08/05/2008

Mercredi 7 mai 2008

            Il est donc grand temps que je déménage. C’est pourquoi mon appartement est officiellement à vendre depuis aujourd’hui. Ma mère et moi, nous avons l’intention d’acheter un nouveau logement ensemble, que j’habiterais seul, évidemment, mais dont nous paierions chacun la moitié du prix. Elle m’avancerait ma part en attendant que mon appartement soit vendu. Nous avons déjà fait transmettre à des vendeurs notre proposition pour l’achat de la charmante maison de ville qu’ils possèdent et qui me plait beaucoup, bien qu’elle ne soit pas rinaldo-camusiennement irréprochable, puisque les volets de bois des fenêtres (en PVC), par exemple, ont été remplacés par des volets roulants… Mais bon. Du moins le crépi est-il intact. Et puis il n’y a pas que les façades, dans la vie, après tout ! C’est l’intérieur qu’on occupe ! (Ah ! Mon Dieu ! Si Renaud Camus me lisait !) Nous devrions avoir une réponse des vendeurs vendredi. Mais je ne me fais pas trop d’illusions, parce que nous avons proposé d’acheter la maison à un prix bien inférieur à celui que les propriétaires avaient fixé.

07/05/2008

Mardi 6 mai 2008

            Ah mon Dieu quelle journée ! Les chiennes Sappho et Pélagie, pendant que ma mère et une sienne amie les promenaient, ont été attaquées par une espèce de molosse qui avait réussi à s’échapper du jardin qu’il gardait au moment où ces dames passaient devant. Ma chienne n’a pas vraiment été mordue, même si elle m’est revenue trempée de la salive du molosse. Par contre, Sappho ne s’en est pas si bien tirée. Ma mère s’est soudain retrouvée avec une laisse dans la main sans plus de chienne au bout : il ne restait que le collier et du vide à l’intérieur. Sappho, qui en avait été littéralement arrachée, était prisonnière de la gueule du molosse, qui la secouait violemment, comme fait souvent Pélagie lorsqu’elle joue avec une de ses peluches. Quand enfin le chien, sans raison apparente, l’a relâchée, sa victime a pris la fuite et est rentrée directement chez ma mère, où c’est moi qui, me trouvant alors dans le jardin, lui ai ouvert le portail. Puis je suis sorti dans la rue, pour voir ce qui se passait, car il est très alarmant de trouver cette bête, qui est la passion de ma mère, sans cette dernière au bout de la laisse. Et c’est à ce moment que je l’ai aperçue au loin, complètement catastrophée, à la recherche de sa chienne adorée, qu’elle s’imaginait retrouver agonisant dans le caniveau. Quand je pense qu’elle se fichait complètement de savoir si j’avais attrapé la rage, la fois où j’ai moi-même été attaqué par un chien ! Il a fallu conduire Sappho chez le vétérinaire, qui a dû l’endormir, à cause de la douleur et pour pouvoir recoudre ses nombreuses plaies, qui sont profondes. Elle s’y trouve encore au moment où j’écris ces lignes. Ma mère devrait pouvoir aller la chercher demain. Quant à Pélagie, elle est restée prostrée tout le reste de la journée. Ce soir, mon voisin du dessus, le nouveau, faisait trop de bruit. Je suis monté le lui dire. Il était ivre, évidemment et, en bon ivrogne qu’il est, il a voulu ‘‘parlementer’’, mais je n’étais pas d’humeur à respirer davantage sa mauvaise haleine. Passablement énervé, je suis rentré chez moi en claquant la porte un peu trop fort. Il est donc descendu à son tour, après avoir renvoyé son invitée chez elle, pour poursuivre notre explication. Il était fort contrarié, parce que je venais de lui ‘‘casser son coup avec la meuf qu’il avait levée’’. Je puis comprendre sa déception, mais qu’a-t-il besoin de déplacer tous les meubles de chez lui, de courir dans tous les sens et de tomber par terre pour faire son affaire à une fille apparemment aussi soûle que lui ? Moi, quand je baise quelqu’un chez moi, c’est généralement moins bruyant, ce qui ne veut pas dire moins intense, du moins je l’espère ! (Hier, par exemple, j’ai couché sans faire trop de bruit avec un garçon qui se trouvait d’ailleurs être le frère de mon ancien voisin, celui qui s’était amusé à pisser sur ma véranda depuis les fenêtres de son appartement, qu’occupe aujourd’hui l’ivrogne dont il est ici question. Le monde est tout de même petit. Fin de la parenthèse.) Comme il parlait un peu fort, et que moi aussi, une autre voisine, la lesbienne, est sortie à son tour de chez elle, pour nous demander de faire moins de bruit. Mais comme elle est elle-même très virile, elle a fait cette demande en parlant encore plus fort que nous, ce qui as attiré hors de son appartement un quatrième voisin, une espèce de ‘‘punk à chien’’, comme je crois qu’il faut dire, qui s’est d’ailleurs fait très copain avec mon vaurien de voisin du dessus, dont je parlais d’abord, mais qui a sa propre querelle de voisinage avec la ‘‘camionneuse’’, qui s’est mise à lui brailler dessus, de concert avec sa propre chienne, Utopie, si ma mémoire est bonne, qui aboyait derrière la porte de son appartement. C’était à qui crierait le plus fort. J’ai vite compris que l’affligeant spectacle qui se donnait devant moi pourrait peut-être servir mes intérêts. Je suis donc discrètement retourné dans mon appartement, pour téléphoner à la police qui, espérais-je, arriverait à temps pour constater le tapage nocturne. Quand l’agent qui me répondit m’assura qu’il envoyait une patrouille immédiatement, je suis retourné dans le couloir, pour entretenir discrètement le feu, qui avait déjà bien pris. La police a fini par arriver, nombreuse, mais trop tard, hélas : quatre policiers en civil et quatre autres en uniforme, à qui j’ai dû dire qu’ils arrivaient après la bataille. Il ne restait plus dans le couloir que mon voisin du dessus et moi… Evidemment, les policiers ne pouvaient plus constater aucun tapage nocturne. Ils m’ont seulement conseillé de ne pas commencer par aller voir mon voisin quand j’avais à me plaindre de son bruit, mais de leur téléphoner directement, comme s’ils étaient habituellement si prompts qu’ils semblaient l’insinuer à venir constater du tapage ! C’était déjà un miracle qu’ils daignent venir ce soir. Mais sans doute étaient-ils particulièrement désoeuvrés, ce que laissait croire leur grand nombre. Quant à mon voisin, il continuait de faire l’ivrogne devant les policiers, ce qui n’est pas un crime, ni un délit, mais tendait au moins à prouver ma bonne foi.

04/05/2008

Odi et amo (satire)

            « Même si je sais que la tentation est souvent grande, quand on aime vraiment, de faire connaître au monde l’intensité de son amour, je suis de ceux qui pensent qu’il est sans doute plus prudent de le garder secret en le cachant aux regards des envieux. Les anciens craignaient de proclamer leur bonheur, de peur d’attirer sur eux le mauvais œil… »

Lire la suite : Odi et amo.

02/05/2008

Jeudi 1er mai 2008

            Ce qu’Esteban en pense, c’est que pendant ce temps, je ne parle pas de lui dans ce journal, ce que j’ai toujours fait très mal, m’assure-t-il, et non seulement en mal. Il est vrai que je n’ai jamais vraiment su comment parler de lui dans ces pages, parce que, de mes personnages, il est celui que je sais me lire (c’est-à-dire chercher l’erreur) en même temps que j’écris (que je la fais). Autrement dit : c’est un modèle qui se ferait critique d’art pendant le moment même où le tableau se peint ! Trop conscient que je suis de l’impossibilité de jamais voir un homme dans toute sa vérité (sachant bien que tout regard est nécessairement déformant), plutôt que d’être pris en faute, j’ai préféré faire une caricature d’Esteban, espérant qu’il reconnaîtrait dans les traits manifestement trop forcés de sa personne l’aveu d’une erreur que, pensais-je, il pardonnerait volontiers. Il n’en fut rien, car, paradoxalement, loin d’être blessé par la caricature, ce qu’il me reproche (et que je ne comprends pas du tout), c’est d’avoir fait de lui un personnage sans aucune consistance, sans relief, sans couleur et sans le moindre intérêt ! J’aurai sans doute à reparler d’Esteban, et plus tôt qu’il ne le voudrait, parce que nous projetons de faire un petit voyage en Grèce, si du moins il réussit à trouver l’argent nécessaire (il en attend de son frère, non pas du ‘‘bourgeois’’, comme il l’appelle, mais de l’autre, l’original, l’entomologiste, qui est capable, paraît-il, de s’agenouiller en plein milieu d’un trottoir pour observer une fourmi qui passe ! (Car outre une fille, ils sont trois garçons dans la fratrie, de mœurs et de caractères fort différents : le ‘‘bourgeois’’, l’original et l’aventurier qui, par chance pour moi, navigue à voile et à vapeur.)) Certains ‘‘pédés’’ du site habituel sont très remontés contre les pédérastes, avec qui ils ne veulent surtout pas être confondus, parce qu’ils ne sont pas loin de les assimiler eux-mêmes à des pédophiles, qui sont, comme chacun sait, ce qui se trouve de plus abject sur terre, avec les racistes, les enfants et les races (exceptée la blanche) étant les deux choses les plus précieuses au monde, peut-être parce qu’elles sont aussi les plus fragiles et les plus éphémères, l’enfance ne durant qu’un temps et les races étant vouées à disparaître, à cause de leur brassage, inévitable, paraît-il, ou plutôt, grâce au métissage, très souhaitable d’ailleurs, puisqu’il donne toujours de très beaux enfants, c’est bien connu (j’étais moi-même un très joli petit garçon, paraît-il). Allen Ginsberg refusait de joindre son cri aux cris de haine unanimement poussés contre les pédophiles, parce qu’il trouvait que l’hystérie collective qu’ils inspirent de nos jours était semblable à celle qu’inspiraient les homosexuels dans les années cinquante. La pédophilie est condamnable bien sûr, mais l’hystérie qu’elle inspire l’est tout autant. Preuve qu’il y a bien une hystérie : les ‘‘pédés’’ eux-mêmes, mais il faudrait les appeler autrement, les ‘‘gays’’, disons (mais que c’est laid !), une partie d’entre eux, du moins, confond pédérastes et pédophiles (il est vrai que le dictionnaire lui-même n’est pas loin de les confondre…) : c’est à peu près ne pas faire la différence entre Platon, Aristote ou, disons, Alexandre et Gille de Rais, tous deux grands capitaines. L’un de ces pédés de bonne moralité écrivait dans son blogue, où il était question de Jean Daniel Cadinot, qui vient de mourir, que, selon lui, un film pornographique dans lequel jouent de « jeunes garçons au sortir de l’adolescence, encore duveteux », est « un pur produit dégradant visant à satisfaire les pulsions névrotiques de vieux pervers en mal d’amour, en fin de jeunesse, désespérés à l’idée de ne plus pouvoir bientôt consommer de corps si jeunes qu’ils auraient pu les engendrer eux-mêmes… » Il ne semble pas venir à l’esprit de ce blogueur qu’il peut arriver, au contraire, que ce soit pour assouvir leurs propres pulsions que certains adolescents font l’amour avec des ‘‘vieux’’ (si Esteban lit ce mot qu’il ne veut plus entendre, il va être furieux !). Mais c’est pourtant bien le mot. Et un homme de mon âge est bien un vieux aux yeux de ***-***, qui n’a que dix-sept ans, et qui me l’a fait comprendre, un jour que je lui faisais remarquer, à cause de certaines de ses manières, éminemment puériles, qu’il était décidément bien jeune. Il m’avait répondu : « Oui, je suis jeune, et toi, tu es vieux » ! Quand nous faisons l’amour ensemble, personne n’abuse de personne et nous assouvissons chacun nos pulsions respectives, jeunes et vieilles. Il est vrai que j’ignore s’il s’agit dans un cas comme dans l’autre de pulsions névrotiques ! Notre blogueur écrit encore : « Mangez le cerveau de votre adversaire tombé, vous en aurez l’intelligence, dévorez ses couilles, vous en aurez la vigueur, consommez-les jeunes, et retrouvez ces années que vous avez perdues… » C’est aussi vrai que faux. Moi-même, j’écrivais récemment dans ce journal que je me sentais redevenir presque un adolescent dans les bras de ***-***. Mais presque seulement. Car dans le même temps, paradoxalement, je ressens à quel point je suis plus vieux que cet adolescent qui est beaucoup plus du XXIe siècle que moi. Bien que redevenu en partie adolescent près de lui, je me sens également devenir presque le père de ce garçon que j’aurais en effet pu engendrer, à quelques années près. Il y a un paradoxe du même ordre qu’avec Esteban, à qui je dis souvent que, casanier, pantouflard, je suis beaucoup plus vieux que lui, l’aventurier, mais avec qui, dans le même temps, je suis condamné à être plus jeune, à me comporter en étant plus jeune de vingt ans. C’est un plaisir trouble et entêtant que d’être à la fois comme le père et le frère de ***-***, un plaisir encore inconnu, étrange, que je découvre seulement, et qui, sans doute, n’est pas fait pour durer : d’ailleurs, ***-*** est pour moi aussi exotique qu’un amour de vacances à l’étranger (et réciproquement, j’imagine). Nous ne sommes vraiment pas du même siècle, lui et moi. Cela donne un peu le vertige. Je me dis que j’aime la compagnie de ***-*** pour avoir manqué d’un frère quand j’étais adolescent comme lui mais aussi pour manquer d’un fils aujourd’hui que je suis un homme. Et je ne devrais sans doute pas écrire, car il sera sans doute furieux de le lire, que j’aime la compagnie d’Esteban pour avoir manqué d’un père quand j’en avais besoin.

29/04/2008

Lundi 28 avril 2008

            Il est arrivé en courant, hier soir, et tout effrayé, parce que son voisin, qui rentrait en voiture de je ne sais où, avait failli le surprendre au moment où il venait me rejoindre à notre point de rendez-vous. « Crois-tu vraiment que ton voisin irait te dénoncer à ta mère ? – Mais oui, bien sûr qu’il le ferait, ce n’est pas seulement un voisin, c’est comme un deuxième père ! Je ne vais pas pouvoir rester très longtemps. Imagine que le voisin m’ait vraiment vu et que ma mère soit maintenant partie à ma recherche. En plus, elle ne peut pas m’appeler sur mon téléphone portable, puisqu’il ne marche plus. Si ça se trouve, elle a prévenu la police et les recherches sont déjà lancées. – Mais non, ne t’inquiète pas. Même si elle a prévenu la police, il est encore trop tôt pour qu’on lance des recherches. Si tu avais cinq ans, peut-être qu’on te chercherait dès à présent, mais maintenant, tu es un grand garçon, tu sais. Moi, à ton âge, quand j’ai fugué, personne ne m’a cherché. On a d’abord attendu de voir si je rentrais tout seul, ce que j’ai fini par faire ! Mais rassure-moi, ta mère n’appellerait pas la police, quand même ? – Bah… je ne sais pas. Peut-être… – Mais si jamais on t’interroge, pour savoir où tu étais passé, et que tu finis par révéler que tu étais avec moi… Je vais avoir des ennuis ! On va m’accuser de détournement de mineurs et je serai jeté en prison ! – Mais non, ne t’inquiète pas, je ne dirai rien. » Plus tard : « Bon, il va falloir qu’on y aille, Olivier. – Oh ! Non ! Pas déjà ! – Mais si, il le faut. Si ça se trouve, ma mère est en train de me chercher. – Mais si elle s’est rendue compte de ton absence, on n’est plus à une heure près ! Le résultat sera le même. – Non, ne dis pas ça. Si elle s’est rendue compte de quelque chose, on ne pourra pas se revoir tous les deux. Je ne me sens plus tranquille, j’ai peur maintenant. » « J’ai peur maintenant » : qui n’a pas tenu dans ses bras un garçon qui a peur maintenant ne sait pas vraiment ce que c’est que jouir de l’instant, fragile, impossible, interdit. Qui n’a pas entendu de garçon faire si naturellement l’aveu de sa peur de ne plus appartenir n’a jamais vraiment possédé. « J’ai peur maintenant » : c’était la voix d’un enfant ! D’ailleurs, quand il s’est souvenu que je lui avais promis, la dernière fois, qu’il pourrait encore conduire ma voiture, sa peur s’est envolée. «  Ah ! Tu n’es plus si pressé de rentrer, maintenant ! » Cette fois, je l’ai laissé conduire tout le long du chemin, jusqu’à la route. « T’as vu, Olivier, s’écriait-il, je me débrouille, hein ? T’as vu ? » A l’évidence, il aime les hommes pour les mêmes raisons que moi. Je suis homosexuel, parce que j’ai manqué d’un père. Je suis pédéraste, parce que j’ai manqué d’un frère. Il est mon éromène, parce que je manque à présent d’un fils. Il voulait que je revienne le voir ce soir, pour rattraper le temps perdu du week-end précédent et parce qu’il est en vacances. Mais il ne m’a pas laissé comme hier de message sur MSN, pour convenir de l’heure. Peut-être a-t-il été vraiment découvert et privé d’ordinateur ! Sur la route entre Bidache et Mont-de-Marsan, je conduis aussi lentement qu’il est possible, à l’aller comme au retour, pour économiser l’essence. Je ne suis pas loin de mettre deux heures pour parcourir les quatre-vingt-quinze et quelques kilomètres qui nous séparent l’un de l’autre ! Je me sers de cette durée pour me recueillir dans la nuit pleine de sa pensée et pour remonter le temps : je suis redevenu presque un adolescent quand j’arrive enfin près de ***-***, à qui je préfère rendre son nom dans ce journal.

28/04/2008

Dimanche 27 avril 2008

            « Oui, m’a-t-il répondu, viens, je serai là. »

21/04/2008

Lundi 21 avril 2008

            Après m’en être passé pendant tant d’années, j’ai fini par acheter, il y a quinze jours, mon tout premier téléphone portable. Il m’en fallait un pour pouvoir prévenir Emilien de mon arrivée dans son village quand je vais le voir. Pour notre première rencontre, j’avais emprunté celui de ma mère… Je ne pouvais donc pas décemment continuer ainsi. Il n’a fallu qu’un sourire pour qu’un garçon de dix-sept ans vienne à bout de mes derniers principes, auxquels il est vrai que je ne tenais pas tant que cela. Samedi après-midi, sur MSN, il m’a expliqué que je ne pourrais pas venir le soir, parce qu’il recevait chez lui des amis. Je lui ai répondu que je préférais venir le dimanche, de toute façon, où les gens se couchent tôt pour aller travailler le lendemain. Car, le samedi précédent, j’avais fait le trajet pour rien, à cause de ses voisines, qui avaient organisé une petite fête sur leur terrasse, devant laquelle Emilien devait nécessairement passer pour me rejoindre à notre lieu de rendez-vous. On l’aurait surpris et peut-être dénoncé à sa mère. Samedi dernier, je lui ai donc dit que j’aimais mieux venir le lendemain, c’est-à-dire hier dimanche. Je devais tout de même lui téléphoner avant de prendre la route, pour être sûr qu’il n’y avait pas d’empêchement de dernière minute. Après avoir composé son numéro de téléphone, j’ai entendu une voix féminine me dire qu’il n’était pas attribué ! Sur le moment, je ne me suis pas trop inquiété. Emilien m’avait déjà dit que sa mère n’avait pas payé son abonnement. Je me suis même fait cette réflexion que j’économiserais de l’essence. Puis je me suis mis à attendre un message d’Emilien, sur Internet, dans lequel il me dirait ce qu’il en était exactement. Evidemment, je n’avais toujours pas reçu ce message au moment d’aller me coucher. Entre temps, j’avais demandé à l’un de mes contacts MSN, qui connaît mieux que moi les téléphones portables, s’il était possible de faire croire uniquement à quelqu’un dont on ne veut plus avoir de nouvelles que son numéro est désormais hors service. Il m’a dit que c’était possible en effet et, bien sûr, je me suis immédiatement imaginé que c’était ce qu’Emilien avait fait avec moi ! Pourtant, la dernière fois que nous nous étions vus, il semblait très désireux de me revoir et de conduire encore ma voiture. Et puis il y avait quelque chose de si honnête et de si franc dans son regard et dans toute sa personne ! Est-il donc possible qu’un si doux, qu’un si gentil garçon ait déjà toute la lâcheté d’un homme pour me congédier de la sorte ? Finalement, le message m’est arrivé aujourd’hui. C’est bien son téléphone qui est hors service. Emilien dit qu’il essaiera d’arranger les choses avant la fin de la semaine. A moins qu’il ne soit plus fourbe encore que je ne l’ai imaginé et qu’il ne me fasse croire que son téléphone ne fonctionne pas le temps de ses vacances, parce qu’il logerait chez lui, par exemple, un camarade de classe, plus jeune, plus joli et donc plus désirable que moi. Si, comme je l’ai craint, Emilien m’avait ‘‘quitté’’ (je l’écris entre guillemets, parce qu’on ne peut pas vraiment dire que nous nous soyons engagé ni juré fidélité, grâce à quoi je ne me considère pas vraiment comme infidèle quand je rencontre d’autres garçons), si vraiment j’avais dû ne plus le revoir, je me rends compte que nous ne nous serions jamais trouvé debout côte à côte, nous qui ne nous connaissons qu’assis ou couchés dans ma voiture. Je sais qu’il est plus grand que moi de quelques centimètres et je n’aurais jamais connu la sensation que c’est d’être dominé en taille par cet être plus jeune, plus fin, plus léger, plus gracieux et moins grave que moi. Je regrette de l’avoir appelé dans ce journal Emilien, qui est bien l’un de ses prénoms, mais non pas celui, ceux, même, qu’il porte quotidiennement, car il s’agit d’un nom composé. Ce n’est pas Emilien que j’aime serrer dans mes bras, c’est ***-***. Ce n’est pas Ultraviolette que j’aime caresser, mais Pélagie. On s’attache aux mignons aussi vite qu’aux petits chiens. En un regard, ils vous font croire qu’ils sont à vous depuis toujours et vous n’imaginez plus la vie possible sans en être regardé ni sans pouvoir y porter la main. Car il faut être regardé pour exister, si ce n’est par Dieu, du moins par l’une de ses créatures. Il faut pouvoir toucher un être qui vous attache au monde pour tenir à la vie.

14/04/2008

Dimanche 13 avril 2008

            Je me suis fait mordre par un chien, cet après-midi, pendant ma distribution dominicale. La bête a tout de même déchiré mon pantalon et laissé à l’arrière de ma cuisse droite une petite croûte de sang dont je ne me suis aperçu que ce soir, si bien que je me demande s’il ne faudrait pas que j’aille me faire vacciner contre la rage. Je n’ai pas voulu faire trop d’histoires, parce que les maîtres de ce chien avaient l’air de gens comme il faut et se sont platement excusés, mais j’ai fait recoudre à la femme la partie déchirée de mon pantalon, pour pouvoir continuer ma distribution sans exposer mon fondement au monde. C’était un peu gênant de voir cette dame à genoux derrière moi, qui pouvait presque compter les poils de ma cuisse ! Quant au mari, il a insisté pour me donner 30 EUR, en remboursement du pantalon déchiré. Du temps de ma gloire, je n’aurais pas accepté, mais maintenant que je n’ai plus le sou, ni honneur, ni dignité, je me suis dit que cette somme paierait l’essence pour deux allers et retours entre Mont-de-Marsan et Bidache. Car j’ai fait hier le trajet pour rien ! Emilien n’a pas pu sortir de chez lui, à cause de ses voisines, qui donnaient une espèce de dîner sur leur terrasse, devant laquelle il devait nécessairement passer pour me rejoindre. Le garçon craignait que celles-ci ne rapportent à sa mère qu’il découchait. Car mon petit seigneur de Bidache n’est pas encore aussi libre qu’on voudrait. Le blogueur Netromain précisait dans son billet d’aujourd’hui : « pour la maréchaussée et la magistrature, sachez qu’il a vingt ans ». Quant à moi, je ne devrais sans doute pas écrire que mon mignon n’est pas encore bachelier ! Quel accueil merveilleux il m’a fait tout à l’heure. C’était à peu près les mêmes démonstrations de joie que me fait la chienne Pélagie quand elle me retrouve après une heure d’absence. Je ne peux pas dire que je suis amoureux de ce garçon, mais j’y suis déjà très attaché. Il faut aimer les chiens pour comprendre un tel attachement. On sait que ce ne sont que des chiens, mais ils sont si caressants et si plein d’affection qu’on voudrait les avoir toujours avec soi. Et ils vous jugent si peu ou prennent si bien tout ce qui vient de vous qu’il n’y a que devant eux que vous sachiez vous mettre vraiment à nu. Je lui ai rendu une cigarette qu’il s’était roulé la semaine dernière, juste avant que nous ne nous rendions compte que la voiture était enlisée et qu’il n’en sorte pour la pousser, abandonnant sans y penser ladite cigarette dans un recoin du véhicule qu’il n’avait pas su retrouver ensuite. « Mince ! J’ai dû laisser tomber ma cigarette dehors », avait-il dit, une fois revenu dans la voiture. Je l’avais retrouvée à mon retour à Mont-de-Marsan et la lui avais gardée jusqu’aujourd’hui. Je peux dire que j’ai bien failli redevenir fumeur à cause d’Emilien, et de la salive qu’il avait laissée sur le papier de sa cigarette, pour le coller ! Il m’a semblé vivement impressionné par le fait que je lui rende cette cigarette, comme s’il s’agissait d’une attention extraordinaire. Je lui ai également rendu le linge qu’il avait bien voulu me confier le temps de notre séparation, Saint Suaire de son sexe. Je ne sais si Emilien pensait vraiment ce qu’il disait lorsqu’il a prétendu que je lui avais cruellement manqué durant la semaine écoulée, mais j’ai pris plaisir à l’écouter, comme j’ai beaucoup aimé l’entendre s’écrier, au moment de nous séparer : « Ah ! Quel dommage que tu vives dans ce trou perdu de Mont-de-Marsan, si loin de moi ! – Comment ça ? Mais c’est toi qui vis dans un trou perdu ! Je n’avais jamais entendu parler de *** avant de te rencontrer ! », *** étant cet endroit non loin de Bidache où j’ai trouvé ce mignon d’Emilien. Comme celui de Netromain, le mien a de nombreux côtés petit garçon. Par exemple, il a voulu conduire lui-même la voiture sur le chemin de terre menant à la maison abandonnée, refuge de nos amours clandestines. Plus j’hésitais à le laisser faire et plus il ressemblait à un enfant capricieux, mais conscient de la nature de caprice de sa demande, et jouant avec, cherchant à voir où était la limite de son empire sur moi. Il me prenait les mains, me touchait le genou, me caressait, m’embrassait, me suppliait. Je l’ai laissé conduire un peu. « Allez ! Ça suffit maintenant. Tu conduis tellement mal que si je te laisse faire, tu vas me vider le réservoir d’essence. Et si je n’ai plus d’essence, je ne pourrai plus venir te voir ! » Je suis d’un romantisme à toute épreuve. Il m’a ensuite demandé s’il pourrait conduire ainsi toutes les semaines. Toutes les semaines, comme s’il était évident que je reviendrai si souvent… En aurai-je les moyens ? Rien n’est moins sûr… Je lui ai néanmoins promis de revenir la semaine prochaine. Comme je lui demandais si sa grande beauté n’inspirait pas des passions aux filles de son lycée, il m’a fait lire les SMS que celles-ci lui envoient. Elles sont d’une invraisemblable impudeur ! Toutes ne rêvent que de le faire venir chez elles, le mercredi après-midi, pour réviser le bac et faire bien d’autres choses, qu’elles disent en des termes fort crus. Il y en a même une qui l’appelle « ma grosse bite pleine de poils » ! O tempora ! O mores !

 


10/04/2008

Mercredi 9 avril 2008

            Méchanceté des hommes. L’odelette de mon fragile bonheur, que j’ai publiée tout à l’heure sur mes deux blogues, a inspiré à un membre du site de pédés habituel un commentaire ordurier que j’ai vite effacé, dans lequel il demandait si le garçon fraîchement rencontré me ferait oublier Laval, le collabo, dont il me prête les idées, par reductio ad Hitlerum. Il y a peut-être plus d’un an déjà que je n’ai pas eu maille à partir avec cet internaute, qui saisit pourtant cette occasion de me rappeler qu’à ses yeux, qui sont les yeux de toutes les bonnes âmes, les seuls à se remplir de larmes pures, les seuls à refléter de bons et généreux sentiments, quand les miens, toujours secs, regardent de haut s’ils ne se détournent pas de dégoût ; à tous ces yeux : je ne suis qu’un salaud ! Moi qui ai eu toutes les peines du monde à me guérir (partiellement) de ma phobie sociale, à me protéger « contre l’averse d’yeux qui tombe des nuées » (qui me semblait tomber des nuées), je continue de me soigner en me faisant voir, mal voir, sur ce site de bons et braves pédés. C’est très efficace. Ils n’en conviendraient sans doute pas, mais je me demande tout de même si les détenteurs de la vérité actuelle n’ont pas le plus grand mal à reconnaître à ceux qui ne pensant pas comme eux sont nécessairement mauvais comme moi le droit d’être heureux. C’est ce que me semble signifier le sarcasme si déplacé de mon internaute bien-pensant. Comment donc un homme qui passe pour ne pas avoir de cœur pourrait-il aimer ? Comment peut-il l’être en retour, lui qui le mérite si peu ? Voilà sans doute ce qui a scandalisé l’internaute. Car ceux qui ont du cœur voient du scandale partout. Il leur en faut pour montrer qu’ils ont du cœur ! Comme s’il en fallait beaucoup pour s’en prendre à quelqu’un comme moi, qui n’ai jamais été si seul que depuis que je me suis mis à chercher un homme… Cela me fait penser à ce reportage que j’ai vu il y a quelques jours à la télévision, consacré à une espèce de festival du rire qui avait été organisé pour lutter contre le racisme. Un amuseur célèbre, interviewé, expliquait, sans rire du tout, que le rire était le propre de l’homme, mais qu’il était aussi le propre des antiracistes ! Pourtant, s’il est le propre de l’homme, il me semble qu’il devrait être aussi le propre des racistes, à moins qu’ils ne soient pas des hommes. Mais comment accepter qu’un raciste puisse rire, exactement comme un antiraciste ? Cette vérité a quelque chose d’insupportable, surtout mise à côté de la contrevérité du rire des antiracistes : car il me semble justement que ceux-ci ne rient plus du tout, quand il est question du racisme. Je crois que l’amuseur continuait en nous démontrant que la possibilité de rire publiquement était le signe de la bonne santé de notre démocratie. A condition, bien sûr, de rire dans le bon sens : l’amuseur ne disait pas s’il était permis de rire de lui, de son antiracisme, de ce qu’il y a de risible dans son antiracisme comme en toute chose. Il y a quelques années, encore à la télévision, j’avais entendu Claude Chabrol, à qui l’on demandait ce qu’il pensait de Jean-Marie Le Pen, dire que, l’ayant connu au lycée comme un « type très rigolo », il en gardait un excellent souvenir. Cela n’avait pas plu à l’assistance. Jean-Marie Le Pen ne pouvait évidemment pas avoir été bon camarade puisqu’il était Jean-Marie Le Pen ! Mais que les bonnes âmes se rassurent, mon bonheur sera sans doute de courte durée. Je n’ai absolument pas les moyens de cette liaison qu’il est d’ailleurs peut-être trop tôt pour appeler ainsi. Emilien vivant dans le Pays Basque, les trajets qu’il me faudrait faire pour le voir me coûteraient une fortune en essence, fortune que je n’ai pas, moi qui suis pauvre comme Job. Depuis quelque temps, je ne me nourris plus que de sardines à l’huile et de pain. Je ne vois pas comment je pourrais manger moins pour empêcher l’argent de s’évaporer. Il me faudrait travailler plus, ce qui est contre ma religion, comme dirait Esteban. Par souci d’économie, j’en suis même arrivé à m’hydrater le corps avec de l’huile d’olive. Ce qui était bon pour les Grecs ne peut pas être mauvais pour moi ! D’ailleurs, de nos jours encore, les Polynésiens d’Esteban ne semblent s’oindre que d’huile de monoï. Bref, je ne me fais guère d’illusion sur la pérennité de ma frêle aventure. D’où, peut-être, la nécessité que j’ai ressentie de la ‘‘graver’’ dans mes petits vers, pour lui donner un peu plus de poids qu’elle n’a vraiment.

09/04/2008

Le feu déjà couvait...

Le feu déjà couvait avant que je l’y mette :

Sur les mignons un souffle est comme une allumette !