu, n’ait réussi à se mettre entre nous, ou même l’abominable Trimalcion, qui doit avoir plus de qualités que je veux bien le croire pour être capable de jouer comme il fait les chefs de meute. Mais c’est encore pire que tout ce que je redoutais. Camille, que j’ai enfin retrouvé tout à l’heure sur MSN, m’a dit que son père n’était pas favorable à notre jeune histoire ! Il me trouve trop vieux pour son fils, l’hypocrite ! Car c’est un hypocrite ! Il est lui-même homosexuel et a déjà couché plusieurs fois avec Corydon, qui se trouve être plus jeune que lui de plus d’années que Camille l’est de moi ! Et si la situation était plus grave encore que je le crois ? Peut-être que Camille n’a pas osé m’avouer qu’il était l’amant de son père… Il y a de tels dégénérés dans les campagnes ! La mère de Camille le battait lorsqu’il était enfant et, quand il était adolescent, elle aurait tenté de le tuer : j’ai vu les marques du couteau sur les bras de mon ami. Ce serait depuis cette tentative que Camille souffrirait du diabète qui est, selon Corydon, une maladie causée parfois (mais je ne sais si c’est vrai) par une très violente émotion. Qui sait si le père, qui ne se cache plus que depuis tout récemment, n’assouvissait pas jusqu’alors ses besoins avec le fils ? Je me fais sûrement des idées, mais il est tout de même étrange que ce soit Camille qui ait si souvent à conduire son père à la rocade, comme on dit ici, c’est-à-dire en un lieu de débauche à ciel ouvert ! Comme si celui-ci ne pouvait pas s’y rendre seul ! Et pourquoi donc refuse-t-il de lui prêter sa voiture pour que Camille, qui a la sienne en panne, puisse venir me voir ? J’ai dit à ce dernier que je pouvais aller le chercher avec la mienne. Il m’a répondu qu’il en était bien conscient, mais sans me demander de le faire ! Est-il la proie, le prisonnier de son père ? Le craint-il tellement ? L’aime-t-il tant qu’il le préfère à moi ? Le fait que son père me le refuse me le rend encore plus désirable. L’amertume que nous éprouvons de ne pouvoir être ensemble en ce moment, Camille et moi, est d’une étrange douceur : elle est comme la promesse de retrouvailles plus délicieuses encore. Et j’aime cette idée, qui n’est probablement qu’un fantasme, d’être peut-être un refuge pour Camille.
22:34 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Journal, Nicandre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Jeudi 18 septembre 2008
Camille nous a rejoints chez moi, mardi soir, Corydon et moi, accompagné d’une certaine Barthénoïde (donnons-lui ce nom-là), une proche amie de lui, la fille la plus étrange, peut-être la plus détestable, qu’il m’ait été donné de rencontrer. Barthénoïde est dépressive depuis le collège. Ses bras sont recouverts des cicatrices qu’elle s’est faites. Cette pauvre fille est si bonne à rien que même après plusieurs tentatives, elle n’a toujours pas réussi à se donner la mort ! Et je devine que je serai donc obligé de la subir toutes les fois que Camille, qui recueille tous les oiseaux tombés du nid et l’a donc prise sous son aile, décidera d’en être accompagné. C’est à peine si elle a plus de présence qu’un moineau. Corydon la trouve jolie. Quant à moi, je ne suis pas sûr que je la reconnaîtrais dans la rue ! Elle est bête et mal élevée. Elle m’a dit hier, car j’ai dû la subir hier aussi, que j’étais beaucoup moins beau avec mes lunettes que sans. En regardant sans les voir les livres qu’il y avait autour d’elle, comme elle constatait qu’il n’y avait pas de télévision chez moi, elle m’a demandé si je ne m’ennuyais pas sans cela ! Hier, après m’en avoir demandé la permission, d’une voix dont la puérilité met franchement mal à l’aise, elle a passé le plus clair de son temps à chatter avec des hommes de plus de cinquante ans qui se font passer pour des mignons de l’âge de mon Camille et lui envoient des photos censées être d’eux et qu’elle n’est pas même capable de reconnaître comme ayant été probablement téléchargées sur des sites pornographiques. Quelle pitié ! C’est bien simple : Barthénoïde est si insignifiante que si, par miracle, elle réussissait enfin à se supprimer, je ne suis pas sûr qu’il y aurait quelqu’un pour s’apercevoir de sa disparition ! Sans Camille, elle n’existerait pas ! Barthénoïde, Corydon, Camille et moi, nous sommes allés, mardi soir, dans un bar où devait se trouver Trimalcion, qui voulait enfin rencontrer physiquement mon ami, à qui il avait donc donné rendez-vous, dans l’espoir de pouvoir le connaître ensuite plus bibliquement. L’idée plaisait à Camille de se montrer à ce lubrique orné de ma désagréable présence et des suçons que je lui avais laissés dans le cou pour faire voir à l’autre qu’il était bien à moi. C’était amusant de voir ce pauvre Trimalcion danser avec mon Camille : on aurait dit un caniche se frottant à la jambe de sa maîtresse ! J’ai cru que j’allais avoir un orgasme lorsque Trimalcion, un peu perdu, est venu me demander si ça ne me dérangeait pas de voir mon ami danser avec d’autres que moi, ou même de savoir qu’il avait regardé l’autre soir le grotesque spectacle de sa nudité gigotant derrière la caméra numérique. Je lui ai répondu que je ne le considérais pas comme un bien grand danger pour moi. J’ai revu une partie de la clique qui accompagne toujours notre Trimalcion, comme cette Mélanire, qui profitait de ce que son amant, un étranger, musulman et néanmoins joli garçon, était parti faire son ramadan au Maroc pour faire une autre sorte de ramadan de son côté : elle voulait aller au ramdam (ce n’est pas moi qui l’en blâmerai) mais peinait quelque peu à trouver son bonheur, la pauvre, entourée qu’elle était de tous ces pédés ! Il y avait aussi Féliciane, une lesbienne, qui passe pour être belle et qui n’est pas laide, en effet. Et d’autres personnes encore, que je ne connaissais pas et dont j’ai oublié les noms. Inutile, donc, de leur en trouver de nouveaux. Je ne sais pourquoi, peut-être est-ce parce que j’étais mieux disposé que la dernière fois que j’avais rencontré ces gens, mais j’ai trouvé tout ce petit monde très agréable, même Trimalcion, qui est plus à plaindre qu’à détester. Camille n’est pas resté dormir avec moi, cette nuit-là. Il avait à faire dans la ferme (cela se dit-il encore ?), disons dans ou sur l’exploitation de son père, très tôt le lendemain. Il m’a raconté hier soir qu’une fois de retour dans sa chambre, il s’était connecté à MSN, où l’attendait Trimalcion, qu’avait rejoint chez lui le beau Nicandre, lequel aurait demandé de mes nouvelles… La terreur s’est alors abattue sur moi. S’il est vrai que je n’ai rien à craindre d’un Trimalcion, qui n’est jamais qu’un bouffon de plus, je ne puis en dire autant de Nicandre, cet ange odieux et manipulateur. Qu’a-t-il bien pu dire sur moi ? Camille m’assure qu’il n’a fait que s’enquérir, mais comment en être sûr ? Depuis que le nom de Nicandre est passé par sa bouche, j’ai acquis la certitude que je ne saurai pas retenir Camille bien longtemps. Il y aura toujours cette ombre sur nous, l’ombre d’un Nicandre, qui sera plus jeune, plus gai, moins inquiet, moins dur, moins méchant que moi, ou disons : plus plaisamment mauvais.
00:21 Publié dans 2008, Barthénoïde, Camille, Corydon, Féliciane, Journal, Mélanire, Nicandre, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15/09/2008
Dimanche 14 septembre 2008
Camille m’a rapporté que le grand C était allé le retrouver dans la salle de bain, hier soir, chez ma sœur… Il voulait lui faire admirer ses muscles abdominaux et pectoraux, et les comparer à ceux de mon ami, qu’il est allé jusqu’à toucher ! Puis il a fait cette confidence à Camille que si ma sœur était avec lui, c’était uniquement parce qu’il avait une grosse bite ! Pendant que ma sœur était en train de s’occuper de ses invités, Cyrille a donc réussi à tripoter mon Camille, à lui faire voir une partie de sa nudité et à lui parler de la taille de sa bite… Il est tout de même inquiétant qu’il me faille protéger mes mignons même des amants de ma sœur ! Je ne sais si je suis amoureux de Camille, mais je me suis aperçu que j’arrivais à dormir avec lui, au grand dam de la chienne Pélagie, dont il occupe au lit la place qu’elle avait pris l’habitude de prendre, à mon insu, une fois que je suis endormi. J’ignore si c’est parce qu’il est roux ou diabétique, mais je trouve parfois qu’il pue. Or je m’accommode aussi bien de son odeur que de sa présence dans mon lit. C’est lui qui s’est occupé de préparer le dîner ce soir, pour Corydon, notre invité, et moi. Il avait apporté des produits de la ferme de son père : des escalopes de foie gras, du magret de canard, des pâtes assaisonnées d’une excellente sauce de sa grand-mère, le tout précédé de tartines de fromage de Brie légèrement fondu. Pour finir, ma mère, qui s’est retrouvée seule pour le repas dominical, ma sœur ayant eu elle aussi d’autres obligations, m’avait donné de sa salade de pêches à la menthe, un dessert sans doute beaucoup trop sucré pour Camille, à cause du sirop de canne dont cette salade est accommodée, mais dont il ne s’est pas privé non plus. Je lui ai demandé un peu plus tard de se faire un dextro, pour voir quel était le retentissement d’un tel repas sur sa glycémie : 3,34 gramme, ce qui, je crois, n’est pas un bon résultat du tout. Une espèce d’angoisse s’est emparée de moi. Je ne sais si je suis amoureux de Camille, mais je me fais du souci pour lui, sa mauvaise santé m’inquiète. Je ne puis m’empêcher d’associer tous ses défauts à sa maladie. Est-ce à cause du diabète qu’il a de mauvaises dents et qu’il pue ? Est-ce à cause du diabète qu’il a toujours si chaud et qu’il transpire tellement ? Est-ce à cause du diabète qu’il a tous ces boutons sur la figure ? Est-ce à cause du diabète que ses petites plaies semblent ne jamais devoir guérir ? Est-ce à cause du diabète que les ongles de ses mains sont comme recouverts d’un vernis qui aurait sauté par endroits ? Est-ce à cause du diabète que les ongles de ses pieds… Mon Dieu ! Les ongles de ses pieds ! Est-ce à cause du diabète qu’il peine à jouir ? Etait-ce à cause du diabète qu’il était tout desséché, la nuit de notre première rencontre, et que j’avais l’impression d’embrasser un cendrier, avec les mégots et la cendre ? Deviendra-t-il laid ? Mourra-t-il jeune ? A-t-il peur ? Est-il inquiet ? Corydon et lui sont restés longtemps à surfer sur Internet et j’essayais de photographier les mains de Camille.
02:43 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Cyrille, Journal, Ma mère, Ma soeur, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13/09/2008
Vendredi 12 septembre 2008
Je devrais avoir honte d’éprouver de tels sentiments, mais je suis un peu triste de savoir Camille sorti de l’hôpital. Je m’étais habitué à lui rendre visite là-bas pour passer auprès de lui l’après-midi. Finalement, rien ne vaut l’hospitalisation d’un garçon pour apprendre à le connaître. Il m’a manqué de ne pas le voir de la journée. J’ai décidé de venir accompagné de lui, demain, chez ma sœur, à l’anniversaire du grand C. Après tout, puisque ma sœur ne s’en prive pas, j’ai bien le droit, moi aussi, de faire subir au reste de la famille mon propre grand con. Mon amie Myriam, qui a lu ce journal, me demandait cette nuit, lors d’un échange de SMS, si j’étais amoureux de Camille. Apparemment, ce que j’en écrivais mercredi pouvait le laisser croire. Si je suis amoureux ? Je ne sais. Mais j’avais oublié de dire que la bêtise de mon Camille est proprement abyssale. Il a vingt ans, mais c’est comme s’il en avait quinze. Et comme il est pédé, c’est encore pire que tout ce qu’on pourrait craindre. Seulement, il est d’une bêtise joyeuse, légère, il est, en quelque sorte, d’une lourdeur pleine de grâce. Est-il possible d’aimer de bêtes personnes ? Peut-être que oui. Après tout, il doit bien y avoir quinze ans que mon père vit avec son amie : c’est la seule femme qu’il ait gardée si longtemps (ma mère étant la seule qu’il ait épousée) ! Camille et moi, nous avons souvent du mal à nous comprendre. Son élocution est des plus sommaires. C’est un vrai petit paysan ! Il faut dire que son père gave des canards et élève des poulets… Camille a quelques expressions charmantes. L’autre jour, par exemple, comme nous nous trouvions un peu à l’écart, dans l’espèce de parc de l’hôpital, mais parc est un bien trop grand mot, disons plutôt que nous étions sur un petit bout de pelouse, difficilement cachés par de rares buissons, regardant je ne sais plus quel détail du côté de la grande porte d’entrée, il a dit ces mots : « De là étant, on croirait que etc. ». Mais il peut dire aussi des choses épouvantables et qui me font beaucoup rire. Une fois, en me décrivant son déjeuner, il a dit qu’il avait mangé des côtes de porcque ! Et avec des zharicots verts ! D’ailleurs, il faut le voir manger ! Il est aussi vorace que Sappho, la chienne de ma mère ! Il se jette littéralement sur les plateaux qu’on lui sert, renversant souvent une partie du potage, qu’il aime beaucoup, m’a-t-il confié : « Ça n’a pas l’air bon du tout, mais c’est délicieux ! ». Quand j’ai fini de rire, je pose ma main sur sa nuque, et comme ferait un père, j’essaie de le reprendre, de le corriger. Evidemment, il ne retient rien de mes leçons. Camille est un grand enfant. Et j’ai l’impression que c’est le mien. Il a la passion des animaux. Son père, pour fêter sa sortie de l’hôpital, vient de lui offrir un quatrième chien. Il a des poissons rouges, des tortues, des cochons nains et des chevaux. Les regards qu’il porte sur moi ressemblent beaucoup à ceux de ma chienne Pélagie, particulièrement son regard en biais, lorsque, comme la chienne, il se demande ce que je pense, si je vais bouger ou dire quelque chose. Et cet autre regard aussi, un regard fixe, patient, qui a le temps, un regard pour rien, pour le seul plaisir de me regarder, comme j’en trouve parfois à Pélagie, quand je me réveille et que je me demande depuis combien de temps elle était en train de me regarder ainsi, sans bouger, tout simplement contente de m’avoir à regarder. Hier après-midi, trop occupé que j’étais à être avec Camille, je n’avais pas entendu le petit bruit que fait mon téléphone portable pour signaler l’arrivée d’un nouvel SMS. C’était Damis, ce fou, qui m’écrivait qu’il avait envie de sexe à trois ! Camille et moi nous sommes amusés à lui répondre le soir, pendant le dîner. Nous lui avons fait croire que j’avais justement trouvé un troisième, et j’ai donné juste assez de renseignements sur ce troisième pour que Damis reconnaisse en lui Camille, qui est son ancien voisin. Quand, après un échange de plusieurs SMS, Damis fut tout à fait décidé à partager Camille avec moi, je lui ai répondu que ce dernier n’avait d’abord pas compris que le garçon à qui j’écrivais était son ancien voisin et qu’il n’était désormais plus d’accord pour une partie à trois avec lui, parce qu’il le trouvait un peu trop rembourré à son goût. C’était le mot de Camille, comme d’ailleurs était de lui l’idée de jouer ce petit tour à Damis, qui a dû être d’autant plus frustré de ne pas trouver son bonheur qu’il s’était probablement cru sur le point de le faire ! Adorable Camille : il est bête et méchant ! Mais d’une méchanceté légitime, car il estimait que Damis méritait d’être puni de m’avoir pris pour son chauffeur et son banquier.
02:23 Publié dans 2008, Camille, Cyrille, Damis, Journal, Ma soeur, Mon père, Myriam, Pélagie, Sappho | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11/09/2008
Mercredi 10 septembre 2008
J’ai pris tant de retard dans le récit des derniers événements de ma vie que la relation que je veux en faire risque fort d’être incomplète, l’oubli s’étant déjà emparé de ma tête de linotte. Il y a quelques jours que Damis m’a envoyé plusieurs SMS, dont le premier était bien loin d’augurer du dernier ! « J’ai un service à te demander, avait-il commencé par m’écrire. Mais ne te sens surtout pas obligé de me le rendre. Si tu ne veux pas, je ne t’en voudrai pas. » Il voulait que je lui fasse un chèque de caution, pour pouvoir emprunter une voiture, en attendant que la sienne soit réparée, laquelle ne le sera finalement jamais, ai-je appris par la suite, pour être bien trop abîmée : il lui faudra en acheter une autre. Comme j’hésitais à lui rendre ce service, « tu es mon seul véritable ami », m’écrivait-il, « blablabla, blablabla… », pensant sans doute que de telles paroles feraient pencher la balance du côté qu’il voulait. Elles m’aidèrent au contraire à ne pas avoir trop mauvaise conscience de la voir pencher de l’autre ! Me prend-il donc pour un tel crétin ? J’ai vraiment bien fait de ne pas lui rendre ce service que je répugnais à seulement envisager tant la pensée de perdre de l’argent en cas de nouvel accident de voiture m’était douloureuse, car son dernier SMS fut odieux : il osait dire qu’il avait eu des ‘‘sentiments forts’’ pour moi (le con !), qu’il le regrettait beaucoup et ne voulait plus jamais me revoir ! Evidemment, deux jours plus tard, il me téléphonait de nouveau, parce qu’il avait besoin que quelqu’un le conduise de son travail à l’autre bout de la ville, où son cousin lui avait donné rendez-vous pour le ramener chez lui. Si je suis sûr d’une chose, c’est que Damis a toujours eu des sentiments forts pour ma voiture ! Grand seigneur, je me suis empressé de lui rendre ce service-là, pour regarder le fourbe dans les yeux ! Sans doute avais-je sur mon misérable compte en banque de quoi courir le risque insensé de perdre de l’argent par la faute et pour le bénéfice d’un autre, mais je m’efforce de gérer mes affaires en bon père de famille et de ne dépenser dans le mois jamais plus que ce que j’ai gagné. Ayant de très petits revenus, je suis donc obligé d’être pingre. Et puis le proverbe est bien vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Mais j’ai un cœur, moi aussi, et la proposition que je lui avais faite de le loger chez moi, pour le rapprocher du lieu de son travail, tient toujours… J’avais oublié de dire que j’ai enfin les clefs de ma nouvelle maison, que je n’habiterai sans doute pas avant la fin du mois. Le serrurier (nous eûmes besoin de ses services) était charmant, avec son léger strabisme convergent. Il fallait le voir s’affairer, s’agenouiller, s’accroupir devant moi ! Et pendant que je le regardais faire, depuis le trottoir, devant ma nouvelle demeure, j’ai pu apercevoir le fils des voisins qui rentrait du lycée. Je l’ai revu quelques jours plus tard, en faisant visiter les lieux à Corydon : il était devant chez lui et parlait avec un camarade de classe. Tout cela était charmant. Ce brave Corydon a joué les entremetteurs avec cet autre garçon sur lequel j’avais des vues, dont je parlais l’autre jour. Appelons-le Camille. Samedi soir, Corydon, qui était venu me rendre visite, voulut se connecter à MSN, où se trouvait déjà Camille. Corydon lui demanda d’allumer sa caméra. Nous eûmes rapidement droit à un strip-tease intégral du garçon peu farouche. « Je crois qu’il a envie de tirer son coup, me dit Corydon, c’est le moment de vous présenter l’un à l’autre ! ». Nous l’invitâmes donc à venir boire le thé. Plus tard, Corydon ayant discrètement consulté Camille (pendant que je m’affairais dans la cuisine) m’envoya un SMS pour me confirmer que je pouvais y aller, que c’était dans la poche. Il finit par nous laisser seuls, Camille et moi, et nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Je lui fis tant d’effet qu’il en tomba malade ! Dès le lendemain, il était hospitalisé : sa glycémie était sens dessus dessous (il est diabétique). Et son cœur lui jouait des tours : on lui a trouvé un souffle en l’auscultant. Il y aurait du liquide, si j’ai bien compris, sous le péricarde. « Te voilà bien, si ton cœur prend l’eau ! » Depuis, je vais le voir tous les jours à l’hôpital. Il se trouve dans l’ancien service de ma mère, où travaille encore l’une de ses copines lesbiennes. Je reste affalé pendant des heures contre lui dans son lit à écouter battre son cœur, à le regarder se faire engueuler par l’infirmière parce qu’il n’a pas changé le code de son appareil à dextro, faussant ainsi tous les derniers relevés de sa glycémie, à l’entendre répondre mal à cette dernière, comme un adolescent ferait avec sa mère. Nous parlons de nos connaissances communes. Bien sûr, il connaît Alexis. Evidemment, il a vu les photos de la nudité d’Alexandre, qui ont fait le tour de la ville. Il connaît Damis, qui est son ancien voisin. Il a même chatté récemment avec l’horrible Trimalcion, qui se trémoussait nu devant sa caméra, et qui aurait une petite bite, selon les dires de Camille, ce qui ne m’étonne pas du tout. Nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus, parce qu’il partage sa chambre avec un pauvre vieux à qui l’on a coupé les doigts de pied. Mais je peux caresser son ventre, qu’il a si plat qu’on le croirait presque creux, tant il est maigre ! Et je ne me lasse pas de regarder ses tétons, qui sont à peine rosés, presque blancs. J’ai oublié de dire que Camille était roux. Il est recouvert de taches de rousseur et ses poils font comme des flammes autour de sa bite. Il est perfusé dans le bras, et je ne suis pas loin de m’évanouir à chaque fois que je touche ou vois sans le faire exprès le petit tuyau qui lui entre dans la veine ! J’ai la tête qui tourne en l’écrivant. Nous ne nous sommes rencontrés que samedi, mais nous avons déjà l’impression de nous connaître depuis des mois. Hier, en rentrant d’Oloron, où j’étais allé gagner quelque argent d’une façon que, je crois, la morale réprouve, cette bonne femme, et peut-être aussi sa commère la police, je n’avais de pensée que pour lui, j’avais le cœur léger, je me sentais comme ces hommes laborieux, heureux de retrouver leur femme et leurs enfants après une dure journée de travail ! Ma journée de travail à moi, qui n’avait pas duré deux heures, avait été fort douce, j’avais de l’argent dans ma poche, et pour me remettre de si peu de peine, il y avait Camille, qui m’attendait impatiemment sur son lit d’hôpital. J’étais le plus heureux des hommes. Cet après-midi, vers les quatre heures, comme je voulais m’en retourner chez ma mère, pour profiter un peu de la piscine et des derniers jours de beau temps, Camille m’a invité à le rejoindre pour le dîner. A mon retour dans sa chambre, j’eus la surprise de trouver mon repas déjà servi : il était descendu l’acheter dans la cafétéria de l’hôpital avant mon arrivée. Il y avait de quoi manger pour trois hommes ! « Mais je ne pourrai jamais avaler tout ça ! – Ce n’est pas grave, il en restera pour demain. » Cette charmante attention m’a beaucoup touché. Je crois pouvoir dire que ce fut l’un des meilleurs repas de ma vie. C’est Pierre Driout qui va rire. Il me demandait l’autre jour si, après les boulangers et garagistes, j’envisageais d’aller jusqu’aux antiquaires et brocanteurs. J’ai bien peur que mes amours ne volent toujours aussi bas, puisque Camille est boucher, charcutier, traiteur de profession ! Comme je me moquais de lui, si maigre, si frêle d’apparence, qui proposait de m’aider lors de mon prochain déménagement, dont je n’ai toujours pas commencé la préparation, il m’a dit que les énormes pièces de bœuf qu’il avait l’habitude de soulever pesaient plus lourd que moi !
02:45 Publié dans 2008, Alexandre, Alexis, Camille, Corydon, Damis, Journal, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04/09/2008
Musulmanisme ou musulmanie ?
« Puisqu’il n’est plus permis de faire de l’islam une religion en isme, comme les autres (christianisme, judaïsme, etc.), étant entendu que l’islamisme n’a rien de commun avec l’islam (si ce n’est à peu près tout ce qui fait l’islam, puisqu’il en est une interprétation radicale ou intégriste, c’est-à-dire fidèle et littérale), je propose d’utiliser ce néologisme de mon invention… »
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19:30 Publié dans 2008, Hévrèse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02/09/2008
Mardi 2 septembre 2008
Hier, vers midi, visite impromptue de Damis, qui m’a surpris en train de prendre le petit déjeuner (car je ne serai sans doute jamais de cette France qui, paraît-il, se lève tôt). Il avait du temps à tuer en attendant l’ouverture de sa banque, dans laquelle il voulait déposer l’argent de la prime pour l’emploi à laquelle il a eu droit cette année, afin d’avoir sur son compte de quoi établir un chèque de caution pour emprunter une voiture au garage où il a laissé la sienne à réparer (si du moins elle est réparable, ce dont il n’est pas encore sûr). « Qu’est-ce que tu as encore fait avec cette voiture ? – J’ai écrasé un blaireau. – Mais c’est affreux ! C’est mignon comme tout, les blaireaux ! Et il est mort ? – J’aurais pu me tuer, moi aussi. – Oui, enfin ce n’est pas comme si tu étais rentré dans un sanglier ou dans un chevreuil ! Si tu habitais en ville, ça n’arriverait pas. Il n’y a pas de blaireaux, dans les rues de la ville. Tu serais bien le seul ! » J’ai cru que Damis allait me demander de le reconduire chez lui ou de lui rendre quelque autre service du même ordre. Je l’en ai vite dissuadé, en lui reparlant de l’argent qu’il me devait et qu’il ne m’a toujours pas remboursé. Il m’a dit qu’il le ferait peut-être à la fin de la semaine. « Tout ce que je peux faire pour toi, c’est t’héberger chez moi, si tu ne trouves pas de moyen de locomotion. Tu n’auras qu’à aller à ton travail à pied, ce soir. – Mais non, je ne travaille pas ce soir ni demain. Il faut que je rentre chez moi. – Alors il ne te reste plus qu’à espérer que la banque soit ouverte », ce qui est loin d’être assuré, un lundi à Mont-de-Marsan, où tout est fermé ! En entendant mon ivrogne de voisin descendre les escaliers, je me suis précipité vers le judas, comme à mon habitude, pour voir dans quel état il s’était mis, ‘‘de si bon matin’’ (et sans doute un peu pour l’admirer aussi, car il est bien beau, tout alcoolique qu’il soit ! Et il s’appelle Tristan, vraiment Tristan : ce n’est pas un nom que je viens de lui inventer pour ce journal…). Mais lesté du corps de Damis qui, sans doute émoustillé par ma tenue si légère qu’elle n’était pas loin d’être celle d’Adam, m’avait suivi et s’était agrippé à moi pour mimer le geste de m’enculer, je me suis fort peu discrètement écrasé contre la porte, sur laquelle le faux enculeur me faisait rebondir, en produisant les sons caractéristiques du coït, ce qui a eu l’air d’amuser mon voisin, que le judas m’a montré souriant, avec l’air de penser quelque chose comme : « Eh bien, mon salaud, tu ne t’emmerdes pas ! ». J’étais furieux et suffocant sous le poids de Damis, qui n’est décidément pas léger ! Tout à l’heure, sur MSN, Corydon m’a envoyé un message pour me donner, de sa part, la nouvelle adresse électronique de Damis. Je l’avais fort contrarié, hier, en lui faisant l’aveu que j’avais découvert le mot de passe de son ancienne adresse. Sa grande crainte n’était pas vraiment que je lise son courrier, mais plutôt que je séduise les quelques garçons parmi ses ‘‘contacts’’ qu’il voudrait mettre dans son lit ! Il craint que je ne recommence avec eux ce que j’avais fait avec Alcide, un soir d’ivresse. Mais pour qui me prend-il donc ? Il est vrai que certains desdits ‘‘contacts’’ sont plus que consommables. J’ai été amusé de voir que Damis était abonné à une espèce de site qui publie des recettes de cuisine. Il ne pense vraiment qu’à bouffer ! Je me demande parfois si Damis n’est pas un peu simplet… Comme il ne sait pas comment s’y prendre pour changer le mot de passe de son adresse hotmail, il s’en crée une nouvelle ! Et quelle idée, quand on joue au basket et que c’est une des premières choses qu’on m’a dites, de choisir le nom de ce sport comme mot de passe ! Cela dit, je n’ai aucune leçon à donner en matière d’informatique. Pendant très longtemps, je me suis servi d’une seule et même adresse pour toutes mes correspondances, si bien que le jour où je me suis retrouvé victime d’une attaque de spam, les destinataires des messages pirates pouvaient voir que, sur la liste d’envoi (qui n’était pas masquée), à côté d’adresses électroniques très dignes, comme par exemple renaud.camus@etc., s’en trouvaient de beaucoup plus exotiques, comme pipasse@etc. ou cularemplir@etc.
22:36 Publié dans 2008, Alcide, Corydon, Damis, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28/08/2008
Mercredi 27 août 2008
Cet après-midi, j’ai rendu visite à Fred, l’ancien actuel amoureux de ma sœur. Il m’a rapporté que lors de mon dernier passage dans sa boutique, l’un des plus beaux garçons qui la fréquentent, celui qui est coiffé ‘‘décoiffé’’ (mais ils le sont presque tous), ayant écouté notre conversation, dans laquelle il était question de mon petit boulanger, avait été fort surpris d’apprendre que j’étais homo. Comme si ça ne se voyait pas ! L’innocence (en un mot) de ces petits skateurs est telle que si, par bonheur, je réussissais à en coucher un nu dans mon lit, il croirait encore que c’est pour y dormir ! Fred m’a assuré que le garçon lui aurait dit ensuite qu’il me trouvait mignon (mignon… MIGNON !), s’empressant d’ajouter qu’il n’était pas lui-même homo pour autant. Ouais… Quant à moi, je ne puis m’empêcher de penser que s’il n’est peut-être pas homo pour autant, comme il tient à le préciser, il n’est pourtant sans doute pas uniquement skateur. Une autre passion lui couverait quelque part que ça ne m’étonnerait pas ! (Je me suis souvenu qu’un autre ancien amoureux de ma sœur avait eu à mon sujet une remarque du même ordre, mais je me suis abstenu d’en faire part à Fred, pour ne pas lui rappeler de mauvais souvenirs, car c’est à cause de leur amour commun pour Julie que les deux excellents amis avaient fini par couper tous les ponts entre eux, ce qui, bien sûr, avait valu à ma sœur une réputation de marie-salope et de briseuse de couples, de ces couples peut-être plus sacrés encore que sont ceux des meilleurs amis. Le temps a passé. Sa mauvaise réputation lui est restée, mais pas ses amants frères ennemis, puisque c’est aujourd’hui le grand con qu’il nous faut subir.) Parmi la jeunesse tribalisée de nos jours, le clan des skateurs est celui qui me plaît le plus, même s’il n’est sans doute pas le plus in-nocent qui soit, le skate étant tout de même un sport (si c’est bien le mot) quelque peu bruyant et qui a tendance à transformer la ville en un vaste terrain de jeu. Mais j’aime mieux qu’on la transforme en terrain de jeu plutôt qu’en champ de bataille et de rapines pour la ‘‘racaille’’, comme il ne faut pas la nommer, à moins d’en être, évidemment. J’aime les skateurs pour leur bon esprit et surtout pour le corps merveilleusement sec, dépourvu de toute graisse, que leur donne la pratique d’un jeu si sportif. Il est vrai que la ‘‘racaille’’ est souvent maigre elle aussi, mais l’on sent bien que c’est à cause de l’espèce de fièvre haineuse dont elle vibre et qui la dessèche et consume entièrement. C’est ainsi qu’elle brûle ses graisses. Il n’y a là rien de sain. Puisque j’en suis à parler de graisse, il me faut rapporter ici quelle fut ma surprise, l’autre jour, de voir qu’en cette époque où, puisque c’est presque un nouveau droit de l’homme, n’importe qui peut se dire français (même cette athlète chinoise dont je ne sais plus le nom, qui, parce qu’elle n’avait pas réussi à se classer parmi les meilleurs sportifs de son pays d’origine (j’ai oublié quel était le sport qu’elle pratiquait), en avait été réduite à se faire naturaliser française, pour avoir une chance de se qualifier pour participer aux Jeux olympiques, ce qui en dit tout de même long sur l’idée qu’elle se fait de la France (et de sa ‘‘grandeur’’), un pays à sa taille, en somme…), un traiteur fameux de Mont-de-Marsan avait eu l’idée, pour vanter son excellence dans la fabrication des foies gras et tourtières, de ce slogan somme toute assez peu dans l’air du temps, qui est à l’antiracisme, à ce que je crois savoir : « N’importe qui n’est pas landais ! ». Qu’on se le dise ! Et c’est d’ailleurs très vrai, car moi-même, par exemple, qui ne suis pourtant pas n’importe qui, j’ai le plus grand mal à me sentir vraiment landais, alors que j’en aurais bien le droit, puisque ma mère est une vraie vache landaise, comme elle le dit elle-même, dans ses moments de lucidité. Je serais d’autant plus en droit de me dire landais que je ne le suis pas entièrement, et qu’il faut venir au moins un peu d’ailleurs, de nos jours, pour avoir le droit de se dire de quelque part. Un Français qui ne serait que de France et qui aurait l’outrecuidance de se dire français s’entendra toujours répondre par quelqu’un : « Mais je suis aussi français que vous, moi, môssieur », ce qui, de fait, est une repartie typiquement française ! Mais il ne suffit pas d’être en partie d’ailleurs, comme c’est mon cas, par mon père, qui est un peu chinois et un peu vietnamien, pour pouvoir se dire de quelque part, de France, en l’occurrence, sans danger. Encore faut-il en avoir l’air, en être conscient, l’expérimenter, le ressentir ‘‘dans sa vie de tous les jours’’, et le revendiquer comme une chose dont on est fier. Si l’on a le malheur, comme moi, de ne pas avoir l’air d’un métis (mes yeux sont bleus et j’ai une grosse bite, c’est dire si je parais peu chinois !), et si l’on a ‘‘mes idées’’ (car les gens croient que j’ai des idées, alors que, pour avoir été élevé par des femmes, je n’ai que des humeurs !), dans ce cas, on n’a pas tout à fait le droit de se dire français, au sens nouveau du terme, parce qu’on est suspect de l’être au sens ancien ! L’antiraciste prête à la race unique (celle des métis) dont il rêve de voir et promeut l’avènement un certain type d’idées (les siennes) comme le raciste est persuadé que le nègre court vite. D’autres idées ne peuvent pas être celles d’un véritable métis, qui n’a pas tout à fait, comme on voit, la liberté de conscience ! C’est du racisme ! Qu’on ne s’y trompe donc pas, l’antiracisme n’est pas moins raciste que le racisme. Il l’est différemment. Et puisqu’il prétend faire du métissage l’avenir de l’homme, si j’osais, je dirais que l’antiracisme est un eugénisme, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi : cela peut donner d’excellents taureaux de combat comme d’adorables caniches ! Le phénomène est récent. Anecdote : Lorsque j’étais enfant, pendant un ‘‘voyage scolaire’’ à la montagne, un garçon avait vomi son petit déjeuner sur le pare-brise de l’autocar. Stupeur dans la classe : le petit déjeuner de notre camarade était essentiellement composé, comme nous pouvions le constater, de grains de riz ! Comment était-ce possible ? Est-ce que les enfants chinois ne prenaient pas de petit déjeuner, comme tout le monde ? Les malheureux n’avaient-ils donc dans l’estomac que leur dîner de la veille ? « Bien sûr que non, nous avait expliqué la maîtresse, mais les Chinois, pour le petit déjeuner, préfèrent les bols de riz à nos bols de café ou de lait, un peu comme vos grands-pères aiment mieux se nourrir le matin de vin rouge, d’œufs frits et de ventrèche. » Et notre malheureux camarade s’était alors écrié, provoquant l’hilarité générale : « Mais je ne suis pas chinois, Madame, je suis vietnamien ! » Mon camarade de classe ne serait pas plus chinois aujourd’hui : mais il se dirait sans doute plutôt français. Et bien sûr, il le serait, ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Mais convenons tout de même que son petit déjeuner, lui, ne serait pas plus français que landais !
02:12 Publié dans 2008, Damis, Fred, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23/08/2008
Samedi 23 août 2008
Je crois que je n’ai plus tellement de désir pour Damis. Il est venu me voir l’autre jour, directement de son travail, tout sale et puant. La farine, qui s’insinue partout dans ses vêtements, lui cause des irruptions de plaques rouges en de certains endroits du corps qu’on n’a plus très envie d’explorer. « Mon Dieu ! Mais c’est affreux ! On croirait que le cul te démange tellement qu’il y vient des croûtes ! » De son côté, Damis ne supporte plus très bien mes sarcasmes. C’est la fin. Et l’argent que je lui ai prêté ne m’a toujours pas été rendu ! J’ai des vues sur un autre garçon. Vingt ans, fin de corps (et d’esprit !), imberbe, et peut-être un peu court, selon Corydon, qui a fricoté quelquefois avec lui. Corydon connaît mieux le père du garçon, qui est pédé lui aussi. Père et fils vont parfois ensemble à la rocade ! (J’ai déjà dit ce qu’‘‘aller à la rocade’’ signifiait.) Le père pourrait donc surprendre le fils dans une position délicate, et vice versa. C’est tout de même un peu étrange. On peut également imaginer leurs deux queues passant sans le savoir par la même bouche ou le même cul. Corydon me dit avoir sucé les deux, mais pas le même jour. Encore heureux ! Est-ce que ce n’est pas une forme d’inceste, que le père et le fils connaissent la même femme ? Le même homme, c’est encore pire, à moins que ce ne soit moins grave, je n’en sais trop rien… Si l’inceste du père et du fils me dérange un peu (je parle bien d’inceste et non de viol), celui des frères me semble une chose charmante et comme allant de soi ! Deux frères couchant ensemble pratiquent sans doute l’homosexualité la plus pure qui soit.
23:50 Publié dans 2008, Camille, Corydon, Damis, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22/08/2008
Vendredi 22 août 2008
Ce n’est pas la première fois que j’entends dire à la télévision que le dalaï-lama aurait du charisme, comme on dit. (Mon professeur de grec voulait qu’on dise ‘‘carrure’’. Mais je m’avise que ‘‘charisme’’ n’est peut-être pas si déplacé quand il est appliqué à un chef religieux.) Toujours est-il que moi, dès que j’aperçois le dalaï-lama à la télévision, avec son étrange bonhommie, sa bizarre hilarité, je ne puis m’empêcher de me dire : « Tiens ! Un nouvel épisode de Toto au Tibet ! » C’est d’ailleurs idiot, puisque le dalaï-lama se montre partout, sauf au Tibet.
22:53 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Jeudi 21 août 2008
Rêve étrange cette nuit. Nous sommes, apparemment toute la famille, dans une maison pour les vacances. Nous est livrée, tenant encore sur ses pattes, mais entièrement cuite, une belle vache, dont les entrailles ouvertes et fumantes comme celles d’un poulet rôti contiennent plusieurs, peut-être six œufs un peu plus gros que ceux d’une autruche. L’un des œufs a la coquille cassée. En sort un chaton noir et blanc que nous prenons tous pour un veau. Grande joie d’avoir à caresser cet adorable petit veau.
02:52 Publié dans 2008, Journal, Rêves | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
13/08/2008
Mercredi 13 août 2008
Hier soir, acheté pour dîner un sandwich chez les arabes de la place du commissariat. Comme je faisais la queue, deux jeunes, complètement ivres, me sont passés devant sans vergogne. Le patron des lieux leur ayant demandé d’attendre leur tour, tout cela a failli se terminer en bagarre. En reculant pour éviter d’être bousculé par tout ce petit monde qui sortait dans la rue pour ne finalement pas s’y battre vraiment, c’est moi qui ai bousculé un très joli garçon, dans le parfum duquel je me suis retrouvé comme par enchantement. Plus tard, nouvelle visite de Corydon, qui croit que je m’entends très bien avec ma mère pour passer tant de mon temps chez elle ! J’ai dû lui expliquer qu’il n’en était rien et que, d’ailleurs, ma mère était une méchante femme qui ne m’avait jamais vraiment supporté. Si je vais si souvent chez elle, c’est uniquement pour profiter de la piscine et pour faire quelques économies d’argent sur les repas. « Mais enfin, il faut bien que ta mère soit gentille avec toi, puisqu’elle t’a offert l’appartement dans lequel tu vis en ce moment. – Oui, c’est ce qu’on croit toujours, qu’elle est bien brave et bien gentille, comme si tout cela n’était qu’une question d’argent. Suffit-il donc d’en donner pour passer pour quelqu’un de généreux ? En vérité, ma mère m’a donné cet argent par méchanceté ! Elle ne supportait plus de me voir, de me voir exister, chez elle, de me voir prendre le petit déjeuner à la même table qu’elle, de me voir me laver dans la même salle-de-bain qu’elle. Elle ne supportait plus de voir mon visage, d’entendre les intonations de ma voix, de sentir mon odeur. Elle ne m’a jamais pardonné mon rythme particulier, mon pouls. Me voir vivre lui était intolérable. » J’ai beau dire, je suis sûr qu’il y en a parmi mes lecteurs qui continueront de croire que ma mère est gentille, que c’est une brave femme ! Les hommes, mais ce n’en sont plus, disons plutôt les gens, sont de tels gagne-petit, de si petits-bourgeois, qu’ils croient que quelques dizaines de milliers d’euros sont un trésor et que c’est être d’une grande générosité que d’en faire don. Les cons ! Ma mère n’a rien donné. Elle s’est acheté une bonne conscience, et en me prostituant ! On me trouve généralement méchant de parler si mal de ma mère. C’est vrai. Je suis méchant. Mais ma mère est la personne au monde à qui je ressemble le plus ! Corydon et moi sommes allés faire un tour à la rocade. ‘‘Aller à la rocade’’, cela veut dire aller baiser sur une certaine aire de repos particulièrement fréquentée par les pédés renifleurs de culs dans les buissons. N’ayant pas ces mœurs de chiens errants, je ne vais à la rocade qu’escorté de Corydon, et uniquement pour vérifier que Damis, ce petit bâtard, n’est pas en train de s’y faire mettre par des inconnus. Il n’y était pas. Pourquoi ne me donne-t-il plus de nouvelles ?
23:21 Publié dans 2008, Corydon, Damis, Journal, Ma mère | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
11/08/2008
Dimanche 10 août 2008
J’ai dîné hier soir avec cet ami que je disais l’autre jour n’avoir pas été gâté par la nature. Appelons-le Corydon. Il aurait pu dire, comme celui de Virgile : nuper me in litore vidi. Car la nature, en vérité, n’a rien à voir avec la disgrâce de mon Corydon, qui n’était d’ailleurs pas loin d’être beau, il y a quelques années encore, comme j’ai pu le constater sur des photos qu’il m’a montrées. Mais il a pris beaucoup, énormément de poids depuis qu’il est dépressif (encore un !). Le pauvre a trop d’appétit depuis qu’il n’en a plus pour la vie. Corydon est le genre de personne qui connaît tout le monde, mais jamais bibliquement ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne baise pas, mais il le fait uniquement avec des inconnus, à quelques exceptions près, dont je suis. (Je commence à croire que je suis de toutes les exceptions ! Est-ce à dire que je suis exceptionnel ?) Corydon m’a confié qu’il avait une crainte : si mon aventure avec Damis devenait sérieuse, celui-ci pourrait ne plus vouloir que nous continuions de nous voir, comme dit pudiquement mon anxieux, que je soupçonne d’être tombé amoureux de moi. Je ne m’explique pas pourquoi ces deux là se détestent tellement. Après dîner, nous sommes allés rendre visite au bel Alexis, que nous avons trouvé les mains dans le moteur de la voiture de son frère Alexandre qui l’aidait. Tout le monde s’accorde à dire qu’Alexandre est infiniment plus beau qu’Alexis, qui passe pour être laid. Mais c’est Ménalque qui est laid, l’amant d’Alexis ! Je ne comprends pas pourquoi, lorsqu’on parle du couple, on fait toujours allusion à la prétendue laideur d’Alexis, sans jamais évoquer celle de Ménalque, qui ne fait pourtant aucun doute, elle. Peut-être considère-t-on qu’elle va justement trop de soi pour être seulement relevée. Mais moi, je trouve Alexis charmant. Je le trouve même aussi beau que son frère, auquel il ressemble d’ailleurs beaucoup, contrairement à ce qu’on a l’habitude de prétendre là encore. Les pédés n’ont aucun goût. Parce qu’ils sont, pour la plupart, d’indécrottables conformistes, et dépourvus de toute imagination, ils ne savent reconnaître que la beauté manifeste, évidente, indéniable, et ne sont aucunement sensibles aux beautés plus subtiles. Le problème d’élocution d’Alexis est un enchantement et je suis émerveillé de voir qu’un petit pédé de ‘‘stricte obédience’’, comme disait Dominique Autié, puisse avoir la passion de la mécanique. Alexandre, quant à lui, n’est pas de cette stricte obédience… C’est un ancien bisexuel, qui ne se consacrerait plus qu’aux filles, au grand dam de tout ce petit monde dans lequel m’introduit peu à peu Corydon. A vrai dire, je rencontrais Alexandre pour la première fois hier soir. Mais j’avais bien sûr déjà entendu parler de lui, puisque tout le monde le trouve très beau ; je l’avais même déjà vu en photo, et dans le plus simple appareil, lors du cômos solitaire d’Alcide, qui nous avait fait voir, à Damis et moi, certaines photographies qu’avait prises Ménalque, la veille, d’Alexis, d’Alexandre et d’Alcide se baignant. Sur l’une des images, on pouvait voir Alexandre complètement nu, et presque complètement raide, ce qui, bien sûr, fait dire à tout le monde qu’il doit être tout de même encore un peu pédé sur les bords pour bander au milieu d’autres garçons. Comme si l’on ne pouvait pas bander sans raison ! Corydon, qui avait participé à cette soirée, m’a donné les photos, que je conserve précieusement dans les archives de mon ordinateur. Je me demande si les deux frères ont déjà couché ensemble. J’ai appris de Corydon qu’avant d’être avec Alexis, Ménalque était sorti avec Alcide. Comme Ménalque et Alexis sont ensemble depuis quatre ans et qu’Alcide en a dix-neuf, j’en déduis que ce dernier n’avait que quinze ans à l’époque où il était avec Ménalque. Alexis en avait seize au début de sa relation avec lui. On peut dire que Ménalque les aime jeunes, et qu’il est un pédéraste au sens le plus stricte, le plus étymologique du terme. Quittera-t-il Alexis, lorsqu’il le trouvera trop vieux à son goût ? Ou l’amour sera-t-il assez fort pour transformer un amoureux des garçons en l’amoureux d’un homme ? Ce que me dit Corydon d’Alcide, qu’il connaît depuis plus longtemps que moi, ne correspond pas du tout à l’idée que je m’étais faite de lui. A l’en croire, ce serait quelqu’un d’intéressé. Il œuvrerait d’ailleurs pour se remettre avec Ménalque, qui vient de s’offrir une grosse voiture. Alexis est-il conscient du danger ? Mais est-ce que tous les garçons ne sont pas intéressés à dix-neuf ans ? C’est dans l’ordre des choses, puisqu’on ne possède rien à cet âge.
03:41 Publié dans 2008, Alcide, Alexandre, Alexis, Corydon, Damis, Journal, Ménalque | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
07/08/2008
Jeudi 7 août 2008
Ne nous voient tels que nous sommes vraiment, secrètement, sans pudeur ou honteusement, que nos animaux les plus chers et, s’il existe, Dieu, comme on l’appelle ici ; les premiers, parce qu’ils sont dépourvus d’un jugement qui, s’ils en avaient, ne manquerait pas de les aveugler ; le second, parce qu’il est le Juge suprême et voit tout. L’homme, c’est bien souvent celui qui, parce qu’il regarde, ne voit pas ; celui aussi à qui l’on ne se montre pas, de qui l’on se cache. Si la mort de l’animal le plus cher, le plus proche, est aussi traumatisante que celle d’un dieu (qu’y a-t-il de plus bouleversant que la mort d’Adonis, avec qui c’est la nature entière qui semble disparaître sous terre ?), c’est parce que se ferment à jamais les seuls yeux au monde qui nous voyaient vraiment, grâce auxquels nous nous savions vus complètement, auxquels nous nous offrions entièrement à voir, c’est-à-dire jusqu’en notre plus profond secret, et même jusqu’en notre absence, comme on sait que telle chaise placée dans une pièce où n’est nul homme pour la voir continue d’exister grâce à Dieu qui, voyant tout, la regarde elle aussi. Avec l’animal chéri, l’on perd l’assurance et l’occasion qu’il nous donnait de ne pas exister partiellement. Aux yeux des autres hommes, on n’existe pas vraiment : on a l’air d’exister. Mais à peine leurs regards se portent-ils ailleurs que déjà l’on est oublié. On n’existe plus. Et dès que leurs regards se portent sur soi, on existe moins ! On n’est plus que ce qu’ils voient, c’est-à-dire presque rien. On est tout dans les yeux de son chien. On y est même deux fois !
18:21 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Mercredi 6 août 2008
Nous avons appris avant-hier la mort de Capucine, l’antique chienne de ma grand-mère devenue folle, et de Nikita, la chienne de mon père, qui passe en ce moment quelques jours chez ma mère. La mort de sa chienne contraint ce dernier à écourter son séjour ici, à cause de son amie, qui est devenue complètement hystérique depuis qu’elle a découvert chez eux le corps sans vie de la bête. Il repart demain. Ce n’est pas moi qui me moquerai de la peine excessive que cause à son amie la mort de leur chienne, ayant moi-même connu l’un de mes plus grands chagrins lorsque ma chienne Coccymèle s’est éteinte dans mes bras, il y a quelques années. Je n’avais pas versé autant de larmes pour ma grand-mère maternelle, qui était pourtant morte seule un matin, diminuée par son cancer, en tombant dans les marches du perron, chez elle, après avoir été relever son courrier dans la boîte aux lettres. C’est un voisin, surpris de trouver la porte d’entrée grande ouverte, qui avait découvert le corps de ma grand-mère. Qui sait même si quelqu’un ne l’avait pas poussée dans les escaliers pour la détrousser ? Je m’étais posé la question, parce qu’on n’avait retrouvé ni ses plus beaux bijoux ni certaine somme d’argent qu’on la savait garder dans un tiroir. Nous avions soupçonné la femme de ménage d’avoir profité de l’occasion pour se servir. Malgré la violence et le mystère qui entourèrent cette mort, je n’avais pas autant pleuré que pour Coccymèle, dont la mort, qui fut pourtant très douce, me fait encore venir les larmes aux yeux quand j’y repense. Je n’ai pu m’empêcher de prendre la chienne Pélagie dans mes bras et de lui demander de ne mourir jamais, ce qui est complètement irrationnel.
02:11 Publié dans 2008, Capucine, Coccymèle, Journal, Ma grand-mère maternelle, Ma grand-mère paternelle, Ma mère, Mon père, Nikita, Pélagie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
04/08/2008
Dimanche 3 août 2008
Hier après-midi, coup de téléphone inespéré de Damis, qui était en panne d’essence sur le parking de la boulangerie où il travaille. Il avait besoin de moi pour que je le conduise à une station service. (C’est la troisième fois qu’il me fait ce ‘‘coup de la panne’’, comme je crois qu’on dit.) Quand je suis arrivé, il était appuyé contre sa voiture, en train de manger un sandwich. Comme aimanté par son corps, je suis venu me coller littéralement à lui, en lui faisant de grands sourires. Il essayait de cacher son regard pétillant derrière ses lunettes de soleil. Il voulait savoir comment j’allais. Je lui ai expliqué que j’étais tombé malade à cause de lui, au point de pleurer par tous les orifices ! Ça l’a fait beaucoup rire. « C’est la première fois qu’on me la sort, celle-là », m’a-t-il répondu. Nous sommes allés chez moi pour nous dire ce que nous avions sur le cœur. J’avais été très déçu qu’il ne veuille pas venir passer l’après-midi avec moi au bord de la piscine, il y a quelques jours. (Quand donc était-ce ? Je n’en ai pas parlé dans ce journal.) Il m’a confié que s’il n’avait pas voulu venir, c’était à cause de ma mère, dont il a peur et qu’il a trouvée très froide la fois où il l’a rencontrée (ce qui n’a rien d’étonnant, puisqu’elle est, comme moi, plus morte que vive). « Mais ça n’a rien à voir avec toi, tu sais, on est tous un peu froids dans la famille… – N’importe quoi ! Tu n’es pas froid du tout, toi ! Tu es même une vraie chaudasse : tu as franchement le feu au cul, enfin, avec moi, en tout cas… – Ah oui ? Tu trouves ? C’est possible… Enfin bref, c’est dommage que tu n’aies pas voulu venir, parce que ma mère passait la journée à Dax, ce jour-là, avec ses copines lesbiennes ! On aurait été tranquilles tous les deux ! – Mais même, elle aurait pu rentrer avant mon départ… » Je lui ai demandé s’il ne s’était pas ennuyé pendant tout ce temps sans nous voir. Pas du tout, ai-je appris, car il avait rencontré un garçon, lors de la fameuse soirée qu’il avait passée sans moi, un garçon qui lui plaisait énormément et avec qui il était sorti, disait-il. Ce n’était pas tant cette révélation qui me blessait que le fait qu’il l’a faisait précisément dans le but de me blesser. « Arrête d’être méchant. Je t’ai déjà dit que tu pouvais coucher avec qui tu voulais. » (Quel mal y a-t-il, après tout, du moment que ce n’est pas avec un Trimalcion ? Ce n’est pas comme si nous nous étions déjà juré fidélité.) « Je ne dis rien de méchant, a-t-il répondu, puisque je n’ai rien fait de mal. D’ailleurs, je te rappelle que ‘‘nous ne sortons pas vraiment ensemble’’ toi et moi. Je peux donc bien coucher avec qui je veux ! – Oui, voilà, c’est exactement ce que je dis… Combien de fois avez-vous baisé, ce garçon qui te plaît et toi ? – Quatre fois. – Quatre fois ? Mais je n’ai couché qu’une fois avec Alcide, moi ! J’ai donc encore droit à trois essais avec lui ! – Ah non ! Pas question ! – Et autrement, ce garçon, il est comment ? Il est mignon ? Tu me le présenteras ? – Sûrement pas ! » Damis ne veut plus me présenter personne depuis que j’ai eu le malheur de coucher avec Alcide ! Il s’imagine que je pourrais coucher avec tous ses amis ! Cette conversation était ponctuée de baisers et de caresses. Après quoi, nous ne parlâmes plus du tout. Mon père, qui vient passer quelques jours chez ma mère, est arrivé cet après-midi. Ma sœur a profité de l’occasion pour nous ressortir son grand con pour le dîner.
01:17 Publié dans 2008, Alcide, Cyrille, Damis, Journal, Ma mère, Ma soeur, Mon père, Trimalcion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02/08/2008
Vendredi 1er août 2008
Pierre Driout, sans doute inquiet de ne pas m’avoir vu écrire dans ce journal depuis lundi, me demande ce que je deviens, si je boude ou si je baise ! Je lui réponds que je bronze. Je macère dans mon jus. Je commence seulement à aller mieux : j’ai été malade ces derniers jours. Je me demande si mon corps n’est pas affecté lui aussi par la désaffection de Damis. Mon nez coulait à la place de mes yeux, l’angine me serrait tellement la gorge que je pouvais à peine avaler de quoi me nourrir. J’avais de la fièvre, la nausée et la diarrhée. Mais il faisait beau et je voulais prendre le soleil, dont je fais des réserves en prévision de l’hiver. Quand, pour aller me baigner, je me levais du transat où mon corps gisait presque sans vie dans l’ombre brûlante du parasol, la tête me tournait et la pensée me traversait alors l’esprit que je pourrais m’évanouir, respirer l’onde et cesser d’être. Mais je suis toujours là, mort et vif, increvable, incapable. Je me dis que j’aurais peut-être dû me comporter mieux avec Damis, ce si gentil petit mitron. J’ai probablement laissé passer avec lui une belle chance de… de quoi, d’ailleurs ? De manger du pain frais tous les jours.
01:54 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28/07/2008
Lundi 28 juillet 2008
Il y a déjà longtemps que le ménage est mal fait dans les parties communes de mon immeuble. Depuis que j’ai mis en vente mon appartement, je m’en plains régulièrement au syndic, car je voudrais que l’accès à mon logement paraisse propre aux éventuels acheteurs. Mais j’ai beau me plaindre, le ménage est toujours aussi mal fait, et encore, quand il est fait, car il n’est pas rare que la femme de ménage, le jour prévu, ne vienne tout bonnement pas. Le problème est que le syndic se fait gruger par la société de nettoyage, et ladite société par la femme de ménage chargée du travail. Ainsi, il était prévu de longue date que le ménage soit exceptionnellement fait le vendredi suivant immédiatement la fin des fêtes de la Madeleine. Il n’a été fait qu’aujourd’hui, et après que je me suis plaint deux fois au syndic de ce qu’il n’en était rien ! La société de nettoyage comptait sans doute nous faire payer un travail qu’elle n’avait pas même pris la peine de faire faire à la femme de ménage ! Je le sais pour avoir justement rencontré cette dame à midi, peu de temps après mon second coup de téléphone au syndic : on ne pouvait rien lui reprocher, se défendait-elle, parce qu’on ne lui avait rien dit : elle venait tout juste d’être prévenue. Très sûre d’elle, pour ne pas dire proprement effrontée, elle a continué en me demandant si le sac-poubelle qui traînait au pied de l’escalier menant à mon palier était à moi. « Non, il appartient sûrement à mon ivrogne de voisin. – Eh bien ! Je ne touche pas à ça, ça ne fait pas partie de mon travail. » Admettons. Est-ce une raison pour me demander si je suis l’auteur d’une telle incivilité ? Pour qui me prend-elle donc ? J’ai profité de ce que la conversation était si bien engagée entre nous pour lui demander comment elle s’y prenait exactement pour que le ménage soit si mal fait dans les parties communes. Que n’avais-je pas dit ! Elle s’est mise à jouer les outragées, levant la voix au ciel, plutôt que les yeux, comme on imagine que font souvent les africaines (c’en est une), qui n’aiment pas beaucoup qu’on leur tienne tête. En regardant le matériel qu’elle avait apportée pour accomplir sa tâche, j’ai compris pourquoi le ménage était si mal fait. Elle n’était équipée que d’un balai et d’un balai-serpillière. « Comment ? Vous n’avez pas de balai-brosse ? Mais c’est pour ça que le ménage est si mal fait ! Après avoir balayé et avant de passer la serpillière, il vous faut brosser le sol, en le mouillant avec une eau dans laquelle vous aurez versé l’un de ces produits ménagers qu’on vous donne. Si vous ne passez que la serpillière, les tâches les plus tenaces, l’alcool qui a séché, toutes ces humeurs douteuses et laissées dans les coins ne partent pas. – Ah ! Mais vous croyez que j’ai le temps de faire tout ça ? Vous savez combien je suis payée ? Je ne suis payée que pour une heure de travail. – Ah ! Non ! Sûrement pas ! Vous êtes payée pour faire, en une heure, le ménage, correctement, dans toutes les parties communes. Vous n’avez qu’à travailler plus vite ! » Comme le ton était monté, la plus hommasse de mes voisines lesbiennes, toujours à l’affût d’un scandale, toujours prête à défendre la veuve et l’orphelin, est évidemment sortie de derrière sa porte pour demander : « Comment ? Qu’est-ce que j’entends ? Le ménage serait mal fait ? Le ménage est très bien fait, Monsieur. N’avez- vous pas honte de parler comme vous faites à cette pauvre dame qui a la gentillesse de venir faire le ménage ici, et deux fois par semaines, encore ? – Mais ce n’est pas par gentillesse qu’elle le fait ! Elle est payée pour ça ! C’est son travail. Si je parle un peu fort, c’est parce qu’elle s’est mise la première à parler plus fort que moi, comme vous faites vous-même en ce moment. Je demande juste que le travail soit bien fait. Je lui explique comment procéder. – Ah ! Parce que vous savez comment on fait le ménage, peut-être ? Moi, j’ai déjà fait des ménages, et je peux vous dire que… – Mais moi aussi, j’en ai déjà fait, justement, et… – Quoi ? Vous, vous avez fait des ménages ? Ah ! Ça m’étonnerait ! J’aimerais bien voir ça ! – Et quel âge vous avez, d’abord, reprit l’africaine, vous n’êtes pas un peu jeune pour nous dire comment faire les choses, non ? » Si bien que je suis reparti de très bonne humeur, heureux de voir que j’avais toujours l’air aussi outrageusement jeune et frais, comme j’ai déjà dû l’écrire, en toute modestie, même s’il est vrai que j’en doute de plus en plus.
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26/07/2008
Samedi 26 juillet 2008
La presse locale parlait hier de mon amie Laurence, qui se trouvait parmi les femmes qui, pour la première fois dans l’histoire des fêtes de Mont-de-Marsan, « étaient présentes, disait le journal, à la présidence des corridas de la féria ». Je puis donc désormais écrire dans ce journal que je compte parmi mes fréquentations un personnage historique : la première femme à avoir, etc. ! (Première année où des femmes, et dernière année pour l’alguazil Robert Soldevilla, qui exerça sa charge pendant soixante ans.) Je regrette d’autant plus, moi qui suis si pauvre, de ne pas avoir eu les moyens d’assister à ces corridas que, toujours selon la presse, elles semblent avoir été, après plusieurs mauvaises années, d’une très bonne qualité, puisqu’il y eut au moins un triomphe par jour et plus de vingt-cinq oreilles coupées. C’est le nouveau maire (une femme également) qui doit être heureux d’inaugurer sa magistrature sous de si bons auspices. Les fêtes de la Madeleine se sont terminées dans la nuit de jeudi à vendredi. Ces fêtes sont pour moi la période de l’année où je me rappelle le plus à quel point je ne suis décidément pas de ce monde ni vraiment de cette ville. Mon caractère m’empêcherait d’apprécier ce que ma névrose phobique me fait fuir, de toute façon ! Je ne suis pas de ce monde, pour ne pas aimer la fête, ni de cette ville, pour le peu d’entregent de ma famille ou de moi. Ce n’est pas moi qui, comme Patrick D***, l’ancien patron du Dix-bis, rencontré par hasard l’autre jour, me verrais proposer par un ami qui se serait disputé avec sa femme, des places gratuites pour toutes les corridas ! Quand même de mes familiers auraient de telles places, dont ils ne sauraient que faire, ce n’est certainement pas à moi qu’ils songeraient à les offrir ! J’ai déjà dit que je n’étais pas quelqu’un d’aimable. J’ai cru que Damis m’inviterait à la corrida à cheval, comme il me l’avait laissé espérer, mais il a préféré se rendre, sans moi, avec un autre ami à lui, à une fête privée, avant que d’aller à la fête proprement dite, dans les rues, vêtu de la tenue blanche et rouge du festayre, que je ne l’ai même pas vu porter (il n’y a rien de plus beau), puisqu’il ne l’a mise que chez la personne qui donnait cette première fête, une personne que je connais d’ailleurs depuis longtemps, mais qui, bien sûr, ne m’avait pas invité, non tant parce qu’elle me trouve mal aimable, que parce qu’elle a renoncé à me fréquenter depuis belle lurette, sans doute à cause, il est vrai, du peu d’amabilité qu’elle me trouve ! Non seulement on ne m’aime pas, mais on finit par m’oublier ! Je suis bien malheureux ! Malgré ma phobie, je nourrissais le secret espoir de passer avec Damis un soir de ces fêtes dans les rues de la ville, pour me donner l’illusion, grâce à l’alcool, d’être comme tout le monde. Hélas ! Ce ne fut pas possible : parce que j’ai, semble-t-il, un peu trop durement réagi à son retard à l’un de nos rendez-vous, Damis, qui dit avoir été fort refroidi par la glace de mes yeux, ne veut plus que se poursuive notre mignonne relation. C’est d’autant plus regrettable qu’il était celui par qui j’ai fait la connaissance du bel Alcide, que j’aimerais justement connaître davantage et bibliquement. Comment reverrai-je Alcide, maintenant, à moins de lui téléphoner ? Mais si je l’appelais, je lui montrerais trop le désir qu’il m’inspire et ce serait mauvais pour mes affaires. La désaffection de Damis me blesse plus que j’aurais cru. Je l’aimais sans l’aimer. Je n’aimais pas qu’il mette tant de temps et d’énergie à m’embrasser, mais j’aimais qu’il en ait le désir. Tous les soirs, j’entendais dans le silence de la chambre chez ma mère la rumeur de la fête en ville. C’était le fracas du temps qui passe au loin, sans moi…
22:10 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
21/07/2008
Dimanche 20 juillet 2008
J’étais si peiné de la peine que j’avais faite à Damis que je l’ai invité, hier, à passer l’après-midi chez ma mère au bord de la piscine. Il avait peur que je me moque de lui, parce qu’il prétendait ne pas savoir nager ! Mais c’était faux : Il a fini par me montrer qu’il le savait tout de même, mais très mal, en effet : je ne pouvais plus m’arrêter de rire en le regardant faire. Il ne s’éloignait jamais du bord et respirait très fort, en poussant de ces espèces de gémissements qu’ont les enfants qui barbotent. Si ses bras imitaient bien la grenouille, ses jambes faisaient le petit chien ! Il restait très longtemps dans l’eau, pour s’entraîner à la nage, et sans doute aussi parce qu’il ne voulait pas se montrer à ma mère bandant dans son maillot de bain. « N’as-tu pas froid, à rester dans l’eau si longtemps ? – Non, l’eau n’est pas froide ! – C’est parce que tu es comme les phoques, la graisse que tu as en trop te tient chaud. C’est le signe qu’il te faut faire un régime ! Après, il sera trop tard, et c’est à une baleine qu’on te comparera ! » Il s’amusait parfois à mettre la tête sous l’eau en se bouchant le nez. Son grand plaisir fut ensuite de venir dormir profondément à côté de moi qui somnolais. J’ai pu vérifier ce que je soupçonnais : Damis est un ronfleur, ce qui l’éloigne encore un peu plus de mon lit. Mais s’il lui suffit de dormir au bord de la piscine avec moi pour être content, comme il m’a écrit dans un SMS après son départ (« je suis content, merci », m’y disait-il, tout simplement), je n’ai pas à m’inquiéter davantage de cette histoire de lit. Seulement, je ne pourrai contenter Damis que l’été. C’est sans doute pourquoi l’on parle d’amours de vacances ! Les fêtes de la Madeleine ont commencé. Toute la ville est comme en état de siège, les boutiques sont barricadées et ceux qui le peuvent, comme moi, sont allés s’installer loin du centre, dans le calme des quartiers résidentiels, où les familles semblent se retrouver pour l’occasion, dressant de grandes tables pour dîner dans les jardins. Il paraît que la population de la ville est multipliée par dix pendant ces fêtes. Le fait est que le nombre de beaux garçons errant torses nus, pissant contre les murs, dormant dans les caniveaux, campant sur les pelouses explose en cette période de l’année. Celui que j’appelais l’autre jour ‘‘mon délateur’’, mais à qui je devrais trouver un nom, car il semble que je doive souvent parler de lui dans ce journal – en attendant, appelons-le ‘‘mon petit marchand de couronnes’’ (car il vend des fleurs, comme le garçon de l’épigramme de Straton (Anthologie palatine, XII, 8), même s’il est bien moins farouche que lui) –, mon petit marchand de couronnes me disait donc qu’il aimait tout particulièrement les fêtes de la Madeleine pour ce qu’elles lui permettraient de sucer beaucoup de jeunes gens qui, n’ayant pas réussi à se trouver de fille, se contenteraient de garçons pour être vidés, comme dit aussi Damis lorsqu’il me raconte certains de ses exploits. Ces jeunes gens, paraît-il, se rendraient dans de certaines rues et, affectant de pisser contre de certains murs, sans rien pisser du tout, attendraient que ce signal soit reconnu par les pédés qui, généralement, ne passent pas là par hasard. Je ne puis que croire mon petit marchand de fleurs sur parole, n’étant pas pour ma part aussi sexuellement sociable que lui, sans doute en raison de ma phobie particulière. Et puis je suis une fine bouche, ces friandises sont un peu trop corsées à mon goût : il faut dire, en effet, que le festayre, ou le hestayre, comme je crois qu’on dit mieux en patois (comme du moins je le trouve écrit depuis cette année dans la presse locale), n’est pas toujours très frais, surtout quand le jour se lève, et qu’il a bu toute la nuit, et beaucoup pissé par les rues de la ville.
14:00 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
19/07/2008
Vendredi 18 juillet 2008
Je n’avais pas dit que Damis est boulanger. Il est charmant dans sa tenue de mitron ! Il m’avait invité, le soir de notre rencontre, à le rejoindre dans la boulangerie où il travaille et dans laquelle il est seul jusqu’à six heures du matin, deux fois par semaines. Sa grande inquiétude était qu’un garçon qui habite en face de la boulangerie ne m’aperçoive à mon arrivée. Damis m’avait dit beaucoup de mal de ce petit pédé qui, selon lui, avait tout d’une commère et lui tournait un peu trop autour, passant souvent lui tenir compagnie, les nuits où il se trouvait seul dans la boulangerie. J’ai été de nouveau invité, avant-hier soir, à rejoindre mon petit mitron sur les lieux de son travail. Peu de temps après mon arrivée, nous eûmes la visite du garçon tant redouté, que nous appellerons Alcide. C’était un vrai petit Alcibiade, qui faisait tout seul son cômos. Il nous est arrivé complètement ivre, avec une bouteille de vodka parfumée au caramel, que je l’ai aidé à vider, pendant que Damis pétrissait ses pâtes. J’ai vite compris que ce dernier m’avait menti sur les raisons qui lui faisaient redouter une rencontre entre Alcide et moi. Damis est bien loin de trouver cet Alcide aussi détestable qu’il a voulu me faire croire. Au contraire, ce garçon est très à son goût, comme d’ailleurs au mien, ce qui était la véritable peur de Damis, qui savait que j’étais moi-même le type de garçon qui plaît au bel Alcide. Sa grande angoisse était que nous nous tombions dans les bras l’un de l’autre, ce qui, bien sûr, a fini par arriver. Mais comment résister aux charmes du merveilleux Alcide ? Il chantait et dansait sur la musique qu’il avait apportée avec lui. Il enlevait le peu de tissu qui couvrait son étroite poitrine et se frottait au pauvre Damis en me regardant dans les yeux. Il me resservait des verres de vodka ou me faisait boire directement au goulot de la bouteille. Il s’amusait avec la farine, s’en barbouillant le torse et la figure, et laissant de grandes empreintes de mains à l’endroit de ses fesses et de son sexe, comme s’il avait été harcelé sexuellement, disait-il. Ce sont probablement l’inquiétude, la mauvaise humeur et la réticence de Damis à l’égard des minauderies d’Alcide qui m’ont jeté dans les bras de ce dernier ! Nous avons fini par laisser le rabat-joie fabriquer son pain et sommes allés terminer la nuit chez moi. Dans la véranda, tandis que le jour se levait, comme j’avais passé mon bras autour de la taille du garçon qui fumait une cigarette, il a jeté son mégot par la fenêtre où nous étions appuyés et m’a embrassé d’une bouche plus humide que celle de Damis. Toutes les parties de son corps, même les plus intimes, avaient un délicieux parfum de lessive et de savon. Plus tard, dans la chambre, après m’avoir fait couler sur son ventre, il est venu se pencher sur moi. Alors, j’ai senti mon propre sperme, déjà froid, goutter lentement du ventre du garçon sur le mien, comme si Alcide s’était mis à pleuvoir sur moi des mêmes gouttes fraîches et lourdes qui précèdent parfois ces menaçants orages d’été qui vont éclater plus loin. Ou bien l’orage, c’était la propre éjaculation d’Alcide, toute chaude sur moi. Damis a très mal pris tout cela. Il se sent trahi par Alcide, dont il est beaucoup plus intime que je pensais ; il est déçu par moi, qu’il voulait garder pour lui seul : dont il se contentait, en réalité, faute de mieux, c’est-à-dire en attendant, en espérant Alcide, avec qui il a déjà couché une fois, mais qui m’a confié s’être offert à Damis, qu’il trouve trop gros, pour la même raison peut-être qu’il s’est offert à moi, c’est-à-dire parce qu’il était ivre ! Je ne suis pas quelqu’un qu’on aime, ni d’amour, ni d’amitié. On aime celui qu’on croit que je suis. Dès qu’on me connaît mieux, on est généralement horrifié. C’est pourquoi j’ai le plus grand mal à résister, comme Damis voudrait que je fasse, qui m’exhorte à lui être fidèle, aux garçons qui se croient sous mon charme uniquement parce qu’ils ont envie de baiser, comme c’était par exemple le cas d’Alcide avant-hier, qui ne l’avait plus fait depuis un mois. Le désir de ces garçons est une forme d’amour très éphémère, mais intense et, me semble-t-il, sincère. Finalement, il n’y a rien de plus sincère qu’un sexe qui veut cracher ce qu’il doit. Je ne veux pas avoir à choisir entre l’amour d’un Damis et le désir d’un Alcide, parce que je voudrais toujours me sentir aimé davantage. On ne m’en aime généralement que moins ! En réalité, Alcide m’a fort impressionné. Il n’a qu’un an de plus que Nicandre, mais il a déjà vécu beaucoup plus que moi. C’est un garçon qui a souffert dans son corps et dans son âme et qui connaît peut-être le prix de la vie. Il semble être d’une grande sagesse et parle d’ailleurs très lentement, comme s’il avait appris à prendre la mesure de l’instant présent, de tout instant présent, pour mieux en jouir, pour mieux l’habiter, pour être sûr d’exister constamment, même entre les moments : dans sa bouche, chaque mot devient un petit instant à lui seul. A côté de lui, c’était moi l’enfant !
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13/07/2008
Samedi 12 juillet 2008
Le joli spectacle d’hier ! En rentrant chez moi, vers onze heures du soir, j’ai trouvé, dans l’entrée de mon immeuble, le voisin du dessus qui se démenait dans une marre de bière, au pied de l’escalier conduisant à mon palier. Il était tombé du haut des marches avec les vingt-quatre canettes qu’il avait l’intention de boire pendant la nuit : le malheureux les avait vidées toutes à la fois dans sa chute ! Il y avait des éclats de verre partout. Quand je suis arrivé, il était en train d’éponger sa bibine en pleurant presque de dépit, pendant que la plus hommasse de mes deux voisines lesbiennes, attirée par le vacarme, était sortie lui faire la conversation ! Si j’étais passé par là cinq minutes plus tôt, et si le pauvre garçon ne s’était pas raté, j’aurais assisté à sa mort ! Je suis resté quelque temps sur mon palier, pour écouter les paroles que s’échangeaient les deux autres en bas. Je me suis vite aperçu que leur conversation tournait en boucle ! Toutes les trois minutes environ, le jeune ivrogne demandait à la vieille gouine si elle avait guetté son passage derrière la porte de chez elle ; à quoi cette dernière répondait que non, mais qu’elle s’était empressée de sortir de son appartement, parce qu’elle avait craint pour sa vie, en l’entendant dégringoler. Et régulièrement, mon voisin lui confiait qu’il était de plus en plus désespéré, parce qu’il ne savait pas comment il allait payer son loyer. Douces paroles… Cet après-midi, en parlant avec lui, j’ai appris que Damis connaissait fort bien Trimalcion. Il a même couché avec lui plusieurs fois ! Cela, je puis le comprendre et l’excuser, ayant moi-même couché avec bien pire. Mais comment donc Damis peut-il trouver mignon et sympa ce sinistre individu, qui n’est que grotesque ? Quand je pense qu’il m’a donné des mêmes adjectifs ! J’avais oublié de dire que le grand con (l’actuel amoureux de ma sœur), en fouillant l’autre jour dans le téléphone portable de cette dernière, avait lu certains SMS qu’elle avait échangés avec son ancien amoureux (un garçon que j’aime beaucoup) pour organiser un petit rendez-vous entre nous trois. Le grand con, qui est un jaloux, en est devenu comme fou. Cela se passait un soir où ma mère, ma sœur et moi dînions au restaurant (cette dernière avait donc malencontreusement laissé son téléphone chez elle), un restaurant d’ailleurs complètement invraisemblable, puisque y étaient servie des spécialités… italo-sri-lankaises ! L’ancien amoureux, qui ne pouvait évidemment pas joindre ma sœur, m’a appelé moi, pour me demander si je savais où se trouvait cette dernière, dont le nouvel amoureux le harcelait au téléphone, menaçant de venir lui casser les genoux ! Il espérait qu’elle saurait retrouver et calmer le forcené, qui errait comme un fou dans la ville, à la recherche de son rival involontaire. C’est ainsi que j’ai appris de la bouche de la dame de ces cœurs (qui pensait qu’il fallait peut-être prendre ces menaces au sérieux), que le grand con avait déjà été condamné à de la prison avec sursis pour avoir refait le portrait d’un type dont il était également jaloux ! Très contrariée, pour ne pas dire furieuse, celle-ci avait donc fini par se décider à quitter ce soir-là son repris de justice, pour la plus grande joie de ma mère et de moi. Mais quelques heures plus tard, elle s’était déjà remise avec lui ! Maintenant, elle sait exactement ce que nous pensons du grand con, qu’il nous faudra pourtant subir encore, dans deux jours, au dîner d’anniversaire de ma sœur.
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11/07/2008
Jeudi 10 juillet 2008
Dans le fond, même s’il se trompe de noms pour illustrer son propos, c’est Pierre Driout qui a raison : non seulement le ridicule ne tue pas, mais il est souvent la conséquence directe de cet espoir qui nous fait vivre. C’est bien connu : nous sommes tous le Xxxxxxx Xxxxxxx de quelqu’un. Si je suis supérieur au mien, c’est uniquement d’être conscient que je suis, moi aussi, le Xxxxxxx Xxxxxxx d’un ou de plusieurs autres. Mais j’ai la faiblesse de faire comme si je ne l’étais pas ! Et ce n’est sans doute pas le plus grand de mes ridicules ! Don Esteban (don Esteban !) a bien raison de me traiter de pompous ass ! En réalité, je suis probablement encore pire que ce qu’on peut croire en lisant ce journal (qui prend bien des libertés avec la réalité de mes vies intérieure et extérieure), c’est-à-dire que je suis sans doute également bien meilleur qu’il y paraît, car il arrive souvent qu’on prenne ses propres qualités pour des défauts et inversement, si bien qu’on risque fort d’empirer en voulant s’améliorer et vice versa. Ainsi, en forçant certains traits qui me semblent beaux ou bons, je ne fais que m’enlaidir un peu plus ; mais il est aussi possible qu’en forçant (par bravade) d’autres traits que je trouve (à tort, donc) résolument laids, je m’embellisse sans le savoir ! Si je puis me tromper à ce point sur moi-même, essaie donc d’imaginer, mon blond lecteur, à quel point tu peux te tromper à ton tour, toi qui crois tout savoir sur moi, sur mes travers ou mes penchants, pour me lire une ou deux fois par semaine entre deux clics. Et si ce que tu estimes être le pire de mes défauts était en réalité la plus grande de mes qualités ? Et si, comme moi, tu ne savais rien ? Pourquoi donc ne t’efforces-tu pas de te connaître toi-même, plutôt que moi-même ?
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08/07/2008
Lundi 7 juillet 2008
Il y a sans doute déjà plus d’un an qu’un apprenti vétérinaire m’écrivait pour me dire à quel point il avait aimé les quelques sonnets que j’avais publiés dans ce blogue. En écrivant lui aussi, il voulait que, etc. Si ma mémoire est bonne (il faudrait que je relise notre correspondance, à condition qu’elle n’ait pas été effacée lors de mon récent petit accident informatique), il n’était pas loin de me dire que j’étais un nouveau Virgile, si du moins ce nom lui est familier ! Aujourd’hui, il en est à m’écrire que ce qu’il lit dans ces pages lui retourne l’estomac… Les quelques commentaires qu’il lui arrive de laisser ici, en signant d’un prénom qui n’est pas le sien, auraient tout de la lettre anonyme si je ne connaissais pas la réelle identité du garçon. Je crois qu’il ne me pardonne pas de lui avoir dit ce que je pensais vraiment de ses vers, dont on peut se faire une idée en lisant par exemple le sonnet qu’il m’a récemment adressé, dans lequel il me reprochait, entre autres choses, de lui déclarer la guerre, tiens-toi bien, mon blond lecteur (j’ai déjà dit que mon lecteur idéal était blond), « comme un vers affamé dans un silo de seigle » ! Et encore, ce sonnet est le moins mauvais de tous ceux que m’a fait lire notre poète. J’avais en effet fini par lui conseiller de se munir d’un quelconque traité de métrique, s’il tenait tant à écrire des alexandrins. J’aurais mieux fait de me taire, car il ne me pardonna jamais ce conseil. Dans son esprit, c’était à moi d’être son traité de métrique ! A-t-on jamais vu cela ? Un apprenti poète, ou disons un apprenti versificateur, qui ne daigne pas seulement lire les livres où les fondements de son arts sont exposés, c’est-à-dire qui ne sait pas lire ses illustres prédécesseurs, les Ronsard, les Racine ! Il est vrai qu’avant d’étudier la métrique, il aurait peut-être dû apprendre le calcul et l’orthographe. Comment faire, en effet, des alexandrins qui tombent juste, si l’on ne sait pas compter jusqu’à douze (ou disons jusqu’à six), et si l’on ignore où mettre les bonnes terminaisons, les s, les ées, les ent, dont la présence ou l’absence changent tout le rythme ? Le piètre rimailleur que je suis n’a qu’un enseignement à donner : la métrique française est, était fondée sur l’e muet. C’est tout. C’est le secret. Le secret du mètre, évidemment ; la poésie est ailleurs (mais pas très loin). Je dois cependant reconnaître que tout est ma faute. Je n’aurais jamais dû m’intéresser à ce lecteur, à cet internaute, dont j’avais vite deviné la médiocrité poétique. Mais je nourrissais l’espoir de coucher avec lui lors d’un passage à Paris. Je lui avais même proposé de réserver une suite, pour qu’il puisse dormir dans le salon ensuite, mais il n’avait pas voulu. Je ne dois pas être son type. Lui non plus n’est pas le mien, mais j’ai toujours pensé qu’on pouvait trouver du bon même chez ceux qui ne sont pas de son goût. Une fois que je sus que je ne coucherais pas avec mon bonhomme, je n’avais plus de raison de jouer la comédie du maître de poésie. (Notre rimailleur est un Monsieur Jourdain d’un genre spécial, qui fait de la prose même quand il fait des vers !) Je crois savoir, mais je n’en suis plus très sûr, que Xxxxxxx (c’est son vrai prénom) tient beaucoup à l’anonymat. De mon côté, je n’aime pas que des anonymes se permettent de juger si mal quelqu’un qui, comme moi, écrit au grand jour, je veux dire sous son vrai nom, sans se cacher derrière un pseudonyme. Qu’on me juge mal, c’est la liberté de chacun, mais qu’on le fasse sans se dissimuler. J’ai la naïveté de croire que le fait d’écrire sous son véritable nom incite à plus de retenue, à plus d’égards envers la personne qu’on juge mal. On est sans doute moins tenté de se laisser aller à l’injure ou la diffamation. On est moins tenté par le style ‘‘lettre anonyme’’, en somme. Le nom rend plus responsable. On pourrait m’objecter que même en écrivant sous mon véritable nom, j’ai souvent dans ce journal des considérations peu respectueuses de mon entourage. Sans doute. Mais il y a une différence énorme entre un Xxxxxxx et moi : j’écris sous mon véritable nom des horreurs sur des gens que je protège en leur donnant des pseudonymes ; il écrit sur moi des horreurs en se protégeant derrière son faux prénom ! Lui qui trouve que je tombe chaque jour un peu plus bas dans ce journal est tombé bien plus bas que moi, me semble-t-il ! Pour une fois, je connais le nom de l’auteur des lettres anonymes qui me sont envoyées. (Internet est le règne de la lettre anonyme, cela aussi, j’ai déjà dû l’écrire dans ces pages : la majorité des blogues, des commentaires dans les blogues, des interventions dans les forums ont pour auteurs des corbeaux.) J’ai donc demandé son conseil à don Esteban. Et si, lui ai-je dit, si je rétablissais la vérité, si je remplaçais (cela est possible) le faux prénom de l’auteur de ces lettres anonymes par son véritable nom, qu’il tient tellement à cacher ! Peut-être cela le ferait-il taire à la fin. « Que non, m’a répondu Esteban, ne fais surtout pas cela. Je ne sais pas ce qu’il t’est arrivé, a-t-il poursuivi, mais tu as bien changé. (Don Esteban s’étonne que j’aie changé depuis plus de deux ans que nous ne nous sommes pas vus !) Je t’ai toujours connu méchant, mais je ne te pensais pas capable d’une telle bassesse. » A l’entendre, c’est le bon droit de ce Xxxxxxx que de parler si mal de moi publiquement mais sans se dévoiler ! Esteban me conseillait d’effacer plutôt le commentaire ordurier et de traiter du fond de la question avec Xxxxxxx par lettres électroniques. (Comme s’il y avait un fond de la question !) Je me suis alors souvenu du conseil que Dominique Autié (dont j’ai retrouvé une partie des archives de sa correspondance avec moi) m’avait dit avoir donné à Juan Asensio croisant le fer avec les membres de la société des lecteurs de Renaud Camus lors de la ‘‘Scigalomachie’’ : « Vous êtes écrivain, traitez à votre rang ». Je ne mérite certes pas ce beau titre d’écrivain que Dominique Autié voulait bien me donner dans l’index de son blogue, mais je suis tout de même Olivier Bruley : j’ai mon rang à tenir et n’ai plus rien à dire à ce Xxxxxxx. (Ce qu’entendant, Esteban me répond que je ne suis qu’un pompous ass !) Je n’ai plus rien à lui dire, mais je pourrais très bien, s’ils ne se sont pas perdus lors de mon accident informatique, je pourrais très bien publier ses ridicules petit sonnets ou même notre correspondance ou, pourquoi pas, sa photo, qui doit traîner quelque part dans la mémoire de mon ordinateur. Je ne crains pas de m’abaisser davantage, malgré le rang que j’ai à tenir : ma ‘‘grandeur’’ est ailleurs. Je me rappelle d’ailleurs que Dominique Autié m’avait écrit un jour, dans une de ses lettres, que cette sollicitude qu’il savait chez moi légitimait ma cruauté par ailleurs ! C’est dire si je me sens dans mon bon droit ! Si vraiment tu tiens à ton anonymat, Xxxxxxx, je te prie de me laisser tranquille à l’avenir. Si tu n’y tiens pas, tu ne m’en voudras pas de révéler ton nom la prochaine fois que tu te manifesteras dans ces pages, n’est-ce pas ?
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07/07/2008
Dimanche 6 juillet 2008
Sans doute ai-je tout de même fini par blesser Damis qui, probablement vexé d’avoir dû coucher, seul, sur le canapé, m’a dit que nous nous reverrions lorsque je serais disposé à ne plus dormir uniquement avec la chienne Pélagie… Je lui ai demandé s’il voulait que je la lui laisse pour la prochaine nuit, ou même s’il préférait que je prenne sa place sur le canapé, mais ça ne l’a pas vraiment fait rire. Il a décidé que si je voulais l’enculer, je devrais dormir ensuite avec lui. Je lui ai répondu que c’était impossible, que je serais incapable de tenir ma part du marché une fois l’acte accompli, s’il avait la naïveté de me laisser le prendre, comme il préfère dire. Le mieux serait que je l’invite à boire le thé et que je l’encule ensuite, en plein milieu de l’après-midi ! Ça ne l’a pas fait rire non plus. Peut-être est-ce un autre aspect de ma névrose phobique, je ne sais : il m’est impossible de dormir avec un être humain. Je ne dors qu’avec des anges ou mes démons.
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03/07/2008
Mercredi 2 juillet 2008
Il me faut bien lui donner un nom, puisqu’il semble vouloir s’installer dans ma vie. Appelons-le Damis. Son visage est joli mais il a de mauvaises dents. Et puis il est trop gras ! Mais ce sont tous les Français qui sont de plus en plus gros. C’est à n’y rien comprendre : ils semblent grossir d’autant que baisse leur pouvoir d’achat, ce qui ne les empêche d’ailleurs pas de partir en vacances ! Je ne compte plus les garçons qui m’ont dit, comme si c’était une excuse, qu’ils avaient pris du poids depuis peu seulement, généralement parce qu’ils sont dépressifs. Ah ! Si je les avais connus avant leur dépression, je n’aurais pas été déçu, m’assurent-ils ! C’est tout de même quelque chose que ces dépressifs ! Ils n’ont plus d’appétit pour leur pauvre existence, mais ce qu’ils peuvent bouffer ! Bien qu’étant plus jeune que moi, Damis est déjà comme usé par la vie. Il a trop travaillé. Je l’ai néanmoins entendu me faire cette remarque fort désagréable qu’on pouvait voir que j’étais plus âgé que lui à mes pattes-d’oie. C’est sans doute que j’ai trop souri dans la vie. Le temps n’épargne personne, ni les fourmis ni les cigales. Damis me dit rechercher l’amour de sa vie. Comparé à lui, je suis un bien petit joueur avec mes amourettes ! Je lui explique que, par définition, il a la vie entière pour trouver l’amour de sa vie : en attendant de tomber sur lui, il peut bien s’adonner à de plus modestes amours avec moi. C’est un discours qui ne lui plaît guère. Il passe son temps à m’entourer de ses bras, comme s’il avait déjà compris qu’il ne me retiendrait pas. Il m’étouffe de ses baisers, comme à l’enterrement de ma grand-mère l’assaut des inconnus venus présenter leurs baveuses condoléances. Mais il pose sa tête sur mon épaule au cinéma et va dormir sur le canapé après l’amour, ce qui convient fort à la chienne Pélagie, qui tient beaucoup à ses privilèges avec moi. Ce soir, j’ai croisé de très près Hiéronymus (qui est toujours aussi maigre, lui), dans un endroit désert, où j’allais poster une lettre et lui retirer de l’argent. Nous sommes passés si près l’un de l’autre, en nous dévisageant, que j’aurais pu le toucher. Il s’attendait si peu à ce que je lui parle qu’il en a bafouillé quelque chose d’incompréhensible. Je crois pouvoir dire, sans me vanter, que je suis la personne au monde qu’il déteste le plus. Il a peur de moi, non d’une peur physique (de nous deux il est le plus fort, malgré sa maladie), mais bien d’une peur morale : il sait que je sais ; il est conscient que je pourrais lui nuire énormément. L’extrême tension de tout son corps, toutes les fois où nous nous croisons, l’intensité de son regard quand il ne peut m’ignorer, de sa haine, de sa peur, le rendent très beau. Il est comme une pierre vive. Il y a entre nous cet obscur désir de lapidation qui me fait me sentir plus vivant. C’est tout de même plus exaltant que mes amourettes.
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28/06/2008
Vendredi 27 juin 2008
Je suis devenu le Nicandre d’un autre Olivier. J’essaie de lui faire le moins de mal possible, tout en m’efforçant d’en retirer le plus de bien que je puis espérer. L’affaire est délicate. Mais j’avais probablement besoin de cela, de devenir le Nicandre d’un autre garçon, pour guérir complètement de mon Nicandre à moi et, surtout, du regret que j’ai encore un peu de son corps. Je n’étais pas vraiment amoureux de lui. D’ailleurs, je crois qu’à l’amour, je préfère l’amourette, que je place entre la camaraderie et l’amitié, la première étant rehaussée, la seconde légèrement dégradée par le sexe. J’aurais pu avoir de cette moindre amitié pour Nicandre, mais quant à l’aimer, c’était impossible : il est perdu pour l’amour, perdu dans l’époque, dont il lui plaît d’être entièrement le jouet. Je n’ai nourri que peu de temps l’espoir de lui faire prendre conscience de sa bassesse, de l’élever, de le rendre digne de sa beauté et de l’amour d’un Olivier. Dès que j’ai vu la personne qui, dans son groupe d’amis, avait le plus d’influence et que ce pauvre Nicandre m’avait dit prendre pour modèle, j’ai compris que déjà, si jeune, il était perdu. L’arbitre des inélégances de cette méchante troupe est évidemment amoureux de lui (ses yeux le trahissent) et Nicandre m’a dit que ce Pétrone du pauvre était fort contrarié de savoir que je n’avais eu aucun mal à coucher avec le garçon de ses rêves, alors que lui n’avait jamais pu y parvenir, malgré tous ses efforts et même l’ascendant qu’il a sur ce malheureux être qui le prend pour exemple. Ces petites satisfactions-là valent bien toutes les fins, toutes les pertes et tous les chagrins du monde. J’ai la chance d’avoir conservé ce qui m’avait été donné de beauté en ne faisant que dormir et en ne travaillant presque pas, d’avoir retrouvé ma taille de jouvencel en me contentant de manger moins, d’être déjà tout bronzé à force de me prélasser chez ma mère au bord de la piscine, de paraître intelligent en parlant peu et regardant de haut ; mais mon Pétrone, quoique plus jeune que moi d’une année, et malgré tous ses efforts, est un indécrottable Trimalcion, tout gras et laid. (Il fallait voir sa tête, quand, lors de la conversation (conversation de son niveau, bien sûr), il s’est aperçu que je considérais mon ancien poids (le sien actuellement) comme le mauvais souvenir d’une époque révolue. « Ah oui ? m’avait-il demandé, mais combien mesures-tu donc ? – Un mètre soixante et onze, avais-je répondu. Et toi ? – Un mètre soixante-dix… » L’espèce de sourire narquois que j’ai eu à ce moment-là a sans doute fini de me rendre détestable à ses yeux. Quinze kilos nous séparent, qui sont comme quinze années, quinze millions ou quinze générations. (Je me fais honte à moi-même d’avoir dans ce journal de telles considérations ! Ce que c’est, tout de même, d’avoir été élevé par des femmes !)) Bête et méchant, entouré d’une nombreuse cour à son image, baisant à droite à gauche, le pauvre est incapable de tremper sa petite queue dans le seul être qu’il voudrait vraiment posséder. Il est plutôt rassurant de constater que, même et peut-être surtout à notre époque, certaines choses ne changent pas. Finalement, en ne se faisant pas le giton de ce ‘‘mène-petit’’, Nicandre se montre sans doute plus honnête garçon que j’avais cru. Si mon chagrin était si grand, c’était parce que cette rose pleine d’épines refusait de se laisser cueillir entièrement. J’aurais voulu en jouir davantage, un peu plus longtemps seulement, comme de ***-***, mais à la réflexion, savoir qu’un certain autre n’en a pas joui du tout me suffit largement !
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21/06/2008
Vendredi 20 juin 2008
Miracle ! Enfin ! Je suis guéri de Nicandre. Je suis allé le voir, nous avons parlé, il a même dit quelque chose sur lui, rien d’extraordinaire, mais je me suis senti libéré. Nous avons regardé des albums de photos et je suis rentré chez moi.
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20/06/2008
Jeudi 19 juin 2008
J’ai sans doute abdiqué toute ma dignité pour Nicandre. Les plus beaux garçons le méritent bien. Et puis il est sans doute ma punition, pour toutes les fois où je me suis comporté avec d’autres comme il fait avec moi. Peut-on rien imaginer de plus ridicule de nos jours : j’en suis à lui écrire des vers qu’il ne comprend probablement pas, étant comme tous ses semblables, et comme moi, à un degré à peine moindre, la victime de l’Education nationale. Il faudrait pendre tous ces professeurs de français, ou de lettres, comme je crois qu’ils veulent qu’on les appelle, qui, préférant enseigner le rap comme si c’était de la poésie ou faire du tourisme à Auschwitz, ont fait de la jeunesse française une belle illettrée, incapable de comprendre les mots de l’amour et de la mort. Ces gens sont des criminels : en les rendant sourds et muets, incapables de lire et d’entendre, ils ont tué l’homme qu’ils avaient la mission de faire naître dans leurs élèves. Ils ont réussi à faire disparaître de l’homme ce qui n’existait nulle part ailleurs dans la nature : la richesse de sa voix, de ses intonations, reflets des sentiments humains. En fabriquant des illettrés, l’école n’a pas seulement rendu les grands textes inaccessibles aux hommes, mais aussi la profondeur, la complexité ou même la vanité des sentiments. A quoi donc sert l’amour, ce sentiment inutile, si ce n’est à écrire de mauvais petits vers sur la nécessité de son inutilité ? Comment se faire aimer de quelqu’un qui ne sait pas lire ? Comment le séduire ? L’amour est un sentiment qui rend bête. Mais les illettrés sont incapables même de cette heureuse bêtise ! La bestialité est leur lot. Ma chienne Pélagie est mieux éduquée qu’un homme d’aujourd’hui ! J’ai réussi à lui inculquer la honte de faire ses besoins dans la rue, sur le trottoir. Quand elle n’a pas su résister à sa bestialité et qu’elle me voit ramasser ce qu’elle a fait, la honte et la peur de moi se lisent sur son visage (car les chiens ont un visage). Pendant ce temps, autour de nous, des jeunes et des étrangers éructent et crachent par terre. Peut-être suis-je un peu sévère avec les professeurs. C’est l’école, l’institution, qui est coupable, en n’enseignant plus les humanités, de ce crime inouï qu’est la déshumanisation de la jeunesse et de l’avenir, un peu comme l’Etat s’était rendu coupable de crimes plus grands encore pendant la guerre. Mais il a bien fallu des collabos pour que le crime une fois ordonné soit commis ! L’école s’est rendue coupable d’enseigner la tolérance avant la grammaire, qui est pourtant indispensable à l’intelligence de la tolérance, de ce qui la fonde, et à sa bonne pratique. Le résultat est que quelques jeunes gens (et quelques autres personnes de mon âge et même d’autres plus âgées), à qui j’avais tenté d’expliquer ma phobie sociale, se sont montrés si compréhensifs, si tolérants avec moi, le différent (et c’est bien le nec plus ultra que de l’être), qu’ils se sont tous moqués de moi, une ou deux fois ouvertement, et beaucoup plus dans mon dos. Et pourtant, c’étaient des pédés, quelques filles (dont des lesbiennes) et un arabe (en situation régulière, mais non français). Je les aurais crus plus concernés par la difficulté d’être différent, d’avoir à subir le regard des autres, etc., etc., cf. la rhétorique habituelle… C’est bien la preuve que tous ces discours sur la tolérance ne sont qu’une sinistre farce, de belles paroles que personne n’écoute, ou du moins que personne n’entend. La tolérance n’est pas plus enseignée à l’école que la lecture ou la grammaire, puisqu’on n’y apprend absolument rien. C’est une honte de voir tant d’argent dépensé en pure perte. L’Education nationale et ses collèges et lycées flambant neufs, ces temples du temps perdu, du rabaissement des élèves et de la vanité vaniteuse des professeurs, sont un gouffre dont l’argent serait infiniment mieux employé à la construction de prisons plus spacieuses et plus humaines, pour recevoir aussi bien les responsables de cette gabegie que la partie de la jeunesse gaspillée par eux et qui, sans doute, ne manquera pas de commettre à son tour bien des crimes, par défaut de sentiments et d’humanité, celle-ci étant la victime de ceux-là, qui se sont ainsi rendus coupables de rien moins que le crime des crimes. Heureusement que le soleil semble enfin s’être installé sur la ville : j’en avais grand besoin, pour me reconstituer. Je vais me baigner chez ma mère et passe des heures à ne penser à rien au bord de la piscine.
02:50 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
18/06/2008
Merdredi 18 juin 2008
Je croyais bêtement, je croyais sincèrement, quoique en dépit de tout bon sens, être guéri de cette phobie sociale qui m’a gâché la vie pendant tant d’années. Je m’étais seulement habitué à une existence entièrement réglée pour ne pas avoir à revivre les nombreuses situations qui m’étaient et qui me sont encore insupportables. Vendredi soir, dans cette discothèque, je me suis retrouvé comme dans les pires années de mon adolescence, quand même aller dans une bibliothèque publique était un supplice : parce que le silence y était de rigueur, j’osais à peine respirer, ou même déglutir, persuadé que tout le monde me regardait et m’entendait être là, dans ce corps incontrôlable et figé. Mais c’est bien à cause de cette névrose phobique que je n’ai toujours pas de travail aujourd’hui, que je n’ai plus d’amis ni d’avenir. Paradoxalement, c’est aussi grâce à elle que, sans travail, je jouis de toute cette liberté, de tout ce temps libre et si mal employé. C’est à cause d’elle, surtout, que les plus beaux garçons m’échappent. Nicandre m’a rapporté les pensées qui se cachaient sous les sourires que me faisaient ses amis, vendredi soir, et les jugements qui ont été portés sur moi après mon départ : j’ai fait très mauvaise impression, comme je m’y attendais. A présent, j’imagine que je me sens dans le même état qu’un obèse ou qu’un bègue dont on aurait cruellement moqué la disgrâce, ou que ces garçons à qui je dis que je ne veux pas coucher avec eux, seulement parce qu’ils sont circoncis. (Et j’ai sans doute tort d’agir ainsi, car Nicandre, qui ne m’avait rien dit, se trouve justement l’être. Cette imperfection de son corps vient comme s’ajouter au tatouage qu’il a sur la hanche gauche ou aux deux piercings qu’il porte aux coins des lèvres et qui, de loin, lui donnent l’air d’un vampire : ces petites laideurs rehaussent l’éclat de sa beauté.) Que vais-je faire, maintenant que je sais que je n’ai pas changé, que je suis le même qu’à quinze ans ? Depuis lors, quinze années n’ont pas été vécues. De l’adolescence et du premier âge adulte, je n’ai connu que les peurs et les angoisses, exacerbées par la névrose. Esteban me dit que déjà le démon de midi s’est emparé de moi, qui me fait courir les garçons : comme si je voulais vivre aujourd’hui les joies et les bonheurs d’un âge que je n’ai pas su quitter, faute d’en avoir épuisé toutes les ressources.
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14/06/2008
Samedi 14 juin 2008
Les amis de Nicandre sont plutôt gentils : leur violence et leur méchanceté ne sont que celles de l’époque. Je les ai suivis jusque dans une discothèque, lieu que ma phobie sociale me fait tout particulièrement détester. Je leur avais expliqué plus tôt en quoi consistait ce genre de phobie, mais une fois que nous fûmes dans la discothèque, ils venaient tous me dire, à tour de rôle, de ne pas ‘‘me prendre la tête’’ et de m’amuser comme eux. Je leur avais parlé de phobie, ils me répondaient ‘‘prise de tête’’ ; c’est dire si la qualité d’écoute est grande chez ces gens. Les pédés qui ne veulent pas qu’on leur ‘‘prenne la tête’’ me sont toujours un peu suspects. Je ne peux m’empêcher de me faire à chaque fois cette réflexion qu’ils n’acceptent sans doute de se faire prendre que le cul ! Mais c’est moi qui étais le véritable suspect : Homo festivus est un véritable tyran, qui ne tolère pas qu’on ne s’amuse pas avec lui. Il incitera toujours le rabat-joie à faire la fête avec les autres, contre son gré, et sans se soucier du malaise ou de l’angoisse qu’il cause à sa victime. D’un autre côté, il est vrai que je n’étais pas obligé de suivre la troupe des fêtards… J’ai demandé à Nicandre s’il voulait passer avec moi la journée du solstice d’été, le jour le plus long. J’ai toujours désiré être accompagné d’un joli garçon pour cette belle occasion. Il m’a répondu qu’il ne pouvait pas, parce que c’était la fête de la musique, et qu’il voulait écouter chanter sa nièce, sur la place du commissariat. « Ah oui ? Et que chantera-t-elle, ta nièce ? – Du rap avec son copain. – Ah ! Parce que tu appelles ça chanter ! » (Je considère désormais Jack Lang comme un ennemi personnel.) C’est cela que j’appelle la méchanceté et la violence de l’époque. Une des filles à qui j’ai été présenté m’a répondu : « C’est donc toi, Olivier ! », ce qui pourrait vouloir dire que je suis assez important aux yeux de Nicandre pour qu’il ait parlé de moi à ses amis. Mais le fait qu’il ait répondu, quand je l’ai invité, qu’il ne pouvait pas passer la journée du solstice avec moi montre plutôt qu’il ne tient pas beaucoup à me faire une place dans sa vie, car je ne vois pas en quoi le fait d’assister à cette farce de fête de la musique est incompatible avec le fait de demeurer avec moi. Je suis bien allé dans une discothèque pour Nicandre, alors pourquoi pas à la fête de la musique ? Sans doute Nicandre a-t-il parlé de moi en mal à ses amis, car celui chez qui se passait le début de la soirée d’hier m’a tout à coup demandé s’il pouvait mettre les pieds dans le plat : « Ce n’est pas bien, a-t-il dit, d’avoir menti sur ton âge. – Oui, a poursuivi Nicandre, surtout que tu n’as pas à avoir honte, puisque tu fais plus jeune… » Comme si j’avais honte de mon âge ! Mais tout à mal commencé avec Nicandre. J’avais menti sur mon âge, sur le site où je l’ai rencontré, parce que, quelque temps plus tôt, je voulais coucher avec une personne qui ne s’intéressait qu’aux garçons ayant entre dix-huit et vingt-huit ans. Je m’étais dit que, pour une partie de jambes en l’air, je pouvais bien mentir sur mon âge à quelqu’un qui n’y verrait que du feu. Ensuite, ayant constaté que mon nouvel âge m’attirait beaucoup plus de prétendants, j’ai décidé de rester aussi jeune que j’en ai l’air, non pas dans mon propre intérêt, mais en pensant à celui de mon prochain qui, parce qu’il est trop soumis à la tyrannie du ‘‘jeunisme’’, risquerait bêtement de passer à côté de moi ! J’ai donc fait la connaissance de Nicandre en étant censé avoir vingt-cinq ans. Après, je n’ai plus su comment lui dire la vérité. Il est si susceptible, si tracassier… Et puis je savais qu’il avait compris que je lui avais menti, parce que le soir où nous avons couché ensemble, l’ivresse m’ayant rendu moins vigilent, je m’étais laissé aller à parler de l’année de mes vingt-huit ans, je ne sais plus à quel sujet. « Comment, m’avait-il dit, tu n’as donc pas vingt-cinq ans ? – Ah ! Euh… Je ne sais plus… Quel âge t’ai-je dit que j’avais, déjà, je ne dis jamais le même d’une rencontre à l’autre. » Mon mensonge, alors, n’avait pas eu l’air de le déranger. Mais Nicandre semble avoir décidé de me torturer. C’est pourquoi il m’a reparlé de mes faux vingt-cinq ans, il y a quelques jours, quand une connaissance que nous avons en commun lui a appris quel âge j’avais vraiment. Cette connaissance commune n’est autre que le ‘‘plan’’ dont je parlais tout à l’heure, celui qui ne s’intéressait qu’aux garçons ayant entre dix-huit et vingt-huit ans, et qui est d’ailleurs le frère de mon ancien voisin, qui avait pissé depuis sa fenêtre sur les vitres de ma véranda. Mont-de-Marsan n’est décidément pas bien grand ! Nous avions sympathisé, ce garçon et moi, et couché ensemble à plusieurs autres occasions. Je lui avais vite dit que j’avais en réalité trente-deux ans. Apprenant cela, Nicandre m’a donc téléphoné, uniquement pour le plaisir de me faire savoir qu’il avait découvert quelque chose que, pourtant, je ne cachais pas beaucoup. Il voulait me faire passer pour un plus grand coupable que je n’étais vraiment. C’est un jeune chat qui s’amuse du moineau qu’il n’a qu’à moitié tué. Il ne daigne pas mettre un terme aux souffrances qu’il inflige (en rompant, par exemple, mais il est vrai que nous ne sommes pas vraiment ensemble). Il joue. C’est le moment de raconter l’horrible mauvais tour qu’il ma fait l’autre jour, que je ne voulais pas rapporter dans ce journal. Nous avions eu une conversation difficile sur le fait que j’aie osé lui demander si je n’avais été pour lui qu’un vulgaire ‘‘plan cul’’, ce qu’il avait très mal pris, ne comprenant pas que je puisse le soupçonner d’avoir si peu de considération pour moi, alors qu’il continuait de me parler, même après nos ébats, ce qu’il ne faisait pas habituellement avec des ‘‘plans cul’’, qui étaient d’ailleurs fort rares et vite oubliés. Je me sentais profondément désespéré de m’y prendre si mal avec Nicandre et de le voir toujours réagir avec tant de cruauté. Par faiblesse, par habitude, par bêtise, je me suis mis à la recherche d’un autre garçon, sur le même site Internet, uniquement dans l’espoir d’être un peu consolé. C’était d’autant plus idiot que je n’aurais pas été en état de rien faire de sexuel, ayant eu rendez-vous dans la matinée chez le dentiste, pour un détartrage au cours duquel mes pauvres gencives avaient été blessées : j’avais mal et ma bouche était une plaie ouverte ! Malgré cela, j’ai chatté pendant un petit moment avec un certain Maxime, qui a fini par me donner rendez-vous devant le lycée Duruy, non loin de ma future maison. Ce Maxime n’est jamais venu à notre rendez-vous, comme il arrive assez souvent. Un peu plus tard, Nicandre s’est de nouveau connecté à MSN et s’est mis à me parler gentiment, pendant un petit moment, après quoi nous sommes allés nous coucher. Le lendemain, nous eûmes lui et moi une nouvelle conversation, très pénible, sur le sujet qui l’avait déjà rendu si furieux. Nicandre me faisait reproches sur reproches, jusqu’à ce qu’il me dise tout à coup qu’il m’avait fait passer un test, la veille, que je n’avais pas réussi. (C’est la grande affaire de Nicandre : il prétend tester les gens à leur insu, pour mieux les connaître…) « Un test ? Mais quand ça ? Je ne me suis rendu compte de rien… » Et Nicandre de répondre : « Maxime, ça te dit quelque chose ? » J’avais été piégé. S’étant fait passer pour un autre, il avait de nouveaux reproches à me faire. Je n’avais pas compris que nous nous étions déjà jurés fidélité, puisque nous n’étions pas encore vraiment ‘‘ensemble’’, faute d’une réelle volonté de sa part. Mais il affectait d’être profondément blessé (et peut-être l’était-il vraiment) de me voir chercher des ‘‘plans’’ alors que je prétendais le désirer lui. Mais c’est moi qui étais le plus blessé de nous deux. Lors de la gentille conversation que nous avions eue avant de nous coucher, la veille, et qui m’avait fait tant plaisir, Nicandre était en réalité venu mesurer l’étendue de ma fourberie : il m’écoutait lui parler comme si de rien n’était, alors qu’il savait que je rentrais d’un rendez-vous raté avec une personne qui n’était pas censée être lui. Il faut être un monstre pour se jouer à ce point de quelqu’un pour qui l’on prétend avoir de la considération ! Mais c’était aussi une belle leçon. D’ailleurs, je suis sûr que mes lecteurs se diront qu’en me comportant aussi mal, j’ai bien mérité de subir la vengeance de Nicandre. Comme on voit, je ne suis pas très doué pour la duplicité. Je me laisse prendre facilement, parce que je ne me cache pas sérieusement. Peut-être Nicandre avait-il raison d’attendre une plus grande fidélité de la part du prétendant que je dis être. Mais aussi, qu’est-ce que c’est que cette jeunesse qui boit, qui se drogue, qui fréquente les discothèques et qui veut des prétendants exemplaires ? Et Nicandre dit lui-même qu’il recherche des ‘‘plans’’, parfois, même si c’est sans doute pour me blesser encore un peu davantage. Et d’ailleurs, comment donc a-t-il pu rencontrer mon délateur, si ce n’est à l’occasion d’un ‘‘plan’’ ? Cette fiente parmi les fiottes, qui a été le ‘‘plan’’ de tous les ‘‘plans’’, s’est tellement fait élargir le cul que c’est à peine si j’en touche les bords, moi qui n’ai pourtant pas à me plaindre des proportions qu’a voulu me donner la nature, cela dit en toute modestie ! Nicandre m’a profondément blessé. Il se comporte très mal avec moi. Pourquoi donc ai-je besoin de parler de lui, alors qu’il ne pense probablement pas à moi, en ce moment ? C’est à peine s’il m’a adressé la parole plus de deux fois hier soir et cette nuit. Quand je me suis retrouvé seul dans mon lit, ce matin, blessé, épuisé, désespéré, je me suis mis à pleurer, pour la première fois depuis longtemps. Je ne savais plus comment il fallait faire. J’avais mis les mains sur mon visage (pour le cacher à qui ?), et les larmes coulaient entre mes doigts. C’était si difficile qu’on aurait pu croire que je riais. Il me semble que j’essaie de tourner une page, depuis quelque temps. Tout le problème est que je ne sais pas exactement quelle est la page que je veux tourner. Et d’ailleurs, depuis quand exactement le veux-je ? Est-ce depuis que je sais que la venue d’Esteban est devenue fort improbable ? Depuis que je dois bientôt vivre dans un nouvel endroit ? Depuis la mort de Dominique Autié ? J’ai voulu trouver quelqu’un à aimer pour ne pas avoir à regarder la mort en face. Mais je me demande si, en tombant sur un Nicandre, et en m’attachant à lui, je ne cherchais pas à me donner de nouvelles chances de faire venir les larmes à mes yeux toujours si secs. Pleurer est une purge. Mais je n’ai pas encore le sentiment d’être assez purgé. Je n’ai pas réussi à pleurer totalement. Je me sens vraiment très mal.
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12/06/2008
Jeudi 12 juin 2008
Bien sûr que Nicandre est un être de larmes : elles forment la glace de son cœur ! C’est un monstre de froideur, calculateur et manipulateur. Je le croyais bête parce qu’illettré, parce que très jeune, parce que de son époque, mais la peur, la bêtise et la méchanceté ont leur propre intelligence. Nicandre vient de me jouer un mauvais tour et de me donner une leçon que la honte, pour l’instant, m’empêche d’écrire dans ce journal. Un moineau m’a vu dans toute ma bêtise et m’a fait voir ma propre méchanceté. Je devrais le fuir, mais je suis retenu par le souvenir et l’espoir de la chaleur dont il est capable, même si ce n’est peut-être qu’en état d’ébriété. Plus que jamais, je pourrais écrire, comme le pauvre Catulle : odi et amo, quoique je ne sois pas encore amoureux. Mais les affres de l’amour peuvent précéder l’amour même. Son espoir, son désir font tomber autant que lui. L’amour est souvent la répétition d’une comédie, qui fait couler aux acteurs plus de larmes et de sueur que la vie réelle, où l’on s’ennuie le plus souvent.
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10/06/2008
Lundi 9 juin 2008
J’ai reçu cet après-midi la visite de Laurent, qu’accompagnait son nouveau petit ami, un Chinois de Macao, qui ne parlait que l’anglais et le cantonnais, comme ma grand-mère. Nous avons dîné ensemble. J’ai voulu inviter Nicandre à se joindre à nous, qui m’a répondu qu’il était nourri, pour reprendre l’expression qui avait tant impressionné la famille de Renaud Camus. Après le dîner, l’ami a joué avec la chienne Pélagie pendant que Laurent le dévorait des yeux. Au moment de partir, ce dernier à voulu m’embrasser sur la bouche, ce qui m’a paru très déplacé, surtout devant l’autre garçon. Je suis ensuite allé retrouver Nicandre sur MSN, qui m’a dit qu’il avait faim et voulait se préparer quelque chose à manger. « Comment ? Mais je croyais que tu avais déjà dîné. – J’ai bien dîné, mais j’ai encore faim. – Est-ce que je peux venir te tenir compagnie ? J’aimerais voir le lieu où tu vis. Je peux t’apporter des crêpes de ma mère, si tu veux. – Non, je n’ai pas besoin de crêpes. C’est des cigarettes qu’il me faut. Dommage que les bureaux de tabac soient fermés. – Mais non ! Je suis sûr que je vais pouvoir te trouver des cigarettes ! Si j’en trouve, me laisseras-tu venir ? – Oui, mais tu n’en trouveras pas. – Mais si j’en trouve malgré tout, tiendras-tu parole ? – Oui. » J’en ai trouvé bien sûr, dans le bar le plus mal famé de la ville, où toute la gitanerie locale semblait s’être donné rendez-vous. J’ai donc retrouvé Nicandre chez lui, dans sa tenue de sport, qu’il avait remise à la hâte avant mon arrivée. Il ne s’était pas non plus douché depuis ses exercices de musculation de l’après-midi. Il était plus beau que la dernière fois, parce que moins apprêté, sans autre parfum que celui de sa légère sueur. La peau de ses fins bras était légèrement collante lorsque j’y passais la main. J’ai pu voir la couleur naturelle de ses cheveux, sans gel, plus clairs. Il m’a fait voir le blogue de l’ami chez qui nous devons aller vendredi. C’est un de ces Skyblogs hideux où l’on ne trouve que des photos des fêtes auxquelles participent la bande d’amis de l’auteur. Pauvre de moi ! Que je suis malheureux d’être tombé, peut-être pas encore amoureux, mais déjà si bas ! Nicandre volette autour de moi comme un bel oiseau sans cervelle, en me regardant toujours d’un peu trop haut. D’habitude, c’est moi qui ai de ces regards. Je ne me suis jamais senti plus à la merci d’un garçon depuis Augustin. Nicandre est un cruel, qui veut faire croire qu’il n’a pas de cœur, de ce cœur qui s’emballe à chacune de ses crises de panique ! Sa seule passion semble être d’emporter la victoire sur les cœurs des autres, sur le mien, en ce moment. C’est un vainqueur impitoyable. Je me suis retrouvé tout à l’heure agenouillé devant lui, ma main touchant ses genoux, à lui demander, d’une voix implorante, de me répondre franchement, pour en avoir le cœur net : n’avais-je été pour lui qu’un vulgaire ‘‘plan’’, l’autre nuit ? « Non », a-t-il évidemment répondu, c’est-à-dire ce que je voulais entendre, pour me soumettre davantage encore, par l’espoir. J’aurais fait de même, à sa place. Je l’ai déjà fait si souvent… Mais quelque chose m’émeut dans ce méchant petit guerrier, cet Eros inflexible, amusé. Voir son misérable logis m’a bouleversé. Je sais qu’il y a des larmes, profondément enfouies sous les roches de son apparence. Je voudrais être le sourcier de Nicandre. Et le peu qu’il m’a déjà donné est un tel nectar. Il y a eu ce moment, chez moi, où la main de Nicandre, que je caressais, s’est lentement animée, pour saisir la mienne. Et plus tard, dans l’obscurité de ma chambre, une ou deux gouttes de lait, légèrement plus tièdes que ma joue…
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09/06/2008
Dimanche 8 juin 2008
Nicandre, puisque tel est désormais son nom dans ce journal, voudrait me présenter à ses amis vendredi prochain. Moi qui me croyais guéri de ma phobie sociale, il me semble avoir retrouvé, depuis l’annonce de cette présentation, toutes mes pensées obsédantes d’autrefois. Je suis déjà occupé à rechercher la meilleure stratégie d’évitement. Sans doute serai-je très observé par ces personnes que je ne connais pas et dont Nicandre veut probablement connaître l’opinion qu’ils auront de moi. D’un côté, je me réjouis de cette présentation, qui pourrait vouloir dire que le garçon tient assez à moi pour m’introduire dans son petit monde. De l’autre, je suis désespéré de devoir me retrouver au milieu d’inconnus que, probablement, je n’aimerai pas. Et ce goujat de Nicandre voulait que je le retrouve directement chez tel de ses amis, vendredi soir, sans même m’accompagner, indélicatesse qui me fait douter un peu de ses bonnes intentions. Il a fallu que j’insiste pour que nous arrivions ensemble. C’est tout de même incroyable qu’un garçon qui souffre de trouble panique soit tellement indifférent à la phobie sociale de son ami ! O tempora ! O mores ! Ce que je dois faire pour un garçon que je n’aime pas encore, mais que je désire, et qui, sans doute, ne me mérite pas ! Il faudra bien que j’aille à cette soirée où Nicandre veut me traîner ! Je devrai boire beaucoup d’alcool, pour en avoir la force, ce qui me fera sans doute passer pour un type étrange aux yeux des autres. Mais ce sera l’occasion de connaître un peu mieux Nicandre, de l’observer dans son milieu naturel : je pourrai ainsi vérifier s’il est vraiment digne d’intérêt. Peut-être aussi trouverai-je un garçon plus désirable encore…
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07/06/2008
Samedi 7 juin 2008
Hier soir, avant d’écrire dans ce journal, j’ai eu la visite d’un garçon qui n’a vraiment pas été gâté par la nature, mais que je laisse me connaître, par charité, et peut-être également parce qu’il sait s’y prendre. Il voulait absolument me présenter un ami à lui, qui a habité dans cet immeuble, lui aussi, il y a quelques années. Une fois que ce dernier m’eut confirmé, en racontant ses propres anecdotes, que la mauvaise opinion que j’avais de mes voisins n’était pas qu’une vue déformée de mon esprit malade, la conversation serait devenue des plus ennuyeuses, si elle n’avait été profondément grotesque. J’oscillais intérieurement entre l’exaspération et l’hilarité. J’en suis à me demander s’il n’y a pas deux formes d’homosexualité, dont l’une ne serait qu’une orientation sexuelle quand l’autre serait une véritable désorientation de l’esprit ! Lorsqu’ils furent enfin repartis et que j’eus écrit quelques lignes ici-même, j’étais en train de lire dans mon lit quand j’ai reçu un SMS du garçon d’avant-hier soir, dont le prénom, fort inhabituel dans la forêt landaise, est un diminutif anglais, qui le ferait probablement reconnaître immédiatement aux personnes de son entourage qui viendraient lire par hasard ce blogue, et par extraordinaire, car je doute beaucoup qu’on en trouve autour de lui qui sachent vraiment lire. Donnons-lui plutôt le nom d’un personnage de La Muse garçonnière, appelons-le Nicandre, par exemple. Nicandre s’excusait de n’avoir pas répondu à l’SMS que je lui avais envoyé plus tôt dans la soirée : il venait de passer trois heures à l’hôpital, où l’avait conduit une nouvelle attaque de panique, comme celle qu’il avait eue déjà quelques jours avant notre rencontre. Il m’écrivait depuis les rues de la ville, qu’il parcourait seul, rentrant chez lui, où personne ne l’attendait, sa mère travaillant toute la semaine quelque part près de Bordeaux. Je crois que Nicandre et sa mère, qui ont coupé les ponts avec le reste de leur famille, vivent très chichement, dans un tout petit appartement, une espèce de studio, dans lequel j’ai appris qu’ils devaient dormir dans la même pièce ! Nicandre me dit, dans l’un des SMS qui suivirent, qu’il pensait avoir avancé, parce que le médecin qui, à l’hôpital, avait pris le temps de s’intéresser à lui, avait réussi à le faire pleurer. « Mais moi aussi je m’intéresse à toi ! ». Je lui ai proposé de venir chez moi, mais il était trop fatigué. Il préférait rentrer chez lui. J’aurais aimé qu’il ait besoin de moi. Nicandre est apparemment atteint de ‘‘trouble panique’’. Et de fait, quelque chose en lui semble trembler, une peur sans doute profondément enfouie, mais qui fait comme vibrer tout son être. Et sa peur est contagieuse : on a peur de lui faire peur ! Quelle belle invention que les SMS : on croirait qu’ils ont été créés pour envoyer de petits mots gentils aux jolis garçons.
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Vendredi 6 juin 2008
C’était aujourd’hui la première fois de ma vie que j’écrivais une lettre de condoléances. Le garçon d’hier soir était un enchantement de grâce, de méchanceté et de sottise. On eût dit que cet illettré s’était mis à l’école de Socrate : avant de venir chez moi, il m’avait en effet prévenu qu’il s’offrait rarement à d’autres, surtout le premier soir, parce qu’il ne voulait pas qu’on l’aime pour sa beauté, mais pour son esprit, dont il m’a semblé pourtant fort dépourvu ! C’était pourquoi je ne devais surtout pas lui faire boire d’alcool, m’avait-il dit, qui ne manquerait pas de l’échauffer : une fois gris, il risquerait de ‘‘m’allumer’’, selon ses termes, et n’était pas sûr de pouvoir me résister, si, répondant à ses provocations, je devenais trop entreprenant à mon tour. En réalité, c’est un vrai petit roué du livre XII de l’Anthologie palatine qui est venu frapper à ma porte. Tel un Alcibiade faisant le cômos, il était déjà fin soûl quand il est arrivé chez moi. Il m’a fait boire avec lui de la vodka, en m’expliquant qu’il nous fallait en passer par là pour tester nos volontés respectives. Malgré l’ivresse, je me suis montré irréprochable, jusqu’à ce que le garçon, trop fatigué pour rentrer chez lui, décide de dormir avec moi. Une fois au lit, nous sommes tombés d’accord pour nous prendre dans les bras l’un de l’autre en toute innocence. Et de fil en aiguille, nous nous sommes rendus coupables de presque tout ce que nous voulions éviter. Je ne suis qu’un pauvre mortel et je dois dire pour ma défense que même un dieu n’aurait su résister à la splendeur de ce corps déposé dans l’obscurité de ma chambre ! Peut-être le garçon n’était-il pas si roué que j’avais cru. Car une fois commis notre crime, il me reprocha beaucoup de l’y avoir entraîné. La tristesse de la journée, que j’avais presque oubliée, s’est abattue de nouveau sur moi. Le cruel a préféré rentrer chez lui, après m’avoir tout de même laissé le serrer encore un peu dans mes bras. L’amour des garçons est le plus gai comme il est le plus triste. C’est même un amour tragique, en cela que son objet est condamné à disparaître tôt. L’âge de garçon est éphémère. Il n’y a que le garçon qui ne le sache pas. Cet inconscient est un avare qui, comptant le moindre plaisir qu’il peut donner, ne voit pas que ce sont ses heures qui sont comptées.
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05/06/2008
Jeudi 5 juin 2008
Suis allé voir ma sœur, cet après-midi, pour m’excuser de m’être emporté dimanche, lors du dîner familial, au cours duquel nous devions subir le fils de son actuel amoureux, qui est absolument insupportable. Ma sœur me dit que cet enfant est en réalité des plus sages, comparé aux autres. J’en tombe des nues. Moi qui croyais qu’il était particulièrement mal élevé ! Il l’est, mais apparemment beaucoup mieux que la plupart des autres enfants ! L’époque est donc encore pire que je le pensais. Je ne supporte personne, en ce moment. Même Esteban m’exaspère. On croirait qu’il s’amuse à me faire perdre mon sang froid. Il me répète que notre complicité d’autrefois s’est totalement évaporée. Il faut dire qu’il y a déjà plus de deux ans que nous ne nous sommes pas vus. Ma rencontre avec Dominique Autié, à Toulouse, est plus récente : elle remonte à un peu moins d’un an. Sa disparition m’a plus affecté que j’aurais cru. Mon humeur s’en ressent. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas suivre son exemple que d’ainsi laisser libre cours à cette mauvaise humeur. J’attends un garçon de dix-huit ans, très beau, dont la venue devrait me réjouir, mais j’ai presque envie d’annuler notre rendez-vous, parce que je pressens qu’il va m’exaspérer, lui aussi, d’être à ce point de son époque. Il est très mal élevé, mais je me comporterais sans doute aussi mal que lui, en annulant tout au dernier moment. Je voudrais aller me coucher. Je dors toujours beaucoup. Le sommeil est le remède à tous mes maux.
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03/06/2008
Nouvelle remarque sur l'annulation d'un mariage
16:21 Publié dans 2008, Hévrèse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
31/05/2008
Vendredi 30 mai 2008
J’ai appris aujourd’hui la mort de Dominique Autié. Hier encore, ou avant-hier, ayant fait tomber un livre en voulant en attraper un autre, je me suis dit : « Ah ! Si Dominique Autié me voyait ! ». Depuis que j’avais lu dans son blogue qu’il s’étonnait qu’il y ait des gens qui, étant généralement capables de prendre garde qu’un pot de confiture ne leur échappe des mains et n’aille se biser par terre, n’aient pas autant de précautions pour les livres, j’avais pris l’habitude de dire ou penser cette petite phrase quand il m’arrivait (car cela m’arrive) de maltraiter ainsi quelque volume un peu trop négligemment saisi. En réalité, les yeux de Dominique Autié s’étaient refermés dans la nuit de lundi à mardi dernier, comme j’ai pu lire dans le courriel que j’ai reçu tout à l’heure. Je n’avais plus de nouvelles depuis environ une quinzaine de jours suivant celui où il m’avait annoncé qu’il était probablement malade. Il n’avait pas encore les résultats des examens qu’il venait de subir, à ce moment-là, mais n’était guère optimiste. Je lui avais écrit deux fois par la suite, pour lui demander des nouvelles de son état, sans recevoir de réponse. Nous nous étions aperçus à plusieurs reprises, depuis que nous correspondions, que certains de nos courriels, à lui comme à moi, se perdaient tout bonnement dans l’immensité de la Toile sans jamais nous parvenir. Je me dis que, peut-être, un message de lui répondant à mes deux derniers s’est perdu, lui aussi, et que, suivant ma lamentable pente de procrastinateur invétéré, j’ai trop tardé à lui en envoyer un troisième, pour lui demander si, par hasard, il n’avait pas répondu aux deux précédents ; si bien qu’il a peut-être cru que j’avais négligé de répondre à une lettre qu’il ne savait pas qui ne m’était jamais parvenue. Comment ai-je pu à ce point tarder à lui faire signe, alors que j’étais sûr que quelque chose n’allait pas, à cause de l’inhabituelle irrégularité avec laquelle il publiait ses textes dans son blogue, depuis quelque temps, à cause surtout de son silence depuis le 8 mai ? Je me sens impardonnable. C’est étrange comme parfois le hasard semble se rejoindre : un accident informatique survenu il y a quelques jours, mais aussi la mauvaise tenue de mes archives et la négligence de leur sauvegarde, ont fait que j’ai perdu presque toute trace de notre correspondance. Je crois que je peux dire, un peu comme fait Juan Asensio dans son blogue, que je viens de perdre l’un de mes amis les plus chers, bien que nous ne nous soyons rencontrés qu’une fois lui et moi : c’était lors de mon passage à Toulouse pour l’inauguration de la ligne B du métro. J’étais d’ailleurs très mal accompagné ce jour-là, et s’ajoute à ma peine la pensée que Dominique Autié ne m’aura vu qu’encombré d’un garçon bête et laid. Il m’avait d’ailleurs écrit ensuite que le silence dudit garçon l’avait impressionné. Il avait cru y reconnaître une grande capacité d’écoute. J’avais dû le détromper. Ce silence n’était dû qu’à la prudente bêtise d’un psy, faux et froid, occupé sans doute à nous analyser pendant que nous parlions ! Nous avions bu du café, de ce café dont Dominique Autié faisait, je crois, une grande consommation, pour tenir le coup durant les heures qu’il passait assis à sa table de bureau, derrière l’écran de son ordinateur. Il me reste de lui quelques-uns de ses livres, qu’il m’avait offerts lors de ma venue à Toulouse, un exemplaire de La Couronne et la Lyre dans la collection blanche, recouvert de papier cristal et entre les pages duquel est glissée une feuille pliée en deux et pour moi pleine de mystère. S’agit-il simplement de l’une de ces pages sorties de son imprimante, mais comportant une faute, et dont il se servait pour prendre les notes que lui inspiraient sa lecture ? Ou est-ce une espèce d’ex-libris volant ? Le texte reproduit la page de titre de sa Galère espagnole, sous-titrée Bibliotheca Familiaris, avec le nom de Dominique Autié et la date de 1996 (alors que La Galère espagnole a été publié en 1998). Cet étrange 1996 pourrait être l’erreur qui avait fait écarter la feuille ; ou signifie-t-il autre chose, ayant un rapport avec le classement du livre dans la bibliothèque d’où il avait été tiré ? C’est d’autant moins probable que l’ouvrage ayant été trouvé chez un libraire d’anciens avait été acquis spécialement pour moi, pour m’être offert, et n’avait donc probablement jamais été rangé dans la bibliothèque de Dominique Autié. Sans doute ce feuillet s’est-il tout simplement retrouvé par erreur dans mon livre. Je n’ai jamais osé poser à la question à Dominique Autié : j’avais peur de passer pour un imbécile ! Il me reste enfin sa voix, enregistrée sur un CD, lisant la Présentation à Gargas de l’Homme-aux-liens. Dominique Autié ayant bien voulu publier dans L’ordinaire et le propre des livres deux textes de moi me présentait dans l’index de son blogue comme un écrivain : c’était me faire beaucoup d’honneur. (Je me suis parfois demandé si l’espèce de bienveillance qu’il avait pour moi ne s’expliquait pas par le fait que je portais le même prénom que son frère cadet, homosexuel lui aussi, mort mystérieusement écrasé par un train.) C’est lui qui m’avait conseillé de me ‘‘porter volontaire’’ pour ne pas être publié dans le numéro de la Presse Littéraire consacré aux écrivains infréquentables lorsque Juan Asensio s’était trouvé à court de place. Dominique Autié ne savait sans doute pas qu’il était devenu pour moi une espèce de père spirituel, si l’expression ne fait pas trop sourire. Disons plutôt : un exemple à suivre. Je me sens très triste, ce soir.
02:52 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
29/05/2008
Sur l'annulation d'un mariage
23:08 Publié dans 2008, Hévrèse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28/05/2008
Mardi 27 mai 2008
Le voyage en Grèce que nous voulions faire ensemble, Esteban et moi, tombe à l’eau. La somme d’argent que devait lui donner le plus gentil de ses frères lui sera finalement versée en deux fois, et trop tard de toute façon… A partir d’une certaine date, il se trouve que les prix des billets d’avion sont doublés : faute de moyens suffisants, Esteban se retrouve donc littéralement coincé sur sa maudite île paradisiaque ! Il me dit que c’est sans doute à cause de la mauvaise influence de son plus méchant frère (le bourgeois, comme il l’appelle) que le gentil (l’entomologiste) a pris cette décision catastrophique pour nous. Pire, il commence à croire que le bourgeois a tout bonnement détourné à son seul profit les parts de toutes la fratrie dans la vente d’un bien qui devait servir à financer notre installation aux Canaries. Si je n’avais pas la perspective d’emménager dans une nouvelle maison, dont il me faut concevoir la décoration, qui occupe à peu près toutes mes frivoles pensées, je serais effondré. C’est le désœuvrement de l’attente où je suis réduit, cette mort avant la mort, c’est le désespoir, qui m’ont fait acheter cette maison, autant que l’intolérable promiscuité de mon actuel voisinage. C’est encore l’ennui, ou plutôt la peur de ne pas vivre assez, qui me fait baiser plus qu’autrefois. On ne peut savoir l’heure de sa mort. Et si elle survenait avant qu’on ait eu le temps de baiser autant qu’on aurait pu ! Déjà, je me rends compte, malgré la fraîcheur que m’ont conservé le sommeil (auquel je me livre sans retenue) et la chance de n’avoir jamais vraiment travaillé de ma vie (pourvu que ça dure !), déjà, je vois qu’il n’est pas toujours possible de cueillir les plus jolies fleurs qui s’offrent à mes yeux mais se refusent à mes mains. C’est d’autant plus frustrant que j’ai la conviction que ces garçons qui m’échappent y perdent plus encore que moi, cela dit en toute modestie. Je ne voudrais pas passer, comme ils font, à côté de garçons qui, peut-être, recèlent plus de trésors qu’ils semblent en promettre. « On hasarde de perdre à vouloir trop gagner. » C’est pourquoi, dans le doute, je me laisse parfois connaître à des hommes qui sont loin d’être à mon goût, même à des gros ! Il est vrai que je suis souvent déçu. Esteban y voit du vice ! C’est la même espèce de sentiment qui m’a convaincu d’acheter la maison lorsque je me demandais si je n’étais pas un peu trop l’esclave de mes caprices. Je me suis dit que je ne voulais pas courir le risque de mourir, demain ou dans un an (qui sait ?), sans avoir réalisé, ou du moins sans avoir éprouvé la satisfaction que serait réalisé dans quelques mois un désir dont j’ai les moyens, ou même dont quelqu’un qui m’aime (ma mère, par exemple) a les moyens à ma place ! Ç’aurait été une folie. C’est pour cette même raison que je ne me résous pas à renoncer à Esteban, dont les promesses, qui n’en sont pas vraiment, sont toujours remises aux calendes grecques. Je ne puis m’empêcher de penser qu’on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Peut-être Esteban sera-t-il un jour vraiment revenu de sa mauvaise passe. Et peut-être, alors… Mais en attendant, je ne peux pas me permettre de tout arrêter, moi qui vis déjà si peu, comme ne manquerait pas de me faire remarquer Pierre Driout. Le risque est trop grand de ne pas épuiser mon lot. C’est pourquoi je cueille et papillonne, pour me rendre compte, après coup, que c’est sur moi qu’on a papillonné, que c’est moi qu’on a cueilli, humé, puis laissé tomber par terre. Mon problème, j’en parlais récemment avec un internaute du site de pédés habituel, qui me confiait avoir le même défaut, c’est que je ne suis pas quelqu’un d’attachant. Peut-être cela s’explique-t-il d’ailleurs par le fait que, moi-même, je ne m’attache pas facilement. Même Esteban ne me trouve pas attachant. Il faut dire qu’il est le mieux placé pour savoir à quel point je ne le suis effectivement pas ! (Il est attaché à moi, bien sûr, mais à un moi que je ne veux pas connaître, que je ne reconnais pas, que je ne veux pas être et qui, en un sens, et pour ces raisons, n’est pas moi ; exactement comme je suis attaché à lui pour des raisons qui lui déplaisent et qui ne sont pas celles qu’il aurait voulues. J’imagine que lui non plus, il ne voudrait pas, à cause de mes défauts, qui sont très nombreux, à l’en croire, passer à côté de ce que je puis offrir, qui m’échappe totalement, je dois dire, mais qu’il a su trouver, apparemment, et dont il semble même se satisfaire.) L’un de mes ‘‘plans’’ réguliers m’envoyait hier encore ce SMS : « Je n’ai pas envie de toi ce soir. » En voilà un qui n’est pas très attaché, je pense. (A moi aussi il arrive d’avoir très envie d’une pizza, et pas du tout d’un hamburger…) Je suis toujours étonné de voir comme certains garçons se donnent entièrement pour disparaître ensuite sans plus jamais donner de nouvelles. On m’objectera que c’est précisément parce qu’ils disparaissent aussitôt qu’ils osent se livrer ainsi. Peut-être. Mais moi, cela me surprend toujours. Je repense par exemple à ce petit étudiant, beau comme un pompier volontaire (c’en était un !), qui s’est donné à moi il y a quelques jours avec une passion fort inattendue. Ses baisers étaient si intenses qu’à un moment, nos bouches, en se séparant, se sont trouvées reliées par un long filet de salive, comme le spaghetti de La Belle et le Clochard ! « ‘‘C’était romantique…’’ » Eh bien ! Je n’ai plus eu aucune nouvelle de ce garçon, qui avait pourtant l’air proprement désespéré, et faisait l’amour comme si c’était la dernière fois pour lui. Mais je m’avise maintenant que c’était bien la dernière fois, en effet : la première et la dernière fois avec moi. C’est bien triste.
01:23 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22/05/2008
Jeudi 22 mai 2008
Ma mère et moi sommes allés signer cet après-midi le compromis de vente de la maison qui me plaisait tant. Finalement, comme il y a quatre ans pour cet appartement, la maison que nous nous apprêtons à acheter est la première que nous ayons visitée, et qui m’a plu tout de suite. Aucune de celles que nous avons vues par la suite n’était plus à mon goût. Il nous faudra finalement payer 10000 EUR de plus que ce que nous espérions, soit 7000 de moins que ce qu’en demandaient les vendeurs, une fois ôtée la valeur du garage, qui est de 8000 EUR, mais que nous n’achetons pas, parce qu’il se trouve plus haut dans la rue, et que je n’en ai pas vraiment besoin. Je suis donc en train de vivre mes dernières semaines à l’intérieur de cet appartement, qui est pourtant très agréable en cette saison, malgré les voisins, qui, eux, sont toujours aussi peu supportables : la formule de Chirac, sur le bruit et l’odeur, était très juste. J’entends en ce moment même les asiatiques marcher fort peu discrètement au-dessus de ma tête, et j’ai bien l’impression que le couple de lesbiennes, qui vivent sans doute aussi pauvrement que moi, ne se nourrit en ce moment que de pommes de terre frites et de sardines grillées ! L’odeur est indescriptible. La mixité sociale est une supercherie : elle ne profite qu’aux couches les plus basses de la société, qui ont de déplorables manières et en imposent les horribles effets sur autrui, et aux étrangers, qui n’ont évidemment pas les nôtres, c’est-à-dire les bonnes. Les gens comme il faut, dont je me pique d’être, malgré mes défauts et mon grand laisser-aller, sont les victimes de cette politique désastreuse. Car la mixité sociale existe de fait, ne serait-ce que parce que, comme le fait si justement remarquer Renaud Camus, il n’existe plus guère qu’une classe sociale, qui est celle des petits-bourgeois : il n’y a donc plus rien à mélanger, et c’est parce que tout l’a déjà été ! Le résultat de ce hideux mélange s’appelle petite bourgeoisie. En réalité, cette mixité sociale que les politiques appellent de leurs vœux, c’est la mixité raciale, qu’il n’est évidemment pas possible de nommer en des termes si crus. Mais j’ai pu constater lors d’une conversation récente, à propos d’un fait divers rapporté dans la presse locale, que l’expression ‘‘mixité sociale’’ avait bien le sens que je dis. A Mont-de-Marsan même, l’un des bâtiments de l’ancienne caserne Bosquet a été reconverti en logements sociaux, qui sont occupés depuis à peine un peu plus d’un an. La vie y est déjà devenue impossible. Des bandes de jeunes viennent boire de l’alcool et faire du tapage toutes les nuits sur l’ancienne place d’arme. Des chiens font leurs besoins à l’intérieur même de l’immeuble, dans les parties communes, dont les faux plafonds sont déjà crevés ! Une jeune fille rapportait que le maître d’un de ces chiens lui avait craché dessus avant de donner un coup de poing à son petit ami parce qu’elle avait tenté de faire partir une des bêtes qui, assise devant la porte, l’empêchait d’entrer dans l’immeuble. Un jeune homme (c’est le fait divers) a été poignardé pour n’avoir pas accepté de donner une cigarette au membre d’une bande ennemie ! La personne avec laquelle je parlais de cela me disait : « C’est étrange, tout de même, cette violence, puisque il y a bien la mixité sociale, dans cet immeuble. – Comment ça, la mixité sociale ? Puisque ce sont des logements sociaux… Les habitants ne sont-ils pas tous aussi pauvres les uns que les autres ? Tu voulais sûrement dire la mixité raciale. ». C’était en effet ce qu’elle avait voulu dire (et les nombreux prénoms cités dans l’article du journal laissaient entendre que la mixité raciale était en effet bien grande dans cet immeuble déjà devenu inhabitable ! Quoi qu’il en soit, sociale ou raciale, la mixité n’est pas la solution mais bien le problème ! C’est à cause d’elle que je dois fuir. Je me sens littéralement chassé de chez moi par des étrangers (je précise que ce sont sans doute des Français d’origine étrangère), par des malpropres et des malappris. Et mon appartement ne se trouve pas dans une ‘‘cité’’, mais au cœur même de Mont-de-Marsan. C’est bien simple, il n’est pas possible d’habiter plus au centre de la ville ! Dans ma nouvelle maison, j’aurai pour voisin, m’a-t-on dit, le président du tribunal de Grande instance : ce devrait être plus calme ! J’ai dit que je vivais pauvrement, ce qui ne signifie pas exactement que je suis pauvre (je n’irai tout de même pas jusqu’à dire, comme fait ce plaisantin d’Esteban, que je suis un nanti ; mais il est vrai que j’ai la chance d’avoir une famille, sur laquelle je peux compter). Ah ! Que mon malheur eût été grand si j’avais été vraiment pauvre et que je n’avais pas eu les moyens de fuir !
20:12 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
14/05/2008
Mardi 13 mai 2008
« O chienne Pélagie, publiais-je à l’instant dans mon blogue, Toi qui fus la vigie / De nos brèves amours, / Approche ton pelage, / Que je respire autour / Un peu de son passage… », ce que lisant, Pierre Driout, mon commentateur le plus assidu, et qui sait comment soigner les accès de lyrisme, s’est empressé de me demander si mon amour sentait le chien mouillé ! Or c’est un détail que je n’avais pas noté dans ce journal, mais la première fois que j’ai rencontré ***-***, il avait sur lui, et en particulier dans ses cheveux, une légère odeur de moisi. Je m’étais dit qu’il habitait sûrement dans une maison très humide. Mais je viens de penser que, probablement, l’odeur qu’avait ***-*** cette nuit-là m’avait rappelé, plus ou moins consciemment, celle de livres d’Hervé Guibert que j’avais commandés sur un site de vente aux enchères, il y a quelque temps, et qui, ayant peut-être été cachés dans une cave, avaient fini par avoir cette même odeur de moisi. C’est sans doute cette odeur qui m’avait fait faire une association entre les cheveux bouclés de ***-*** et ceux de Guibert. A la réception des quelques livres de Guibert, j’avais écrit que je savais déjà que cette odeur de moisi serait pour moi l’odeur du sida. Je me trompais. Pas une seule fois je n’ai pensé au sida, lorsque je serrais ***-*** dans mes bras. Mais sans doute la mort rôdait-elle en effet, car je pressentais déjà que je ne pourrais pas le retenir, n’était-ce que parce que, même en le tenant entre mes bras, je ne le touchais pas vraiment. J’ai écrit l’autre jour que nous n’étions pas du même siècle, lui et moi ! Notre rencontre était un peu comme cette illusion d’optique grâce à laquelle un photographe peut faire croire que c’est le personnage au premier plan de l’image qui empêche la tour de Pise à l’arrière plan de s’effondrer. Nous nous sommes croisés sans jamais nous rencontrer vraiment : nous n’avons fait que nous effleurer, que nous traverser, comme se traverseraient les ombres d’hommes morts à des époques différentes. Je suis allé vérifier que l’odeur était restée entre les pages des livres de Guibert. Je ne l’ai pas retrouvée. J’écrivais un jour que les garçons sont des livres. ***-*** avait l’odeur d’un livre caché dans une cave, oublié dans un grenier. Qu’on trouve le livre, et c’est l’odeur qui finit par se perdre…
01:05 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
13/05/2008
O chienne Pélagie...
O chienne Pélagie,
Toi qui fus la vigie
De nos brèves amours,
Approche ton pelage,
Que je respire autour
Un peu de son passage…
23:04 Publié dans 2008, Rimes et vers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12/05/2008
Dimanche 11 mai 2008
Il est si pur qu’il n’a pas seulement conscience de mal agir envers moi. Et je suis si vil que je le laisse faire. Quand je pense que certains internautes moralisateurs n’étaient pas loin de m’accuser de détournement de mineur, tant il leur semblait aller de soi que le plus jeune est toujours le plus fragile et le plus vieux un manipulateur nécessairement malintentionné ! Mais il existe une ingénuité proprement monstrueuse et dévastatrice, une imperturbable franchise, une inébranlable bonne foi dont le cœur est l’indifférence à autrui, non par mauvaise volonté, mais par insensibilité, par inconscience des choses humaines, par une espèce d’angélisme aveugle et sourd, et dont tout le message est de se donner soi-même. Cet adorable garçon est un ange non pas dépourvu de sexe, Dieu merci, mais d’oreilles. Sans ma duplicité, sans mon hypocrisie, sans l’aisance avec laquelle je puis (contrairement à ce que j’avais laissé entendre une fois) renoncer à toute forme d’amour-propre quand cela est dans mon intérêt, ou plutôt quand c’est mon désir, sans la bonne volonté que je puis mettre à m’humilier, jamais nous ne nous serions revus, lui et moi, jamais nous ne nous serions encore connus, au sens particulier que donne la Bible à ce verbe, jamais nous ne nous serions donc connus davantage non plus, jamais du moins nous n’aurions essayé de le faire et tenté de dire ensemble cet impossible nous. D’ailleurs, paradoxalement, ces sortes d’anges, impeccables, inhumains, sont également muets ! Comme l’indique l’étymologie, c’est la boue qui est humaine. C’est elle qui parle et crie vengeance, comme encore gorgée du sang d’Abel. Mais comment se venger de ce qui est si pur que pas même une âme ne semble y souffler ? C’est la boue qui boit et respire. Que peut-on faire, quand c’est la bonté qui fait mal ?
00:54 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
10/05/2008
Samedi 10 mai 2008
L’un des skateurs qui fréquentent la boutique de Fred, l’ancien amoureux de ma sœur, avait ceint ses cheveux d’un lien de cuir noir. Il avait l’air d’un Grec ou d’un indien. Puis il a mis des lunettes d’aviateur. On l’aurait cru sorti tout droit d’un film de Gus Van Sant. Il est végétarien. Deux de ses compagnons avaient acheté du saucisson. Ils l’invitaient à en manger en lui précisant qu’ils avaient pris soin d’en prendre aux noix !
20:49 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Vendredi 9 mai 2008
Suis tombé par hasard sur Matio en garant ma voiture dans la rue Montluc. Sommes allés boire quelques bières ensemble. Et c’est tout.
02:16 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08/05/2008
Mercredi 7 mai 2008
Il est donc grand temps que je déménage. C’est pourquoi mon appartement est officiellement à vendre depuis aujourd’hui. Ma mère et moi, nous avons l’intention d’acheter un nouveau logement ensemble, que j’habiterais seul, évidemment, mais dont nous paierions chacun la moitié du prix. Elle m’avancerait ma part en attendant que mon appartement soit vendu. Nous avons déjà fait transmettre à des vendeurs notre proposition pour l’achat de la charmante maison de ville qu’ils possèdent et qui me plait beaucoup, bien qu’elle ne soit pas rinaldo-camusiennement irréprochable, puisque les volets de bois des fenêtres (en PVC), par exemple, ont été remplacés par des volets roulants… Mais bon. Du moins le crépi est-il intact. Et puis il n’y a pas que les façades, dans la vie, après tout ! C’est l’intérieur qu’on occupe ! (Ah ! Mon Dieu ! Si Renaud Camus me lisait !) Nous devrions avoir une réponse des vendeurs vendredi. Mais je ne me fais pas trop d’illusions, parce que nous avons proposé d’acheter la maison à un prix bien inférieur à celui que les propriétaires avaient fixé.
01:57 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07/05/2008
Mardi 6 mai 2008
Ah mon Dieu quelle journée ! Les chiennes Sappho et Pélagie, pendant que ma mère et une sienne amie les promenaient, ont été attaquées par une espèce de molosse qui avait réussi à s’échapper du jardin qu’il gardait au moment où ces dames passaient devant. Ma chienne n’a pas vraiment été mordue, même si elle m’est revenue trempée de la salive du molosse. Par contre, Sappho ne s’en est pas si bien tirée. Ma mère s’est soudain retrouvée avec une laisse dans la main sans plus de chienne au bout : il ne restait que le collier et du vide à l’intérieur. Sappho, qui en avait été littéralement arrachée, était prisonnière de la gueule du molosse, qui la secouait violemment, comme fait souvent Pélagie lorsqu’elle joue avec une de ses peluches. Quand enfin le chien, sans raison apparente, l’a relâchée, sa victime a pris la fuite et est rentrée directement chez ma mère, où c’est moi qui, me trouvant alors dans le jardin, lui ai ouvert le portail. Puis je suis sorti dans la rue, pour voir ce qui se passait, car il est très alarmant de trouver cette bête, qui est la passion de ma mère, sans cette dernière au bout de la laisse. Et c’est à ce moment que je l’ai aperçue au loin, complètement catastrophée, à la recherche de sa chienne adorée, qu’elle s’imaginait retrouver agonisant dans le caniveau. Quand je pense qu’elle se fichait complètement de savoir si j’avais attrapé la rage, la fois où j’ai moi-même été attaqué par un chien ! Il a fallu conduire Sappho chez le vétérinaire, qui a dû l’endormir, à cause de la douleur et pour pouvoir recoudre ses nombreuses plaies, qui sont profondes. Elle s’y trouve encore au moment où j’écris ces lignes. Ma mère devrait pouvoir aller la chercher demain. Quant à Pélagie, elle est restée prostrée tout le reste de la journée. Ce soir, mon voisin du dessus, le nouveau, faisait trop de bruit. Je suis monté le lui dire. Il était ivre, évidemment et, en bon ivrogne qu’il est, il a voulu ‘‘parlementer’’, mais je n’étais pas d’humeur à respirer davantage sa mauvaise haleine. Passablement énervé, je suis rentré chez moi en claquant la porte un peu trop fort. Il est donc descendu à son tour, après avoir renvoyé son invitée chez elle, pour poursuivre notre explication. Il était fort contrarié, parce que je venais de lui ‘‘casser son coup avec la meuf qu’il avait levée’’. Je puis comprendre sa déception, mais qu’a-t-il besoin de déplacer tous les meubles de chez lui, de courir dans tous les sens et de tomber par terre pour faire son affaire à une fille apparemment aussi soûle que lui ? Moi, quand je baise quelqu’un chez moi, c’est généralement moins bruyant, ce qui ne veut pas dire moins intense, du moins je l’espère ! (Hier, par exemple, j’ai couché sans faire trop de bruit avec un garçon qui se trouvait d’ailleurs être le frère de mon ancien voisin, celui qui s’était amusé à pisser sur ma véranda depuis les fenêtres de son appartement, qu’occupe aujourd’hui l’ivrogne dont il est ici question. Le monde est tout de même petit. Fin de la parenthèse.) Comme il parlait un peu fort, et que moi aussi, une autre voisine, la lesbienne, est sortie à son tour de chez elle, pour nous demander de faire moins de bruit. Mais comme elle est elle-même très virile, elle a fait cette demande en parlant encore plus fort que nous, ce qui as attiré hors de son appartement un quatrième voisin, une espèce de ‘‘punk à chien’’, comme je crois qu’il faut dire, qui s’est d’ailleurs fait très copain avec mon vaurien de voisin du dessus, dont je parlais d’abord, mais qui a sa propre querelle de voisinage avec la ‘‘camionneuse’’, qui s’est mise à lui brailler dessus, de concert avec sa propre chienne, Utopie, si ma mémoire est bonne, qui aboyait derrière la porte de son appartement. C’était à qui crierait le plus fort. J’ai vite compris que l’affligeant spectacle qui se donnait devant moi pourrait peut-être servir mes intérêts. Je suis donc discrètement retourné dans mon appartement, pour téléphoner à la police qui, espérais-je, arriverait à temps pour constater le tapage nocturne. Quand l’agent qui me répondit m’assura qu’il envoyait une patrouille immédiatement, je suis retourné dans le couloir, pour entretenir discrètement le feu, qui avait déjà bien pris. La police a fini par arriver, nombreuse, mais trop tard, hélas : quatre policiers en civil et quatre autres en uniforme, à qui j’ai dû dire qu’ils arrivaient après la bataille. Il ne restait plus dans le couloir que mon voisin du dessus et moi… Evidemment, les policiers ne pouvaient plus constater aucun tapage nocturne. Ils m’ont seulement conseillé de ne pas commencer par aller voir mon voisin quand j’avais à me plaindre de son bruit, mais de leur téléphoner directement, comme s’ils étaient habituellement si prompts qu’ils semblaient l’insinuer à venir constater du tapage ! C’était déjà un miracle qu’ils daignent venir ce soir. Mais sans doute étaient-ils particulièrement désoeuvrés, ce que laissait croire leur grand nombre. Quant à mon voisin, il continuait de faire l’ivrogne devant les policiers, ce qui n’est pas un crime, ni un délit, mais tendait au moins à prouver ma bonne foi.
03:07 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
04/05/2008
Odi et amo (satire)
« Même si je sais que la tentation est souvent grande, quand on aime vraiment, de faire connaître au monde l’intensité de son amour, je suis de ceux qui pensent qu’il est sans doute plus prudent de le garder secret en le cachant aux regards des envieux. Les anciens craignaient de proclamer leur bonheur, de peur d’attirer sur eux le mauvais œil… »
Lire la suite : Odi et amo.
13:23 Publié dans 2008, Hévrèse | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
02/05/2008
Jeudi 1er mai 2008
Ce qu’Esteban en pense, c’est que pendant ce temps, je ne parle pas de lui dans ce journal, ce que j’ai toujours fait très mal, m’assure-t-il, et non seulement en mal. Il est vrai que je n’ai jamais vraiment su comment parler de lui dans ces pages, parce que, de mes personnages, il est celui que je sais me lire (c’est-à-dire chercher l’erreur) en même temps que j’écris (que je la fais). Autrement dit : c’est un modèle qui se ferait critique d’art pendant le moment même où le tableau se peint ! Trop conscient que je suis de l’impossibilité de jamais voir un homme dans toute sa vérité (sachant bien que tout regard est nécessairement déformant), plutôt que d’être pris en faute, j’ai préféré faire une caricature d’Esteban, espérant qu’il reconnaîtrait dans les traits manifestement trop forcés de sa personne l’aveu d’une erreur que, pensais-je, il pardonnerait volontiers. Il n’en fut rien, car, paradoxalement, loin d’être blessé par la caricature, ce qu’il me reproche (et que je ne comprends pas du tout), c’est d’avoir fait de lui un personnage sans aucune consistance, sans relief, sans couleur et sans le moindre intérêt ! J’aurai sans doute à reparler d’Esteban, et plus tôt qu’il ne le voudrait, parce que nous projetons de faire un petit voyage en Grèce, si du moins il réussit à trouver l’argent nécessaire (il en attend de son frère, non pas du ‘‘bourgeois’’, comme il l’appelle, mais de l’autre, l’original, l’entomologiste, qui est capable, paraît-il, de s’agenouiller en plein milieu d’un trottoir pour observer une fourmi qui passe ! (Car outre une fille, ils sont trois garçons dans la fratrie, de mœurs et de caractères fort différents : le ‘‘bourgeois’’, l’original et l’aventurier qui, par chance pour moi, navigue à voile et à vapeur.)) Certains ‘‘pédés’’ du site habituel sont très remontés contre les pédérastes, avec qui ils ne veulent surtout pas être confondus, parce qu’ils ne sont pas loin de les assimiler eux-mêmes à des pédophiles, qui sont, comme chacun sait, ce qui se trouve de plus abject sur terre, avec les racistes, les enfants et les races (exceptée la blanche) étant les deux choses les plus précieuses au monde, peut-être parce qu’elles sont aussi les plus fragiles et les plus éphémères, l’enfance ne durant qu’un temps et les races étant vouées à disparaître, à cause de leur brassage, inévitable, paraît-il, ou plutôt, grâce au métissage, très souhaitable d’ailleurs, puisqu’il donne toujours de très beaux enfants, c’est bien connu (j’étais moi-même un très joli petit garçon, paraît-il). Allen Ginsberg refusait de joindre son cri aux cris de haine unanimement poussés contre les pédophiles, parce qu’il trouvait que l’hystérie collective qu’ils inspirent de nos jours était semblable à celle qu’inspiraient les homosexuels dans les années cinquante. La pédophilie est condamnable bien sûr, mais l’hystérie qu’elle inspire l’est tout autant. Preuve qu’il y a bien une hystérie : les ‘‘pédés’’ eux-mêmes, mais il faudrait les appeler autrement, les ‘‘gays’’, disons (mais que c’est laid !), une partie d’entre eux, du moins, confond pédérastes et pédophiles (il est vrai que le dictionnaire lui-même n’est pas loin de les confondre…) : c’est à peu près ne pas faire la différence entre Platon, Aristote ou, disons, Alexandre et Gille de Rais, tous deux grands capitaines. L’un de ces pédés de bonne moralité écrivait dans son blogue, où il était question de Jean Daniel Cadinot, qui vient de mourir, que, selon lui, un film pornographique dans lequel jouent de « jeunes garçons au sortir de l’adolescence, encore duveteux », est « un pur produit dégradant visant à satisfaire les pulsions névrotiques de vieux pervers en mal d’amour, en fin de jeunesse, désespérés à l’idée de ne plus pouvoir bientôt consommer de corps si jeunes qu’ils auraient pu les engendrer eux-mêmes… » Il ne semble pas venir à l’esprit de ce blogueur qu’il peut arriver, au contraire, que ce soit pour assouvir leurs propres pulsions que certains adolescents font l’amour avec des ‘‘vieux’’ (si Esteban lit ce mot qu’il ne veut plus entendre, il va être furieux !). Mais c’est pourtant bien le mot. Et un homme de mon âge est bien un vieux aux yeux de ***-***, qui n’a que dix-sept ans, et qui me l’a fait comprendre, un jour que je lui faisais remarquer, à cause de certaines de ses manières, éminemment puériles, qu’il était décidément bien jeune. Il m’avait répondu : « Oui, je suis jeune, et toi, tu es vieux » ! Quand nous faisons l’amour ensemble, personne n’abuse de personne et nous assouvissons chacun nos pulsions respectives, jeunes et vieilles. Il est vrai que j’ignore s’il s’agit dans un cas comme dans l’autre de pulsions névrotiques ! Notre blogueur écrit encore : « Mangez le cerveau de votre adversaire tombé, vous en aurez l’intelligence, dévorez ses couilles, vous en aurez la vigueur, consommez-les jeunes, et retrouvez ces années que vous avez perdues… » C’est aussi vrai que faux. Moi-même, j’écrivais récemment dans ce journal que je me sentais redevenir presque un adolescent dans les bras de ***-***. Mais presque seulement. Car dans le même temps, paradoxalement, je ressens à quel point je suis plus vieux que cet adolescent qui est beaucoup plus du XXIe siècle que moi. Bien que redevenu en partie adolescent près de lui, je me sens également devenir presque le père de ce garçon que j’aurais en effet pu engendrer, à quelques années près. Il y a un paradoxe du même ordre qu’avec Esteban, à qui je dis souvent que, casanier, pantouflard, je suis beaucoup plus vieux que lui, l’aventurier, mais avec qui, dans le même temps, je suis condamné à être plus jeune, à me comporter en étant plus jeune de vingt ans. C’est un plaisir trouble et entêtant que d’être à la fois comme le père et le frère de ***-***, un plaisir encore inconnu, étrange, que je découvre seulement, et qui, sans doute, n’est pas fait pour durer : d’ailleurs, ***-*** est pour moi aussi exotique qu’un amour de vacances à l’étranger (et réciproquement, j’imagine). Nous ne sommes vraiment pas du même siècle, lui et moi. Cela donne un peu le vertige. Je me dis que j’aime la compagnie de ***-*** pour avoir manqué d’un frère quand j’étais adolescent comme lui mais aussi pour manquer d’un fils aujourd’hui que je suis un homme. Et je ne devrais sans doute pas écrire, car il sera sans doute furieux de le lire, que j’aime la compagnie d’Esteban pour avoir manqué d’un père quand j’en avais besoin.
01:33 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
29/04/2008
Lundi 28 avril 2008
Il est arrivé en courant, hier soir, et tout effrayé, parce que son voisin, qui rentrait en voiture de je ne sais où, avait failli le surprendre au moment où il venait me rejoindre à notre point de rendez-vous. « Crois-tu vraiment que ton voisin irait te dénoncer à ta mère ? – Mais oui, bien sûr qu’il le ferait, ce n’est pas seulement un voisin, c’est comme un deuxième père ! Je ne vais pas pouvoir rester très longtemps. Imagine que le voisin m’ait vraiment vu et que ma mère soit maintenant partie à ma recherche. En plus, elle ne peut pas m’appeler sur mon téléphone portable, puisqu’il ne marche plus. Si ça se trouve, elle a prévenu la police et les recherches sont déjà lancées. – Mais non, ne t’inquiète pas. Même si elle a prévenu la police, il est encore trop tôt pour qu’on lance des recherches. Si tu avais cinq ans, peut-être qu’on te chercherait dès à présent, mais maintenant, tu es un grand garçon, tu sais. Moi, à ton âge, quand j’ai fugué, personne ne m’a cherché. On a d’abord attendu de voir si je rentrais tout seul, ce que j’ai fini par faire ! Mais rassure-moi, ta mère n’appellerait pas la police, quand même ? – Bah… je ne sais pas. Peut-être… – Mais si jamais on t’interroge, pour savoir où tu étais passé, et que tu finis par révéler que tu étais avec moi… Je vais avoir des ennuis ! On va m’accuser de détournement de mineurs et je serai jeté en prison ! – Mais non, ne t’inquiète pas, je ne dirai rien. » Plus tard : « Bon, il va falloir qu’on y aille, Olivier. – Oh ! Non ! Pas déjà ! – Mais si, il le faut. Si ça se trouve, ma mère est en train de me chercher. – Mais si elle s’est rendue compte de ton absence, on n’est plus à une heure près ! Le résultat sera le même. – Non, ne dis pas ça. Si elle s’est rendue compte de quelque chose, on ne pourra pas se revoir tous les deux. Je ne me sens plus tranquille, j’ai peur maintenant. » « J’ai peur maintenant » : qui n’a pas tenu dans ses bras un garçon qui a peur maintenant ne sait pas vraiment ce que c’est que jouir de l’instant, fragile, impossible, interdit. Qui n’a pas entendu de garçon faire si naturellement l’aveu de sa peur de ne plus appartenir n’a jamais vraiment possédé. « J’ai peur maintenant » : c’était la voix d’un enfant ! D’ailleurs, quand il s’est souvenu que je lui avais promis, la dernière fois, qu’il pourrait encore conduire ma voiture, sa peur s’est envolée. « Ah ! Tu n’es plus si pressé de rentrer, maintenant ! » Cette fois, je l’ai laissé conduire tout le long du chemin, jusqu’à la route. « T’as vu, Olivier, s’écriait-il, je me débrouille, hein ? T’as vu ? » A l’évidence, il aime les hommes pour les mêmes raisons que moi. Je suis homosexuel, parce que j’ai manqué d’un père. Je suis pédéraste, parce que j’ai manqué d’un frère. Il est mon éromène, parce que je manque à présent d’un fils. Il voulait que je revienne le voir ce soir, pour rattraper le temps perdu du week-end précédent et parce qu’il est en vacances. Mais il ne m’a pas laissé comme hier de message sur MSN, pour convenir de l’heure. Peut-être a-t-il été vraiment découvert et privé d’ordinateur ! Sur la route entre Bidache et Mont-de-Marsan, je conduis aussi lentement qu’il est possible, à l’aller comme au retour, pour économiser l’essence. Je ne suis pas loin de mettre deux heures pour parcourir les quatre-vingt-quinze et quelques kilomètres qui nous séparent l’un de l’autre ! Je me sers de cette durée pour me recueillir dans la nuit pleine de sa pensée et pour remonter le temps : je suis redevenu presque un adolescent quand j’arrive enfin près de ***-***, à qui je préfère rendre son nom dans ce journal.
02:25 Publié dans 2008, Journal | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
28/04/2008
Dimanche 27 avril 2008
« Oui, m’a-t-il répondu, viens, je serai là. »
03:13 Publié dans 2008, Journal | Lien permanen